Archives pour janvier 2009

LE GOUVERNEMENT FRANCAIS ET L’INTERVENTION “NON HUMANITAIRE”

janvier 27, 2009

LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS ET L’INTERVENTION « NON HUMANITAIRE »

Par Haïcem MANAA

Article publié dans le quotidien ALQDS ALARABI du 27 janvier 2009

Traduit par F.ELMIR

 

L’arrivée du président français, le seul avec Jean Marie le Pen à refuser de répondre au questionnaire adressé par la Ligue des droits de l’Homme à tous les candidats aux présidentielles, et la nomination(aux affaires étrangères)[1] de Bernard Kouchner, l’allié inconditionnel de l’Etat hébreu, portent un coup à l’image de la France et à sa réputation au sein des associations et des organisations populaires, des sociétés civiles arabes et des Ligues des droits de l’Homme-je veux dire par là les organisations qui ne sont pas soumises aux aléas du financement-, et même en France parmi les défenseurs des droits de l’Homme et du travail humanitaire.

 

Considérés comme des amis dignes de confiance, Sarkozy et Kouchner ont été mis à l’avance au courant des préparatifs de la guerre sur Gaza comme l’ont confirmé plusieurs responsables israéliens. Bien plus, le gouvernement israélien leur a demandé (à Sarkozy et Kouchner) la conclusion d’un accord de partenariat privilégié avec l’Union européenne non pas à la fin de la présidence française(c’est-à-dire durant la période des fêtes de fin d’année considérée comme une période favorable à la conclusion dédit accord) mais le 8 décembre 2008 pour ne pas entraver l’opération israélienne de fin d’année qui selon les termes du prix Nobel de la mort, Shimon Peres, «a réalisé  en 16 jours ce que l’humanité n’a pu faire pendant 16 ans de lutte contre le terrorisme »

 

Livni(Tsivi, actuelle ministre israélienne des affaires étrangères), qui vécut à Paris entre 1980 et 1984 sous un faux nom, assassina en l’empoisonnant, un savant irakien spécialisé dans la physique nucléaire chez qui elle travaillait comme servante. Un mandat d’arrêt a alors été lancé à son encontre d’abord sous son faux nom puis sous son vrai nom mais le lobby juif réussit à enterrer l’affaire. Cette même Livni donnait des embrassades à Kouchner devant les portes de l’Elysée pendant que les enfants de Gaza mouraient sous les décombres, victimes des bombardements et des armes prohibées et meurtrières. Au cours d’une émission sur la deuxième chaîne(France 2), l’ambassadeur de l’Etat hébreu à Paris déclare « quand Docteur Kouchner dit qu’il faut dialoguer avec le Hamas, nous allons le faire immédiatement ». L’attachée aux droits de l’Homme de l’ambassade israélienne hurlait en même temps en disant : arrêter de présenter Gaza comme une victime.

 

Alors que la police française procédait au démantèlement, place Stalingrad, d’une tente de solidarité avec le peuple palestinien, elle laissait l’association (juive) Migdal organiser une fête de solidarité avec l’unité militaire(israélienne) qui quadrille la Cisjordanie par 700 barrages. Ce qui constitue une provocation flagrante à l’égard de tous les démocrates, des défenseurs des droits de l’Homme et de la communauté arabe et islamique. Face à une forte mobilisation populaire qui avait rassemblé un million de personnes dans toutes les villes françaises dénonçant les atrocité israéliennes à Gaza, Kouchner et Sarkozy déclaraient hypocritement « Nous dénonçons l’importation du problème du Moyen Orient sur les territoires français ». Un grand nombre d’intellectuels, d’artistes et de résistants, dont Raymond Aubrac (parmi les premiers résistants français et compagnon du Général de Gaulle), Carole Bouquet (actrice et militante des droits de l’Homme), Rony Brauman (ancien président des médecins sans frontières), Monique Chevalier Gendreau(militante pour des nations alternatives et unies), Regis Debray(penseur de gauche et ancien conseiller de Mitterand), Stephane Hessel (ambassadeur aux droits de l’Homme), Miry Mendes France(fille de Franz Fanon), Gilles Perrot(l’écrivain de gauche connu), demande à Sarkozy l’envoi d’un navire hôpital sur les côtes de Gaza pour soigner les blessés palestiniens, surtout que la République française avait été l’initiatrice aux Nations unis de plusieurs décisions sur le Corridor humanitaire. Mais le président français a décidé d’envoyer une frégate pour patrouiller tout le long des côtes avec Gaza pour interdire l’arrivée d’armes à la résistance palestinienne alors qu’en même temps les armes en provenance de la « République des droits de l’Homme », qui est aussi le premier exportateur d’armes de l’Union européenne vers Israël sont déchargées dans les ports israéliens.   

 

Après avoir accolé l’étiquette de terroristes à des dizaines d’associations musulmanes françaises, le ministre de l’Intérieur Sarkozy est le premier responsable européen à coopérer avec les listes noires américaines. Il a interdit à 13 académiciens et travailleurs humanitaires, originaires de l’Arabie Saoudite, d’assister à un congrès à Paris destiné à la formation d’une confédération mondiale du travail humanitaire(Le Bureau international des associations humanitaires et d’entraide). Après cela, il a donné des instructions de poursuite à l’encontre de tout musulman français voulant partir dans une région de conflit. C’est-à-dire l’Afghanistan et l’Irak. Certains citoyens français ont ainsi été condamnés à sept ans de prison pour s’être rendus en Irak sans épargner ceux qui avaient seulement l’intention de s’y rendre. Non seulement, le gouvernement (français) n’a rien fait pour faire libérer ses citoyens emprisonnés dans les prisons américaines en Irak, il a dépêché un officier des renseignements généraux et un autre du ministère des affaires étrangères à Guantanamo pour aider la direction de la prison contre les prisonniers d’origine française. Toutes ces mesures contraignantes prises à l’encontre des citoyens français d’origine musulmane, on ne les trouve pas quand il s’est agi des « prisonniers » de « l’Arche de Noë » ou des soldats français engagés dans l’armée israélienne. Bien au contraire, il existe un site internet sous le nom « le service civil en Israël » avec un numéro de téléphone et de fax et le paiement d’un billet d’avion pour servir dans l’armée israélienne. Sous la couverture du service civil, le site n’hésite pas à mettre en ligne des images de volontaires en séance d’entraînement, en train de manier les armes et en déclarant leur fierté d’avoir combattu sur le front Nord durant l’agression sur le Liban(en été 2006). Monsieur Sarkozy n’a rien fait pour arrêter ces volontaires (engagés dans l’armée israélienne) malgré leurs déclarations prouvant leur participation dans des activités militaires. Qui importe donc le conflit en France : ceux qui défendent les victimes ou ceux qui se battent dans l’armée d’agression ? Qui crée la division entre des français d’origine arabe et musulmane et une classe politique ayant pris fait et cause pour l’agression israélienne sur Gaza ? Qui est le vrai responsable de la démission de tous les membres de « l’amicale juive et musulmane » en l’absence d’un minimum de solidarité avec les victimes de Gaza ?

 

Cette politique destructrice menée par le tandem Sarkozy-Kouchner n’anéantit pas seulement les principes de la diplomatie française definis par la déclaration du général de Gaulle en 1967 sur la nature colonialiste et usurpatrice d’Israël et le refus de prendre partie pour l’agresseur, mais elle constitue le motif pour la formation en France d’un front commun groupant toutes les forces progressistes, démocratiques et les défenseurs des droits de l’Homme, qui s’opposent aux intérêts des sociétés multinationales et ceux du lobby israélien. Ce front commun doit hausser le ton et dire tout haut que le gouvernement français actuel est devenu la cinquième colonne des criminels de guerre israéliens. C’est parce que le gouvernement actuel ne représente plus la société française, qu’une résistance civile et pacifique doit s’organiser en dénonçant une politique qui met en danger les intérêts français vitaux dans le monde arabo-musulman et en préconisant une autre politique fondée sur le rapprochement entre les deux peuples arabe et français ; pour défendre sa cause, cette  résistance civile se réfère à la Déclaration des droits de l’Homme et des citoyens, à la constitution française et à tous les engagements internationaux de la France en matière des droits de l’Homme et de la loi humanitaire internationale. 

 

 

 



[1] Les notes mises entre parenthèses ont été ajoutées par le traducteur.

NECESSITE DES MOUVEMENTS DE RESISTANCE DANS LES PAYS ARABES

janvier 26, 2009

NÉCESSITÉ DES MOUVEMENTS DE RÉSISTANCE DANS LES PAYS ARABES 

 

Ce lundi, se réunissent à Beyrouth les partis de la majorité et de l’opposition libanaises pour discuter de cette question d’une brûlante actualité : faut-il désarmer le Hezbollah ? Si l’on en croit les observateurs locaux, les protagonistes vont parler de tout sauf de cette question qui revient à intervalles réguliers sur le devant de la scène libanaise surtout après la dernière guerre israélienne sur Gaza. Les partis de la majorité, partisans du désarmement du Hezbollah disent que seul l’Etat a le droit de posséder des armes pour défendre ses citoyens contre une agression étrangère. Les partis d’opposition et les représentants du Hezbollah leur rétorquent que l’armée libanaise n’a pas les moyens de défendre la patrie contre une agression étrangère et l’expérience des guerres israéliennes contre le Liban depuis 1982 montre que l’armée libanaise ne fait aucunement le poids face à l’ennemi sioniste et que la libération des territoires libanais en 2000 après dix-huit ans d’occupation était due au mouvement de la résistance libanaise menée par le Hezbollah.

