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KARL MARX ET LA CRISE DU CAPITALISME(2)

octobre 11, 2008

KARL MARX ET LA CRISE DU CAPITALISME
(TEXTES ET DOCUMENTS)(2)
Les premières explications de la crise du capitalisme chez Marx remontent au Manifeste du parti communiste rédigé en collaboration avec Engels dans les années 1847-1848. Mais la théorie marxiste de la crise se trouve dans le Capital. qu’est-ce qu’une crise chez Marx ? Une crise économique est provoquée par la surproduction de marchandise qui, sur le marché, conduit à la mévente et à la chute des prix(en réalité il faudra dire la valeur des marchandises, c’est-à-dire la quantité de travail incorporée dans la marchandise et qui est la source de la valeur). La crise, et comme les microbes, reste invisible à l’œil nu dans le sens où il n’y a pas quelque chose de matérielle en soi qui s’appelle crise. Un premier symptôme de la crise est l’arrêt dans l’augmentation de l’indice de la production industrielle, son fléchissement puis sa chute brutale. Le deuxième symptôme de la crise est le licenciement massif de salariés et la faillite de capitalistes qui ferment leurs usines en délocalisant les lieux de production dans des pays où la main-d’œuvre est bon marché. Le troisième symptôme de la crise est la crise financière et monétaire. Ceux qui s’agitent actuellement pour trouver une issue à la crise financière actuelle se trompent de diagnostic, car ils prennent le symptôme pour la cause du mal et c’est pourquoi leurs milliards dilapidés n’auront aucun effet sur la crise actuelle qui est au fond une crise économique structurelle, celle du capitalisme, c’est-à-dire la surproduction d’un côté et la sous-consommation de l’autre. Soigner la cause du mal, ce n’est pas dépenser des milliards pour sauver des banquiers, c’est donner du pouvoir d’achat aux salariés pour pour pouvoir acheter toute la déchetterie produite par l’industrie.
MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE
Rédigé par Marx et Engels de décembre 1847 à janvier 1848. Paru en brochure séparée en langue allemande en février 1848
… L’ancien mode d’exploitation féodal ou corporatif de l’industrie ne suffisait plus aux besoins qui croissaient sans cesse à mesure que s’ouvraient de nouveaux marchés. La manufacture prit sa place. La moyenne bourgeoisie industrielle supplanta les maîtres de jurande; la division du travail entre les différentes corporations céda la place à la division du travail au sein de l’atelier même.

Mais les marchés s’agrandissaient sans cesse: la demande croissait toujours. La manufacture, à son tour, devint insuffisante. Alors, la vapeur et la machine révolutionnèrent la production industrielle. La grande industrie moderne supplanta la manufacture; la moyenne bourgeoisie industrielle céda la place aux millionnaires de l’industrie, aux chefs de véritables armées industrielles, aux bourgeois modernes.

La grande industrie a créé le marché mondial, préparé par la découverte de l’Amérique. Le marché mondial accéléra prodigieusement le développement du commerce, de la navigation, des voies de communication. Ce développement réagit à son tour sur l’extension de l’industrie; et, au fur et à mesure que l’industrie, le commerce, la navigation, les chemins de fer se développaient, la bourgeoisie grandissait, décuplant ses capitaux et refoulant à l’arrière-plan les classes léguées par le moyen âge.

La bourgeoisie, nous le voyons, est elle-même le produit d’un long développement, d’une série de révolutions dans le mode de production et les moyens de communication…

La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux, Le maintien sans changement de l’ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux, figés et couverts de rouille, avec leur cortège de conceptions et d’idées antiques et vénérables, se dissolvent; ceux qui les remplacent vieillissent avant d’avoir pu s’ossifier. Tout ce qui avait solidité et permanence s’en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d’envisager leurs conditions d’existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés.

Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s’implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations.

