Archive de la catégorie «ANALYSE POLITIQUE»

LE RAPPORT GOLDSTONE, C’EST DE LA POUDRE AUX YEUX

octobre 20, 2009

RAPPORT GOLDSTONE:

C’EST DE LA POUDRE AUX YEUX

 

Par Faouzi Elmir pour mecanopolis

 

Après maints rebondissements, le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU (CDH), vient d’adopter le rapport Goldstone sur les crimes commis durant la guerre de Gaza en décembre 2008-janvier 2009. L’adoption du rapport Goldstone a été obtenue grâce au soutien de la Chine, de la Russie, des Etats arabes et d’autres pays du Tiers monde. Les Etats-Unis ont voté contre, la France et l’Allemagne s’étant abstenues. La publication du rapport Goldstone intervient dans un contexte de tensions exacerbées entre le Hamas et l’Autorité palestinienne dont le représentant avait demandé, lors d’un premier vote, à la surprise générale, le report des discussions au mois de mars prochain.

 

La commission présidée par le juge sud africain, Richard Goldstone, a été créée dans le but de dire si oui ou non il y a eu violations des lois de la guerre et du droit humanitaire international et si des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis pendant l’offensive israélienne contre la bande de Gaza. Comme par le passé, Israël a refusé toute coopération avec la commission d’enquête et a empêché ses membres de se rendre dans les territoires occupés. Les éléments contenus dans le rapport Goldstone ne sont donc pas le résultat d’un travail sur le terrain mais ils ont été rassemblés à partir des rapports et enquêtes réalisés par des ONG et des organisations de défense des droits de l’Homme comme Amnesty International, et Human Rights Watch. Les conclusions préliminaires du rapport Goldstone constatent qu’en effet des crimes de guerre et crimes contre l’humanité ont été commis durant l’offensive israélienne contre la bande de Gaza. Comme on pouvait s’y attendre, dès la publication du rapport Goldstone, le gouvernement israélien, ses défenseurs zélés, les Etats-Unis, l’Europe ainsi que le lobby sioniste international qui contrôle les grands médias internationaux ont violement réagi en qualifiant les conclusions de la Commission Goldstone de partial et d’unilatéral, oeuvre de supporters inconditionnels de la cause palestinienne au sein du conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies. Les zélotes sionistes accusent le rapport Goldstone d’être l’œuvre de supporters inconditionnels de la cause palestinienne mais ils oublient cependant que Richard Goldstone est d’abord et avant tout un juif sud africain connu pour ses liens et ses amitiés avec plusieurs organisationnels sionistes tant à l’intérieur de l’Etat sioniste qu’à l’extérieur. Pour légitimer la mort de 1400 palestiniens, les 6000 blessés et brûlés par les nouvelles bombes à phosphore et toutes les destructions matérielles, les zélotes sionistes répètent à satiété, la sempiternelle légitime défense et le droit d’Israël de se défendre contre « l’armada » du Hamas qui, comme chacun le sait, n’a que des roquettes artisanales qui sont des pétards mouillés à côté des bombes larguées par l’aviation israélienne. On a pu remarquer qu’après chaque guerre ou massacre de civils palestiniens ou libanais, la propagande sioniste internationale se met rapidement en marche en débitant la même ritournelle qui est aujourd’hui connue et archi connue et qui est usée jusqu’à la corde pour qu’elle mérite un examen attentif ou une quelconque réfutation. Néanmoins, la question récurrente est la suivante: si l’État sioniste n’avait rien à se reprocher pourquoi refuserait-il toute coopération avec les commissions chargées d’enquêter sur les crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en territoires palestiniens occupés?

 

LE RAPPORT GOLDSTONE : UN CADEAU EMPOISONNÉ

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LA REVOLUTION IRANIENNE EST-ELLE UNE REVOLUTION?

juin 25, 2009

LA RÉVOLUTION IRANIENNE EST-ELLE UNE RÉVOLUTION ?

 

Certains zélotes marxistes considèrent que les contestations et les manifestations dans les rues de Téhéran annoncent l’imminence d’une révolution en Iran. Ils se trompent lourdement dans leurs analyses et leurs commentaires sur le sens et la portée des événements qui secouent actuellement la capitale iranienne. La crise qui suit la réélection du président sortant Mahmoud Ahmadinejad a révélé au grand jour la lutte de classes dans un pays gouverné par l’islam politique mais en aucun cas le début d’un processus révolutionnaire. La lutte des classes et l’exacerbation des contradictions sociales au sein d’une société donnée ne signifient nullement que les conditions se prêtent à une révolution ni que les acteurs en place soient prêts à franchir le Rubicon et à faire la révolution.  

