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PROPAGATION DU VIRUS ARCHEO LIBERAL

septembre 25, 2008

LIBERALISME ET DARWINISME SOCIAL(3)

PROPAGATION DU VIRUS ARCHEO LIBERAL

POURQUOI VIRUS?

En guise d’introduction et pour ne pas trop s’éloigner de l’ambiance zoologique des économistes néo classiques, nous avons choisi à dessein le terme virus emprunté à la microbiologie, plus précisément à la virologie pour montrer que les idées et les idéologies se comportent de la même façon que le germe viral si elles un milieu favorable et des organismes hôtes. D’après le dictionnaire des termes de médecine Garnier Delamare, les virus sont des infragermes, invisibles et infiltrables qui peuplent notre environnement mais ils demeurent inoffensifs tant qu’ils sont en dehors de l’organisme vivant, C’est l’existence ou non d’un organisme hôte qui détermine à la fois l’infection de la cellule vivante et le pouvoir pathogène de multiplication du virus. Car, ce dernier, avant toute biosynthèse, un virus, appelé à ce stade virion, est une structure inerte, figée et incapable d’assimilation ou de synthèse propre et il ne peut être reproduit qu’à l’intérieur des cellules. La première étape d’une infection virale consiste en l’entrée du virus dans une cellule hôte dont les biosynthèses seront modifiées et détournées en totalité ou en partie vers la fabrication de nouveaux virus. Alors qu’une cellule non infectée travaille pour elle-même, produit ses sécrétions spécifiques, renouvelle ses structures et se divise en deux cellules nouvelles, une cellule infectée va employer une partie ou la totalité de son potentiel de synthèse à fabriquer des génomes viraux. La cellule infectée, dont le patrimoine génétique est modifié, sera ainsi obligée de fabriquer des acides nucléiques et des protéines virales, lesquelles formeront de nouveaux virions(néovirions) qui vont transmettre l’infection aux autres cellules. Les nouveaux virus ainsi formés sont des répliques parfaites du virus infectant et cette réplication se fait à partir de la cellule hôte. Les idées et la formation des idéologies dans les sociétés humaines possèdent les mêmes mécanismes de contamination et de propagation que le métabolisme du germe viral.

POURQUOI L’ARCHEO LIBERALISME ?

Henri Lepage, ardent défenseur et propagandiste des idées des économistes néo classiques en France dans les années 1970 qualifie la pensée économique de l’Ecole de Chicago d’une « nouvelle révolution scientifique et idéologique…et une entreprise de rénovation et de dépassement de la théorie micro-économique néo-classique »(Henri Lepage, demain le capitalisme, Librairie Générale Française, 1978. livre de poche pluriel. p.41) En quoi consiste au juste cette révolution scientifique et idéologique? C’est la généralisation de l’approche micro-économique de l’analyse des phénomènes économiques( la formation des prix en économie de marché) à des domaines non marchands comme l’éducation et la santé. Henri Lepage définit la théorie micro-économique comme une « théorie générale des choix et des comportements humains dans un système d’interactions sociales »(p.42) il considère que la théorie micro économique est l’expression d’une certaine vision de l’homme, l’homo-œconomicus, un être rationnel qui choisit librement et qui prend ses décisions en toute connaissance de cause, en fonction de ses préférences et compte tenu des problèmes de la rareté des ressources disponibles.

Les deux principaux inspirateurs de cette approche micro-économique furent Ludwig von Mises et Friedrich von Hayek qui influencèrent les idées de Milton Friedman et les nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago. En 1952, Friedrich von Hayek publia un livre intitulé « Scientism and the study of Society », livre aussitôt traduit en français par Raymond Barre et publié un an plus tard, en 1953, sous le titre de « Scientisme et sciences sociales » chez l’éditeur de droite, Plon. Friedrich Von Hayek reproche aux économistes et aux chercheurs en sciences sociales en général d’avoir servilement appliqué les méthodes des sciences de la nature à l’étude des phénomènes sociaux et économiques sans se demander si leur discipline est une branche de la science de la nature ou de la philosophie morale ou sociale(p.7). Selon von Hayek, la seule approche possible en sciences sociales est la méthode individualiste et « synthétique ».(chapitre IV) connue également sous le nom de l’individualisme méthodologique qui consiste à partir d’abord des conceptions et des opinions des individus pour reconstruire les phénomènes sociaux et économiques, car, au lieu de prendre pour point de départ de ses recherches, les grands agrégats tels « société », »capitalisme », « système économique » qui sont des simples généralisations populaires, le chercheur devrait d’abord observer les attitudes individuelles qui lui sont les plus familières et essayer ensuite « par leur combinaison de reproduire des phénomènes complexes, les résultats des actions individuelles »(p.53) Ces résultats peuvent être obtenus grâce à la structure de l’esprit humain qui est capable d’interpréter certains phénomènes et de comprendre les intentions des autres ou le sens de leurs actes, en faisant usage des catégories familières qui lui sont inhérentes. Tout en reconnaissant les limites de la constitution de l’esprit individuel, l’approche individualiste proposée par von Hayek considère néanmoins qu’il existe bien une « raison » liée au «  processus interindividuel dans lequel, par des intermédiaires, le savoir de générations successives et de millions de gens qui vivent simultanément se combine et s’ajuste; elle nous enseigne que ce processus est la seule forme sous laquelle la totalité de la connaissance humaine ait jamais existé »(p.146)

C’est cet individualisme méthodologique qui caractérise la « nouvelle révolution scientifique et idéologique » de Henri Lepage. Certains esprits vicieux tentent, par des acrobaties intellectuelles assez douteuses, de séparer l’individualisme méthodologique, de l’individualisme comme concept théorique issu des spéculations philosophiques et des corpus théoriques et doctrinaux dont l’origine remonte à la philosophie scolastique des XIIIe et XIVe siècles.(Pierre Birnbaum et Jean Leca écrivent dans leur présentation d’un ouvrage collectif datant de l’époque où le vent de l’archéo libéralisme commençait à envahir le monde universitaire:  « l’individualisme « méthodologique » qui tend à expliquer des phénomènes collectifs « macroscopiques » à partir des comportements et des stratégies individuels(« microscopiques »), apparaît nettement distinct des autres individualismes puisqu’il est ici un attribut du chercheur et non un attribut de l’objet: il ne caractérise pas le processus étudié mais la méthode de son étude. D’autre part, il n’est pas une entreprise de légitimation d’institutions ou de valeurs… sauf celles qui sont indissolublement liées à son fonctionnement comme méthode » dans « sur l’individualisme, Paris, Presses de la fondation nationale des sciences politiques.1986.pp 13-14. Ce que disaient ces deux mandarins de la science politique est totalement incompréhensible voire irréaliste, car on se demande comment un chercheur peut séparer sa méthode de la recherche de l’objet qu’il se propose d’étudier. Ces deux auteurs veulaient nous faire croire qu’il existe une distinction entre l’individualisme méthodologique et la philosophie individualiste qu’il inspire et que la méthode qu’utilise le chercheur est neutre idéologiquement. La prétendue neutralité idéologique des méthodes est un mythe inventé par le positivisme et par la propagande de l’école néo-positiviste de Vienne au début du XXe siècle pour laisser entendre que la science est un domaine épistémologique à part, déconnecté de la société vivant en vase clos, neutre politiquement et idéologiquement. Von Hayek est lui-même tombé dans le même piège quand il considère que la science de la nature possède ses propres méthodes et ses propres objets; ce qui est plus que discutable)

L’individualisme méthodologique n’est donc pas distinct d’une philosophie et donc d’un parti pris idéologique du monde. S’il convient de chercher les origines lointaines de l’individualisme méthodologique, on peut remonter à la philosophie scolastique du Moyen Âge mais ses origines contemporaines se trouvent dans les idées et les spéculations du mouvement romantique, un courant de pensée apparu en Allemagne à la fin du XVIIIe siècle pendant l’occupation napoléonienne, un mouvement hostile aux idéaux démocratiques de la Révolution française, à la tyrannie de la science, au rationalisme, au scientisme et à une certaine conception de l’histoire. L’individualisme méthodologique puise ses racines dans la métaphysique de Schelling et dans sa conception organique d’une l’histoire fondée sur le développement de l’humanité par une série d’étapes, de périodes de culture. Cette philosophie de l’histoire de F.W.J.Schelling(1775-1854) inspira Schleiermacher pour élaborer sa herméneutique et sa méthode compréhensive impliquant l’historien et son jugement dans le choix de ses catégories dans l’étude es événements du passé. Cette herméneutique de Schleiermacher fut à l’origine de l’approche psychologique, descriptive et compréhensive de divers courants philosophiques, sociologiques connus sous le nom de philosophie de la vie groupant la philosophie de l’histoire de Dilthey et de son école, la philosophie ou plutôt la psychologie des « visions du monde »(Psychologie der Weltanschauungen » de Jaspers, la philosophie des valeurs de Rickert,la philosophie de la vie de Simmel et la philosophie du choix de Max Weber.(pour une vue d’ensemble des philosophies de Dilthey, Rickert, Simmel et Weber, voir Raymond Aron, la philosophie critique de l’histoire, Paris, librairie Vrin, 1969).

Par ailleurs, cette conception organique de l’histoire de Schelling qui était donc à l’origine des conceptions philosophiques de Dilthey, de Rickert, de Simmel et de Weber avait elle-même subi une double influence. D’abord, l’influence des idées du courant du vitalisme représenté par Georg Ernest Stahl(1660-1734) qui inventa le mot « organisme » et Albrecht von Haller(1709-1777) qui découvrit les propriétés d’irritabilité et de sensibilité du muscle et du nerf; Stahl et Haller ayant fait école à Montpellier qui était animée par des médecins comme Bordeu et Barthez. Ensuite, l’influence du courant de la « philosophe naturelle »(Naturphilosophie) qui groupait, outre Schelling son initiateur, et son disciple Heinrich Steffens, le médecin-naturaliste et l’un des inventeurs du mot biologie, Treviranus, le théoricien organisciste, Kielmeyer et Carl Gustav Carus, son porte-parole. Les spéculations sur la nature du courant de la Naturphilosophie, allaient donner naissance à un nouveau champ épistémologique, la biologie et influencer les premières idées évolutionnistes avec Lamarck et Chambers. La rencontre qui n’était nullement fortuite entre le concept d’organisme et l’idée de l’évolution fut à l’origine de l’évolutionnisme de Spencer, de la théorie de l’évolution de Darwin, du darwinisme social, de l’eugénisme et lde a sociobiologie; tous ces courants de pensée formant eux-mêmes l’arrière-plan idéologique des doctrines fasciste, nazie et aujourd’hui celui de l’archéo-libéralisme. L’idée chère aux archéo-libéraux de l’intangibilité des mécanismes « naturels » du marché et l’hostilité à l’intervention de l’Etat dans le domaine de l’économie trouve ses origines dans les thèses naturalistes et organicistes du mouvement des philosophes romantiques de la nature, les Naturphilosophen qui considèrent que la nature est régie par une loi inflexible, celle de la régulation(ou de l’autorégulation) des espèces par la sélection naturelle et par l’élimination des plus faibles au profit des meilleurs. A cette loi de la nature, personne ne pourra s’opposer et c’est pourquoi, il faut laisser faire la nature et tout rentrera dans l’ordre. C’est cette loi qui sous tend le catéchisme archéo libéral, laisser faire, laisser passer.