Par l’exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l’industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l’adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées. industries qui n’emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l’ancien isolement des provinces et des nations se suffisant â elles-mêmes se développent des relations universelle, une interdépendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l’est pas moins des productions de l’esprit. Les oeuvres intellectuelles d’une nation deviennent propriété commune de toutes. L’étroitesse et 1′exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles; multiplicité des littératures nationales et locales naît une littérature universelle.

Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l’amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu’aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâtrement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elles la prétendue civilisation. c’est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image…

…La bourgeoisie supprime de plus en plus l’émiettement des moyens de production, de la propriété et de la population. Elle â aggloméré la population, centralisé les moyens de production et concentré la propriété dans un petit nombre de mains. La conséquence fatale de ces changements a été la centralisation politique. Des provinces indépendantes, tout juste fédérées entre elles, ayant des intérêts, des lois, des gouvernements, des tarifs douaniers différents, ont été réunies en une seule nation, avec un seul gouvernement, une seule loi, un seul intérêt national de classe, derrière un seul cordon douanier.

La bourgeoisie, au cours de sa domination de classe à peine séculaire, a créé des forces productives plus nombreuses et plus colossales que l’avaient fait toutes les générations passées prises ensemble. La domestication des forces de la nature, les machines. l’application de la chimie à l’industrie et à l’agriculture, la navigation à vapeur, les chemins de fer, les télégraphes électriques, le défrichement de continents entiers, la régularisation des fleuves, des populations entières jaillies du sol – quel siècle antérieur aurait soupçonné que de pareilles forces productives dorment au sein du travail social?…

À la place s’éleva la libre concurrence, avec une constitution politique appropriée, avec la suprématie économique de la classe bourgeoise.

Nous assistons aujourd’hui à un processus analogue. Les conditions bourgeoises de production et d’échange, le régime bourgeois de la propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d’échange, ressemble au magicien qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu’il a évoquées. Depuis des dizaines d’années, l’histoire de l’industrie et du commerce n’est autre chose que l’histoire de la révolte des forces productives modernes contre les rapports modernes de production, contre le régime de propriété qui conditionnent l’existence de la bourgeoisie et sa domination. Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour périodique, menacent de plus en plus l’existence de la société bourgeoise. Chaque crise détruit régulièrement une masse de produits déjà créés, mais encore une grande partie des forces productives déjà existantes elles-mêmes. Une épidémie qui, à tout autre époque, eût semblé une absurdité, s’abat sur la société- l’épidémie de la surproduction. La société ses trouve subitement ramenée à un état de barbarie momentanée; on dirait qu’une famine, une guerre d’extermination lui ont coupé tous ses moyens de subsistance ; l’industrie et le commerce semblent anéantis. Et pourquoi ? Parce que la société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d’industrie, trop de commerce. Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le régime de la propriété bourgeoise; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce régime qui alors leur fait obstacle ; et toutes les fois que les forces productives sociales triomphent de cet obstacle, elles précipitent dans le désordre la société bourgeoise tout entière et menacent l’existence de la propriété bourgeoise. Le système bourgeois est devenu trop étroit pour contenir les richesses créées dans son sein. Comment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises? D’un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives; de l’autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus les anciens. À quoi cela aboutit-il? A préparer des crises générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prevenir.

Les armes dont la bourgeoisie s’est servie pour abattre la féodalité se retournent aujourd’hui contre la bourgeoisie elle-même.