 

Comme nous l’avons dit dans l’article précédent (lutte de classes en Iran), la révolution iranienne n’est pas une vraie révolution, car la conquête du pouvoir politique par des Mollahs et les Ayatollahs iraniens n’a pas entraîné des bouleversements dans les rapports sociaux, notamment dans la forme de propriété des moyens de production. Rappelons pour mémoire pour qu’une révolution mérite le nom de révolution, il faut que les hommes qui la mènent aient l’intention d’abolir les anciens rapports de production en les remplaçant par de nouveaux rapports sociaux susceptibles de faire aux forces productives un bond en avant considérable. Tel est le schéma général d’une révolution sociale. La révolution iranienne de 1979 est loin de satisfaire à ce critère si on la compare aux grandes révolutions, la Révolution française, la révolution russe ou la révolution chinoise.

 

Depuis l’avènement du régime islamique en Iran en 1979, le régime de propriété reste inchangé, c’est-à-dire celui de tous les pays capitalistes, la propriété privée des moyens de production. Dans l’Iran des Mollahs et des Ayatollahs, il y a, comme dans tous les autres pays capitalistes, des classes sociales, des exploiteurs et des exploités, des possédants qui, grâce au régime de la propriété privée des moyens de production, peuvent exploiter comme bon leur semble ceux qui n’ont que leur muscles et leurs bras à vendre moyennant salaire. Il est tout à fait naturel que dans une société de classe, comme c’est le cas de la société iranienne actuelle, qu’il y ait heurts et luttes entre les classes et fractions de classes pour la conquête du pouvoir politique. Dans une société de classe, la lutte pour la transformation du système économique trouve son expression concentrée dans la lutte politique pour la prise du pouvoir d’Etat.

 

Les manifestations et les protestations  qui ont suivi la réélection du président sortant Mahmoud Ahmadinejad ne peuvent en aucun cas être considérées comme un début d’une révolution nationale et populaire contre le régime des Mollahs iraniens. Il n’existe pas actuellement en Iran une bourgeoisie nationale émanant des tréfonds de la société autochtone et indigène comparable aux bourgeoisies européennes et américaine. Comme dans la phase ascendante du capitalisme du XVIIe au XIXe siècle, tous les États capitalistes, l’Europe et les Etats-Unis connurent l’un après l’autre des révolutions nationales et démocratiques menées par des bourgeoises nationales autochtones. Ce sont ces dernières qui furent le moteur de ces révolutions dans la mesure où elles abolirent les anciens rapports sociaux féodaux en les remplaçant par de nouveaux rapports sociaux plus adaptés à l’état du développement des forces productives. Au terme de toutes ces révolutions, les bourgeoisies nationales conquirent le pouvoir politique et établirent leur domination sur l’ensemble de la société.

 

Mais les impératifs de l’expansion mondiale du capital entraînèrent la formation d’un système mondial, l’impérialisme stade suprême du capitalisme. Durant la phase impérialiste, des États croupions, des proto-Etats ou des proto-nations, furent créés en dehors du continent européen là où il y avait des matières premières et des débouchés pour le capital européen et américain. Tous les États du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie sont des créations artificielles engendrées par le système impérialiste et par la mondialisation du capital.  Tous les États du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie sont en réalité des États croupions, des proto-Etats ou des proto-nations dont les frontières furent tracées non pas en respectant les lois de l’histoire et de la géographie de chaque peuplement mais en fonction des nécessités de développement du capital mondial et de la volonté de contrôler certaines zones stratégiques par les puissances impérialistes occidentales. À l’intérieur des frontières de ces États croupions promus artificiellement États indépendants par l’ONU, installèrent au pouvoir des valets autochtones chargés de gérer comme un bon père de famille leurs intérêts. Ces valets autochtones, on les appelle habituellement les bourgeoisies compradore ou encore des lumpen-bourgeoisies. Ce qui caractérise ces bourgeoisies compradore ou lumpen-bourgeoisies, c’est leur dépendance intrinsèque vis-à-vis de leurs maîtres dans les métropoles impérialistes occidentales. Ces lumpen-bourgeoisies ne sont nullement le produit d’une histoire naturelle et d’une géographique propre à un peuple nation mais une pure création des colonisateurs et des impérialistes occidentaux, leur cheval de Troie. Les lumpen-bourgeoisies des pays du tiers monde prétendent défendre par le discours les intérêts de leurs peuples mais elles sont en réalité des valets qui sont en service commandé pour défendre au mieux les intérêts de leurs maîtres dans les métropoles impérialistes. En cas de menace sur ces intérêts, les lumpen-bourgeoises des Etats du tiers monde se transforment aussitôt en traîtres et en comploteurs contre leurs propres peuples. Comme tous les traîtres de leur acabit, les lumpen-bourgeoisies ne livrent jamais un combat à visage découvert mais ils trahissent les intérêts de leurs peuples avec sournoiserie et intelligence grâce aux conseils avisés des services secrets de leurs maîtres occidentaux.