En esquissant ce bref retour aux origines doctrinales de l’individualisme méthodologique, nous avons voulu montrer que cette soi-disant « nouvelle révolution scientifique et idéologique » dont fait l’apologie Henri Lepage n’est au fond qu’un ramassis d’idées congelées depuis plus de deux siècles et qui ont été décongelées par des courants et des groupuscules anitmarxistes et anticommunistes en mal d’inspiration face à la crise du capitalisme et celle de l’idéologie destinée à le légitimer à la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est pourquoi, il est faux de parler de néo libéralisme, car le néo suggère une rénovation d’un courant de pensée avec un apport original à un concept ou à une théorie alors que les idées des nouveaux économistes sont des vieilleries qui remontent à plus de deux siècles et même plus au Moyen Âge, à la philosophie scolastique, plus précisément à la doctrine de droit naturel de Saint Thomas d’Aquin. Affirmer, comme le prétendent les nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago et leurs acolytes, que leur mouvement représente « une nouvelle révolution scientifique et idéologique », s’apparente plutôt à une escroquerie au jugement et à une escroquerie intellectuelle.

FACTEURS DE PROPRAGTION DU VIRUS ARCHEO LIBERAL

Les adeptes de l’archéo libéralisme attribuent le triomphe et la propagation de leurs idées à la supériorité de leur système théorique sur leur adversaire marxiste considéré comme une idéologie ringarde, démodée, une idéologie appartenant à un passé révolu et ils en ont pour preuve, la disparition du bloc soviétique et nous revoilà aujourd’hui vivant dans une ère nouvelle, celle de la fin des idéologies. Cependant, ceux qui claironnent matin, midi et soir la fin des idéologies, ce sont toujours les mêmes qui prennent leurs désirs pour des réalités et qui n’arrêtent pas de nous annoncer la mort de Marx, enterré déjà quatre fois depuis sa mort physique le 18 mars 1883. A les regarder de plus près, on s’aperçoit qu’ils sont en plein délire idéologique, car l’un des effets de l’idéologie, c’est justement ce sentiment qu’a le sujet idéologique de se trouver en dehors de l’idéologie. Il n’y a que ceux qui y sont plein dedans qu’ils se croient et qu’ils font croire aux autres qu’ils en sont dehors. Celui qui est dans l’idéologie ne dit jamais qu’il est dans l’idéologie, il essaie de maquiller sa posture idéologique en pointant du doigt l’idéologie des autres. La conclusion que l’on est amenée à tirer de ce qui vient d’être dit, c’est que le triomphe de l’archéo libéralisme ne signifie nullement la défaite de la pensée marxiste, l’invalidité théorique des concepts du matérialisme historique, du matérialisme dialectique et de la lutte des classes dans les sociétés capitalistes actuelles. C’est plutôt, comme pour les virus, l’existence d’un milieu hôte, un environnement sociologique et intellectuel favorisé par une multitude de facteurs notamment le système d’éducation qui a réussi à enfoncer pendant deux siècles dans le psychisme des populations scolaires des leviers psychiques hostiles aux idées « subversives », à tout ce qui pourrait mettre en danger les fondements idéologiques qui légitiment les mécanismes de l’exploitation sociale et de la domination politique.

Comme tous les systèmes idéologiques et culturels, l’archéo libéralisme est soumis à des facteurs de déterminismes sociologiques et matériels favorables ou défavorables à sa diffusion et à sa propagation dans le corps social. Le premier facteur favorable à la propagation du virus archéo libéral est l’existence d’un anticommunisme et d’un antimarxisme latent dans les sociétés capitalistes grâc à leur système d’éducation gratuit et obligatoire à partir d’un certain âge. En effet, l’appareil idéologique scolaire arrache les enfants à leurs parents à l’âge de 2 ans, les endoctrine 5 à 6 jours par semaine à raison de 8 heures par jour et cela durant les années les plus propices à l’inhibition des réflexes conditionnés appelés à être désinhibés le cas échéant par les meneurs et les propagandistes commis pour défendre l’idéologie dominante et un ordre établi. Durant cette scolarité, c’est toute une machinerie psychique qui se forme chez les populations scolarisées et qui se manifestent grâce à des « leviers » des mots-clés servant comme des déclics pour être déclenchés à distance. Ce sont en général des excitations conditionnantes verbales actionnées à distance par tous ceux qui veulent persuader des personnes et des groupes de rester à leur place et de respecter l’ordre hiérarchique ou les mobiliser pour défendre la patrie ou pour détester le communisme et le marxisme. Ces leviers psychiques sont:
leviers d’adhésion dont le but est de faire accepter des personnes, des choses et des idées, en les associant avec des mots ou des symboles tenus pour « bons » par exemple « démocratie », « patrie » »  « République »etc;
leviers de rejet dont le but est de faire rejeter certaines idées en les associant avec des « mauvais » mots, symboles et actes qui font appel à la peur, au dégoût, par exemple, « communisme » « marxisme », « goulag »;
leviers d’autorité dont le but est de faire accepter ou de désapprouver des personnages et des institutions comme des personnes compétentes et méritoires « science », « scientifiques » « expert » « héros national »:
leviers de conformisation dont le but est de faire appel aux émotions pour mobiliser les masses autour de mots d’ordre «  défense de la patrie » «  danger du communisme ».

Ce qui caractérise ces quatre leviers psychiques, c’est qu’ils peuvent être déclenchés à distance en empruntant la voie des réflexes conditionnés. Il serait étonnant de voir les États capitalistes engloutir des milliards d’euros tous les ans dans leurs systèmes éducatifs pour enfoncer dans le psychisme de leurs populations scolaires, des leviers psychiques visant à faire accepter des personnes comme Marx et Lénine et leurs idées en les associant à des mots et des symboles tenus pour « bons ». Le système éducatif des pays capitalistes ne va pas expliquer à des enfants les mécanismes occultes de leur future exploitation sociale en leur montrant les procès de la production absolue et relative de la plus value. L’hostilité schizophrénique aux idées marxistes et au principe de l’abolition de l’appropriation privée des richesses sociales prouve si besoin est, l’efficacité de l’action de conditionnement psychologique menée par l’appareil idéologique scolaire qui a réussi, dans la durée, à façonner la machinerie psychique de leurs populations scolaires. L’idée du goulag stalinien qui n’est rien par rapport au goulag capitaliste qui dure depuis deux siècles ne se serait jamais répandue avec une telle rapidité sans le travail d’endoctrinement en amont de l’appareil idéologique scolaire qui a déjà préparé le terrain psychologique pour croire à ce genre de propagande. Car, il est plus facile et plus vite de croire sans discernement ce à quoi on est déjà préparé psychologiquement qu’à des idées et des idéologies nouvelles. C’est en effet l’existence d’un fonds anticommuniste parmi les populations scolarisées des pays capitalistes qui a favorisé l’efficacité des actions de la propagande anticommuniste à l’époque du bloc soviétique et la lutte contre le marxisme durant les deux décennies du XXe siècle. C’est cet anticommunisme qui sommeille en chacun des hommes ayant subi le lavage de leurs cerveaux durant les années de leur scolarité qui a préparé les esprits à recevoir plus facilement et plus rapidement les idées archéo libérales et qui explique de surcroît la propagation du virus archéo libéral d’abord dans les milieux universitaires et puis dans les opinions publiques. A contrario, les idées marxistes et communistes n’ont aucune chance de se propager en dehors d’un petit cercle d’initiés et de sympathisants du fait de l’anticommunisme et de l’antimarxisme et des mileiux intellectuels et des opinions publiques des sociétés capitaliste. Si Lénine ou Mao avaient suivi la voie des élections et du parlementarisme et ils avaient attendu la conquête des opinions publiques de leurs pays respectifs, ils auraient attendu trop longtemps et même jusqu’au jour du Jugement Dernier sans jamais voir de toute leur vie, une révolution communiste. Car, pour changer un ordre établi, il faudra forcément passer par la destruction de l’appareil scolaire qui est la condition sine qua non à l’instauration d’un nouveau système social. En Chine, sans l’instauration d’un appareil scolaire communiste, le régime communiste chinois n’aurait jamais vécu top longtemps.

C’est ce fonds anticommuniste et antimarxiste qui a aidé l’archéo libéralisme à accomplir sa révolution de reconquête de l’hégémonie idéologique. Car, il s’agit bel et bien d’un mouvement de reconquête de l’hégémonie idéologique au sens gramscien du terme. Dans cette bataille de reconquête de l’hégémonie idéologique, les anciens marxistes et les anciens marxisants venant des groupuscules contestataires de la New left américaine des années 1960 ont joué un rôle déterminant et ils ont contribué, de par leur connaissance approfondie de la littérature marxiste en général et des écrits du marxiste italien Gramsci en particulier ceux traitant de la question de l’hégémonie idéologique, à la propagation du virus archéo libéral. En France, Alain de Benoît se définissait lui-même comme un gramscien de droite.

D’autre part, les idées des nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago n’auraient jamais connu une propagation si fulgurante et une diffusion à si une grande échelle sans la présence à l’intérieur et à l’extérieur des frontières des USA, d’une myriade de groupes de recherches antimarxistes et antimarxistes, de clubs de réflexion et de courants de pensée, de partis politiques de droite, d’extrême droite et même de gauche animés tous par un même but, lutter contre les idées marxistes et communistes. En effet, dès son apparition, le mouvement archéo libéral de l’Ecole de Chicago a vu graviter autour de lui toute une nébuleuse de mouvements et de courants idéologiques et politiques situés à l’intérieur et à l’extérieur des USA, comme, entre autres, le mouvement « néo conservateur », le mouvement des libertariens qui, selon Henri Lepage, avait le goulag pour point commun avec les « nouveaux philsophes » français, l’école de l’ordo-libéralisme allemand (dite école « Néo libérale de Fribourg ») qui était animée par des économistes(Wilhelm Roepke, Alexander Rustow et Arthur Uz) et théoriciens du concept de « l’Economie sociale de marché », un concept adopté par les sociaux démocrates allemands et repris tout récemment, pour maquiller la loi de la jungle capitaliste, dans le projet de traité constitutionnel européen rejeté par le peuple français à 54%.