Mais la bourgeoisie n’a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes – les ouvriers modernes, les prolétaires…

POUR EN FINIR AVEC LE CAPITALISME ET L’ARCHEO-LIBERALISME

octobre 3, 2008

POUR EN FINIR AVEC LE CAPITALISME ET L’ARCHÉO-LIBÉRALISME(Première partie)
Au milieu des années 1970, les sociétés occidentales commençaient à goûter à la musique douce de l’archéo-libéralisme et du laisser-faire (traduction « la nouvelle économie libérale »), un libéralisme chaloupé, un libéralisme au pas de l’oie. Cette mise en musique était assurée par une intelligentsia, chienne de garde du capitalisme mondial dont la mission consistait à promouvoir et à vendre la loi de la jungle sociale, c’est-à-dire, la loi du marché sous couvert de la démocratie et des droits de l’Homme. Indéniablement, les apôtres de l’archéo-libéralisme avaient alors le vent en poupe à juger par le succès rencontré tant sur le plan médiatique que sur le plan académique. Comme tous les étudiants de la fin des années 1970 et début 1980, j’ai été amené à lire l’ouvrage de Henri Lepage avec un titre un peu provocateur à élan messianique et millénariste «Demain le capitalisme ». Dans ce livre de Lepage, dont l’auteur fut l’importateur et le vulgarisateur en France des thèses des nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago et du Public Choice, j’ai relevé une phrase qui résume parfaitement la philosophie et l’esprit de l’archéo-libéralisme : « L’idée étant que la plupart des maux de société qui sont aujourd’hui(en 1978) dénoncées tiennent bien davantage aux excès d’intervention de l’Etat dans la vie économique et sociale contemporaine qu’à la logique de l’économie de marché, aujourd’hui tant vilipendée »(p.417). Cette idée que tous les maux de la société sont causés par l’Etat a fait son chemin depuis trente ans et elle s’est propagée comme une traînée de poudre un peu partout dans le monde en envahissant déferlant, après les dictatures militaires d’Amérique et notamment le Chili de Pinochet sur l’Europe, comme en France avec la politique économique de Raymond Barre et ses plans de libéralisation de l’économie, en Grande-Bretagne avec Margaret Thatcher en 1979 et aux Etats-Unis avec Ronald Reagan. Le point commun de ces politiques est le renforcement des féodalités financières, la restauration de la loi du marché et la réhabilitation de la loi du profit érigée en loi d’intérêt général. Selon Michel Albert, alors commissaire au Plan, « les profits d’aujourd’hui sont l’investissement de demain, donc l’emploi d’après-demain. »
Aujourd’hui, en septembre 2008, trente ans après cette hyper escroquerie intellectuelle, l’heure du verdict a sonné. C’est la faillite à la fois d’un système, le capitalisme et d’une idéologie l’archéo-libéralisme. Ce constat est sans appel quand le gouvernement fédéral américain(le trésor public et la FED(banque de réserve fédérale, l’équivalent banque centrale) est obligé d’intervenir pour sauver de la faillite des banques et des sociétés d’assurance et tout cela à coup de milliards de dollars et aux frais des contribuables évidemment. Le concessionnaire en France de l’archéo-libéralisme Henri Lepagne comparait alors la « nouvelle économie libérale », à une véritable « révolution scientifique ». Qui aurait pu s’imaginer, il y a encore quelques mois, sauf les marxistes, un tel scénario catastrophe où des grandes banques réputées jusqu’alors infaillibles et invulnérables allaient s’écrouler comme un château de cartes poussant ainsi l’Etat à intervenir pour empêcher l’éffondrement de l’ensemble du système financier ? Mais alors, les gardiens du dogme archéo-libéral nous ont toujours dit que les maux de nos sociétés viennent de l’Etat, ou de trop d’Etat. Comment est-il possible de soigner le mal(la crise financière) par le mal(l’Etat) ? Eh oui, comme on inocule du poison pour prémunir l’organisme de la morsure du serpent, l’Etat qui a montré dans cette crise sa véritable nature de serviteur des monopoles et des intérêts des monopoles et des capitalistes était comme toujours au rendez et il n’a pas lésiné sur les moyens pour venir au secours de banquiers aux abois en ouvrant généreusement ses guichets et dépensant sans compter, des milliards de dollars et d’euros et sans se demander qui va finalement payer la facture et si cette générosité publique suffira en fin de compte pour sauver un système d’une crise qui est beaucoup plus profonde que la simple faillite des grandes banques de Wall Strett. Les Etats-Unis, d’où la crise était partie, ont toujours été perçus comme la patrie de la libre entreprise et le berceau du capitalisme sauvage, cette terre promise et ce paradis terrestre nommé le rêve américain, l’American Dream. Mais cette Amérique-là qui a fait tant rêver est devenue aujourd’hui une terre cauchemardesque pour des millions