 

Il est vrai que ces lumpen-bourgeoisies n’agissent jamais à visage découvert contre leurs peuples mais l’histoire a montré aussi que,dans certains pays, peuvent être démasquées et combattues par des forces révolutionnaires indigènes. Les révolutions russe, chinoise et cubaine sont des exemples où des forces sociales révolutionnaires étaient en mesure de démasquer le jeu des lumpen-bourgeoisies et de déterminer leur rôle comme un maillon dans la chaîne impérialiste. En observant de plus près les acteurs des protestations en Iran depuis la réemption du président sortant, Mahmoud Ahmadinejade, on a du mal à trouver des points de comparaison avec ceux des révolutions russe, chinoise ou cubaine. Mir Hussein Moussaoui ou Karoubi ne sont ni Lénine, ni Mao ni Castro. Les leaders des mouvements de contestation en Iran ne sont même pas les mencheviks, les Kerenski et les Tchang Kay Tchek iraniens. Ce qui se passe aujourd’hui en Iran, ce sont des luttes politiques entre une fraction des élites cléricales contre une autre fraction. Dans ces luttes intestines, l’une des fractions représentée par le guide suprême Khamenei et par Mahmoud Ahmadinejade qui s’appuie sur les classes populaires iraniennes contre l’autre fraction représentée par Moussaoui, Karoubi, Rafsanjani, Khatami qui défendent les intérêts de la lumpen-bourgeoisie iranienne. Dans les programmes de ces deux fractions qui sont en lutte pour le pouvoir à Téhéran, il n’existe ni projet politique ni volonté de transformer les rapports sociaux. Dans l’Iran des mollahs et des Ayatollahs, il n’y a pas non plus de forces et de mouvements révolutionnaires aspirant à la conquête du pouvoir politique et capable de couper le cordon ombilical avec la métropole impérialiste comme ce fut le cas avec les révolutions russe, chinoise et cubaine. Les zélotes marxistes qui ont vu dans les événements iraniens les prémisses d’une révolution sont allés un peu vite en besogne, car les manifestants et les protestataires de la place de la Révolution(EL INKILAB) à Téhéran ne sont ni les foules révolutionnaires qui prirent la Bastille le 4 août 1789 lors de la Révolution française, ni les soviets qui s’emparèrent du Palais d’Hiver le 26 octobre 1917.  

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : Iran, Révolution, bourgeoisie compradore, lumpen- bourgeoisie

 

 

 

 

 

 

LA FIN DE L’ETAT D’ISRAEL

janvier 8, 2009

LA FIN DE L’ÉTAT D’ISRAËL :

LE COMPTE A REBOURS A DÉJÀ COMMENCÉ

Seul un naïf pourrait croire que la guerre actuelle menée par l’Etat d’Israël contre le Hamas dans la bande de Gaza est une réponse aux tirs de roquettes du mouvement de la résistance palestinienne. Tirs de roquettes ou pas, cette guerre, l’Etat hébreu l’avait prévue et voulue ardemment depuis sa dernière guerre ratée contre le Hezbollah libanais. Après l’assassinat le 12 février 2008 dans une rue à Damas, d’Imad Moughnieh le chef militaire du parti chiite libanais, nous avions publié un article sous le titre « ASSASSINAT D’IMAD MOUGHNIEH: LES ENJEUX IDÉOLOGIQUES ET POLITIQUES ». Dans cet article, nous prévoyions une nouvelle guerre au Moyen Orient, une guerre menée par Israël non pas uniquement à cause de ses velléités bellicistes, ce qui est l’évidence même et sa raison d’être, mais cette fois-ci pour une simple question de survie. Voila ce que nous avons écrit à l’époque :