 

Incontestablement, ce sont les arguments du Hezbollah qui sont pertinents, car, ce qui a libéré le Liban de l’occupation israélienne en mai 2000, ce n’est par l’armée libanaise mais le mouvement de la résistance libanaise menée par le Hezbollah et des partis politiques laïcs comme le parti communiste libanais. Pendant les dix-huit années d’occupation du pays par l’armée israélienne, l’armée libanaise n’a opposé aucune résistance à l’occupant. Bien plus, une faction de cette armée, l’ALS, formée de soldats chrétiens du sud du Liban, s’est transformée en une armée supplétive de l’armée sioniste. Par ailleurs, du fait de sa composition multiconfessionnelle, l’armée libanaise est loin de présenter une garantie de cohésion en cas d’agression sioniste et elle se désagrègera au fur et à mesure de l’exacerbation des tensions confessionnelles. Il a suffi de quelques semaines après les événements du 13 avril 1975 pour que cette armée libanaise vole en éclat, ouvrant la voie à une guerre civile qui a duré 15 ans et qui a fait des centaines de milliers de morts. Outre cet aspect multiconfessionnel, les puissances impérialistes interdisent à l’armée libanaise comme à toutes les armées arabes de la région du Moyen Orient de posséder des armes perfectionnées susceptibles de mettre en cause la supériorité militaire israélienne. Car les technologies militaires dernier cri et les plus perfectionnées doivent aller exclusivement à la colonie occidentale du Moyen Orient, Israël. C’est pourquoi les armées arabes n(ont pas fait le poids lors de la guerre des Six Jours de juin 1967. C’est justement cette guerre éclair qui a fait naître l’esprit du défaitisme et de la résignation dans la tête de l’homme arabe et c’est cette idée de l’invincibilité de l’armée israélienne qui a conduit les régimes arabes à tous les compromis possibles en bafouant d’abord les droits légitimes des peuples palestiniens et signant des accords et des traités aussi humiliants les uns que les autres pour leurs peuples.

 

BUDGETS MILITAIRES DES RÉGIMES ARABES EN FLÈCHE

 

D’après le rapport 2008 de l’institut suédois, SIPRI, les budgets de défense des pays du Moyen Orient ont connu une croissance spectaculaire au cours des dernières décennies. C’est la région du monde qui a connu la plus forte croissance des dépenses militaires avec une augmentation de 62% depuis 1998, soit la somme de 91,5 milliards de dollars en 2007. Tous les Etats du Moyen Orient ont vu leurs budgets militaires augmenter de 30% par rapport à 1998. Les hausses les plus spectaculaires ont été enregistrées par les monarchies du Golfe en raison de l’acquisition par ces Etats de technologies militaires dernier cri et à forte valeur ajoutée. Pour l’année 2007, les trois Etats de la région ayant consacré le plus d’argent à l’armement sont l’Arabie Saoudite(35,5 milliards de dollars, soit 39% du total régional, Israël(13,5 milliards soit 15% et l’Iran(8,6 milliards soit 9,4%). L’Arabie Saoudite fait partie des dix pays les plus dépensiers en armements à l’échelle planétaire en se classant à la huitième position avec 3% des dépenses militaires mondiales. Une grande part du PIB des pays du Moyen Orient va à l’armement et aux dépenses militaires avec 8,5% pour l’Arabie Saoudite, 8% pour Israël et 11,2 % pour Oman. Par ailleurs, à l’exception d’Israël, tous les Etats du Moyen Orient dépendent du complexe militaro-industriel occidental et ils sont tributaires des fabricants d’armes qui se trouvent aux Etats-Unis, en Europe en Russie et en Chine. L’essentiel des importations du Moyen Orient a été réalisé par cinq Etats : Les Emirats Arabes unis (35% du total des importations du Moyen Orient), Israël(20%), l’Egypte(17,5%), Arabie Saoudite(7%) et l’Iran(5,5%). Cela veut qu’en cas de menace sur la sécurité de l’Etat sioniste, les Etats-Unis et l’Europe peuvent décréter un embargo sur la vente d’armes en direction des Etats hostiles à Israël rendant ainsi inutilisables et non opérationnels tous leurs armements. Le cas de l’Irak est éloquent à cet égard avec l’embargo imposé à ce pays de 1991 à 2003 et qui a cloué au sol les avions irakiens faute de pièces de rechange.

 

A l’exception de l’Iran et de la Syrie, tous les pays du Moyen Orient sont des alliés des Etats-Unis et de l’Occident en général. Quand Israël consacre tant d’argent à l’armement, c’est pour faire des guerres et pour maintenir son occupation des territoires arabes et palestiniens. Mais qu’en est-il des sommes colossales consacrées par les Etats arabes ? Il y a tout lieu de penser que les armes achetées par ces pays sont destinées non pas à combattre un ennemi extérieur mais plutôt à un ennemi intérieur, leurs peuples. Pourquoi les Etats arabes du Moyen Orient consacrent-ils des sommes faramineuses pour acheter des armes alors que leurs peuples vivent dans la misère, dans la privation ? Pourquoi tous ces milliards dépensés annuellement à acheter des armes dernier cri n’iront-ils pas à l’élévation du niveau de vie et d’instruction des peuples arabes ? Mais si les priorités de ces régimes vont plutôt à l’armement et non pas à l’instruction et au progrès social et économique c’est parce qu’ils ont peur de leurs propres peuples. C’est pourquoi les peuples arabes doivent s’organiser en mouvements de résistance à la fois pour se défendre contre les régimes politiques qui les oppriment et qui les maintiennent dans l’ignorance et l’humiliation et contre l’entité sioniste usurpatrice de la terre palestinienne.

 

DES MOUVEMENTS DE RÉSISTANCE PAS CHERS ET PLUS EFFICACES

 

Pour s’opposer à leurs régimes répressifs et pour combattre leur ennemi commun, l’Etat sioniste, les peuples arabes du Moyen Orient n’ont pas deux ou trois solutions ; ils n’en ont qu’une seule, la résistance. Après la guerre du Liban de l’été 2006 et la guerre de Gaza, les peuples du Moyen Orient ont maintenant acquis la certitude qu’ils auront deux ennemis à combattre : leurs propres gouvernements et l’Etat sioniste. Les gigantesques manifestations de soutien des peuples arabo-musulmans aux Gazaouites ont mis à nu des régimes politiques pourris jusqu’à la moelle. Les guerres du Liban en 2006 et celle de Gaza aujourd’hui montrent comment quelques familles féodales régnantes au sein du monde arabo-musulman usurpent et bradent la volonté de quelques trois cents millions d’individus faisant partie d’une seule aire géographique et linguistique qu’est le Moyen Orient. Ces mouvements de résistance qui émergent progressivement sur la scène du Moyen Orient auront d’abord à se défendre contre des ennemis intérieurs et contre l’entité sioniste. Les mouvements de résistance sont beaucoup plus efficaces que les armées régulières et ils peuvent se révéler à la longue d’une redoutable efficacité. Ces mouvements de résistance sont beaucoup plus homogènes du fait qu’ils groupent des hommes unis par des croyances et des idéaux qui les motivent et qui les poussent à se donner à fond pour leur cause commune. Alors que les soldats des armées permanentes sont mus par le seul intérêt matériel, le solde, d’où le terme soldat. Les soldats des armées régulières sont des mercenaires payés pour faire la guerre sans trop croire à la cause pour laquelle ils sacrifient leurs vies. La désagrégation rapide de l’armée irakienne en 2003, comme celle des armées arabes pendant la guerre de 1967 montrent les limites des armées régulières à faire face aux agressions étrangères. Les deux guerres du Liban et de Gaza sont des contre-exemples qui prouvent l’efficacité des mouvements de résistance qui, malgré leur infériorité numérique et logistique, peuvent faire face à des armées régulières qui  leur sont supérieures militairement. Cela veut dire concrètement que pour gagner une guerre, il ne suffit pas d’avoir à sa disposition des effectifs militaires en grand nombre ou des technologies militaires dernier cri mais il existe d’autres variables qui se révèlent beaucoup plus décisives comme les croyances idéologiques des combattants et la noblesse de la cause pour laquelle ils combattent. Quelques centaines de combattants libanais et palestiniens ont pu affronter sans problème des dizaines de milliers de soldats et de réservistes sionistes. Il est vrai que ce sont les civils qui paient toujours le prix de cette guerre asymétrique mais l’histoire des mouvements de libération nationale a montré que la victoire a toujours été du côté de la partie faible militairement.

 

Les combattants des mouvements de résistance et de libération nationale n’ont pas pour vocation de mener une guerre frontale contre leur ennemi mais une guerre d’usure destinée à saper son moral et à créer le doute dans sa capacité à vaincre. Tout le travail des mouvements de résistance consiste à user les nerfs de l’ennemi et à le démoraliser. Le principe de base des mouvements de résistance est d’attaquer et de se cacher en changeant sans cesse d’endroits puis de recommencer plus tard avec la même technique de harcèlement de l’ennemi. Il faut faire sentir à ce dernier qu’il ne sera nulle part en sécurité et qu’il peut tomber à tout moment dans un traquenard. Le combattant d’un mouvement de résistance doit utiliser la technique d’usure des nerfs de son ennemi qui, à la longue, résigné et découragé, va finir par se décider à plier bagage et à fuir la terre et le pays qu’il a occupés injustement. Les mouvements de résistance ne doivent jamais être pressés ; ils doivent s’armer de patience et miser sur la durée et non sur la seule action immédiate. Sans huit années de luttes et de combat de 1954 à 1962 contre les colonisateurs français, l’Algérie serait aujourd’hui toujours un département français. Dans le cas d’Israël, une colonie implantée au cœur du Moyen Orient par les puissances impérialistes au début du XXe siècle, les mouvements de résistance libanais, palestiniens mettront peut-être plus ou moins de huit années pour venir à bout de l’Etat sioniste. Mais ce qui est sûr, grâce à leur persévérance, ils finiront à la longue par user les nerfs et des sionistes et de leurs protégés, les Etats impérialistes. C’est une leçon d’histoire et non pas une pure fantaisie de l’imagination. Après tout, la France était obligée d’abandonner la terre d’Algérie après 132 années de colonisation. Pourquoi le sort d’Israël en sera-t-il différent ?