de propriétaires expulsés de leurs maisons pour incapacité d’honorer leurs échéances mais aussi pour quelques grands capitalistes de la planète qui ont perdu à la bourse une infime de leurs fortunes amassées depuis plus d’un quart de siècle de libéralisme débridé. Sans parler bien entend des millions de pauvres vivant en dessous du seuil de la pauvreté. Ironie de l’histoire, les Etats-Unis qui avaient fomenté en 1973 le coup d’Etat contre Salvador Allende renversé après avoir nationalisé le secteur bancaire et financier et les mines de cuivre, font exactement la même chose en nationalisant des banques et des sociétés d’assurance en faillite. Si Milton Friedman, le conseiller de Pinochet et l’économiste le plus écouté au monde, voyait ce qui st adevenu aujourd’hui de l’oncle SAM,il aurait fait sûrement appel à l’armée comme au Chili en 1973 pour renverser le gouvernement socialo-bolchevique mené par le trio Henri Paulsen(secrétaire au trésor), Ben Bernanke(directeur de la Fed) et Bush(j’ai délibérément mis Paulsen en premier, car c’est lui qui est devenu aujourd’hui de facto le président des Etats-Unis). Réveille-toi, Milton, ton fils David et tes disciples sont en ce moment désorientés et ils ne savent pas sur quel pied danser. Viens vite à leur secours avec tes inepties monétaristes ! Réveille-toi, Milton, les gardiens du temps libéral sont devenus fous en instaurant au pays de l’oncle SAM, le bolchevisme, le socialisme et le collectivisme. Mais, cher Milton, rassure-toi, ce n’est qu’une partie remise, car tes potes, les politiciens véreux chèrement arrosés par le grand capital n’abandonneront jamais tes potes, les grands capitalistes qui te doivent tant et ils sauront le moment venu comment faire pour les tirer de cette mauvaise passe comme ils l’ont déjà fait dans le passé. De ce côté-là, tu peux compter sur l’indéfectible soutien d’une classe politique corrompue pour éviter le pire. Comment faire ? Tu connais maintenant la musique : on nationalise les pertes et on privatise les bénéfices. Les Etats capitalistes nationaliseront, comme par le passé, les sociétés et les banques en faillite. Comme tu le sais, cher Milton, le monde des finances et des affaires, n’est de la science exacte. Tu n’es pas censé ignorer, cher Milton, parfois tes potes de la haute finance ou des capitaines d’industrie font de mauvaises affaires et ça leur arrive de temps en temps comme tous les mortels. Mais heureusement pour eux et malheureusement pour le commun des mortels, l’Etat est là pour venir à leur secours le moment venu. En effet, après une période de convalescence économique et financière, l’Etat les refile aux capitalistes(aux actionnaires). Cela passe comme une lettre à la poste. Pas besoin d’un long discours. Une bonne campagne axée sur la diversion, la stigmatisation, la culpabilisation ou l’auto-culpabilisation et la moralisation suffira. Pour justifier le détournement de l’argent public pour sauver des intérêts capitalistes en danger, on commencera par dégainer, comme toujours, à l’intention de l’opinion publique, l’arme chérie des archéo-libéraux « l’esprit d’initiative» et « l’esprit d’entreprendre », « l’esprit du risque ». Quant aux victimes actuelles et potentielles du capitalisme et les spoliés des mésaventures du capital, on leur mijote comme d’habitude des recettes pour les diviser et les dresser les uns contre les autres. Les thèmes de la propagande sont aujourd’hui archi connus : on dresse ceux qui travaillent contre les chômeurs, les pauvres et les laissés pour compte, présentés comme des gens paresseux, des fainéants, des flâneurs, des profiteurs d’un système, des nantis et généralement comme des populations qui meurent de bonheur et de bien-être. La propagande officielle leur explique que tout ce qui leur arrive, c’est de leur faute et elle met leur indigence matérielle et mentale sur le compte de la fatalité et des aléas de l’existence, en martelant cette formule magique mais ô combien réductrice les « accidents de la vie ». En fin de compte, la propagande officielle suggère aux chômeurs, aux pauvres et aux laissés-pour-compte de garder espoir et de s’armer de patience, de courage et de stoïcisme. Grâce à une intense campagne de culpabilisation des classes exploitées, nos capitalistes pourront détourner à leur profit l’argent public en toute impunité pour éponger leurs pertes et ils n’auront rien perdu au change, bien au contraire, puisqu’ils auront récupéré des entreprises réchappées et revigorées financièrement et qu’ils pourront ainsi répartir de bon pied pour faire à nouveau de super profits avant la prochaine rechute. C’est ce pillage systématique de l’argent public qui a permis jusqu’ici aux capitalistes de traverser tant de crises et tant d’épreuves mais pour combien de temps encore ? Mais, les choses telles qu’elles se présentent sont mal engagées et les conditions actuelles ne se prêtent guère à l’optimisme et cela pour plusieurs raisons dont nous énumérons quelques unes dans un instant.