En France, l’existence d’une nébuleuse de groupuscules idéologiques et politiques datant de période de la guerre froide, animée par d’anciens nazis qui n’avaient, on s’en doute, qu’un seul objectif, la lutte contre le marxisme et le communisme, a largement facilité l’importation et la diffusion des idées archéo-libérales des nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago dans les milieux intellectuels et politiques. Une étude sur tous ces courants et groupuscules de anticommunistes et anticommunistes sera à faire pour montrer leur rôle dans le mouvement de reconquête de l’hégémonie idéologique. Parmi ces activistes antimarxistes et anticommunistes en France, appartenant aussi bien à la mouvance de la droite radicale qu’à la droite parlementaire, il y a , entre autres, le Groupement de recherches et d’études pour la civilisation européenne(Grece) fondé par Pierre Vial et Alain de Benoît, le cercle Vilfredo-Pareto, club de réflexion animé par deux étudiants de l’IEP de Paris, Jean-yves Le Gallou et Yvon Blot, le Club de l’Horloge fondé par deux anciens du Grece, Bruno Mégret et Jean-Yves Le Gallou, un Think Thank proche des partis de droite Des groupes et des centres de recherches sont spécialisés dans la diffusion de la littérature anticommuniste et antimarxiste en France comme Boris Souvarine, Claude Harmel, Georges Albertini, animateurs de l’Institut d’histoire sociale, un institut de recherche fondé autour de la bibliothèque Souvarine et financé par la CIA. Parmi les hommes politiques, on peut citer Alain Madelin influencé par la pensée sociale et anticommuniste de son mentor, Claude Harmel, un ancien nazi, recyclé dans la lutte anticommuniste. Des intellectuels tels Annie Kriegel et Jean François Revel organisaient régulièrement des débats et des conférences à Institut d’histoire sociale qui avait déménagé au Conseil général des Hauts-de-Seine dirigé alors par Charles Pasqua.

La propagation du virus archéo libéral a bénéficié aussi, outre de l’appui logistique et idéologique de cette nébuleuse antimarxiste et anticommuniste née durant la Guerre froide, de la diffusion massive d’une propagande anticommuniste et antimarxiste dans dans le monde universitaire menée le monde de l’édition en cours de concentration. Par exemple, grâce à la maison d’édition Grasset devenue en 1954 une filiale de la maison Hachette et plus tard du groupe Lagardère, les idées anticommunistes et antimarxistes ont trouvé leur caisse de résonance et leur outil de diffusion notamment après la publication dans les pays capitalistes de l’Archipel du Goulag de Soljénistsyne. Ce sont aussi les Editions Grasset qui ont permis aux « nouveaux philosophies » de lancer leur gadget médiatique, le totalitarisme et le Goulag stalinien, et de faire en fin de compte le jeu de la propagande archéo libérale. C’est par l’intermédiaire des Editions Grasset que l’argenté Bernard Henry Lévy, auteur du best seller, la Barbarie à visage humain, fils d’un richissme propriétaire d’un empire en commerce du bois au Maroc et au Sénégal, ouvrit dès 1973 à ses amis anticommunistes, à Jean Marie Benoît, Claude Broyelle, Christian Jambert, Guy Ladreau, une tribune pour diffuser leurs idées dans l’espace public notamment dans les milieux universitaires. Nous avons cité le cas des Editions Grasset mais ce sont en fait toutes les grandes maisons d’édition de la place parisienne souvent fondées au début du XXe siècle qui ont pris le train en marche en se mettant à diffuser de la littérature antimarxiste. Un cas symptomatique qui illustre l’atmosphère antimarxiste qui régnait dans les milieux intellectuels français durant les deux dernières décennies du XXe siècle est celui des Éditions Gallimard et bien d’autres grands éditeurs en sciences humaines qui ont refusé de publier en français l’ouvrage paru en 1994 en Angleterre et aux USA d’un grand historien marxiste Eric Hobsbawn, Age of extremes, un livre pourtant traduit en plusieurs langues étrangères. Le marxiste britannique a expliqué ce refus par « l’essor d’un antimarxisme hargneux parmi les intellectuels français »(cité par Emmanuel Lemieux dans « Pouvoir intellectuel, op.cit.p.353) Cet antimarxisme latent des milieux intellectuels français ne date pas des années 1990 mais ses origines remontent à la fin du XIXe siècle mais il est devenu beaucoup plus virulent après la Révolution bolchevique de 1917. Sans cette ambiance antimarxiste qui régnait en France, l’archéo libéralisme serait resté au chaud chez lui à l’intérieur du campus de l’université de Chicago.

Un dernier facteur déterminant dans la propagation du virus archéo libéral est l’apparition d’une nouvelle intelligentsia, qui a pour nouveaux dieux, l’image télévisée et les micros et à laquelle Régis Debray donne le nom «aristocratie en médiocratie intellectuelle » ou « la domination des plus « médiocres » se donnant pour la domination institutionnelle des « meilleurs ». »(le pouvoir intellectuel en France, op.cit.p.222). Avec l’avènement de cette nouvelle intelligentsia, le rêve des nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago devient désormais une réalité, car, ce qu’ils voulaient au fond, c’est de réduire tous les secteurs de la société, même la pensée et la culture à un marché et à une marchandise. Ce sont désormais « les mass medias qui commandent à l’édition, qui commande à l’université »(Régis Debray, le pouvoir intellectuel,op.cit.p.234) C’est à cause de cette médiocratie intellectuelle nourrie aux mamelles du grand capital, ces « nouveaux riches de l’intelligentsia »(Emmanuel Lemieux, pouvoir intellectuel, Denoël Impacts;2003.p.38), que l’on a vu réapparaître des hommes et des théories gisant tranquillement dans les musées de l’histoire, dépoussiérés, liftés, arrangés et mis au goût du jour archéo libéral pour devenir, nous dit-on, l’outil incontournable de compréhension de nos sociétés du IIIe millénaire. C’est pour servir les desseins de l’archéo libéralisme que l’on a vu subitement rémettre en scène les figures providentielles d’Alexis de Tocqueville, de Benjamin Constant et consorts, des personnages obscurs quasi inconnus de leur vivant et en tout cas, s’ils étaient connus de leurs contemporains, c’était comme des journalistes et des hommes politiques et sûrement pas comme le Hobbes et le Rousseau de leur temps. La médiocratie intellectuelle fait aussi resurgir des thèmes, tels la Révolution française, les droits de l’Homme, la démocratie etc. qui étaient utilisées comme des thèmes de propagande contre le totalitarisme communiste et le goulag stalinien que comme alors que les puissances impérialistes occidentales, et même tout récemment avec la guerre de Bush en Irak, mettaient en scène la comédie de la démocratie et des droits de l’Homme pour partir coloniser des pays et des territoires nécessaires aux profits de leurs multinationales. La nouvelle intelligentsia inféodée au grand capital n’est pas une étiquette ou un simple slogan mais une réalité qui exprime plus que jamais l’état de délabrement mental d’une catégorie sociale qui se prend habituellement pour le nombril du monde.

En conquérant l’université et en bernant un monde que l’on croyait par nature incrédule et difficilement domptable intellectuellement, le virus archéo libéral établit un contact avec une première cellule hôte. Il ne lui reste désormais qu’à s’étendre à d’autres cellules du corps social. Autrement dit, il faut expliquer par quels mécanismes le virus archéo libéral réussit à se multiplier et à se propager parmi les autres couches de la société.

MECANISMMES DE PROPAGATION DU VIRUS ARCHEO LIBERAL

Comme tout système théorique et idéologique complexe, l’archéo libéralisme ne se diffuse pas tel quel dans les opinions publiques. Pour qu’elles se diffusent dans le tissu social tout entier, les idées archéo libérales devaient être soumises à tout un travail de réélaboration et à une série de remaniements, c’est-à-dire les vulgariser et les populariser pour les rendre assimilables par le commun des mortels. Cette tâche a été dévolue aux agents de la propagande chargés de diffuser les idées archéo libérales. En quoi consiste le travail de propagandiste? C’est un travail de professionnel spécialiste de la psychologie sociale et qui applique des règles et des recettes qui ont fait leur preuve dans d’autres circonstances historiques notamment sous le nazisme et le fascisme.le travail du propagandiste ne s’improvise pas et ce n’est pas en se levant un bon matin que l’on réussit à convaincre et à persuader les autres en se disant: « tiens, et si je faisais aujourd’hui de la propagande pour le libéralisme et demain pour le communisme? ». Non, les choses ne se passent pas ainsi. Pour que ma propagande en faveur du libéralisme ou du communisme soit efficace et pour qu’elle donne de bons résultats, il faut que je me lève tous les matins, toujours avec la même idée que celle de la veille et de l’avant veille et même peut-être celle, sauf je suis « l’opportuniste » de Jacques Dutronc qui retourne sa veste toujours du bon côté, que j’avais il y a vingt ou trente ans et me dire comment la vendre aux mêmes personnes qui l’ont refusée la veille ou l’avant veille ou même il y a vingt ans. C’est dire combien le travail du propagandiste est une chose ardue et complexe du fait de l’existence d’un impondérable qu’est le substrat psychique des individus. En fait, le propagandiste aura à concilier trois impératifs par nature inconciliables et c’est ce qui explique en grande partie le phénomène de reconversion des anciens militants marxistes et communistes découragés par tant d’années de lutte et de militantisme sans aucune perspective de retour sur investissement dans le travail politique. Il faut d’abord de l’imagination que l’on n’a pas forcément tous les matins et tous les jours pour habiller différemment la même idée et varier les mots du discours tout en exprimant constamment la même idée. Il faut ensuite de la patience, de l’opiniâtreté et de la persévérance pour faire la même chose toute sa vie avec des résultats aussi aléatoires et imprévisibles que le travail de propagandiste. Il faut enfin les moyens pour faire partager une même idée au plus grand nombre et essayer de la diffuser dans l’espace public. Il y a certes toutes les techniques de sondage et tous les derniers acquis en matière de psychologie sociale et collective, mais la part des incertitudes dans la propagation des idées dans lesquelles nous croyons est prépondérante. Il y a parfois des situations imprévisibles et tout à fait fortuites qui surviennent par le jeu du hasard que le propagandiste peut le cas échéant mettre à profit, s’il est audacieux et un fin analyste de la vie politique nationale et internationale pour s’engager dans le cours des événements et pour saisir une occasion historique à ne pas manquer. Sans la Première guerre mondiale, on aurait sûrement connu Lénine en tant que théoricien marxiste, jamais comme le premier marxiste à réussir la première révolution communiste dans l’histoire.