 

Pour terminer cet article, il suffit de mentionner les dangers auxquels sont exposés les deux mouvements de résistance libanais et palestiniens. Depuis la fin de la guerre du Liban en août 2006, les puissances impérialistes cherchent en vertu de la résolution 1701 à empêcher le Hezbollah de s’armer et de perfectionner ses armements. L’embargo maritime se révélant insuffisant, les Etats-Unis, Israël et l’Europe utilisent tous les stratagèmes pour désarmer le Hezbollah et cherchent parallèlement à renforcer militairement l’armée libanaise. Après la guerre de l’été 2006, les Etats-Unis et Israël, avec l’aide de la Jordanie, des Emirats Arabes unis(EAU), l’Egypte et l’Arabie Saoudite ont armé leurs alliés libanais. Une nouvelle guerre civile a failli éclater cet été quand les militants du Hezbollah avait occupé la moitié ouest de Beyrouth. Cette guerre civile qui avait pour objectif d’affaiblir militairement le Hezbollah a été évitée de justesse grâce à l’accord de Doha et l’élection d’un nouveau président libanais, Michel Souleiman. La stratégie actuelle du nouveau président consiste à doter l’armée libanaise d(armement lourd comme l’acquisition de dix avions russes Mig 29, des véhicules blindés, des hélicoptères et des stations radars. Ce qui semble curieux dans cette histoire, c’est que jusqu’ici les Etats-Unis et Israël s’étaient toujours opposés à l’acquisition par le Liban de matériel militaire lourd et plus performant pour ne pas remettre en cause la supériorité israélienne. Cependant le renforcement de l’armée libanaise s’insère dans une stratégie américano sioniste visant à doter l’armée libanaise de matériel lourd destiné à combattre le Hezbollah. Après avoir échoué en été 2006 à briser la puissance militaire du Hezbollah, les Etats-Unis, Israël et les Etats arabes « modérés » changent de stratégie en essayant de renforcer l’armée libanaise face au parti chiite.

 

 

L’autre mouvement de résistance qui est actuellement en ligne de mire des régimes arabes réactionnaires, de l’Europe et des Etats-Unis, est le Hamas palestinien. Tout le monde est d’accord pour admettre que la guerre menée par Israël contre le mouvement de résistance palestinien avait été décidée en accord avec l’Egypte et l’Arabie Saoudite. Selon certaines sources bien informées, c’est bien l’Arabie Saoudite qui a assuré le financement de la campagne militaire israélienne sur Gaza. Pour finir le travail commencé par Israël pendant 22 jours de bombardements, l’Egypte, les Etats-Unis et la France cherchent actuellement, comme pour le cas du Hezbollah libanais, à empêcher le Hamas de s’armer et de perfectionner son armement. Tout récemment, des soldats égyptiens ont été envoyés au Texas pour s’entraîner à la détection des armes dans les tunnels. 1500 soldats égyptiens supplémentaires ont été déployés tout le long des frontières entre l’Egypte et Gaza. Sans parler de l’accord conclu le 16 janvier en Condolezza Rice et Tsivi Livni visant à empêcher l’arrivée d’armes au Hamas. Sur ordre de Sarkozy, une frégate française commence à patrouiller le long des côtes avec Gaza pour priver le Hamas de son droit de s’armer et de mener sa résistance face à l’occupation sioniste.

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 Alors qu’en même temps, l’Union européenne a vendu à l’Etat sioniste des armes pour un montant de 200 millions d’euros en 2007(Article dans EUOBSERVER, par Leigh Phillips, Arms exports to Israël from EU worth 200 millions euros, 10/01/2009). Pourquoi Israël aura-t-il le droit de s’armer jusqu’aux dents alors que l’on cherche à interdire au Hamas le droit de se défendre face à la barbarie sioniste ? Comprendra qui pourra.

 

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : armées, pays arabes, mouvements de résistance, dépenses militaires.

LES SIONARDS EUROPEENS

janvier 19, 2009

LA SOLIDARITÉ DES SIONARDS EUROPÉENS AVEC LEUR ÉTAT VOYOU DU MOYEN ORIENT

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A peine les armes tues à Gaza que les sionards européens se sont précipités en Israël pour remercier cet Etat voyou pour le travail accompli durant ces trois semaines de bombardements qui ont fait 1310 morts et environ 5000 blessés sans parler de toutes les destructions causés et les armes de destruction massive utilisées contre les populations civiles(phosphore blanc et plomb d’un genre un peu spécial). Conduits par le premier des sionistes français, Nicolas Sarkozy, et après un crochet à Sharm el Cheikh pour rencontrer le traître arabe et la marionnette Mubarak, le premier ministre britannique Gordon Brown, le premier ministre espagnol Zapataro, le premier ministre italien Berlusconi, le premier ministre tchèque et actuel président de l’Union européenne, Mirek Topolanek, et la chancelière allemande Angela Merkel se sont rendus comme des élèves sages chez le premier ministre israélien Ehud Olmert pour lui témoigner leur reconnaissance et leur gratitude pour les milliers de palestiniens dont les corps ont étré déchiquetés par les bombes.

 

Officiellement, les sionards européens sont allés en Egypte et en Israël pour parler de la paix au Moyen Orient et de la manière de faire respecter le cessez le feu entre Israël et la Hamas. Mais, en réalité, les sionards européens se sont précipités pour rassurer leur Etat voyou et criminel qui, une fois encore en trente mois, perd sa guerre contre un deuxième mouvement de résistance arabe après celle menée contre le Hezbollah libanais en été 2006. Les sionards européens et sûrement le sionard américain Obama qui va prendre ses fonctions demain, commencent sérieusement à se faire des soucis et à se poser des questions angoissantes sur la réalité d’une armée israélienne réputée invincible. Les sionards européens savent aujourd’hui et le fiasco de la guerre de Gaza l’a amplement montré, que leur Etat voyou implanté au cœur du Moyen Orient va bientôt être rayée de la carte politique de cette région du monde. J’ai lu récemment une interview d’un général à la retraite qu’en cas de menace sérieuse de sa sécurité, Israël serait tenté d’utiliser l’arme nucléaire. Il est vrai que l’arme anéantirait mille fois toute la région du Moyen Orient mais cela revient au même, Israël s’anéantirait lui-même aussi. Les stratèges militaires le savent bien, l’arme nucléaire n’est pas faite pour s’en servir mais pour dissuader, car celui qui serait tenté tant soit peu par son utilisation sait pertinemment à quoi il s’exposerait.

 

Tout ce que peuvent faire actuellement les sionards européens, c’est de manœuvrer pour sauver politiquement leur Etat voyou par des traités et des accords de paix aussi bidons les uns que les autres. Ils essaient d’empêcher le Hamas de se doter de nouvelles armes pour la nouvelle guerre que le mouvement palestinien commence déjà à préparer. Ce qui inquiète à présent nos sionards européens, c’est comment empêcher le creusement de nouveaux tunnels et l’arrivée de nouvelles armes. C’est le sens de l’accord conclu vendredi dernier entre Livni et Rice.

 

La paix au Moyen Orient, c’est le cadet des soucis de nos sionards européens. Pendant que nos sionards parlent de paix, ils préparent déjà avec leur Etat voyou la prochaine guerre. L’Etat français est le premier pourvoyeur d’armes de l’Etat juif. C’est à quoi vont travailler nos sionards européens, ce sont les combines et les manœuvres politiques et diplomatiques pour assurer la sécurité et la pérennité de leur Etat voyou du Moyen Orient. Cette solidarité sans faille des sionards européens avec leur Etat voyou, les peuples arabo-musulmans et tous les mouvements progressistes du monde l’ont bien compris surtout après la leçon de la guerre de Gaza. Ils savent qu’ils ne seront jamais en paix tant qu’un Etat voyou sera toujours niché au cœur de ce Moyen Orient. C’est pourquoi, les peuples de cette région vont devoir travailler dur et faire tout ce qui est en leur possible pour extirper cette vermine qui suce leur sang. Ils vont certainement souffrir mais ils sauront que ce sera pour la bonne cause, c’est-à-dire pour un Moyen Orient débarrassé du colonialisme et de l’impérialisme et de leur l’Etat voyou, Israël.

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : Sionards, Etat voyou, Moyen Orient.

HOLOCAUSTE JUIF ET HOLOCAUSTE PALESTINIEN:COMPAREZ

janvier 18, 2009

 

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LA FIN DE L’ETAT D’ISRAEL

janvier 8, 2009

LA FIN DE L’ÉTAT D’ISRAËL :

LE COMPTE A REBOURS A DÉJÀ COMMENCÉ

Seul un naïf pourrait croire que la guerre actuelle menée par l’Etat d’Israël contre le Hamas dans la bande de Gaza est une réponse aux tirs de roquettes du mouvement de la résistance palestinienne. Tirs de roquettes ou pas, cette guerre, l’Etat hébreu l’avait prévue et voulue ardemment depuis sa dernière guerre ratée contre le Hezbollah libanais. Après l’assassinat le 12 février 2008 dans une rue à Damas, d’Imad Moughnieh le chef militaire du parti chiite libanais, nous avions publié un article sous le titre « ASSASSINAT D’IMAD MOUGHNIEH: LES ENJEUX IDÉOLOGIQUES ET POLITIQUES ». Dans cet article, nous prévoyions une nouvelle guerre au Moyen Orient, une guerre menée par Israël non pas uniquement à cause de ses velléités bellicistes, ce qui est l’évidence même et sa raison d’être, mais cette fois-ci pour une simple question de survie. Voila ce que nous avons écrit à l’époque :