La débandade des grandes institutions financières aux Etats-Unis et l’appel à l’intervention des Etats capitalistes pour nationaliser des banques en faillite tombent comme un coup de massue sur la tête d’une intelligentsia vassalisée qui a été infestée par le virus archéo-libéral et qui assiste aujourd’hui impuissante et ébahie face au spectacle de la déconfiture d’une idéologie dont elle était, rappelons-le au passage, le propagateur, le support indéfectible et l’ardent défenseur depuis la fin des années soixante-dix du siècle dernier. Ces apôtres de l’archéo-libéralisme de tout poil, philosophes français de supermarchés ( les BHL, Finkelkraut, Glucksmanon, Ferry, Renault dont les livres-minute sont exposés dans « l’espace culturel » des Leclerc, Auchan, Carrefour etc), classe politique, opportuniste, corrompue et véreuse, journalistes des mass medias servant de porte-voix de leur maître le grand capital, on ne les a pas entendu, depuis deux semaines, s’exprimer la faillite retentissante des grandes américaines, sur la crise boursière, sur la nationalisation de Fannie et de Freddie(voir notre article sur les blogs, le dogme libéral et la nationalisation de Fannie et de Freddie), et sur le SOS lancé par les grands capitalistes de la planète au trésor américain et à la Banque de réserve fédérale pour venir en aide à des banques et des sociétés d’assurance en état de faillite. Ces apôtres de l’archéo-libéralisme n’ont pipé un seul mot sur les conséquences de la doctrine laisser-passer qu’ils professaient et sur cette escroquerie intellectuelle sur la fonction régulatrice de la loi du marché présentée jadis comme une loi scientifiquement prouvée et comparable à la loi de l’inertie de Galilée ou à la loi de la gravitation universelle de Newton. Sur cette crise qui s’amplifie jour après jour et qui se révèle décisive pour les sociétés capitalistes, c’est le silence radio. Après la chute du mur de Berlin, les archéo-libéraux nous promettaient pourtant la fin de l’histoire (Fukuyama) si ce n’est la fin du monde après la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 et après la chute des régimes communistes européens. Dix-neuf ans plus tard, la question qui se pose aujourd’hui est de savoir si la chute du mur de Berlin et des régimes communistes annonçaient la fin d’une époque avec la chute du bloc soviétique et le début d’une autre, le triomphe définitif du capitalisme qui marque la fin de l’histoire. Dans un livre publié en 1999, Immanuel Wallerstein dresse un autre diagnostic de l’état du monde post soviétique quand il écrit ceci « La chute des régimes communistes ne marquait pas le triomphe du libéralisme mondial mais plutôt l’annonce de déchéance définitive »(éditions de l’aube, 2005, 2ème édition. P.7)
Malgré la découverte de leur escroquerie intellectuelle, les apôtres de l’archéo-libéralisme ne s’avouent pas pour autant vaincus, bercés comme toujours par l’idée que le capitalisme qui a pu surmonter dans le passé toutes les crises et qu’il s’est même offert le luxe d’éliminer son concurrent soviétique après 70 ans de régime communiste, est toujours capable de vaincre et de surmonter la crise actuelle. Ils pensent que les turbulences financières sont une crise passagère, qu’ielle est en train d’être résorbée à coup de milliards de dollars annoncés par le plan Paulsen et grâce à la générosité des gouvernements libéraux européens et que le pire est déjà derrière eux. Nous leur disons, Messieurs, vous vous trompez et vous faites des illusions, car s’il est vrai que le capitalisme a pu surmonter toutes les crises, la question qui se pose immédiatement: à quel prix et comment ? Acculé au problème de la baisse tendancielle du taux de profit, le capitalisme s’est transformé en impérialisme conquérant qui a laissé exsangue tout un continent, en l’occurrence l’Afrique, malgré ses énormes richesses naturelles. Après l’impérialisme, ce sont deux guerres mondiales qui ont laissé sur les champs de bataille des centaines de millions de morts sans parler de toutes les guerres locales et régionales survenues dans le monde après la Seconde Guerre mondiale dont les deux dernières en date sont celles d’Afghanistan et d’Irak. Ce sont donc l’impérialisme et les gigantesques destructions en vies humaines et en ressources matérielles entraînées par les deux guerres mondiales qui ont sauvé jusqu’ici le capitalisme d’une mort annoncé. Autrement dit, c’est l’économie de la mort qui a sauvé l’économie capitaliste d’une mort annoncée. En sera-t-il toujours ainsi aujourd’hui et à l’avenir ? c’est à cette question que nous allons répondre dans notre prochain article.