« Mais cette guerre du Liban n’a pas seulement entraîné l’échec de la deuxième phase du plan du Grand Moyen Orient, elle a aussi bouleversé la donne stratégique dans la région et elle a laissé des conséquences incalculables sur la société israélienne elle-même. Elle a d’abord porté un coup au moral des troupes et à l’image d’un État d’Israël invincible en remettant en cause la crédibilité de ses services secrets de renseignement notamment le Mossad, gros fournisseur par ailleurs de renseignements aux services secrets occidentaux. Parallèlement, la tenue en échec du « pouvoir aérien » et de la technique du bombardement massif continu pour démoraliser l’adversaire ouvre une nouvelle ère dans la tactique et la stratégie militaires dans cette région où les guerres étaient des guerres courtes, des guerres éclairs. Pourtant, dans sa guerre contre le Hezbollah, Israël a utilisé la technologie la plus moderne, une technologie dernier cri sortie tout juste des usines d’armement de son allié américain. Dès les premiers jours de la guerre, un pont aérien assurait le transport du matériel militaire pour être utilisé contre les civils libanais. Outre l’incapacité de l’aviation israélienne à mettre à genoux le parti chiite, l’offensive terrestre a été un fiasco total et un véritable désastre avec des réservistes mobilisés sans préparation et jetés sur les champs de bataille, hagards,affolés et désorientés voire recueillis comme des mouches, prisonniers dans les carcasses des chars Merkava assez lourds face à la mobilité des combattants chiites et pourtant considérés par la propagande officielle comme les chars parmi les meilleurs au monde. Face à l’armada israélienne, il y avait 500 combattants mobiles armés des lunettes infra-rouges, des RPG-29 Vampire, des lance-roquettes et des téléphones de campagnes, enterrés dans des zones stratégiques impossibles à détecter. Ce qui est nouveau par rapport aux précédentes guerres classiques où l’on voyait l’aviation bombarder en premier les centres militaires de communication pour couper la chaîne de commandement de l’armée avec sa base. Par sa maîtrise de la technique de la guérilla, le Hezbollah a inventé une nouvelle manière de combattre et a brisé du coup ce complexe de peur face à une armée israélienne réputée invincible, moderne, suréquipée et soutenue par la plus grande puissance militaire du monde, les USA. Si l’État hébreu a pu survivre dans un tel environnement hostile du Moyen Orient et entouré par tant d’ennemis, c’est à cause de cette image d’invincibilité de son armée qu’il a su enfoncer dans l’inconscient collectif depuis la guerre des Six jours de juin 1967 et qui a joué un grand rôle psychologique de dissuasion, faisant naître du coup un sentiment de défaitisme dans la psyché collective arabe poussant certains États comme l’Egypte et la Jordanie à préférer la voie des négociations à la guerre pour récupérer leurs territoires perdus en 1967 et en 1973. Il est bien connu que quand la peur gagne l’esprit d’un peuple, c’est la paralysie, l’inertie le manque de résistance et le défaitisme. Mais la guerre contre le Hezbollah à cassé cette légende d’invincibilité israélienne laissant des séquelles dommageables sur la cohésion de la société israélienne soudée jadis par le mythe d’une armée puissante, crainte et dissuasive. C’est cette image d’invincibilité qui a été écornée et ternie par la dernière guerre du Liban contre le Hezbollah libanais et que l’État d’Israël tente aujourd’hui de retrouver par tous les moyens à la fois pour la crédibilité de son armée et pour maintenir tout simplement la cohésion interne de la société israélienne. Sans une autre guerre avec une armée victorieuse susceptible de souder un peuple en plein désarroi et en proie aux doutes, c’est la société et l’État d’Israël qui seraient menacés de dislocation et de désintégration. C’est pourquoi la guerre du Liban a laissé un goût amer et chez les dirigeants israéliens et chez le peuple qui cherchent à tout prix une autre guerre qu’ils espèrent victorieuse pour en découdre avec le Hezbollah libanais. C’est pourquoi il conviendrait d’interpréter l’assassinat d’Imad Moughnieh comme une provocation israélienne pour une revanche et pour essuyer un affront fait au peuple juif. L’assassinat de Moughnieh, comme celui de Rafic Hariri, font partie d’un scénario à plusieurs actes. Acte I, le Hezbollah réagira pour venger la mort de son principal dirigeant militaire. Acte II, une riposte militaire israélienne avec l’espoir cette fois ci de détruire l’infrastructure militaire du parti chiite libanais et de restaurer du coup l’image d’une armée ayant perdu la bataille du Liban en 2006 mais pas la guerre. Le Tsahal pourrait essuyer une deuxième défaite et une deuxième humiliation. Dans ce cas, ce sont les rapports de forces qui se trouvent bouleversés sur la scène d’un Moyen Orient au sein duquel l’Etat croupion créé par la déclaration Balfour en 1917 ne pourra plus remplir son rôle de relais de l’impérialisme dans cette région du monde. Quelque que soit l’issue de la confrontation, la région du Moyen Orient va ressembler de plus en plus à la poudrière des Balkans. Le scénario le plus probable, c’est que les USA et leurs alliés européens vont venir au secours d’un « État ami », l’État d’Israël. Nous aurons alors une situation semblable à celle qui prévalait au lendemain de la Première Guerre mondiale avec les mêmes systèmes d’alliances mais avec des protagonistes portant des bannières différentes, le Croissant pour les musulmans contre la Croix pour les chrétiens »

Depuis la publication de cet article, bien des événements ont eu lieu notamment la crise financière actuelle annonciatrice de la fin du capitalisme et du système impérialiste mondial. Cette crise économique et financière se double d’une défaite militaire annoncée des Etats-Unis et de leurs alliés en Afghanistan et en Irak. Des grands changements géopolitiques concernent l’Amérique latine qui s’émancipe progressivement de la tutelle des Etats-unis et qui cesse d’être l’arrière-cour et la chasse gardée des multinationales américaines. De ce fait, les quelques Etats impérialistes qui contrôlent jusqu’ici la planète entière n’ont plus assez de moyens pour mener de nouvelles guerres de conquête à l’extérieur de leurs frontières. Comme l’a amplement montrée la récente guerre russo-géorgienne de l’été 2008, les Etats-Unis et leurs alliés européens se contentent aujourd’hui de condamner et de palabrer alors que pour démanteler l’ex-Yougoslavie, ils avaient utilisé la manière forte, la guerre sur le régime de Milosevic. Avec la fin du capitalisme et le desserrement progressif de l’étreinte du système impérialiste, les frontières actuelles des Etats qui ont été remodelées en fonction des impératifs de l’expansion du capital mondial vont disparaître pour laisser place à des nouvelles configurations géographiques et politiques. Ce phénomène de désintégration des anciens Etats est déjà à l’œuvre dans la région du Moyen Orient avec l’exemple irakien, un ancien Etat éclaté aujourd’hui en plusieurs cantons formés à base religieuse et ethnique. Avant l’Irak, le Liban a été divisé de facto depuis la guerre civile de 1975-1990 entre un Nord à majorité sunnite, un sud à majorité chiite et une montagne à majorité druze. Le net infléchissement de la politique étrangère turque témoigne d’une prise de conscience et de l’inquiétude de la Turquie de se voir diviser comme son voisin irakien. Puisque tous les Etats du Moyen Orient vont changer de configurations politiques et géographiques, on en déduit que l’Etat d’Israël va subir à son  tour le même sort avec cette différence et elle est de taille, la disparition pure et simple de l’Etat hébreu qui va être rayée de la carte politique du Moyen Orient. Ces changements dans les configurations des Etats du Moyen Orient prendront du temps mais ils sont irréversibles à terme.