Les adeptes de l’archéo libéralisme ont eu, eux aussi, une occasion historique qu’ils n’ont pas manqué à mettre à contribution pour préparer psychologiquement les opinions publiques capitalistes et même communistes à la réception de leurs idées, la crise pétrolière de 1973. Cette crise pétrolière qui n’en était pas une, donne le coup d’envoi de la propagande internationale archéo libérale et marque ainsi le début d’un plan de campagne mis en oeuvre jadis par les fascistes italiens et les nazis allemands pour conquérir le pouvoir dans leurs pays respectifs. Rappelons ce qu’est au juste un plan de campagne.

Un plan de campagne comporte les éléments suivants:
1- définition des buts psychologiques à atteindre;
2- détermination des groupes d’individus à influencer;
3- création d’organes pour atteindre ces buts;
4- distribution des actions dans l’espace et dans le temps;
5- coordination de ces actions;
6- contrôle de la campagne, préparation des actions, de leur exécution et de leurs effets.

Pour les adeptes de l’archéo libéralisme, il n’y a pas mille buts à atteindre, il n’y en avait qu’un seul, le démantèlement de l’Etat. C’est son propagandiste en France, Henri Lepage, qui l’affirme d’ailleurs sans détour et sans ambages.

1- démystifier « l’idée que les Français se font de l’Etat;
2- démystifier « la conception qu’ils ont de la notion d’intérêt général »

Henri Lepage ne se montre pas seulement un vulgarisateur des théories du mouvement archéo libéral mais aussi un fin connaisseur des moyens pour les propager dans le corps social tout entier en considérant que

1- « la réinvention du capitalisme ne peut résulter que d’une évolution spontanée des mentalités et des attitudes de nos concitoyens. Ce n’est donc pas réformer qu’il faut, mais informer, convaincre, démystifier pour pouvoir ensuite réformer »(demain le capitalisme,p.422)

2- « dans l’immédiat, et encore de nombreuses années, l’urgent est donc d’entreprendre un vaste programme de démystification et de formation de l’opinion publique pour lui faire comprendre que tout ce qu’on lui propose à l’heure actuelle n’est qu’un gigantesque miroir aux alouettes »(p.422)

Ce que recommande Lepage, c’est de prendre tout le temps qu’il faudra pour enfoncer quelques idées clés dans le psychisme collectif. Pas donc de précipitations, car il est inutile de commencer tout de suite par réformer (lire démanteler l’Etat) avant d’avoir préparé psychologiquement des années durant les opinions publiques à l’idée de la nécessité des réformes. Lepage dit en gros, cette phase préparatoire de préparation psychologique des victimes de l’archéo libéralisme est décisive et elle pourrait prendre du temps, des années et des années, dix ans, vingt ans et même plus, mais il fallait passer par cette épreuve difficile, par cette étape incontournable, le conditionnement psychique des hommes. Mais, une fois ce travail accompli, vous verrez que les choses pourront aller très vite et ce seront les victimes elles-mêmes de l’archéo libéralisme qui demanderont de réformer avec leur propre consentement sans violence et sans contrainte. Surtout pas d’attaque frontale ou de violence verbale mais caresser toujours dans le sens du poil. Il fallait d’abord faire sauter les verrous psychologiques et vous verrez que cette stratégie de sape sera payante à moyen et long terme et que les opinions publiquées fraîchement reconverties aux idées de l’archéo libéralisme vont envoyer elles-mêmes-mêmes aux parlements et aux gouvernements les futurs fossoyeurs de leurs droits acquis de haute lutte depuis un siècle. Le maître mot, patience, patience et patience. Laissons le temps au temps comme disait l’autre.

Ce long travail de conditionnement psychologique des masses a commencé au lendemain de la crise pétrolière de 1973 et elle était, comme la Première Guerre mondiale pour les bolcheviques russes en 1917, une belle occasion à saisir. Au milieu des années 1970, on pouvait déjà entrevoir les premiers thèmes de la propagande archéo libérale. On peut présenter sous forme de schéma les thèmes de la propagande et les réflexes conditionnés à inculquer aux masses
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thèmes de propagande mots-clés a répéter réflexes conditionnés
Crise
Choc pétrolier, facture à payer,
Les Arabes sont responsables de tous nos malheurs
Déficit extérieur
concurrence du Tiers-monde,
Consentir à des sacrifices pour aider les profits
Baisse du pouvoir d’achat
Trop d’État, trop de charges, trop d’impôt,les entreprises croulent sous les charges
Réduction de charges , moins d’impôt pour les riches, créateurs des emplois à l’avenir
Question des inégalités
Les Français sont trop assistés et ils ne travaillent pas assez
Les Français doivent cesser d’être assistés, doivent travailler plus et leurs avantages sociaux revus à la baisse
chômage
Manque de compétitivité des entreprises
Libérer le marché du travail, réduire les salaires, démanteler le syndicalisme et les droits sociaux
État en faillite
Les États comme la G.B et les USA s’en tirent mieux à cause de leurs réformes libérales
Nécessité des réformes libérales en France
Mondialisation de l’économie
monde en évolution, adaptation de l’économie nationale, chantage à la délocalisation
Provoquer la peur chez les salariés pour les dissuader de demander une augmentation de salaires

La propagande archéo libérale a mis en oeuvre une méthode inspirée de la publicité commerciale où la répétition joue un rôle primordial dans la formation des réflexes conditionnés et où la même idée, les mêmes mots et les mêmes images doivent être répétés en très grand nombre fois et durant des années. Par ailleurs, on remarquera que le plan de campagne archéo libérale a choisi les bons thèmes de propagande visant à provoquer une atmosphère apocalyptique entretenue par la peur du chômage, le chantage à la délocalisation des entreprises et la précarité économique.

Mais le virus archéo libéral n’aurait jamais pu se propager dans les opinions publiques sans cette condition importante, l’uniformité et la simultanéité des thèmes et de l’action de la propagande dans plusieurs endroits du pays, obtenue grâce à la concentration des mass medias dans les pays anglo-saxons et en Europe. En France, le mouvement de concentration des mass medias a déjà commencé dans les années 1960-1970 mais il a connu une accélération vertigineuse dans les années 1980 et 1990 puisque tous les moyens de communication de masse ont été concentrés entre les mains de deux grands groupes industriels, d’une part, le groupe Bouygues, propriétaire de la première chaîne française, TFI, et d’autre part, Hachette appartenant au groupe Lagardère et qui contrôle 86% du marché de l’édition et de la distribution des produits culturels de masse. Ces deux groupes capitalistes ont joué le rôle de direction centrale, à l’instar des ministères de l’information ou du Ministère de la Propagande sous le régime hitlérien, puisqu’ils n’émettent et ne produisent que les idées qui légitiment leur domination économique, en l’occurrence l’archéo libéralisme, et qu’ils permettent en plus leur diffusion massive et simultanée sur l’ensemble du territoire français. La formation d’une direction centrale pour la distribution des actions de propagande dans l’espace et dans le temps, la coordination de ces actions et le contrôle de leur exécution et de leurs effets sont autant d’éléments qui ont permis d’atteindre les buts psychologiques préalablement déterminés par les stratèges de la propagande archéo libérale et de créer ainsi les conditions de la réussite de leur plan de campagne. Car en effet, à force de répéter les mêmes mots(réformes, trop de charges, d’impôt, mondialisation, crise, déficit de la sécurité sociale etc.) pendant dix ans, vingt ans voire plus, 24 heures sur 24 heures, voir, entendre les mêmes personnes raconter la même chose partout, la propagande archéo libérale a atteint son objectif, celui de conditionner psychiquement les opinions publiques des pays capitalistes.

Plusieurs conséquences découlent de la propagation du virus archéo libéral. La première conséquence a été le reflux, d’une part, des idées communistes dans les universités et la quasi disparition des partis communistes et d’autre part, l’émergence des partis d’extrême droite sur la scène politique. Une deuxième conséquence est la montée d’un cran des tendances réformistes des partis socialistes et sociaux démocrates des pays capitalistes comme le montrent les deux exemples anglais avec Tony Blair en Angleterre qui a continué et même consolidé l’héritage réactionnaire de la politique archéo libérale de Madame Thatcher d’une part et Gerhard Schreoder en Allemagne qui n’a rien inventé depuis son lointain prédécesseur Helmut Schmidt, l’ami de Giscard d’Estaing, qui avait déjà commencé à mettre en application dans les années 1970, un socialisme décaféiné inspiré du concept de « l’économie sociale de marché » de l’école ordo libérale dite l’école de Fribourg, d’autre part.

En guise de conclusion, ce qui est frappant et absurde à la fois dans la propagation du virus archéo libéral, ce n’est pas seulement l’archaïsme des idées et des théories de ce mouvement idéologique d’une envergure planétaire, mais c’est aussi leur fausseté du point de vue de la logique formelle. Si la nouvelle intelligentsia n’était pas obsédée par le seul appât du gain et si elle n’était pas frappée par une grave cécité intellectuelle, elle se serait vite aperçue des caractères fallacieux des théories et des idées de l’archéo libéralisme à la propagation desquelles elle avait pris une part importante. Car, si l’on essaie de repérer le postulat de base des économistes néo-classiques, on découvre la conscience individuelle, source de besoins et de désirs. C’est sur ce substrat psychique qu’ont été élaborées toutes leurs constructions intellectuelles et d’ailleurs toutes les philosophies de l’histoire qui font de l’individu un sujet épistémique. Mais pour qu’une théorie ait un minimum de cohérence logique interne, il faut à la base des éléments factuels empiriquement observables qui sont nécessaires au contrôle des différentes étapes menant des principes et des hypothèses aux résultats obtenus. Or la conscience psychologique ne peut pas constituer ce postulat fiable à partir duquel seront déduites des conséquences sûres et empiriquement vérifiables. Tout au plus, les théories que l’on peut obtenir dans le cas où le principe de départ est la conscience psychologique seront-elles de type hypothético-dédictif. Mais avec ce genre de théories, on est très loin de cette fameuse « nouvelle révolution scientifique » dont nous parle Henri Lepage. L’escroquerie intellectuelle des économistes néo-classiques consiste à envelopper leurs pseudo théories par un stratagème désormais bien connu, les modélisations mathématiques et les techniques de quantification des états de conscience des individus. Même dans le cas de l’utilisation des modélisations mathématiques, il faut aussi un minimum d’éléments factuels, matériels et empiriquement vérifiables et non pas des éléments immatériels induits par la conscience individuelle. Même si nous admettions que les phénomènes de la conscience constatés et observés sont l’expression d’un individu libre de ses choix et de ses préférences, qui peut nous garantir que ces phénomènes observés et constatés ne sont pas plutôt le fait d’un individu préalablement conditionné psychiquement par l’existence de la propagande parfois sous sa forme la plus sournoise et la plus discrète, socialement par son appartenance à une classe sociale qui possède ses propres critères de besoins et de désirs et idéologiquement par l’action prolongée de l’endoctrinement de l’appareil scolaire? Comment quantifier des besoins et des désirs au sein d’une société de classes quand les besoins et les désirs varient d’une catégorie sociale à une autre? En partant de la conscience psychologique des individus comme principe de base de leurs théories, les économistes néo classiques ont été plus des artisans d’un mouvement idéologique réactionnaire que des précurseurs d’une « nouvelle révolution scientifique », car qu’est ce qu’au fond une idéologie si ce n’est la représentation purement imaginaire des individus aux rapports de production et aux rapports sociaux qui en dérivent? Autrement dit, c’est la fonction même de l’idéologie de représenter non pas les rapports réels des individus à un réel vécu mais leur rapport imaginaire à ce réel vécu. En partant de la conscience psychologique des individus, les nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago et d’ailleurs toutes les philosophies de l’histoire d’inspiration psychologique ont fait plutôt de l’idéologie que de la science, car ils ont représenté non pas les rapports réels des individus tels qu’ils sont vécus dans les rapports de production mais leurs rapports imaginaires au sein de ces rapports de production.