FAOUZI ELMIR
Mots-clés : capitalisme, crise, archéo-libéralisme

PROPAGATION DU VIRUS ARCHEO LIBERAL

septembre 25, 2008

LIBERALISME ET DARWINISME SOCIAL(3)

PROPAGATION DU VIRUS ARCHEO LIBERAL

POURQUOI VIRUS?

En guise d’introduction et pour ne pas trop s’éloigner de l’ambiance zoologique des économistes néo classiques, nous avons choisi à dessein le terme virus emprunté à la microbiologie, plus précisément à la virologie pour montrer que les idées et les idéologies se comportent de la même façon que le germe viral si elles un milieu favorable et des organismes hôtes. D’après le dictionnaire des termes de médecine Garnier Delamare, les virus sont des infragermes, invisibles et infiltrables qui peuplent notre environnement mais ils demeurent inoffensifs tant qu’ils sont en dehors de l’organisme vivant, C’est l’existence ou non d’un organisme hôte qui détermine à la fois l’infection de la cellule vivante et le pouvoir pathogène de multiplication du virus. Car, ce dernier, avant toute biosynthèse, un virus, appelé à ce stade virion, est une structure inerte, figée et incapable d’assimilation ou de synthèse propre et il ne peut être reproduit qu’à l’intérieur des cellules. La première étape d’une infection virale consiste en l’entrée du virus dans une cellule hôte dont les biosynthèses seront modifiées et détournées en totalité ou en partie vers la fabrication de nouveaux virus. Alors qu’une cellule non infectée travaille pour elle-même, produit ses sécrétions spécifiques, renouvelle ses structures et se divise en deux cellules nouvelles, une cellule infectée va employer une partie ou la totalité de son potentiel de synthèse à fabriquer des génomes viraux. La cellule infectée, dont le patrimoine génétique est modifié, sera ainsi obligée de fabriquer des acides nucléiques et des protéines virales, lesquelles formeront de nouveaux virions(néovirions) qui vont transmettre l’infection aux autres cellules. Les nouveaux virus ainsi formés sont des répliques parfaites du virus infectant et cette réplication se fait à partir de la cellule hôte. Les idées et la formation des idéologies dans les sociétés humaines possèdent les mêmes mécanismes de contamination et de propagation que le métabolisme du germe viral.