« Mais cette guerre du Liban n’a pas seulement entraîné l’échec de la deuxième phase du plan du Grand Moyen Orient, elle a aussi bouleversé la donne stratégique dans la région et elle a laissé des conséquences incalculables sur la société israélienne elle-même. Elle a d’abord porté un coup au moral des troupes et à l’image d’un État d’Israël invincible en remettant en cause la crédibilité de ses services secrets de renseignement notamment le Mossad, gros fournisseur par ailleurs de renseignements aux services secrets occidentaux. Parallèlement, la tenue en échec du « pouvoir aérien » et de la technique du bombardement massif continu pour démoraliser l’adversaire ouvre une nouvelle ère dans la tactique et la stratégie militaires dans cette région où les guerres étaient des guerres courtes, des guerres éclairs. Pourtant, dans sa guerre contre le Hezbollah, Israël a utilisé la technologie la plus moderne, une technologie dernier cri sortie tout juste des usines d’armement de son allié américain. Dès les premiers jours de la guerre, un pont aérien assurait le transport du matériel militaire pour être utilisé contre les civils libanais. Outre l’incapacité de l’aviation israélienne à mettre à genoux le parti chiite, l’offensive terrestre a été un fiasco total et un véritable désastre avec des réservistes mobilisés sans préparation et jetés sur les champs de bataille, hagards,affolés et désorientés voire recueillis comme des mouches, prisonniers dans les carcasses des chars Merkava assez lourds face à la mobilité des combattants chiites et pourtant considérés par la propagande officielle comme les chars parmi les meilleurs au monde. Face à l’armada israélienne, il y avait 500 combattants mobiles armés des lunettes infra-rouges, des RPG-29 Vampire, des lance-roquettes et des téléphones de campagnes, enterrés dans des zones stratégiques impossibles à détecter. Ce qui est nouveau par rapport aux précédentes guerres classiques où l’on voyait l’aviation bombarder en premier les centres militaires de communication pour couper la chaîne de commandement de l’armée avec sa base. Par sa maîtrise de la technique de la guérilla, le Hezbollah a inventé une nouvelle manière de combattre et a brisé du coup ce complexe de peur face à une armée israélienne réputée invincible, moderne, suréquipée et soutenue par la plus grande puissance militaire du monde, les USA. Si l’État hébreu a pu survivre dans un tel environnement hostile du Moyen Orient et entouré par tant d’ennemis, c’est à cause de cette image d’invincibilité de son armée qu’il a su enfoncer dans l’inconscient collectif depuis la guerre des Six jours de juin 1967 et qui a joué un grand rôle psychologique de dissuasion, faisant naître du coup un sentiment de défaitisme dans la psyché collective arabe poussant certains États comme l’Egypte et la Jordanie à préférer la voie des négociations à la guerre pour récupérer leurs territoires perdus en 1967 et en 1973. Il est bien connu que quand la peur gagne l’esprit d’un peuple, c’est la paralysie, l’inertie le manque de résistance et le défaitisme. Mais la guerre contre le Hezbollah à cassé cette légende d’invincibilité israélienne laissant des séquelles dommageables sur la cohésion de la société israélienne soudée jadis par le mythe d’une armée puissante, crainte et dissuasive. C’est cette image d’invincibilité qui a été écornée et ternie par la dernière guerre du Liban contre le Hezbollah libanais et que l’État d’Israël tente aujourd’hui de retrouver par tous les moyens à la fois pour la crédibilité de son armée et pour maintenir tout simplement la cohésion interne de la société israélienne. Sans une autre guerre avec une armée victorieuse susceptible de souder un peuple en plein désarroi et en proie aux doutes, c’est la société et l’État d’Israël qui seraient menacés de dislocation et de désintégration. C’est pourquoi la guerre du Liban a laissé un goût amer et chez les dirigeants israéliens et chez le peuple qui cherchent à tout prix une autre guerre qu’ils espèrent victorieuse pour en découdre avec le Hezbollah libanais. C’est pourquoi il conviendrait d’interpréter l’assassinat d’Imad Moughnieh comme une provocation israélienne pour une revanche et pour essuyer un affront fait au peuple juif. L’assassinat de Moughnieh, comme celui de Rafic Hariri, font partie d’un scénario à plusieurs actes. Acte I, le Hezbollah réagira pour venger la mort de son principal dirigeant militaire. Acte II, une riposte militaire israélienne avec l’espoir cette fois ci de détruire l’infrastructure militaire du parti chiite libanais et de restaurer du coup l’image d’une armée ayant perdu la bataille du Liban en 2006 mais pas la guerre. Le Tsahal pourrait essuyer une deuxième défaite et une deuxième humiliation. Dans ce cas, ce sont les rapports de forces qui se trouvent bouleversés sur la scène d’un Moyen Orient au sein duquel l’Etat croupion créé par la déclaration Balfour en 1917 ne pourra plus remplir son rôle de relais de l’impérialisme dans cette région du monde. Quelque que soit l’issue de la confrontation, la région du Moyen Orient va ressembler de plus en plus à la poudrière des Balkans. Le scénario le plus probable, c’est que les USA et leurs alliés européens vont venir au secours d’un « État ami », l’État d’Israël. Nous aurons alors une situation semblable à celle qui prévalait au lendemain de la Première Guerre mondiale avec les mêmes systèmes d’alliances mais avec des protagonistes portant des bannières différentes, le Croissant pour les musulmans contre la Croix pour les chrétiens »

Depuis la publication de cet article, bien des événements ont eu lieu notamment la crise financière actuelle annonciatrice de la fin du capitalisme et du système impérialiste mondial. Cette crise économique et financière se double d’une défaite militaire annoncée des Etats-Unis et de leurs alliés en Afghanistan et en Irak. Des grands changements géopolitiques concernent l’Amérique latine qui s’émancipe progressivement de la tutelle des Etats-unis et qui cesse d’être l’arrière-cour et la chasse gardée des multinationales américaines. De ce fait, les quelques Etats impérialistes qui contrôlent jusqu’ici la planète entière n’ont plus assez de moyens pour mener de nouvelles guerres de conquête à l’extérieur de leurs frontières. Comme l’a amplement montrée la récente guerre russo-géorgienne de l’été 2008, les Etats-Unis et leurs alliés européens se contentent aujourd’hui de condamner et de palabrer alors que pour démanteler l’ex-Yougoslavie, ils avaient utilisé la manière forte, la guerre sur le régime de Milosevic. Avec la fin du capitalisme et le desserrement progressif de l’étreinte du système impérialiste, les frontières actuelles des Etats qui ont été remodelées en fonction des impératifs de l’expansion du capital mondial vont disparaître pour laisser place à des nouvelles configurations géographiques et politiques. Ce phénomène de désintégration des anciens Etats est déjà à l’œuvre dans la région du Moyen Orient avec l’exemple irakien, un ancien Etat éclaté aujourd’hui en plusieurs cantons formés à base religieuse et ethnique. Avant l’Irak, le Liban a été divisé de facto depuis la guerre civile de 1975-1990 entre un Nord à majorité sunnite, un sud à majorité chiite et une montagne à majorité druze. Le net infléchissement de la politique étrangère turque témoigne d’une prise de conscience et de l’inquiétude de la Turquie de se voir diviser comme son voisin irakien. Puisque tous les Etats du Moyen Orient vont changer de configurations politiques et géographiques, on en déduit que l’Etat d’Israël va subir à son  tour le même sort avec cette différence et elle est de taille, la disparition pure et simple de l’Etat hébreu qui va être rayée de la carte politique du Moyen Orient. Ces changements dans les configurations des Etats du Moyen Orient prendront du temps mais ils sont irréversibles à terme.

ISRAÊL N’EST PAS UN ETAT COMME LES AUTRES

Ce qui nous amène à formuler l’hypothèse de la fin de l’Etat d’Israël, ce sont l’observation d’un certain nombre de phénomènes politiques, militaires et démographiques d’un côté comportements et l’émergence de nouvelles forces sur la scène du Moyen Orient appelées à remplacer les anciennes forces déclinantes, de l’autre. Parmi tous les Etats du Moyen Orient, Israël apparaît comme un cas à part, du fait de son histoire très récente(60 ans) et des caractéristiques de ses populations. Rappelons que les deux éléments fondamentaux qui constituent les bases de tout Etat sont l’unité de l’histoire et de la géographie. Or ces deux éléments sont absents dans le cas de l’Etat d’Israël puisque ses habitants sont formés d’immigrés juifs qui étaient des citoyens parfaitement intégrées dans d’autres sociétés, celles d’Europe occidentale et d’Europe de l’Est, des Etats-Unis et d’Afrique du Nord. Ce n’est pas l’histoire et 60 ans n’est rien dans la vie d’un Etat qui unit les habitants de ces juifs immigrants mais ce sont l’intérêt et la religion. L’appartenance religieuse n’a jamais été une condition nécessaire dans la formation des Etats. Les juifs qui sont venus en Palestine sont des hommes déracinés comme les premiers immigrants des Etats mus par le seul intérêt et l’appât du gain. Ces caractéristiques des populations israéliennes contrastent avec celles des populations arabes qui possèdent une longue histoire et vivent sur un espace géographique stable qui est celui de leurs ancêtres depuis des siècles et des millénaires. Par comparaison avec ses voisins arabes, l’Etat d’Israël apparaît donc une véritable anomalie de la nature.

RAISONS DE SURVIE DE L’ETAT D’ISRAËL

Si l’Etat d’Israël existe depuis plus de soixante ans, cette longévité relève du miracle. Car, vu l’environnement hostile dans lequel évolue cet Etat, on peut se demander comment il a pu surmonter toutes ces guerres pour parvenir ainsi à fêter ses 60 ans d’existence. On comprendrait beaucoup mieux les raisons de cette longévité si l’on remémorait  tout le travail accompli en amont par ses créateurs au début du XXe siècle, en l’occurrence par la France et la Grande Bretagne, qui avaient alors redessiné la carte du Moyen Orient d’une telle sorte qu’il ne puisse y avoir un Etat arabe susceptible de mettre un jour en danger l’existence de l’entité sioniste. Pour empêcher l’émergence d’un éventuel Etat arabe fort, il a suffi d’appliquer le principe diviser pour régner en juxtaposant et en agrégeant sur les mêmes territoires, de populations d’origine ethnique et religieux différente. Par exemple, la mosaïque ethnique et religieuse de l’Irak a beaucoup aidé les Occidentaux et Israël à dominer et à occuper ce pays en faisant jouer les Kurdes au Nord et les chiites au Sud contre le régime irakien de Saddam Hussein qui est sunnite. Quand les Américains ont occupé l’Irak en 2003, ils ont procédé à la division de l’Irak sur la base ethnique et religieuse de ses populations. Quand on dit que les frontières actuelles des Etats arabes au Moyen Orient ne sont pas naturelles, cela signifie qu’elles n’ont pas existé par la volonté de leurs habitants mais par les arrières pensées colonialistes et impérialistes des puissances européennes qui dominaient alors la région. Ce sont les divisions politiques engendrées par la nature et les formes des frontières des Etats arabes du Moyen Orient qui expliquent pourquoi l’Etat hébreu a pu survivre dans un tel environnement hostile depuis 60 ans.