FAOUZI ELMIR

Mots-clés : virus, archéo libéralisme, propagation

BERCEAU DU NEO LIBERALISME:DICTATURES D’AMRIQUE LATINE

septembre 25, 2008

 

LIBERALISME ET DARWINISME SOCIAL(2)

 

BERCEAU DU NEO LIBERALISME:

DICTATURES MILITAIRES D’AMERIQUE LATINE

 

L’idéologie néo-libérale fait son apparition aux États-unis durant les années 1950, sous l’impulsion d’un groupe connu sous le nom de « nouveaux économistes », formé d’économistes, de chercheurs, d’anciens étudiants et d’anciens professeurs de l’université de Chicago. Les « nouveaux économistes » ont été influencés par les idées de Friedrich von Hayek et de von Mises mais surtout par Milton Friedman nommé en 1946, professeur à l’université de Chicago suite au refus de l’université de Columbia de lui confier un poste d’enseignement et qui cherchait alors à combattre l’interventionnisme étatique de Keynes et la politique du New Deal aux États unis après la crise de 1929.

 

L’approche micro économique de Milton Friedman vise à comprendre, grâce aux techniques de l’économétrie, les motivations des individus et les fondements de leurs décisions dans l’acte de consommer et d’épargner. Friedman considère les hommes comme des êtres rationnels mais que cette rationalité a été faussée par l’intervention intempestive de l’État dans le domaine de l’économie modifiant ainsi les attitudes des acteurs économiques. C’est cette immixtion étatique qui est à la source de l’instabilité conjoncturelle des économies de marché et de l’augmentation de la masse monétaire. Pour réduire l’amplitude des fluctuations de l’activité économique, Milton Firedman propose trois solutions : 1° contrôle des mécanismes d’émission monétaire pour réduire l’inflation ou la déflation. 2° indexation généralisée des prix, des salaires et des taux d’intérêt; 3° établissement des taux de change flottants pour libérer les pouvoirs publics des contraintes de l’équilibre extérieur.

 

Une autre grande idée de Milton Friedman est celle relative à ses interprétations du problème du chômage volontaire dû non pas à une carence de l’offre d’emplois mais au système d’indemnisation des chômeurs qui détermine le taux du chômage et les décisions des chômeurs de travailler ou de ne pas travailler. Si le chômage augmente, dit-il, c’est pour deux raisons: l’accroissement de femmes et de jeunes désirant travailler à temps partiel d’une part et l’amélioration de la protection sociale des chômeurs d’autre part. Pour lutter contre le chômage, il faut réduire au maximum le rôle de l’État dans l’économie et remettre en question le système de protection sociale des salariés et des chômeurs.

 

Ce monétarisme de Milton Friedman va inspirer dans les années 1950, trois grands courants intellectuels : le courant de la théorie du capital humain, le mouvement des droits de propriété et le courant du Public Choice. La théorie du capital humain est né des travaux des chercheurs du département d’économie de l’université de Chicago et de l’université de Columbia. Les principaux animateurs de ce courant étaient Théodore Schultz(université de Chicago), Jacob Mincer(Columbia), Yoram Ben Porath(université Tel Aviv), Glen Cain(université Wisconsin), Reuben Gronau(université de Jérusalem), Zvi Griliches(université Harvard) etc. Parmi les questions étudiées par la théorie du capital humain, figurent celle des inégalités sociales dues à des choix individuels et celle du chômage volontaire provoqué par un système de sécurité sociale trop protecteur. Les partisans de la théorie du capital humain ont étendu leurs recherches à des secteurs non marchands comme la famille, la santé et l’éducation, la démographie en utilisant l’économétrie pour quantifier des éléments à priori non quantifiables comme l’amour et la philanthropie.

 

Le deuxième courant appelé le mouvement des droits de la propriété s’intéresse aux mécanismes de l’échange et aux conditions de fonctionnement du marché. Les théoriciens de ce mouvement considère que si le marché est imparfait, cela est dû aux restrictions des droits de propriété qui entraînent une mauvaise répartition des ressources rendant le marché inaccessible à tous acteurs à cause des coûts prohibitifs de l’information. Leur solution consiste à réhabiliter le rôle de l’entreprise privée perçue comme le seul organisme social capable d’assurer une grande efficacité sociale du fait que les détenteurs des capitaux sont les seuls comptables de leurs résultats alors que les dirigeants et les managers de la firme publique peuvent poursuivre des objectifs économiques contraires à l’intérêt de la société.

 

Le troisième courant est celui de l’Ecole du Public Choice, étroitement lié au mouvement des droits de propriété. Ses deux principaux animateurs, James Buchanan et Gordon Tullock, étaient deux professeurs du Virginia Polytechnic Institute et cofondateurs du  centre d’études des choix collectifs « Center for public Choice ». En 1986, James Buchanan se vit attribuer le prix Nobel de l’économie.L’Ecole du Public Choice s’attache à étudier la question des politiques économiques et des finances publiques. Pour les animateurs de l’école du Public Choice, les problèmes du chômage, de l’inflation, des inégalités, des injustices, bref tous les maux de la société, sont d’origine institutionnelle et politique et non économique. Ce qui est en cause, ce ne sont pas les mécanismes du marché, mais le rôle de l’État qui les entrave en devenant envahissant et omnipuissant par sa bureaucratie et ses fonctionnaires animés par la seule logique de gaspillage des ressources publiques. Ce n’est donc pas par hasard que la fondation Nobel a attribué le prix Nobel de l’économie à James Buchanan, l’animateur du Public Choic, car la critique de l’État et la remise en cause de son rôle dans l’économie et même dans la société en général étaient déjà depuis un moment dans l’air du temps

 

Ces travaux du mouvement néo libéral de l’Ecole de Chicago ont été qualifiés par Henri Lepage de « révolution scientifique et idéologique » (demain le capitalisme », Collection pluirel, édition de poche 1978. p. 41 et suite). D’abord, une révolution scientifique, car les nouveaux économistes  ont fondé de nouveaux modèles micro-économiques et « une théorie générale des choix et des comportements humains dans un système d’interactions sociales »(p42-43). Ensuite, une révolution idéologique, car les nouveaux économistes ont réhabilité l’Homo œuconomicus au sein des sociétés actuelles.

NEO-LIBERALISME A L’EPRUEVE DES FAITS:

DICTATURES MILITAIRES D’AMERIQUE LATINE: BRESIL, CHILI

 

On a tendance à penser que l’ère du néo libéralisme commence en 1979 en Grande Bretagne avec de Madame Thatcher et aux Etats unis en 1981 avec Ronald Reagan. Il est vrai que Madame Thatcher et Ronald Reagan ont été les premiers à mettre en place des politiques libérales d’inspiration monétariste, mais ces mêmes politiques étaient déjà en oeuvre en Amérique Latine bien avant qu’elles ne déferlassent sur le reste du monde. En réalité, c’est l’Amérique latine qui a été le berceau et le premier laboratoire d’essai du néo libéralisme et c’est là-bas que les thèses monétaristes de Milton Friedman et des nouveaux économistes ont été pour la première fois mises à l’épreuve des faits. Pour être plus précis, l’acte de naissance du néo libéralisme remonte à l’année 1964 avec le coup d’État militaire au Brésil qui mit en place une nouvelle politique économique d’inspiration monétariste. L’expérience libérale brésilienne s’est ensuite étendue à d’autres pays au fur et à mesure de l’accession des militaires au pouvoir. Ce fut alors l’âge d’or du néo libéralisme inspiré par Milton Friedman et les « boys de Chicago » qui investirent massivement les leviers de commande des ministères Économiques et Financières dans tous les pays où une dictature militaire venait de prendre pied.

 

A) LE BRESIL: LE LIBERALISME MONETARISTE (1964-1974)

 

Les deux grands principes de la nouvelle politique économique mise en place au Brésil après le coup d’Etat militaire de 1964 puis plus tard au Chili après la prise du pouvoir par le général Pinochet en 1973 sont :

 

1- il est possible de diriger l’économie et sa croissance en contrôlant la croissance monétaire. Celle-ci ne devrait pas augmenter plus de 2 ou 3 points par rapport aux capacités de production. Le développement des capacités de production et de l’emploi dépend donc du taux de croissance comparé de la masse monétaire.

 

2- Une croissance rapide de la masse monétaire est la condition nécessaire et suffisante d’une inflation rapide. Or la croissance de la masse monétaire dépend des excédents de la Balance des paiements, des crédits à l’économie, et à l’État.