POURQUOI L’ARCHEO LIBERALISME ?

Henri Lepage, ardent défenseur et propagandiste des idées des économistes néo classiques en France dans les années 1970 qualifie la pensée économique de l’Ecole de Chicago d’une « nouvelle révolution scientifique et idéologique…et une entreprise de rénovation et de dépassement de la théorie micro-économique néo-classique »(Henri Lepage, demain le capitalisme, Librairie Générale Française, 1978. livre de poche pluriel. p.41) En quoi consiste au juste cette révolution scientifique et idéologique? C’est la généralisation de l’approche micro-économique de l’analyse des phénomènes économiques( la formation des prix en économie de marché) à des domaines non marchands comme l’éducation et la santé. Henri Lepage définit la théorie micro-économique comme une « théorie générale des choix et des comportements humains dans un système d’interactions sociales »(p.42) il considère que la théorie micro économique est l’expression d’une certaine vision de l’homme, l’homo-œconomicus, un être rationnel qui choisit librement et qui prend ses décisions en toute connaissance de cause, en fonction de ses préférences et compte tenu des problèmes de la rareté des ressources disponibles.

Les deux principaux inspirateurs de cette approche micro-économique furent Ludwig von Mises et Friedrich von Hayek qui influencèrent les idées de Milton Friedman et les nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago. En 1952, Friedrich von Hayek publia un livre intitulé « Scientism and the study of Society », livre aussitôt traduit en français par Raymond Barre et publié un an plus tard, en 1953, sous le titre de « Scientisme et sciences sociales » chez l’éditeur de droite, Plon. Friedrich Von Hayek reproche aux économistes et aux chercheurs en sciences sociales en général d’avoir servilement appliqué les méthodes des sciences de la nature à l’étude des phénomènes sociaux et économiques sans se demander si leur discipline est une branche de la science de la nature ou de la philosophie morale ou sociale(p.7). Selon von Hayek, la seule approche possible en sciences sociales est la méthode individualiste et « synthétique ».(chapitre IV) connue également sous le nom de l’individualisme méthodologique qui consiste à partir d’abord des conceptions et des opinions des individus pour reconstruire les phénomènes sociaux et économiques, car, au lieu de prendre pour point de départ de ses recherches, les grands agrégats tels « société », »capitalisme », « système économique » qui sont des simples généralisations populaires, le chercheur devrait d’abord observer les attitudes individuelles qui lui sont les plus familières et essayer ensuite « par leur combinaison de reproduire des phénomènes complexes, les résultats des actions individuelles »(p.53) Ces résultats peuvent être obtenus grâce à la structure de l’esprit humain qui est capable d’interpréter certains phénomènes et de comprendre les intentions des autres ou le sens de leurs actes, en faisant usage des catégories familières qui lui sont inhérentes. Tout en reconnaissant les limites de la constitution de l’esprit individuel, l’approche individualiste proposée par von Hayek considère néanmoins qu’il existe bien une « raison » liée au «  processus interindividuel dans lequel, par des intermédiaires, le savoir de générations successives et de millions de gens qui vivent simultanément se combine et s’ajuste; elle nous enseigne que ce processus est la seule forme sous laquelle la totalité de la connaissance humaine ait jamais existé »(p.146)