D’ailleurs, il suffit d’observer que dès l’apparition d’un homme charismatique ou d’un régime nationaliste soucieux d’indépendance nationale, les puissances occidentales intervenaient pour éliminer l’homme et son régime.  Quand Nasser a voulu nationaliser le canal de Suez, l’Angleterre, la France et Israël n’ont pas hésité un seul instant à lui déclarer la guerre. C’est la France qui aidé Israël à se doter de l’arme nucléaire mais quand l’Irak de Saddam Hussein a voulu s’équiper en centrales nucléaires construites avec l’aide de la France, l’Etat hébreu a détruit les centrales nucléaires d’Osirak. Pressentant le danger que représentait le régime de Saddam Hussein pour les intérêts occidentaux et israéliens au Moyen Orient, les Etats-Unis ont poussé le dirigeant irakien à la faute en lui miroitant qu’il pouvait envahir le Koweït. Après une propagande internationale orchestrée sur l’armée irakienne présentée comme « la quatrième armée du monde », les Etats-Unis ont formée une coalition internationale pour affaiblir l’armée irakienne et pour faciliter l’intervention des pays occidentaux dans les affaires intérieures de ce pays. L’invasion de l’Irak en 2003 est le dernier acte d’une stratégie américano européo sioniste mise en place bien avant la première guerre du Golfe en 1991. L’effondrement de l’Union soviétique finit par mettre en coupe réglée tous les Etats arabes qui se sont montrés prêts à toutes les formes de concession pour faciliter la pax americana dans la région du Moyen Orient. C’est dans ce contexte que les accords d’Oslo ont été conclus entre l’OLP et Israël prévoyant la création d’un futur Etat palestinien dans une période de 5 ans.

LES FORCES CENTRIPETES

Ce sont donc les divisions des Etats arabes du Moyen Orient héritées de l’époque coloniale d’une part et des aléas des alliances dans la vie internationale d’autre part qui ont aidé jusqu’ici  l’Etat d’Israël à préserver son existence depuis soixante ans. Aujourd’hui, les conditions ont radicalement changé et c’est une nouvelle carte politique du Moyen Orient qui est en train de se redessiner avec l’émergence de nouvelles forces politiques affirmant le principe de résistance à l’Etat d’Israël. Ces nouvelles forces proclament haut et fort leur hostilité à l’Etat sioniste et elles ne sont plus enclines comme par le passé au compromis et aux tergiversations. Leurs principes sont les luttes et les résistances sous toutes leurs formes jusqu’à la réalisation de leurs objectifs. Ces nouvelles forces émergent comme des mouvements de résistance à l’hégémonie israélienne et face à un Etat qui a bafoué toutes les lois internationales et qui se comporte en toute impunité. Le Hezbollah libanais a commencé comme un mouvement libanais de résistance à l’occupation israélienne du Liban en 1982. Le Hamas est une autre force de résistance à l’occupation israélienne. Ces deux mouvements de résistance à Israël sont inspirés par la révolution iranienne de 1979. D’ailleurs, les Occidentaux ne se sont guère trompés d’ennemi quand ils ont armé Saddam Hussein durant sa guerre de huit ans contre l’Iran. Le nucléaire iranien ne date pas d’aujourd’hui mais de l’époque où les Occidentaux avaient leur homme de paille, le Shah d’Iran. Si ces mêmes Occidentaux et Israël cherchent à priver l’Iran de l’énergie nucléaire, c’est parce  l’Iran a changé de camp et il fait partie aujourd’hui de « l’axe du mal » des Etats-unis.

Sans préjuger du contenu de  leurs projets d’avenir, les nouvelles forces qui sont en cours d’émergence sur la scène du Moyen Orient, ce sont des mouvements de résistance hostiles à l’existence d’une entité sioniste dans la région. Les anciennes forces qui cherchent à perpétuer le statu quo et à conserver leurs privilèges, ce sont les régimes arabes actuels qui ne veulent pas mourir de leur mort naturelle et qui luttent bec et ongle pour retarder l’heure fatidique même par une alliance avec l’Etat d’Israël. La guerre actuelle dans la bande de Gaza illustre parfaitement les luttes entre les anciennes et les nouvelles forces sociales au Moyen Orient. Qui aurait pu penser il y a quelques années que l’Egypte, l’Arabie Saoudite les deux plus grands pays musulmans du Moyen Orient s’allier avec l’Etat sioniste pour lutter contre les deux mouvements islamiques de résistance, le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien. Mais au point où l’on se trouve aujourd’hui, il est trop tard pour inverser le cours de l’histoire, car les choses travaillent actuellement en faveur des mouvements de résistance contre les anciennes forces déclinantes du Moyen Orient, celles qui s’allient avec Israël pour briser la résistance militaire du Hamas. La guerre actuelle de Gaza va encore radicaliser un peu plus les mouvements de résistance et exacerber davantage les sentiments de haine et de colère envers l’Occident et sa créature, l’Etat d’Israël. Les mouvements islamiques radicaux vont se multiplier et se renforcer au fur et à mesure que la colère de la rue arabe monte. Un scénario de remake de la Révolution iranienne dans les Etats arabes dits modérés n’est pas à exclure et elle n’est pas une simple hypothèse d’école mais une possibilité bien réelle. Dans ce cas de figure, l’Etat d’Israël, s’il existait encore, aurait à faire face non pas à deux mouvements de résistance, le Hamas et le Hezbollah mais à une multitude de régimes hostiles qui l’entourent. L’Etat hébreu va se trouver alors encerclé par plusieurs ennemis qui cherchent à le rayer de la carte politique du Moyen Orient. Quand le président iranien Ahmadinejad prédit la disparition prochaine de l’Etat hébreu, il est difficile de savoir s’il fonde ses prévisions sur la portée de ses missiles balistiques ou s’il mise sur l’émergence dans la région du Moyen Orient des régimes islamiques radicaux hostiles comme le sien à l’existence de l’Etat d’Israël.  

PRESENCE DES FORCES CENTRIFUGES

Outre la présence de ces forces centripètes, ce sont des forces centrifuges qui menacent l’existence de l’Etat d’Israël. Jusqu’ici la cohésion relative de la société israélienne a été assurée grâce à l’institution militaire et à l’image d’une armée invincible et crainte par ses ennemis arabes. La guerre de juin 1967 puis celle de 1973 ont répandu parmi les populations arabes l’esprit du défaitisme et de la résignation. Ce qui explique que l’Egypte, le plus grand pays du Moyen Orient, était amené à abandonner la voie de la confrontation avec son ancien ennemi en signant les accords de Camp David de 1979. Jusqu’à la guerre du Liban de 2006, l’armée israélienne charriait l’image d’une armée invincible et crainte par tous ses voisins. Mais la guerre du Liban de 2006 a révélé la l’incapacité de l’armée israélienne à faire face à une nouvelle forme de combat pratiquée par le Hezbollah libanais. Depuis, non seulement l’image de l’Etat d’Israël qui a changé mais le moral de ses populations a pris un sacré coup. Dans sa guerre contre le Hezbollah, l’Etat d’Israël a subi une défaite cuisante à juger par les remous provoqués par ceux qui ont pris l’initiative de déclencher cette guerre avec la démission du chef d’Etat major et celle du ministre de la défense et les conclusions très critiques de la commission Winograd. Depuis cette guerre contre le Hezbollah Israël n’est plus le maître du jeu sur la scène du Moyen Orient et il ne fait plus peur à personne malgré sur l’incontestable supériorité de sa technologie militaire. Si, dans le passé, l’armée israélienne a réussi à défaire en quelques heures les armées arabes, c’est parce qu’elle avait affaire à des armées régulières. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, car l’armée israélienne aura à faire face à une nouvelle forme de guerre, la guerre asymétrique. Même les régimes arabes modérés qui misent sur une alliance éventuelle avec l’Etat hébreu savent que l’Etat juif a perdu son aura d’antan. Les deux guerres d’Afghanistan et d’Irak et surtout celle du Liban de juillet-août 2006 ont montré les limites des guerres conventionnelles qui misent sur les  bombardements aériens massifs pour démoraliser l’adversaire et l’emmener à lever les drapeaux blancs. Aujourd’hui une guerre se gagne sur le sol et non en larguant des bombes de plusieurs tonnes à des milliers de mètres d’altitude. Les bombardements aériens ont certes mis à genoux l’armée irakienne en quelques jours mais quand il s’est agi d’occuper le terrain, la guerre de libération de l’Irak de la « dictature de Saddam » s’est révélé un fiasco total. Dans cette nouvelle forme de guerre, une armée régulière ne peut rien face à des ennemis qui ont choisi une autre tactique de combat simple mais plus efficace, la guérilla et les combats de rues. Comme hier les puissances coloniales, aujourd’hui Israël et les Etats-Unis sont impuissants face à la guerre asymétrique. C’est grâce à la guerre asymétrique que les mouvements de libération nationale ont gagné leurs combats contre les armées coloniales. La guerre du Vietnam est l’exemple type de la guerre asymétrique. La guerre du Liban de 2006 qui fait date dans l’histoire de la polémologie sert  de leçon à tous les mouvements de résistance. Ce sont les recettes du Hezbollah qu’utilise actuellement le Hamas dans sa résistance aux forces d’occupation israéliennes. Sans préjuger de l’issue final des combats à Gaza, on pourrait dire que les recettes du Hezbollah peuvent aussi servir ailleurs que le sud libanais à juger par l’échec de la campagne des bombardements aériens puisqu’il a fallu engager les troupes sur le sol. Les palestiniens ont bien retenu la leçon des combattants du Hezbollah et ils essaient de l’appliquer sur le champ de bataille. Aujourd’hui, à Gaza, l’armée israélienne est en train de subir une deuxième défaite, deux ans après celle du Liban en juillet août 2006.