 

Pour combattre la croissance monétaire, l’État devrait agir sur ces trois variables pour:

 

a) réduire le déficit budgétaire, principale source de création de monnaie en Amérique Latine; b) ralentir l’augmentation des salaires pour freiner la demande de biens de consommation et faire baisser les prix; c) faciliter l’augmentation des profits des entreprises pour stimuler l’investissement, c’est-à-dire les achats d’équipement en vue d’accroître la production. Un esprit normalement constitué dirait qu’une telle politique est une politique de classe faite pour enrichir les riches et appauvrir les pauvres, en pensant que le bonheur de ces derniers se fera plus tard (à la calende grecque) grâce aux richesses amassées des premiers. D’ailleurs, les conséquences sociales de ces politiques d’inspiration monétariste mises en place par les juntes militaires en Amérique latine n’ont pas tardé à se faire sentir mais qui doivent faire réfléchir tout à chacun à ce que veut réellement dire le mot libéralisme quand il passe de la théorie la pratique.

 

Les premières mesures prises par la junte militaire brésilienne durant la période 1964 à 1974, sont d’ordre structurel et conjoncturel. Elles visent à construire ou à développer une industrie manufacturière de transport en donnant la priorité aux biens de consommation durables(automobiles, industrie électrique, électro-ménager et non durables(textiles, chaussures, industries alimentaires), et aux secteurs de base, sidérurgie, chimie et pétro-chimie pour satisfaire les besoins du pays et pour limiter ses importations. Cette nouvelle politique économique s’est traduite par des résultats économiques et a entraîné des conséquences sociales.

 

a) Résultats économiques 1964-1974

 

  • maîtrisé de l’inflation passant de 96,6% en 1964 à 30% en 1967,

  • croissance du PNB autour de 10% par an.

  • croissance de la production agricole due à l’augmentation de la productivité notamment pour les produits d’exportation comme le blé(345% entre 1964 et 1974), le soja(158% durant la même période) et le maïs(84%) etc malgré un faible rendement céréalier qui était seulement de 1453 kg à l’hectare contre 3400 kg/ha en France.

  • croissance de la production industrielle notamment dans les quatre secteurs suivants: Caoutchouc synthétique(+ 367%), Véhicules(+ 367%), Acier(+148%), Ciment(+136%).

  • commerce extérieur multiplié par cinq passant de 1,8 milliards de dollars à 8,6 milliards de dollars.

  • priorité absolue donnée à l’exportation et au marché mondial fait du Brésil le premier exportateur de produits manufacturés du Tiers Monde et un concurrent sérieux pour les pays industrialisés.

 

Ces résultats économiques ont été obtenus grâce à :

 

- une politique antisociale et de paupérisation des masses consistant à freiner la demande intérieure et la consommation.

- une politique fiscale favorable au capital par l’octroi des avantages aux entreprises surtout aux entreprises multinationales qui peuvent rapatrier leurs profits et aux hauts revenus puisqu’il n’y a pas d’impôt sur le capital et le taux d’imposition des bénéfices est de 30% contre 40% en Europe, celui des dividendes de 5% et seul 4% des contribuables sont soumis à l’impôt sur les revenus.

 

b) 1974 : faillite du modèle libéral brésilien

 

A partir de 1974, c’est la faillite de la politique libérale mise en place depuis 1964 et qui se manifeste par :

  • échec des mesures de la lutte contre l’inflation suite à la hausse des coûts de production consécutive à l’évolution du prix du pétrole;

  • Déficit du commerce extérieur et de la balance des opérations courantes dû à l’augmentation des prix des importations et du ralentissement des exportations et à la chute des prix des matières premières et des équipements exportés..

  • endettement record et difficultés d’obtention de financements extérieurs.

  • fléchissement de la croissance dû à la faiblesse de la demande sur le marché intérieur.

  • ralentissement de la production due aux importations du pétrole, des biens d’équipement et de certains produits agricoles comme le blé et la viande, des importations qui pèsent sur la balance commerciale sans possibilité de les équilibrer par des exportations équivalentes, vu l’état dépressif du marché mondial.

 

c) conséquences sociales de la politique libérale brésilienne

 

  • politique antisociale menée par la junte militaire pour restreindre le pouvoir d’achat de la population.

  • paupérisation de la grande masse des salariés brésiliens, soit 97,5%, c’est-à-dire 9,4 millions de personnes sur 9,64 millions(statistiques 1974) qui gagnaient moins de 14 fois le salaire minimum fixé en 1974 à 990 cruzeros(un cruzero valait en 1974, 0,13 dollar ou 0,58 franc français)

  • Baisse de la part des 50% les plus pauvres dans les richesses nationales qui était de 17,71% en 1960, de 14,91% en 1970 et de 11,81% en 1976.

  • l’augmentation corollaire de la part des couches les fortunées dans les richesses nationales puisque la part des 5% les plus riches passait de 27,7% en 1960 à 39% en 1976.

 

B) LE CHILI: LE MONETARISME LIBERAL(1973-1978)

 

Le 11 septembre 1973, le président Allende est assassiné par la junte militaire conduite par le général Pinochet qui a pris le pouvoir au Chili. Comme au Brésil, la première mesure économique des militaires chiliens a été la privatisation des entreprises du secteur public, aussi bien celles nationalisées par le gouvernement socialiste après son arrivée au pouvoir en 1970 que celles dont l’Etat était déjà actionnaire depuis 25 ans. Après avoir dérégulé le marché financier et mené une contre réforme agraire en restituant aux gros propriétaires fonciers 2 millions d’ha expropriés par les précédents gouvernements, la junte militaire commençait à mettre en place son programme économique inspiré par la théorie monétariste de Milton Friedman et les libéraux de l’Ecole de Chicago.

 

Comme au Brésil, cette nouvelle politique économique visait à atteindre trois objectifs:

a) ralentir l’inflation par compression de la consommation intérieure;

b) rééquilibrer les échanges avec l’extérieur pour attirer les capitaux et les investisseurs étrangers;

c) mener une politique systématique de paupérisation des masses populaires.

 

  1. faillite de la politique libérale de la junte militaire chilienne

     

Les résultats de la politique économique mise en oeuvre par la junte militaire chilienne montrent que l’expérience libérale inspirée par le monétarisme et les idées néo libérales importés des USA a lamentablement échoué pour les raisons suivantes :

 

  • stagnation économique interne due à la baisse de la part de la production industrielle dans le PNB entre 1973 et 1977 atteignant jusqu’à 45% pour les industries manufacturières.

  • persistance d’une inflation de l’ordre de 50% par an (55,4 % par an en 1978) qui a découragé les investissements étrangers et a poussé les détenteurs des profits à les expatrier.(entre septembre 1973 et décembre 1973, les prix ont été multipliés par 3,4%.

  • domination de l’économie nationale par le capital étranger notamment américain suite à un endettement extérieur colossal de l’ordre de 6,597 milliards de dollars en 1979, soit une année de production nationale et 3 ans ½ d’exportations et le service de cette dette qui était de 929 millions de dollars représentait 50% des exportations de l’année 1977(1800 millions de dollars

 

2) conséquences sociales de la politique libérale de la junte militaire chilienne

 

Avant le coup d’Etat militaire du général Pinochet, le gouvernement socialiste avait pris une série de mesures sociales pour rétablir la souveraineté du Chili sur ses ressources naturelles en nationalisant les mines de cuivre et le secteur bancaire. Les premiers résultats montrent une relative amélioration du quotidien de la population chilienne comme en témoignent les indices officiels de la junte militaire, puisque l’indice du salaire réel qui était de 100 en janvier 1970 est passé à 121 en mars 1973, soit un gain de 21% pour le pouvoir d’achat du salaire réel. La réforme agraire du gouvernement de l’Unité populaire s’est traduite par la redistribution de 4 millions d’ha de terre aux paysans pauvres. La nationalisation du secteur bancaire visait à contrôler l’inflation et à orienter les investissements vers les secteurs vitaux pour la nation comme l’agriculture vivrière et les industries de transformation. La nationalisation des banques avait aussi pour but le contrôle des changes et des mouvements de capitaux avec l’extérieur pour prévenir une fuite clandestine de capitaux à l’étranger qui avait dépassé en 1971, les 100 millions de SDR(SDR= 0,012 pesos). D’ailleurs, Cette mesure de contrôle des changes avait permis dès 1972 de limiter le déficit de la Balance des paiements mais cette politique menée par le gouvernement Allende allaient tôt ou tard heurter de front les intérêts américains dans les mines, ceux des banquiers et des milieux financiers et ceux des grands propriétaires fonciers. On connaît la suite des événements.

 

Une première conséquence de la politique libérale menée par la junte militaire, c’est le développement du chômage de masse et son corollaire le paupérisme. Dans certaines villes, le chômage touchait le tiers de la population active et dans la capitale Santiago, le taux de chômage qui était de 3% en 1972, atteignait 13% en 1978. Selon certaines estimations, il y avait même dans la capitale entre 20% et 50% de chômeurs. Sur une population de 10 millions d’habitants et une force de travail de 3 millions, le chômage frappait entre 600 000 et 700 000 personnes.

 

Une deuxième conséquence de la politique libérale chilienne est la sous-alimentation de la population due à une politique délibérée de baisse systématique de niveau de vie de la population et à la priorité absolue donnée à l’exportation des produits agricoles. Selon une étude de 1976, réalisée à la faculté de médecine de l’université du Chili à Santiago, 30% de la population de la capitale était sous-alimenté et souffrait de malnutrition. Cette sous-alimentation était due à la hausse excessive du prix du pain et de ses dérivés(farine, biscuit etc.) et à celle du prix du sucre passé de 11,10 pesos à 15,80 pesos entre septembre 1977 et septembre 1978, soit une hausse de 42,3% suite à la libération du prix en octobre 1977. Sur le salaire minimum de base d’une famille de cinq personnes qui était de 3478 pesos en 1978, le seul poste des dépense alimentaires s’élevait à 3035 pesos, soit 87,2% du revenu total. Il restait à payer les transports, le loyer, le gaz, l’eau etc. Sans parler du chômeur recevant une allocation de 700 pesos.

 

Le paupérisme a engendré également la sous alimentation des enfants de moins de 15 ans notamment à Santiago et dans les communes rurales de la région. La police de Santiago a recensé plus de 30 000 enfants vagabonds au centre de la capitale en 1977 sans parler de la désertion scolaire pour manque de nourriture. Selon le journal gouvernemental «  El Mercurio » de janvier 1978, 57,7% des enfants de 7 à 10 ans des quartiers populaires de la zone nord de Santiago étaient frappé par la sous nutrition et possédaient un coefficient intellectuel inférieur à la normale. Une autre conséquence de cette misère physique et mentale, la prostitution des pauvres et la propagation des maladies. Bien d’autres fléaux ont fait leur apparition après avoir disparu avec les précédents gouvernements comme le vagabondage et la mendicité des enfants. D’après un chiffre officiel du ministère de la santé, la syphilis a augmenté de 86,8% entre 1974 et 1976, passant de 17,2 à 32,13 pour 1000 personnes entre ces deux dates.