ISRAÊL N’EST PAS UN ETAT COMME LES AUTRES

Ce qui nous amène à formuler l’hypothèse de la fin de l’Etat d’Israël, ce sont l’observation d’un certain nombre de phénomènes politiques, militaires et démographiques d’un côté comportements et l’émergence de nouvelles forces sur la scène du Moyen Orient appelées à remplacer les anciennes forces déclinantes, de l’autre. Parmi tous les Etats du Moyen Orient, Israël apparaît comme un cas à part, du fait de son histoire très récente(60 ans) et des caractéristiques de ses populations. Rappelons que les deux éléments fondamentaux qui constituent les bases de tout Etat sont l’unité de l’histoire et de la géographie. Or ces deux éléments sont absents dans le cas de l’Etat d’Israël puisque ses habitants sont formés d’immigrés juifs qui étaient des citoyens parfaitement intégrées dans d’autres sociétés, celles d’Europe occidentale et d’Europe de l’Est, des Etats-Unis et d’Afrique du Nord. Ce n’est pas l’histoire et 60 ans n’est rien dans la vie d’un Etat qui unit les habitants de ces juifs immigrants mais ce sont l’intérêt et la religion. L’appartenance religieuse n’a jamais été une condition nécessaire dans la formation des Etats. Les juifs qui sont venus en Palestine sont des hommes déracinés comme les premiers immigrants des Etats mus par le seul intérêt et l’appât du gain. Ces caractéristiques des populations israéliennes contrastent avec celles des populations arabes qui possèdent une longue histoire et vivent sur un espace géographique stable qui est celui de leurs ancêtres depuis des siècles et des millénaires. Par comparaison avec ses voisins arabes, l’Etat d’Israël apparaît donc une véritable anomalie de la nature.

RAISONS DE SURVIE DE L’ETAT D’ISRAËL

Si l’Etat d’Israël existe depuis plus de soixante ans, cette longévité relève du miracle. Car, vu l’environnement hostile dans lequel évolue cet Etat, on peut se demander comment il a pu surmonter toutes ces guerres pour parvenir ainsi à fêter ses 60 ans d’existence. On comprendrait beaucoup mieux les raisons de cette longévité si l’on remémorait  tout le travail accompli en amont par ses créateurs au début du XXe siècle, en l’occurrence par la France et la Grande Bretagne, qui avaient alors redessiné la carte du Moyen Orient d’une telle sorte qu’il ne puisse y avoir un Etat arabe susceptible de mettre un jour en danger l’existence de l’entité sioniste. Pour empêcher l’émergence d’un éventuel Etat arabe fort, il a suffi d’appliquer le principe diviser pour régner en juxtaposant et en agrégeant sur les mêmes territoires, de populations d’origine ethnique et religieux différente. Par exemple, la mosaïque ethnique et religieuse de l’Irak a beaucoup aidé les Occidentaux et Israël à dominer et à occuper ce pays en faisant jouer les Kurdes au Nord et les chiites au Sud contre le régime irakien de Saddam Hussein qui est sunnite. Quand les Américains ont occupé l’Irak en 2003, ils ont procédé à la division de l’Irak sur la base ethnique et religieuse de ses populations. Quand on dit que les frontières actuelles des Etats arabes au Moyen Orient ne sont pas naturelles, cela signifie qu’elles n’ont pas existé par la volonté de leurs habitants mais par les arrières pensées colonialistes et impérialistes des puissances européennes qui dominaient alors la région. Ce sont les divisions politiques engendrées par la nature et les formes des frontières des Etats arabes du Moyen Orient qui expliquent pourquoi l’Etat hébreu a pu survivre dans un tel environnement hostile depuis 60 ans.