Quand on observe l’imposante armada mobilisée par Israël pour combattre les militants du Hamas, on peut se demander si les moyens ne sont pas disproportionnés par rapport à un ennemi qui ne possède que des armes artisanaux. On peut se demander aussi si l’objectif est celui de faire taire les tirs de roquettes du mouvement de la résistance palestinienne. Il y a certes la mise en scène médiatique des bombardements visant à impressionner des adversaires potentiels comme le Hezbollah ou l’Iran. Mais la démonstration de force israélienne à Gaza et la puissance de feu utilisée contre les militants du Hamas témoignent non pas d’une assurance et d’une confiance en soi mais plutôt d’une perte de confiance en soi. Le doute qui a gagné l’armée israélienne depuis la guerre du Liban apparaît très nettement dans l’utilisation de tout ce matériel militaire sophistiqué contre des hommes qui n’ont en leur possession que des armes artisanaux. Quand on utilise des moyens militaires disproportionnés contre un adversaire encerclé, affamé et sous-équipé militairement, c’est tout simplement un signe de peur et de faiblesse et non pas un signe de force et de puissance.

En dépassant un peu la guerre des images et les images de la guerre de Gaza qui sont les vraies images de guerre, on décèle une crise beaucoup plus profonde, celle de la société israélienne. Cette crise est alimentée par le doute sur la supériorité de l’armée qui s’est montré jusqu’ici incapable de faire face aux nouveaux défis lancés par les deux mouvements de résistance libanais et palestinien qui continuent à envoyer de plus en plus loin leurs roquettes. Depuis soixante ans, c’est l’institution militaire et l‘image d’un Tsahal invincible qui ont assuré la cohésion de la société israélienne. C’est cette image qui est en train de changer avec toutes les conséquences sur l’imaginaire collectif israélien. L’image d’une armée israélienne invincible appartient désormais au passé et ce ne sont pas seulement les ennemis de l’Etat d’Israël qui le disent et qui le pensent mais ce sont les habitants d’Israël eux-mêmes qui se le disent et qui le pensent dans leur for intérieur. Aujourd’hui, aucun israélien ne peut se sentir en sécurité, ni les habitants des localités frontalières du nord d’Israël ni ceux du Sud. Bientôt, ce sont les habitants de tel Aviv qui vont pouvoir faire face aux roquettes du Hamas qui ne sont plus qu’à quelque vingtaine de kilomètres de là puisqu’elles ont atteint ces derniers jours les localités Asdoud et Bir Assad. Ce scénario catastrophe que les stratèges et les généraux ont craint va bientôt devenir une réalité quand le Hamas va balayer l’autorité fantoche de Mahmoud Abbas en Cisjordanie, maintenue artificiellement grâce à l’appui de l’armée de l’occupation. Avec le Hamas, devenu maître de la Cisjordanie, c’est l’ensemble des territoires israéliens qui sera en ligne de mire du mouvement de la résistance palestinienne. C’est alors que commence un long processus de désagrégation de la société israélienne.  Etant donné la nature et les caractères des habitants de l’Etat d’Israël constitué d’hommes unis par le seul intérêt, c’est la fuite et l’errance de nouveau qui les attendent. Telle qu’elle est constituée, la société israélienne ne pourra donner naissance à de mouvements de résistance semblables à ceux du Hezbollah libanais ou du Hamas palestinien. Car les habitants actuels de l’Etat d’Israël n’ont ni d’histoire ni une attache forte au sol qui les poussent à défendre leur Etat en sacrifiant leurs vies. Seules des peuples avec une longue histoire et une géographie qu’émergent les mouvements de résistance. Soixante ans dans l’histoire d’un Etat n’est rien par rapport aux peuples arabo-musulmans dont l’histoire se compte par des milliers d’années. Un mouvement de résistance ne s’improvise pas, il faut une longue histoire et une fixation durable au sol. Sans cette histoire et cette géographie, il n’y aurait jamais eu des mouvements de résistance au Liban et en Palestine. Ce qui n’est pas la cas des populations actuelles de l’Etat d’Israël, où il est difficile de trouve deux personnes qui ont eu la même histoire. Comme les immigrants des Etats-Unis, les immigrants juifs qui sont arrivés en Israël après 1948, sont des hommes mus par l’intérêt matériel, par l’eschatologie et par les fantasmes religieux du retour à la terre promise. Mais le jour où ils découvriront qu’Israël n’est ni un nouveau paradis terrestre ni la terre promise, ils vont vite déchanter et faire leurs valises pour une nouvelle errance. Quand les dangers deviennent plus précis et plus menaçants, il ne restera plus de ce que l’on appelle aujourd’hui le peuple israélien que ceux qui n’ont pas le prix d’un billet d’avion pour quitter le pays. Le même phénomène s’est produit lors de la guerre civile libanaise quand la bourgeoisie libanaise était partie s’installer dans les quartiers huppés de Paris ou sur la riviera de Monaco. On peut comparer le peuple israélien à cette bourgeoisie compradore qui n’a qu’une seule patrie, celle où sont domiciliés ses comptes bancaires. Si nous pensons que l’Etat d’Israël est voué à la disparition, c’est parce que le peuple qui le compose n’a ni l’historicité ni la géographicité. C’est justement cette absence d’historicité et de géographicité chez le peuple israélien qui a empêché Israël de devenir un Etat « normal » comme tous les autres Etats du Moyen Orient. Et c’est parce que l’Etat d’Israël n’est pas un Etat comme les autres Etats du Moyen Orient, qu’il s’oriente irrémédiablement vers sa fin promulguée : la dislocation et la mort.  

FAOUZI ELMIR

Mots-clés : Israël, société, armée, fin.    

 

 

 

 

 

 

LE RACISME, UN METABOLITE DE LA CULTURE OCCIDENTALE(1)

janvier 1, 2009

LE RACISME, UN MÉTABOLITE DE LA CULTURE OCCIDENTALE(Ière partie)

 

La guerre actuelle à Gaza avec ses centaines de morts(400 morts) et des milliers de blessés(plus de 2000), a quelque chose à voir avec le thème de l’article. Cette nouvelle agression israélienne n’est pas seulement une nouvelle escalade dans la guerre contre les Palestiniens mais la mise en œuvre d’une théorie élaborée à la fin du XIXe siècle par un sociologue juif d’origine polonaise, Ludwicg Gumplowicz(1838-1909) qui a inspiré l’impérialisme racial de Hitler et pour paradoxal que cela puisse paraître l’Holocauste. Pour Gumplowicz, contrairement à Marx, ce n’est pas la lutte des classes qui est le moteur de l’histoire mais la lutte des races pour la domination et l’exploitation. Il faut qu’il y ait des races supérieures qui dominent d’autres races, car c’est la loi de la nature et si l’on ne domine pas les autres, ce sont les autres qui vont vous dominer. En envoyant quelques six millions de juifs aux camps de concentration, Hitler n’a fait en réalité qu’appliquer la théorie de la lutte des races du juif Gumplowicz. La politique anti-juive du régime nazi est motivée par l’idée que si les Allemands en tant que race n’avaient pas dominé les autres races dont les juifs, ce sont ces derniers qui allaient dominer la race allemande. L’Holocauste juif a bien réellement existé mais dans le cadre de la lutte du régime nazi qui représentait la race allemande contre la race juive. Encore une fois, cette théorie de la lutte des races pour la domination n’a pas été inventée par Hitler ou par les idéologues nazis mais par le juif autrichien, Ludwig Gumplowicz. A la lumière de la théorie de Gumpliwicz, il y a tout lieu de penser que ce n’est pas un Etat pour les Juifs qui a motivé la création de l’Etat d’Israël il y a soixante ans mais la volonté de domination de la race juive sur les autres races. C’est cette logique de domination de la race juive sur la race arabe qu’Israël cherche à réaliser dans la région du Moyen Orient depuis 60 ans. C’est à la lumière de la théorie de Ludwig Gumplowicz que nous avons voulu expliquer la trame de la guerre actuelle en Palestine en insérant une annexe au présent article. Finalement, une note détaillée sera publiée à part sous le titre « Note sur la logique de guerre israélienne à Gaza »

 

En 1950, l’Unesco met en discussion la question du racisme et lance une série d’études(race et société, race et civilisation, race et biologie, race et psychologie etc) auxquelles ont participé des personnalités compétentes dont Claude Lévi-Strauss, auteur d’un court essai intitulé « Race et histoire »(éditions Gonthier, 1961 suivi d’une présentation de son œuvre par Jean Pouillon). Toutes les autres contributions rassemblées dans un ouvrage collectif « le racisme devant la science » republié par les éditions Gallimard en 1960 sont tombées dans l’oubli. Seule la contribution de Lévi-Strauss « Race et histoire » est passée à la postérité.