 

Pendant que le peuple s’enfonçait dans la misère physique et morale et que l’économie chilienne était mise à mal par la domination du capital étranger à cause du surendettement du pays, les firmes multinationales à majorité américaine rapatriaient leurs énormes profits vers les USA et les paradis fiscaux. D’ailleurs, le déficit de la balance des paiements de 1974 à 1977, était dû essentiellement aux énormes sorties de profit. Comme prime à ce désastre social et économique engendré par une politiqué libérale inspirée par le monétarisme et les idées néo libérales des nouveaux économistes américains, la fondation Nobel a décidé de décerner en 1976, le prix Nobel de l’économie au professeur Milton Friedman. Nous avons essayé d’expliquer dans un article « Prix Nobel, science ou idéologie », la principale raison de ce choix, dictée par le long passé eugéniste de cette institution(voir l’article sur les blogs).

 

A regarder de plus près, on découvre que les politiques économiques libérales mises en place par les dictatures militaires latino américaines à partir des années 1960 ressemblent à bien des égards à celles du fascisme et du nazisme en Europe durant les années 20 et 30 du XXe siècle. Les différentes mesures prises par les juntes militaires en Amérique Latine pour favoriser le capital au détriment du travail étaient aussi celles des régimes fasciste et nazi. Pour massacrer les salaires, les dictatures militaires latino américaines ont procédé d’abord à la destruction des syndicats ouvriers, à l’abolition du droit de grève et à l’élimination de toute opposition politique ou sociale. Ce fut également la stratégie des fascistes et des nazis qui ont procédé à l’annulation des contrats et des conventions collectives favorables aux salariés et au rétablissement de l’absolutisme patronal. Par exemple, l’État fasciste italien ressuscite par décret-loi du 30 juin 1934, le « livret de travail » et rédige même des contrats types, genre contrat CPE en France, appelés « contrats collectifs ». l’État national socialiste institue à son tour par une loi du 26 févier 1935, « un livret de travail » avec l’appréciation de l’employeur pour être présenté lors de toute nouvelle embauche. l’État fasciste consent des exonérations fiscales en faveur du capital comme les juntes militaires latino américaines. L’industrialisation déséquilibrée réalisée par les régimes fasciste et nazi dans l’Europe des années 1920-1930 en privilégiant l’infrastructure et l’armement ressemble à la stratégie libérale de l’industrialisation déséquilibrée des dictatures militaires latino américaines des années 1960-1970. On peut encore allonger la liste des points communs entre les politiques libérales des dictatures militaires latino américaines des années 1960-1970 et celles des régimes fasciste et nazi en Europe des années 1920-1930.

 

Cela nous amène à corriger, en guise de conclusion, deux fausses idées à propos du libéralisme. La première fausse idée est que le libéralisme ne rime absolument pas avec libertés individuelles et droits de l’Homme. Il n’y a pas de différence de nature entre libéralisme et dictature puisque l’un et l’autre tendent vers la même finalité, l’instauration de la loi de la jungle capitaliste. Le libéralisme économique sans une bonne dictature appelée à restaurer la loi des profits est une contradiction dans les termes. Tout au plus, le libéralisme économique est-il la forme anesthésiante de la dictature capitaliste. C’est l’expérience libérale des dictatures militaires latino-américaines qui nous le suggère. La deuxième fausse idée à propos du libéralisme est celle qui concerne le désengagement de l’État du domaine de l’économie. Les politiques économiques des dictatures militaires d’Amérique Latine montrent d’une façon irréfutable que le libéralisme économique serait inopérant sans un État autoritaire et policier. Cet axiome ne s’applique pas à la seule Amérique latine, il est aussi valable pour toutes les sociétés quelle que soit leur origine géographique où l’on peut observer l’émergence de deux phénomènes concomitants et indissociablement liés: d’un côté, la mise en place des politiques économiques libérales et de l’autre, le renforcement des dispositifs policiers des Etats en prévision des conséquences qu’entraîne immanquablement un système social qui fabrique tous les jours ses sans-culottes. Mais les sans-culottes du XXIe siècle sauront-ils écrire une nouvelle page d’histoire plus de deux siècles après leur première révolution ?

 

FIN DE LA DEUXIEME PARTIE

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots clés : néo-libéralisme, doctrine, politique libérale, dictatures militaires,Brésil, Chili.

 

 

Troisième partie : propagation du virus néo libéral

 

 

 

 

 

 

 

 

LE DOGME LIBERAL ET LA NATIONALISATION DE FANNIE ET DE FREDDIE

septembre 11, 2008

LE DOGME LIBÉRAL ET LA NATIONALISATION DE FANNIE ET DE FREDDIE  

 

La nationalisation des deux géants américains de refinancement hypothécaire, Fannie Mae et Freddie Mac, met à rude épreuve le dogme libéral. L’intervention du trésor américain pour sauver d’une faillite annoncée ces deux sociétés financières privées montre la sénilité du capitalisme qui ne doit sa survie qu’à l’État qui devient le dernier recours quand les intérêts du capital sont en jeu. Cette nationalisation de Fannie et de Freddie serait passée inaperçue si elle n’avait pas lieu, aux Etats-Unis, ce temple du libéralisme économique et la patrie de la libre entreprise. Si l’on suit les enseignements de la doctrine du laisser-faire, l’annonce de la nationalisation de Fannie et Freddie aurait dû susciter un tollé général et une réprobation mondiale pour atteinte aux sacro-saintes lois du marché. Or, la décision du trésor américain de nationaliser Fannie et Freddie a été accueillie avec soulagement et euphorie par les capitalistes du monde entier à juger par la remontée spectaculaire des principales bourses mondiales (à la bourse de New York, le Dow Jones + 2,58% ; bourse de Paris, +3,42% ; Bourse de Londres,  4% ; Bourse de Francfort, 2,22% ; Bourse de Madrid, 3,72% ; Bourse de Bruxelles, +4,40%. L’indice SP de Milan + 3,13% ; Bourse d’Amsterdam, +2,46%).

 

Pour rafraîchir la mémoire de nos archéo-libéraux atteints de cette maladie incurable qu’est l’amnésie, la nationalisation de Fannie et de Freddie intervient quelques jours avant le 35ème anniversaire du coup d’Etat d’Augusto Pinochet au Chili et l’assassinat de Salvador Allende le 11 septembre 1973 au palais de la Moneda. L’évocation de cette date anniversaire n’est guère fortuite, car ce sont la réforme agraire et la nationalisation du secteur bancaire et financier qui ont incité les Etats-Unis à renverser le gouvernement socialiste démocratiquement élu par le peuple chilien et à assassiner Salvador Allende. La réforme agraire confiée alors au ministre de l’Agriculture Jacques Chonchol avait pour but de redistribuer des terres à des paysans pauvres et la nationalisation du secteur bancaire était destinée à juguler une inflation galopante. Politiquement, en agissant ainsi, le gouvernement socialiste d’Allende a heurté de plein fouet les intérêts des multinationales américaines dans les mines de cuivre et dans le secteur bancaire et financier sans parler de l’opposition des grands propriétaires terriens notamment les éleveurs à la réforme agraire de Chonchol.

 

Pour sauver les intérêts capitalistes de Fannie et de Freddie, les contribuables américains devraient débourser quelques 200 milliards de dollars(100 milliards pour chacun des deux établissements). Alors que ce même gouvernement américain n’a rien fait pour empêcher l’expulsion de leurs logements, des millions de propriétaires insolvables à qui les banques avaient généreusement consenti des prêts tout en sachant qu’ils seraient incapables de faire face à leurs engagements du fait de la précarité de leur situation sociale et économique. Ces nouveaux spoliés viendront grossir encore un peu plus la déchetterie sociale produite par la loi de la jungle capitaliste. Car, souvenons-nous, si l’on remonte à l’origine des problèmes de Fannie et Freddie, on trouve d’abord la crise immobilière du sub-prime due à l’incapacité des emprunteurs à rembourser leurs dettes. L’insolvabilité des propriétaires est elle—même la conséquence de la précarisation des conditions du travail aux Etats-Unis (travaux précaires et sous-payés) entraînant un phénomène de paupérisation généralisé qui frappe de plein fouet non seulement les couches inférieures de la société américaine mais les classes moyennes. Mais cette précarisation du travail et cette paupérisation ne sont pas des phénomènes tombés du ciel du jour au lendemain; elles sont le produit d’une volonté politique et des orientations économiques inspirées par des considérations idéologiques, le libéralisme économique et le libre jeu du marché, notamment la thèse républicaine classique dite « trickle down theory » selon laquelle il faut aider les riches à s’enrichir car la relance de l’activité économique dépend intrinsèquement de l’enrichissement des plus riches dans la société. C’est ce qu’a fait le républicain et le père de la révolution conservatrice américaine, Ronald Reagan en arrivant au pouvoir en 1981. La crise immobilière du sub prime et la faillite de Fannie et de Freddie sont en réalité les conséquences directes d’une idéologie et d’une politique mise en œuvre depuis plus d’un quart de siècle. Ce qui empêche les Américains de voir réellement l’étendue des dégâts provoqués par les orientations ultralibérales de leurs gouvernements successifs, ce sont les cartes de crédit qu’ils ont en poche que ils sont le peuple le plus endetté de la planète.  

 

La nouvelle politique économique d’inspiration libérale ne date pas de l’ère Reagan, elle remonte au début des années 1960 quand les dictatures militaires d’Amérique latine, Brésil, Argentine, Uruguay, Chili après 1973 avaient mis en place des politiques économiques inspirées par les idées des nouveaux économistes américains et par le monétarisme de Milton Friedman (voir notre article, berceau du libéralisme, les dictatures militaires d’Amérique latine). Les dictatures militaires d’Amérique allaient servir de modèle pour les Etats capitalistes d’Europe et des Etats-unis. C’est l’arrivée au pouvoir en 1979 en Grande Bretagne de Madame Thatcher qui annonce le déferlement libéral dans le monde occidental. Malgré sa réputation de dame de fer et de ses méthodes répressives et brutales contre les mineurs grévistes, des libéraux s’étaient élevés contre Madame Thatcher pour lui reprocher son manque de fermeté. C’est le cas de Friedrick von Hayek qui a critiqué le premier ministre britannique pour sa « mollesse » et pour n’avoir pas été assez répressif à l’égard des syndicats ouvriers anglais. En 1981, bousculé par l’affaire des otages américains à Téhéran, Jimmy Carter perd les élections au profit du républicain Ronald Reagan qui met en place une nouvelle politique économique d’inspiration ultra-libérale.     