D’ailleurs, il suffit d’observer que dès l’apparition d’un homme charismatique ou d’un régime nationaliste soucieux d’indépendance nationale, les puissances occidentales intervenaient pour éliminer l’homme et son régime.  Quand Nasser a voulu nationaliser le canal de Suez, l’Angleterre, la France et Israël n’ont pas hésité un seul instant à lui déclarer la guerre. C’est la France qui aidé Israël à se doter de l’arme nucléaire mais quand l’Irak de Saddam Hussein a voulu s’équiper en centrales nucléaires construites avec l’aide de la France, l’Etat hébreu a détruit les centrales nucléaires d’Osirak. Pressentant le danger que représentait le régime de Saddam Hussein pour les intérêts occidentaux et israéliens au Moyen Orient, les Etats-Unis ont poussé le dirigeant irakien à la faute en lui miroitant qu’il pouvait envahir le Koweït. Après une propagande internationale orchestrée sur l’armée irakienne présentée comme « la quatrième armée du monde », les Etats-Unis ont formée une coalition internationale pour affaiblir l’armée irakienne et pour faciliter l’intervention des pays occidentaux dans les affaires intérieures de ce pays. L’invasion de l’Irak en 2003 est le dernier acte d’une stratégie américano européo sioniste mise en place bien avant la première guerre du Golfe en 1991. L’effondrement de l’Union soviétique finit par mettre en coupe réglée tous les Etats arabes qui se sont montrés prêts à toutes les formes de concession pour faciliter la pax americana dans la région du Moyen Orient. C’est dans ce contexte que les accords d’Oslo ont été conclus entre l’OLP et Israël prévoyant la création d’un futur Etat palestinien dans une période de 5 ans.

LES FORCES CENTRIPETES

Ce sont donc les divisions des Etats arabes du Moyen Orient héritées de l’époque coloniale d’une part et des aléas des alliances dans la vie internationale d’autre part qui ont aidé jusqu’ici  l’Etat d’Israël à préserver son existence depuis soixante ans. Aujourd’hui, les conditions ont radicalement changé et c’est une nouvelle carte politique du Moyen Orient qui est en train de se redessiner avec l’émergence de nouvelles forces politiques affirmant le principe de résistance à l’Etat d’Israël. Ces nouvelles forces proclament haut et fort leur hostilité à l’Etat sioniste et elles ne sont plus enclines comme par le passé au compromis et aux tergiversations. Leurs principes sont les luttes et les résistances sous toutes leurs formes jusqu’à la réalisation de leurs objectifs. Ces nouvelles forces émergent comme des mouvements de résistance à l’hégémonie israélienne et face à un Etat qui a bafoué toutes les lois internationales et qui se comporte en toute impunité. Le Hezbollah libanais a commencé comme un mouvement libanais de résistance à l’occupation israélienne du Liban en 1982. Le Hamas est une autre force de résistance à l’occupation israélienne. Ces deux mouvements de résistance à Israël sont inspirés par la révolution iranienne de 1979. D’ailleurs, les Occidentaux ne se sont guère trompés d’ennemi quand ils ont armé Saddam Hussein durant sa guerre de huit ans contre l’Iran. Le nucléaire iranien ne date pas d’aujourd’hui mais de l’époque où les Occidentaux avaient leur homme de paille, le Shah d’Iran. Si ces mêmes Occidentaux et Israël cherchent à priver l’Iran de l’énergie nucléaire, c’est parce  l’Iran a changé de camp et il fait partie aujourd’hui de « l’axe du mal » des Etats-unis.

Sans préjuger du contenu de  leurs projets d’avenir, les nouvelles forces qui sont en cours d’émergence sur la scène du Moyen Orient, ce sont des mouvements de résistance hostiles à l’existence d’une entité sioniste dans la région. Les anciennes forces qui cherchent à perpétuer le statu quo et à conserver leurs privilèges, ce sont les régimes arabes actuels qui ne veulent pas mourir de leur mort naturelle et qui luttent bec et ongle pour retarder l’heure fatidique même par une alliance avec l’Etat d’Israël. La guerre actuelle dans la bande de Gaza illustre parfaitement les luttes entre les anciennes et les nouvelles forces sociales au Moyen Orient. Qui aurait pu penser il y a quelques années que l’Egypte, l’Arabie Saoudite les deux plus grands pays musulmans du Moyen Orient s’allier avec l’Etat sioniste pour lutter contre les deux mouvements islamiques de résistance, le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien. Mais au point où l’on se trouve aujourd’hui, il est trop tard pour inverser le cours de l’histoire, car les choses travaillent actuellement en faveur des mouvements de résistance contre les anciennes forces déclinantes du Moyen Orient, celles qui s’allient avec Israël pour briser la résistance militaire du Hamas. La guerre actuelle de Gaza va encore radicaliser un peu plus les mouvements de résistance et exacerber davantage les sentiments de haine et de colère envers l’Occident et sa créature, l’Etat d’Israël. Les mouvements islamiques radicaux vont se multiplier et se renforcer au fur et à mesure que la colère de la rue arabe monte. Un scénario de remake de la Révolution iranienne dans les Etats arabes dits modérés n’est pas à exclure et elle n’est pas une simple hypothèse d’école mais une possibilité bien réelle. Dans ce cas de figure, l’Etat d’Israël, s’il existait encore, aurait à faire face non pas à deux mouvements de résistance, le Hamas et le Hezbollah mais à une multitude de régimes hostiles qui l’entourent. L’Etat hébreu va se trouver alors encerclé par plusieurs ennemis qui cherchent à le rayer de la carte politique du Moyen Orient. Quand le président iranien Ahmadinejad prédit la disparition prochaine de l’Etat hébreu, il est difficile de savoir s’il fonde ses prévisions sur la portée de ses missiles balistiques ou s’il mise sur l’émergence dans la région du Moyen Orient des régimes islamiques radicaux hostiles comme le sien à l’existence de l’Etat d’Israël.  