 

Dans une première déclaration de l’Unesco en 1950, deux principes ont été affirmés: (1) tous les hommes appartiennent à une même espèce, Homo sapiens ; (2) il n’existe pas de preuves scientifiques de l’inégalité des races. Face à l’opposition de certains généticiens et anthropologues de la commission de la rédaction qui nient l’existence de preuves scientifiques contraires de l’égalité intellectuelle des races, l’Unesco rédige une deuxième déclaration en 1951 dans laquelle elle précise le concept de race et proclame l’idée de la diversité des cultures. La thèse de la diversité des cultures a l’air d’être antiraciste du fait qu’elle remet en cause les théories biologiques qui avaient cautionné les lois eugénistes et le racisme des démocraties et des dictatures en Occident, mais elle n’est pas une thèse antiraciste. Elle est seulement une autre manière d’être raciste et elle porte encore la marque de l’époque où elle avait été adoptée et défendue, c’est-à-dire à une époque où l’Unesco était dirigée par Julian Huxley et Hermann Muller considérés tous les deux comme deux théoriciens racistes. Ce qui a changé entre le racisme d’avant guerre et celui d’après guerre, ce sont les termes : à la place du mot »race », on emploie désormais le nom « groupe ethnique » ou « population »

 

Plus d’un demi-siècle après ces deux déclarations de l’Unesco, non seulement le racisme n’a pas reculé mais il s’est revigoré et s’est renforcé au fil des années à juger par la prolifération des partis d’extrême droite dans toute l’Europe, leur audience grandissante auprès des opinions publiques occidentales et la montée en puissance de l’islamophobie. Face à ce phénomène, il est difficile pour l’observateur de la vie publique de rester inerte et de ne pas réagir, car le racisme n’est pas quelque chose de banal, de passager et de marginal dans non société et l’histoire a retenu plusieurs leçons sur ses ravages passés. Ceux qui ont subi et qui continuent de subir quotidiennement ses effets destructeurs savent mieux que quiconque de quoi ils parlent. Dans le discours sur le racisme, on s’est trop focalisé sur le racisme et l’antisémitisme du régime nazi à l’égard des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous avons cependant oublié qu’en matière de racisme, d’antisémitisme, de génocide et de et de camps de concentration, le régime nazi n’a fait que continuer ce que les colonisateurs européens faisaient subir aux peuples colonisés et qu’avant les camps de concentration de Hitler, le colonisateur allemand avait massacré au tout début du XXe siècle les Herero en territoire namibien pour s’emparer des diamants que recèlent leurs sous-sols.

 

Jusqu’ici, toutes les actions et les politiques de lutte contre le racisme et l’antisémitisme ont lamentablement échoué mais on ne s’est jamais interrogé sur les raisons de cet échec. Car comment est-il possible de lutter contre le racisme, si l’on ignore tout sur les origines et les conditions qui lui ont donné naissance ? Ce n’est sûrement pas avec des généralités et des bons sentiments comme l’a fait l’Unesco que l’on comprendra le phénomène raciste et que l’on réussira peut-être un jour à combattre efficacement le racisme. Les associations et les responsables politiques pensent que le racisme est un épiphénomène lié soit à l’ignorance des hommes soit à une situation économique et sociale passagère. Pour le combattre, il suffirait de mener une campagne de sensibilisation auprès des opinions publiques ou de faire voter des lois répressives. A ce jour, des associations de lutte contre le racisme, il en existe des centaines et des lois réprimant les actes racistes, l’arsenal est déjà assez fourni. Pourtant rien n’y fait et il est temps d’envisager autrement cette question si l’on veut un jour lutter efficacement contre le racisme.

 

D’abord, il faudra définir ce qu’est le racisme. Dire qu’il existe des races sur la surface de la terre, ce n’est pas faire du racisme, car il existe plusieurs races et une grande diversité ethnique. Dire qu’il existe plusieurs races différentes les unes des autres, ce n’est pas non plus faire du racisme, car n’importe qui peut observer que les hommes sont différents par leur couleur de peau et par leurs morphologies. On franchit la zone du racisme dès qu’on commence à raisonner en termes de hiérarchie entre les races. Mais là aussi, les choses ne sont pas aussi simples qu’on le pense car une hiérarchie ne suffit pas à elle seule à caractériser le racisme. Il y a bien une hiérarchie au sein de chaque armée avec des grades militaires allant du rang inférieur, du simple soldat de base au supérieur, le général. Malgré l’existence d’une hiérarchie des grades et des fonctions, on ne peut pas dire que le général est raciste et que le simple soldat de base est victime du racisme du général ou de son supérieur hiérarchique. Historiquement, les armées ont été des lieux d’intégration de populations ethniques, ce qui constitue un antidote à toute forme de racisme. Là on  devient franchement raciste, c’est le moment où on commence penser ou à croire en l’existence d’une hiérarchie entre les hommes classés en catégories taxonomiques supérieures et organisés en groupes hiérarchiques. C’est ce schéma de hiérarchie entre les races qui constitue le cœur même des théories racistes qui ont été élaborées en Occident au fil des années.

 

Mais comme les hommes ne naissent pas racistes mais ils le deviennent pour reprendre la célèbre formule de Simone de Beauvoir, on ne naît pas femme on le devient, le racisme est un phénomène purement culturel et un produit d’une culture inculquée et transmise par des multiples canaux comme la famille, l’école, la vie publique et professionnelle etc. Etant un phénomène culturel, le racisme est localisé dans une aire géographique bien déterminée, l’Occident. Le racisme est donc un phénomène culturel spécifiquement et exclusivement occidental. C’est pourquoi on peut dire sans hésitation que le racisme est sécrétée par la culture occidentale comme l’adrénaline est secrétée par le cortex surrénalien et si, par pure curiosité, on procède à une étude comparative entre les différentes aires culturelles, on ne trouve nulle part ailleurs, en dehors de l’Occident, des théories racistes et du racisme. Après avoir dégagé quelques éléments caractéristiques du phénomène raciste, la question qui se pose immédiatement consiste à savoir pourquoi justement les théories racistes et le racisme sont nés en Occident et nulle part ailleurs. Indiscutablement, la réponse à cette question conditionnera toute action et toute politique de lutte contre le racisme.

 

UNE NOUVELLE CONCEPTION DE L’HISTOIRE DANS LA CULTURE OCCIDENTALE 

 

Les théories racistes en Occident puisent leurs origine dans une certaine conception de l’histoire propagée par le christianisme qui à donné un nouveau sens au temps venu se substituer à la notion de cycle et de retour éternel. Avec sa théorie des deux cités, la cité de Dieu et la cité terrestre, Saint Augustin a inventé une nouvelle philosophie de l’histoire. Cette nouvelle conception de l’histoire considère que l’homme a une histoire individuelle, une véritable « histoire naturelle » qui se déroule selon un ordre linéaire où les âges se succèdent d’une manière uniforme et prévisible jusqu’à la mort qui en est la fin et le dénouement. Ce processus régulier de croissance et de vieillissement est un progrès constant de l’enfance à la vieillesse mais limité dans la durée même de la vie humaine. A mesure qu’il avance dans le temps, chaque homme accumule un certain capital de connaissances et perfectionne ses facultés de connaître. Puisqu’il existe une fin promulguée, l’histoire n’est plus une simple succession d’événements accidentels, elle prend un sens intelligible et progresse vers sa perfection comme vers une fin. Les événements ne se succèdent jamais au hasard mais ils font partie d’un plan divin préétabli. L’histoire du monde n’est ni celle d’une décadence continue ni celle d’un progrès indéfini, elle est plutôt l’histoire d’un progrès orienté vers un certain terme. L’histoire de l’humanité est celle d’un être collectif en progrès constant vers une perfection dont il se rapproche sans cesse. L’histoire de l’humanité obéit à une finalité interne et elle est animée par une intention unique. Désormais, il l’histoire devient parfaitement intelligible et explicable de l’origine jusqu’à la fin. Construire l’histoire et en dégager la philosophie ne seront qu’une seule et même chose.

 

Cette conception chrétienne de l’histoire va durablement influencer les grands philosophes de l’histoire, de Bossuet, Vico, Leibniz, à Hegel et Comte en passant par Vico, Leibniz, Herder, Lessing etc. Condorcet remplace le Dieu chrétien par le progrès de l’esprit humain pour expliquer l’histoire comme une succession « d’époques ». Les « trois états » de Comte qui préparent la nouvelle religion de l’humanité sont inspirés par la conception d’Augustin de l’histoire. Tout en écartant le dogme de la Providence, la philosophie hégélienne soutient l’idée de l’intelligibilité de la totalité de l’histoire en faisant jouer à la dialectique de la raison le rôle de Dieu.

 

Cette philosophie de l’histoire implique par ailleurs une philosophie de la géographie. Comme les événements historiques qui sont soumis à un plan préétabli, il en est de même des hommes qui n’ont pas été distribués arbitrairement sur la surface de la terre mais selon un ordre providentiel. Cette distribution géographique détermine à son tour les caractères de chaque peuple ainsi que ses vices et vertus. Cette vision a été exposée et développées par Jean-Baptiste Vico(1668-1744). Vico est d’abord un philosophe chrétien et sa philosophie de l’histoire porte la marque de la conception chrétienne de l’histoire héritée de Saint Augustin et de Bossuet. Tout en admettant la chute d’Adam et la mission spéciale du peuple juif, l’intention de Vico consiste à déterminer les lois naturelles de l’histoire à travers le « sens commun » de chaque peuple qui exprime son degré d’évolution ou de régression, son état juridique, moral et religieux et son état d’union avec Dieu. L’histoire générale prend l’aspect d’un lent et douloureux retour de l’homme vers Dieu dont il est l’Odyssé. Vico présente l’histoire de chaque nation comme une alternance de progrès et de regrès, de corsi et ricorsi. Il ne s’agit pas de déterminer une loi générale du devenir du genre humain mais les lois immuables régissant chaque peuple dans son développement et ses vicissitudes. La série des corsi et ricorsi marque le rythme de l’histoire de chaque nation à travers le devenir historique de toute l’humanité et un progrès général sinon continu du moins selon une sorte de spirale chancelante et sinueuse. Il ne s’agit pas comme chez Condorcet ou chez Comte, d’une loi fondée sur un progrès indéfini de l’humanité mais bien d’une loi idéale à laquelle participe séparément chacune des nations. Le progrès réalisé par une nation n’est jamais perdu puisqu’on le retrouve dans l’histoire d’une autre nation. Le temps est donc de forme cyclique , tournant et retournant sur lui-même(corsi et ricorsi) et l’histoire recommence avec chaque nation et ainsi de suite jusqu’à la fin des temps.