 

L’année 1981, c’est l’année de l’arrivée du Républicain Ronald Reagan au pouvoir aux Etats-Unis et pour mémoire celle du socialiste Mitterrand en France. Le point commun entre Reagan et Mitterrand, c’est que les deux voulaient rompre avec le passé et avec les politiques économiques de leurs prédécesseurs. Reagan et son équipe ont tenu leurs promesses alors que la mitterandie n’a fait que renforcer le capitalisme en France et en Europe. Fermons cette courte parenthèse. Quand Reagan prend possession du bureau ovale de la Miaon Blanche, il avait emmené dans ses bagages, à l’instar de Pinochet au Chili, une équipe de jeunes théoriciens adeptes de l’archéo-libéralisme de l’Ecole de Chicago et du monétarisme de Milton Friedman. La nouvelle politique économique de l’ère Reagan s’inspire de la théorie de l’offre(Supply side economics). qui repose sur quelques idées simples pour ne pas dire simplistes. Pour relancer l’activité économique, il faut stimuler la production (l’offre) en encourageant les particuliers et les entreprises à produire et à investir par le biais d’une réduction d’impôts (l’équivalent français, le bouclier fiscal de Sarkozy). Les pertes des recettes fiscales de l’État sont compensées par la réduction de son train de vie et de ses interventions de toute nature, ce qui a pour effet d’accélérer la croissance. Le maître d’œuvre de cette politique fut un jeune archéo-libéral nommé directeur de budget, David Stockman. Prélude à la mise en œuvre de sa politique économique, Reagan annonce une réduction de la fiscalité car, croyait-il, que la charge fiscale était trop lourde aux Etats-Unis.( Sarkozy et Fillon ont dit et disent la même chose aujourd’hui en France). Les nouvelles dispositions fiscales relatives aux entreprises et aux particuliers ont été signées le 13 août 1981 comportant des allègements d’impôts pour les personnes physiques et pour les entreprises.

 

Pour compenser les pertes des recettes fiscales de l’État, la première mesure prise par l’administration Ronald Reagan est une réduction drastique dans les dépenses sociales en posant des règles d’attribution beaucoup plus contraignantes qu’à l’époque du New Deal notamment pour obtenir des: bons alimentaires, des repas gratuits à certains écoliers, des prêts aux étudiants, une retraite complémentaire, et des subventions médicales. D’autres réductions substantielles ont été décidées dans d’autres domaines comme le transport, la poste, la recherche scientifique(à l’exception de la recherche militaire), l’infrastructure routière etc. Passée l’euphorie du début, l’équipe gouvernementale a dû déchanter car le déficit budgétaire n’a cessé de se creuser et le premier à critiquer les limites de la nouvelle politique économique de Reagan n’était autre que le directeur du budget en personne, David Stockman qui avait suggéré dans un article que le programme gouvernemental n’était pas de nature à réduire le déficit budgétaire mais seulement à enrichir les plus riches. Finalement, l’histoire lui a donné raison à juger par les inégalités sociales qui se sont amplifiées depuis 25 ans et d’après les études réalisées sur la pauvreté aux Etats-Unis, le nombre de pauvres au augmenté de 26% entre 2000 et 2005, ce qui représente un pourcentage assez élevé pour un Etat aussi riche et aussi développée que les Etats-Unis. Les conditions de vie d’un pauvre américain, noir ou blanc, habitant à Harlem ou à Chicago sont pratiquement les mêmes que celles d’un habitant du Bangladesh, le pays le plus pauvre du monde. 

 

Comme les années précédentes, l’année 1981 se termine aux Etats-Unis par une récession frappant notamment les deux secteurs clés de l’économie américaine, l’automobile et le bâtiment. Profitant de la récession et de la politique de réduction des dépenses sociales, l’administration Reagan et le patronat ont saisi une occasion en or pour frapper un grand coup et pour modérer les revendications salariales marquant ainsi le commencement du démantèlement de tous les acquis sociaux obtenus notamment en matière de protection sociale et droits sociaux depuis la période du New Deal. La crise était alors une chance à saisir et une aubaine pour les capitalistes du monde entier qui ont trouvé la parade pour mener une offensive idéologique d’une grande ampleur avec à la clé la réhabilitation de la loi du profit, la restauration d’un capitalisme discrédité et des hiérarchies contestées et l’envoi aux oubliettes de l’histoire toutes ces sources d’intolérables ponctions sur les profits et sur le capital et qui entravent le bon fonctionnement de la sainte loi du marché : le droit au travail(en le remplaçant par le droit du travail dans le projet du traité constitutionnel européen), la priorité au plein emploi, la croissance régulière du pouvoir d’achat des salariés, la protection contre les licenciements, le salaire minimum, l’essor des services publics et des garanties sociales. Grâce à Ronald Reagan et ses huit ans de pouvoir aux Etats-Unis, l’archéo-libéralisme de l’école de Chicago a trouvé un puissant levier médiatique et politique pour inoculer son venin dans le monde entier en réussissant à convaincre la terre entière que le salut des hommes passe désormais par l’enrichissement des plus riches et par l’appauvrissement de l’écrasante majorité de la population. Il ne suffit pas de convaincre les récalcitrants, c’est-à-dire les communistes et les marxistes, il fallait passer à l’acte et mettre en place les mesures nécessaires pour l’épanouissement du grand capital. Pour ce faire, en même temps que l’offensive idéologique des archéo-libéraux, faire sauter des verrous et le premier verrou à faire sauter était le démantèlement de l’Etat-providence. Les boîtes de communication et les instituts de marketing politique ont forgé le mot réforme. Ainsi le mot réforme est-il devenu la nouvelle symphonie du monde politico médiatique. mais que signifie au juste le mot réforme dans la bouche d’un archéo-libéral ? Réformer quoi ? Réformer l’Etat pour rendre plus de services aux citoyens ? Ou plutôt démanteler un type d’Etat qui a trop gâté les pauvres et les chômeurs en leur donnant de temps en temps quelques miettes pour calmer la tension haineuse de la déchetterie sociale qui regarde impuissante tous ces objets crachés par l’industrie, alignés à perte de vue dans les magasins sans pouvoir les acquérir faute de salaire suffisant ou de revenu ?

 

A vrai dire, la bête noire de l’archéo-libéral n’est pas l’État lui-même avec sa police, son armée et ses écoles, car la classe capitaliste a toujours besoin de ces appareils répressifs et idéologiques pour maintenir et perpétuer sa domination sur l’ensemble de la société. L’archéo-libéral a donc toujours besoin de l’Etat-gendarme pour bien protéger les privilèges de la propriété capitaliste. Pour la circulation des hommes et des marchandises, un archéo-libéral a aussi besoin d’un Etat-entrepreneur chargé de la construction des voies de communication entre les différents points des territoires. Mais le vrai cauchemar de l’archéo-libéral, c’est l’Etat appelé l’Etat-providence qui distribuait jadis périodiquement quelques subsides aux pauvres et qui donnait de temps en temps des miettes à la déchetterie sociale que l’on peut comparer sans hésitation à la déchetterie des produits radioactifs rejetés par les centrales nucléaires. Il ne faut pas rêver si l’Etat distribue de l’argent aux pauvres et aux chômeurs, c’est tout simplement pour acheter la paix sociale et pour empêcher au bout du compte l’intolérable atteinte aux droits de la propriété capitaliste. Si notre archéo-libéral manifeste tant de haine à l’égard de l’Etat-providence, c’est parce qu’il pense à juste titre que ce sont ses impôts qui servent à entretenir le « niveau de vie » des pauvres et des spoliés par la loi de la jungle capitaliste. Mais là où notre archéo-libéral se trompe et il ne voit pas plus loin que son nez, ce n’est la maudite somme qu’il verse tous les ans au fisc qu’il faudra payer pour empêcher la horde des « délinquants » pour reprendre un jargon médiatique à la mode mais mille fois la somme acquittée. Que notre archéo-libéral fasse bien ses calculs s’il avait à payer lui-même des milices privées pour protéger ses biens et sa précieuse propriété, il ne tardera pas sans doute à se faire raison et à trouver finalement dans la politique de redistribution( des miettes) de l’Etat-providence à la fois son compte et son compte bancaire.

 

Dans la ligne de mire de l’offensive idéologique menée par les archéo-libéraux depuis le début des années 1980, ce n’est donc pas l’État en tant tel avec sa police, son armée, ses écoles d’endoctrinement des enfants dès l’âge de deux ans et sa politique d’aménagement des territoires, mais seulement l’Etat qui prodigue de l’assistance aux classes exploitées de la société. C’est Milton Friedman lui-même qui confirme que le problème le plus délicat pour un libéral (mais pour nous pour un archéo-libéral) est celui de l’assistance. Pour un autre grand nom de l’archéo-libéralisme, Clement Colson, l’assistance a des effets pervers pour trois raisons : 1) elle favorise une croissance exagérée de la population ; 2) elle contrarie la loi de la sélection naturelle ; 3) elle représente une charge trop lourde pour la partie aisée de la population due à une fiscalité trop lourde.

 

En définitive, en suivant le raisonnement de nos archéo-libéraux, la nationalisation de Fannie et de Freddie n’est guère une aberration idéologique, car l’ennemi à abattre n’est ni l’État répressif qui utilise l’armée et la police pour protéger les privilèges de la propriété capitaliste ni l’Etat qui intervient pour protéger les intérêts capitalistes malmenés par les contradictions du mode de production capitaliste. Les archéo-libéraux sont seulement contre un certain type d’Etat, en l’occurrence l’Etat-providence qui donnait de temps en temps des miettes et des subsides à la déchetterie sociale. L’euphorie des bourses mondiales provoquée par l’annonce de la nationalisation de Fannie et de Freddie confirme l’idée que l’archéo-libéral n’est pas hostile à l’intervention de l’Etat quand il vient au secours des intérêts capitalistes. Rêvons un peu et imaginons ce que seraient les réactions des bourses mondiales si le Secrétaire d’État au trésor annonçait la décision du gouvernement fédéral de distribuer 200 milliards de dollars(la somme affectée à Fannie et Freddie) aux 80 millions d’américains vivant au dessous du seuil de la pauvreté. Sans doute, le champagne coulera-t-il à flot dans les rues pauvres de Harlem et de Chicago et les habitants de ces quartiers sauront sûrement apprécier ce cadeau tombé du ciel. Mais en attendant ce miracle, ils vont pouvoir continuer à vivre dans la dure réalité que leur impose la loi de la jungle capitaliste.

 

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : nationalisation Fannie et Freddie, libéralisme, politique économique, Ronald Reagan,

 

Prochain article ; Elections américaines, LES DEUX PARTIS UNIQUES