20 ANS APRÈS LA CHUTE DU MUR DE BERLIN :
C’EST L’ÂGE D’OR DES GUEUX
Le 9 novembre 2009, le monde capitaliste fêtait frénétiquement et hystériquement le 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin. Le 15 novembre, le Secours Catholique lançait une collecte nationale pour venir au secours de ceux qui n’ont ni à manger et à boire. Aujourd’hui, lundi 16 novembre 2009 se tient à Rome le sommet de la FAO en présence de plus de 60 chefs d’État et de gouvernement. Selon le directeur de la FAO (Organisation pour l’Agriculture et l’Alimentation), le seuil du milliard d’affamé a été franchi cette année. Les dirigeants du G8 qui sont les principaux responsables de cette tragédie et qui avaient promis en juillet une aide à l’agriculture de 20 milliards de dollars brillent par leur absence. Alors que l’on se souvient tous qu’il y a un an ces mêmes dirigeants du G8 se sont mis à quatre pattes pour venir au secours des banques américaines et européennes menacées de faillite et pour les renflouer à coups de milliards de dollars. Ces trois événements qui se succèdent à quelques jours d’intervalle ont de quoi frapper l’imagination, surtout après la marotte des mass medias capitalistes et les discours des politiciens asservis sur la soi-disant liberté retrouvée après la chute du mur de Berlin et la fin du communisme. Ces trois événements illustrent également l’absurdité d’un système qui produit d’un côté des richesses colossales concentrées entre les mains de quelques à cause dur régime de l’appropriation des moyens de production et de l’héritage et de l’autre de la paupérisation, de la misère, de la faim et de la mort. Cette absurdité du système s’explique par la spécificité de l’économie mercantile où la valeur d’échange, la demande solvable, (argent, déterminent la valeur d’usage, les besoins humains physiques et biologiques. D’où la sous-consommation et la paupérisation qui sont à la fois absolues et relatives. Absolues d’abord, car la misère et la pauvreté augmentent au fur et à mesure à la fois en intensité et en quantité. La pauvreté augmente relativement à la masse de richesses qui se concentre sur un pôle et absolument en quantité par rapport aux besoins humains. Ce rapport engendre la paupérisation absolue, celle qui augmente de plus en plus. La sous-consommation relative est déterminée par la demande solvable, sur la base du mécanisme mercantile et monétaire alors que la sous-consommation absolue se détermine elle par rapport à l’absence de valeur d’échange, c’est-à-dire à la valeur d’usage, aux besoins physiologiques. Pour comprendre la cause de la pauvreté, de la misère et de la faim dans notre monde actuel, il faut absolument partir du principe de la sous-consommation et donc aussi de la surproduction relative aux conditions capitalistes, car le mode de production capitaliste ne connaît qu’une seule demande, la demande solvable. Autrement dit, vous avez de l’argent, vous achetez et vous consommez, vous n’en avez pas, les marchandises restent sur les rayons et vous n’avez qu’à les regarder de loin. Si vous emportez des marchandises et vous passez à la caisse sans payer, la police vous arrête pour vol et vous serez inculpé pour vol, un délit passible de prison. Dans son rapport présenté le 17 janvier 2007 sur le droit à l’alimentation devant le Conseil des droits de l’homme, Jean Ziegler estime que la famine qui frappe aujourd’hui 854 millions de personnes se produit dans un monde plus que jamais prospère et où les quantités de nourriture produites actuellement suffiront à nourrir 12 milliards d’êtres humains. Depuis deux ans et demi, le nombre de personnes qui ont faim dans le monde a augmenté de 146 millions puisque les 60 chefs d’États et de gouvernement vont « fêter » à Rome, une semaine après la chute du mur de Berlin le milliard d’affamés. Alors que le Millénaire des Nations-Unies fixe une date butoir, l’année 2015 et un objectif, la réduction dans une période de 15 ans, la proportion de la population vivant avec un dollar par jour, celle qui soufre de faim et de malnutrition et celle qui n’a pas accès à l’eau potable. Qui a dit que nous ne sommes pas sur la bonne voie et que nous vivons aujourd’hui, 20 ans après la chute du mur de Berlin, dans le meilleur des mondes possibles.
De l’aveu même des économistes de l’ONU, les remèdes et les moyens mis en œuvre pour lutter contre la pauvreté par leur organisation sont stériles et contreproductifs à bien des égards. En effet, dans une conférence de presse (UN News 9 février 2007), l’assistant du secrétaire général pour le développement économique, Jomo Kwame Sundaram, estime dans un livre co-édité avec un autre expert du développement Jacques Baudot, que les inégalités ont accru durant les deux dernières décennies, contredisant l’idée selon laquelle la mondialisation libérale et la libéralisation économique créeraient un monde équitable meilleur en offrant plus d’opportunités aux pays en développement. Les arguments des auteurs mettent en doute les moyens fixés dans la déclaration du Millénaire qui met l’accent sur le travail décent et productif comme moyen de lutte contre la pauvreté alors que les politiques libérales ne font qu’accroître la précarité du travail à cause de la déréglementation du marché du travail. Les auteurs notent une lente croissance économique durant les cinq dernières années, mais ils relèvent aussi un déclin de l’offre d’emplois stables et un accroissement du nombre d’emplois précaires. Par ailleurs, la réduction de la pauvreté doit passer forcément par la réduction des inégalités qui engendrent à son tour chômage, pauvreté et précarité. Pour les auteurs, parler de croissance économique n’a aucun sens, car il faudra s’entendre sur les éléments qui la composent et identifier ses principaux bénéficiaires.
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FAOUZI ELMIR
Mots-clés, FAO, Rome, faim, pauvreté, capitalisme.