 

Cette idée de retour cyclique qui a déterminé la méthode d’investigation de Vico a aussi influence les recherches les plus modernes. Pour démontrer la loi du développement de chacune des nations, Vico fait appel à la méthode comparative en comparant la philologie de certaines anciennes nations comme l’Egypte, la Grèce ou Rome. Cet appel à la philologie va à l’encontre des philosophies rationalistes qui érigent la raison en une entité immanente et immuable commune à tous les hommes. Pour Vico, ce n’est pas la raison qui crée l’identité entre les hommes mais le sens commun de chaque peuple c’est-à-dire un jugement sans réflexion porté et senti par tout un peuple, par toute une nation, ou par le genre humain. Les matériaux dont se sert Vico sont les traditions mythologiques populaires, les poèmes les plus anciens et les législations primitives comme celles des douze tableaux. Avec Vico commencent les recherches historiques sur la basse époque, sur les oracles chaldéens, les poèmes orphiques etc. considérés comme l’expression des « petites, obscures et grossières » origines de l’humanité. Ce qui intéresse Vico, ce ne sont pas les prétendues énigmes de la science mais ce qui fait l’esprit de chaque et de chaque nation matérialisé dans des documents qui montrent leurs croyances, leurs religions, leurs régimes familiaux et matrimoniaux, leurs traditions juridiques, leurs mœurs, leurs langues etc. Pour lui, les hommes du premier âge de l’humanité vivaient dans l’errance et la terreur de la nature mais grâce à leur imagination, ils ont pu changer leurs conditions primitives en fondant des institutions sociales qui sont conformes à chaque degré de leur évolution. Vico établit le schème de la succession : âge des Dieux, âge des héros et âge des hommes ; théocratie, aristocratie et gouvernement humain. Juriste de profession, ce sont le droit et les institutions juridiques le droit que Vico a retenus pour caractériser chaque âge. Au cours de leur évolution, toutes les nations n’ont pas marché au même rythme, et il y a des nations qui ont évolué plus vite que les autres en brûlant les étapes à l’instar des Grecs qui sont passés du stade de la barbarie au raffinement et et enfin à l’âge des hommes.

 

Cette philosophie de l’histoire de Vico va inspirer et préparer à la fin du XVIIIe siècle les grandes métaphysiques de l’histoire de Herder, de Schlegel, de Lessing, de Comte, de Michelet. Avec Herder, l’histoire devient l’instrument privilégié pour observer toutes les créations de l’esprit humai. Herder comme Bossuet incorpore l’idée théologique du progrès dans l’histoire de l’humanité. Sur le plan de l’histoire générale des peuples, Herder considère que l’humanité traverse plusieurs âges et chaque culture constitue une part du trésor commun à l’enrichissement duquel participent toutes les nations. Mais la part apportée par chacune d’elles diffère en fonction du génie national propre. Le progrès de la science de la nature témoigne du progrès universel et continu de l’histoire et révèle dans la création une hiérarchie d’êtres de plus en plus capables de raison et de progrès. Au sommet de la hiérarchie, l’homme apparaît comme une organisation perfectible et destiné au progrès. Si le progrès est la loi universelle des choses, l’histoire humaine s’insère dans la continuité de l‘histoire naturelle. Comme Herder, Lessing considère que l’histoire des peuples et des civilisations est conçue selon le schéma de la révélation d’une raison immanente. Comme Herder, Lessing considère que l’histoire incarne une tissu d’éventements causalement enchaînés et qu’elle représente une continuité dans les formes à partir d’un type originaire. Grâce à cette philosophie de l’histoire, Herder et Lessing ont inauguré l’ère des histoires de l’humanité sous tous ses aspects : géographiques, ethniques, nationaux, politiques, économiques, artistiques, scientifiques, religieuses, techniques, religieuses etc.

 

Par glissements progressifs, ces métaphysiques de l’histoire vont conduire à l’évolutionnisme culturel, à l’ethnocentrisme et à l’européocentrisme. Les premières idées de progrès et d’évolution vont trouver une première application dans les domaines des langues et des écritures, « d’abord dans le champ culturel- et plus précisément dans les discours sur l’origine de l’écriture, du langage et des différentes formes de l’activité symbolique- qu’une logique d’évolution se dessine dans la pensée européenne »(Patrick Tort, la raison classificatoire, Aubier, 1989.p. 63).  L’étude des langues et des écritures est censée révéler le premier âge de l’humanité et  l’innocence de ses origines depuis le péché originel et la Chute.  C’est pour révéler ces origines qu’une histoire de la classification des écritures a été entreprise aux XVIIe et XVIIIe siècles dont les précurseurs sont le jésuite Athanasius Kircher, l’abbé Pluche et Warburton. Celui-ci voulait expliquer l’état d’innocence de l’humanité à travers les systèmes symboliques et graphiques. L’hiéroglyphe des Egyptiens est censé expliquer l’idolâtrie païenne et la première phase de l’évolution du symbolique graphique qui a ensuite dégénéré sous l’effet des manipulations exercées par le pouvoir politique sur les emblèmes et les symboles. Ecriture, politique et histoire font partie d’une même problématique, celle d’une dégénérescence et d’une évolution des écritures depuis l’origine. Par l’étude historique des écritures, Patrick Tort fait remarquer que « c’est une histoire de la réflexion anthropologique européenne, suivie tout au long de l’émergence et de la maturation des théories qui feront école, et s’opposeront, au XIXe siècle. En effet, plus d’un siècle avant l’irruption de la biologie darwinienne et l’éclosion du courant évolutionniste anglo-américain en anthropologie, Warburton propose, au sujet de l’écriture et du langage, la première version systématique d’une théorie de l’évolution appliquée au devenir historiques des systèmes de symboles, et, par une extension qui ne reste pas toujours implicite, au devenir même des cultures. Cela démontre, entre autres choses, que l’évolutionnisme culturel du XVIIIe siècle, a été en grande partie requis par le christianisme comme l’élément d’une apologétique défensive »(Patrick Tort, la raison classificatoire, op.cit.pp 53-54) 

 

A l’étude comparative et la théorie de l’évolution historique des systèmes d’écriture viennent s’ajouter la typologie linguistique et la classification des langues selon l’état de développement de leurs idiomes. Les précurseurs de la typologie linguistique sont Humboldt, Bopp, les frères Schlegel et Schleicher. Les langues ont été envisagées comme des organismes vivants susceptibles d’évolution et l’origine des langues coïncide avec celle des hommes c’est-à-dire des races humaines. La linguistique comparative est née avec pour objet l’étude non pas une seule aire linguistique et culturelle mais la comparaison la plus large des éléments constitutifs et de la structure des différentes langues. En s’intéressant à une large gamme de langues et en les comparant entre elles, le linguiste met en application une méthode déjà utilisée par les botanistes et qui consiste à recenser non pas un seul caractère ou d’un groupe de caractère mais toutes les parties et tous les éléments de la structure d’ensemble. Dans leur typologie linguistique, Schleicher et Hovelacque imitent le méthode naturelle des naturalistes français Adanson, Bernard et Antoine Laurent de Jussieu. C’est cette même méthode de classification naturelle qu’utilisera plus tard le zoologiste Darwin. Mais comme la méthode naturelle nécessite la comparaison de tous les éléments susceptibles d’être classés, la linguistique est devenue à son tour comparative abandonnant ainsi le principe du retour à l’origine des langues pour n’étudier que leurs dérivations et les éléments dérivationnels observés. Mais les recherches de la linguistique comparative montrent que les langues ont traversé des âges comme les écritures grâce à l’évolution de leurs formes morphologiques à partir d’une forme morphologique originale. Au schéma d’évolution de l’écriture en trois périodes- pictographique, idéographique et alphabétique- les linguistes ont ajouté le leur en appliquant la loi des trois états aux morphologies des langues : isolant, agglutinant et flexionnel. La découverte du sanscrit en 1786 avait de quoi renforcer l’idée de l’évolution des langues et de leur classification à partir de leurs structures et de leurs morphologies. La langue flexionnelle est considérée comme un produit de l’évolution des langues et elle est à ce titre une langue supérieure aux autres langues, d’où l’idée de la suprématie des langues indo-européennes qui nourrira plus tard l’ethnocentrisme linguistique. En effet, à partir de l’idée de l’inégal développement de plusieurs langues primitives corroborées par l’existence de plusieurs idiomes inégalement développés, les linguistes ont déduit l’existence des peuples, des cultures et des races inégalement développées. La classification tripartite des langues par August Schleicher et plus tard par Abel Hovelacque va nourrir l’imagination des théoriciens du racisme et pas seulement la supériorité de l’Aryen de Gobineau.

 

Plus tard, l’invention par Michel Adanson de la méthode naturelle utilisée par les linguistes va renforcer l’idée d’une hiérarchie naturelle entre les hommes. Cette nouvelle méthode de classification qui rompt avec toute la tradition taxonomique linnéenne est fondée sur la formation de groupes comprenant des espèces qui se ressemblent mais combinés dans des groupes au sein d’une hiérarchie allant du bas en haut. Pour former les groupes, il fallait inspecter tous les caractères différentiels des genres et des espèces et de comparer les groupes préalablement établis par « inspection ». Les caractères ainsi dégagés sont appréciés non pas à partir d’une division logique ou des principes à priori mais à posteriori pour leur capacité à contribuer à former d’apparents groupes « naturels ». Les catégories taxinomiques ne sont plus regardées comme des étapes dans le processus de division logique mais plutôt comme des niveaux dans une hiérarchie. C’est ce passage de la classification descendante à la classification ascendante qui façonne la vision hiérarchique des élites intellectuelles en Occident. La méthode naturelle et les classifications taxonomiques hiérarchiques et comparatives qu’elle implique ont envahi tous les domaines du savoir et de la culture. Désormais la plupart des classifications, qu’elles portent sur des objets inanimés ou sur des organismes vivants, sont des hiérarchies et des catégories « supérieures » et « inférieures ». Ce sont les classifications hiérarchiques qui ont à l’origine des théories racistes en Occident.

 

FIN DE LA PREMIERE PARTIE

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : racisme, histoire, culture, Occident.