PRESENCE DES FORCES CENTRIFUGES

Outre la présence de ces forces centripètes, ce sont des forces centrifuges qui menacent l’existence de l’Etat d’Israël. Jusqu’ici la cohésion relative de la société israélienne a été assurée grâce à l’institution militaire et à l’image d’une armée invincible et crainte par ses ennemis arabes. La guerre de juin 1967 puis celle de 1973 ont répandu parmi les populations arabes l’esprit du défaitisme et de la résignation. Ce qui explique que l’Egypte, le plus grand pays du Moyen Orient, était amené à abandonner la voie de la confrontation avec son ancien ennemi en signant les accords de Camp David de 1979. Jusqu’à la guerre du Liban de 2006, l’armée israélienne charriait l’image d’une armée invincible et crainte par tous ses voisins. Mais la guerre du Liban de 2006 a révélé la l’incapacité de l’armée israélienne à faire face à une nouvelle forme de combat pratiquée par le Hezbollah libanais. Depuis, non seulement l’image de l’Etat d’Israël qui a changé mais le moral de ses populations a pris un sacré coup. Dans sa guerre contre le Hezbollah, l’Etat d’Israël a subi une défaite cuisante à juger par les remous provoqués par ceux qui ont pris l’initiative de déclencher cette guerre avec la démission du chef d’Etat major et celle du ministre de la défense et les conclusions très critiques de la commission Winograd. Depuis cette guerre contre le Hezbollah Israël n’est plus le maître du jeu sur la scène du Moyen Orient et il ne fait plus peur à personne malgré sur l’incontestable supériorité de sa technologie militaire. Si, dans le passé, l’armée israélienne a réussi à défaire en quelques heures les armées arabes, c’est parce qu’elle avait affaire à des armées régulières. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, car l’armée israélienne aura à faire face à une nouvelle forme de guerre, la guerre asymétrique. Même les régimes arabes modérés qui misent sur une alliance éventuelle avec l’Etat hébreu savent que l’Etat juif a perdu son aura d’antan. Les deux guerres d’Afghanistan et d’Irak et surtout celle du Liban de juillet-août 2006 ont montré les limites des guerres conventionnelles qui misent sur les  bombardements aériens massifs pour démoraliser l’adversaire et l’emmener à lever les drapeaux blancs. Aujourd’hui une guerre se gagne sur le sol et non en larguant des bombes de plusieurs tonnes à des milliers de mètres d’altitude. Les bombardements aériens ont certes mis à genoux l’armée irakienne en quelques jours mais quand il s’est agi d’occuper le terrain, la guerre de libération de l’Irak de la « dictature de Saddam » s’est révélé un fiasco total. Dans cette nouvelle forme de guerre, une armée régulière ne peut rien face à des ennemis qui ont choisi une autre tactique de combat simple mais plus efficace, la guérilla et les combats de rues. Comme hier les puissances coloniales, aujourd’hui Israël et les Etats-Unis sont impuissants face à la guerre asymétrique. C’est grâce à la guerre asymétrique que les mouvements de libération nationale ont gagné leurs combats contre les armées coloniales. La guerre du Vietnam est l’exemple type de la guerre asymétrique. La guerre du Liban de 2006 qui fait date dans l’histoire de la polémologie sert  de leçon à tous les mouvements de résistance. Ce sont les recettes du Hezbollah qu’utilise actuellement le Hamas dans sa résistance aux forces d’occupation israéliennes. Sans préjuger de l’issue final des combats à Gaza, on pourrait dire que les recettes du Hezbollah peuvent aussi servir ailleurs que le sud libanais à juger par l’échec de la campagne des bombardements aériens puisqu’il a fallu engager les troupes sur le sol. Les palestiniens ont bien retenu la leçon des combattants du Hezbollah et ils essaient de l’appliquer sur le champ de bataille. Aujourd’hui, à Gaza, l’armée israélienne est en train de subir une deuxième défaite, deux ans après celle du Liban en juillet août 2006.

Quand on observe l’imposante armada mobilisée par Israël pour combattre les militants du Hamas, on peut se demander si les moyens ne sont pas disproportionnés par rapport à un ennemi qui ne possède que des armes artisanaux. On peut se demander aussi si l’objectif est celui de faire taire les tirs de roquettes du mouvement de la résistance palestinienne. Il y a certes la mise en scène médiatique des bombardements visant à impressionner des adversaires potentiels comme le Hezbollah ou l’Iran. Mais la démonstration de force israélienne à Gaza et la puissance de feu utilisée contre les militants du Hamas témoignent non pas d’une assurance et d’une confiance en soi mais plutôt d’une perte de confiance en soi. Le doute qui a gagné l’armée israélienne depuis la guerre du Liban apparaît très nettement dans l’utilisation de tout ce matériel militaire sophistiqué contre des hommes qui n’ont en leur possession que des armes artisanaux. Quand on utilise des moyens militaires disproportionnés contre un adversaire encerclé, affamé et sous-équipé militairement, c’est tout simplement un signe de peur et de faiblesse et non pas un signe de force et de puissance.

En dépassant un peu la guerre des images et les images de la guerre de Gaza qui sont les vraies images de guerre, on décèle une crise beaucoup plus profonde, celle de la société israélienne. Cette crise est alimentée par le doute sur la supériorité de l’armée qui s’est montré jusqu’ici incapable de faire face aux nouveaux défis lancés par les deux mouvements de résistance libanais et palestinien qui continuent à envoyer de plus en plus loin leurs roquettes. Depuis soixante ans, c’est l’institution militaire et l‘image d’un Tsahal invincible qui ont assuré la cohésion de la société israélienne. C’est cette image qui est en train de changer avec toutes les conséquences sur l’imaginaire collectif israélien. L’image d’une armée israélienne invincible appartient désormais au passé et ce ne sont pas seulement les ennemis de l’Etat d’Israël qui le disent et qui le pensent mais ce sont les habitants d’Israël eux-mêmes qui se le disent et qui le pensent dans leur for intérieur. Aujourd’hui, aucun israélien ne peut se sentir en sécurité, ni les habitants des localités frontalières du nord d’Israël ni ceux du Sud. Bientôt, ce sont les habitants de tel Aviv qui vont pouvoir faire face aux roquettes du Hamas qui ne sont plus qu’à quelque vingtaine de kilomètres de là puisqu’elles ont atteint ces derniers jours les localités Asdoud et Bir Assad. Ce scénario catastrophe que les stratèges et les généraux ont craint va bientôt devenir une réalité quand le Hamas va balayer l’autorité fantoche de Mahmoud Abbas en Cisjordanie, maintenue artificiellement grâce à l’appui de l’armée de l’occupation. Avec le Hamas, devenu maître de la Cisjordanie, c’est l’ensemble des territoires israéliens qui sera en ligne de mire du mouvement de la résistance palestinienne. C’est alors que commence un long processus de désagrégation de la société israélienne.  Etant donné la nature et les caractères des habitants de l’Etat d’Israël constitué d’hommes unis par le seul intérêt, c’est la fuite et l’errance de nouveau qui les attendent. Telle qu’elle est constituée, la société israélienne ne pourra donner naissance à de mouvements de résistance semblables à ceux du Hezbollah libanais ou du Hamas palestinien. Car les habitants actuels de l’Etat d’Israël n’ont ni d’histoire ni une attache forte au sol qui les poussent à défendre leur Etat en sacrifiant leurs vies. Seules des peuples avec une longue histoire et une géographie qu’émergent les mouvements de résistance. Soixante ans dans l’histoire d’un Etat n’est rien par rapport aux peuples arabo-musulmans dont l’histoire se compte par des milliers d’années. Un mouvement de résistance ne s’improvise pas, il faut une longue histoire et une fixation durable au sol. Sans cette histoire et cette géographie, il n’y aurait jamais eu des mouvements de résistance au Liban et en Palestine. Ce qui n’est pas la cas des populations actuelles de l’Etat d’Israël, où il est difficile de trouve deux personnes qui ont eu la même histoire. Comme les immigrants des Etats-Unis, les immigrants juifs qui sont arrivés en Israël après 1948, sont des hommes mus par l’intérêt matériel, par l’eschatologie et par les fantasmes religieux du retour à la terre promise. Mais le jour où ils découvriront qu’Israël n’est ni un nouveau paradis terrestre ni la terre promise, ils vont vite déchanter et faire leurs valises pour une nouvelle errance. Quand les dangers deviennent plus précis et plus menaçants, il ne restera plus de ce que l’on appelle aujourd’hui le peuple israélien que ceux qui n’ont pas le prix d’un billet d’avion pour quitter le pays. Le même phénomène s’est produit lors de la guerre civile libanaise quand la bourgeoisie libanaise était partie s’installer dans les quartiers huppés de Paris ou sur la riviera de Monaco. On peut comparer le peuple israélien à cette bourgeoisie compradore qui n’a qu’une seule patrie, celle où sont domiciliés ses comptes bancaires. Si nous pensons que l’Etat d’Israël est voué à la disparition, c’est parce que le peuple qui le compose n’a ni l’historicité ni la géographicité. C’est justement cette absence d’historicité et de géographicité chez le peuple israélien qui a empêché Israël de devenir un Etat « normal » comme tous les autres Etats du Moyen Orient. Et c’est parce que l’Etat d’Israël n’est pas un Etat comme les autres Etats du Moyen Orient, qu’il s’oriente irrémédiablement vers sa fin promulguée : la dislocation et la mort.  

FAOUZI ELMIR

Mots-clés : Israël, société, armée, fin.