C’est cet individualisme méthodologique qui caractérise la « nouvelle révolution scientifique et idéologique » de Henri Lepage. Certains esprits vicieux tentent, par des acrobaties intellectuelles assez douteuses, de séparer l’individualisme méthodologique, de l’individualisme comme concept théorique issu des spéculations philosophiques et des corpus théoriques et doctrinaux dont l’origine remonte à la philosophie scolastique des XIIIe et XIVe siècles.(Pierre Birnbaum et Jean Leca écrivent dans leur présentation d’un ouvrage collectif datant de l’époque où le vent de l’archéo libéralisme commençait à envahir le monde universitaire:  « l’individualisme « méthodologique » qui tend à expliquer des phénomènes collectifs « macroscopiques » à partir des comportements et des stratégies individuels(« microscopiques »), apparaît nettement distinct des autres individualismes puisqu’il est ici un attribut du chercheur et non un attribut de l’objet: il ne caractérise pas le processus étudié mais la méthode de son étude. D’autre part, il n’est pas une entreprise de légitimation d’institutions ou de valeurs… sauf celles qui sont indissolublement liées à son fonctionnement comme méthode » dans « sur l’individualisme, Paris, Presses de la fondation nationale des sciences politiques.1986.pp 13-14. Ce que disaient ces deux mandarins de la science politique est totalement incompréhensible voire irréaliste, car on se demande comment un chercheur peut séparer sa méthode de la recherche de l’objet qu’il se propose d’étudier. Ces deux auteurs veulaient nous faire croire qu’il existe une distinction entre l’individualisme méthodologique et la philosophie individualiste qu’il inspire et que la méthode qu’utilise le chercheur est neutre idéologiquement. La prétendue neutralité idéologique des méthodes est un mythe inventé par le positivisme et par la propagande de l’école néo-positiviste de Vienne au début du XXe siècle pour laisser entendre que la science est un domaine épistémologique à part, déconnecté de la société vivant en vase clos, neutre politiquement et idéologiquement. Von Hayek est lui-même tombé dans le même piège quand il considère que la science de la nature possède ses propres méthodes et ses propres objets; ce qui est plus que discutable)

L’individualisme méthodologique n’est donc pas distinct d’une philosophie et donc d’un parti pris idéologique du monde. S’il convient de chercher les origines lointaines de l’individualisme méthodologique, on peut remonter à la philosophie scolastique du Moyen Âge mais ses origines contemporaines se trouvent dans les idées et les spéculations du mouvement romantique, un courant de pensée apparu en Allemagne à la fin du XVIIIe siècle pendant l’occupation napoléonienne, un mouvement hostile aux idéaux démocratiques de la Révolution française, à la tyrannie de la science, au rationalisme, au scientisme et à une certaine conception de l’histoire. L’individualisme méthodologique puise ses racines dans la métaphysique de Schelling et dans sa conception organique d’une l’histoire fondée sur le développement de l’humanité par une série d’étapes, de périodes de culture. Cette philosophie de l’histoire de F.W.J.Schelling(1775-1854) inspira Schleiermacher pour élaborer sa herméneutique et sa méthode compréhensive impliquant l’historien et son jugement dans le choix de ses catégories dans l’étude es événements du passé. Cette herméneutique de Schleiermacher fut à l’origine de l’approche psychologique, descriptive et compréhensive de divers courants philosophiques, sociologiques connus sous le nom de philosophie de la vie groupant la philosophie de l’histoire de Dilthey et de son école, la philosophie ou plutôt la psychologie des « visions du monde »(Psychologie der Weltanschauungen » de Jaspers, la philosophie des valeurs de Rickert,la philosophie de la vie de Simmel et la philosophie du choix de Max Weber.(pour une vue d’ensemble des philosophies de Dilthey, Rickert, Simmel et Weber, voir Raymond Aron, la philosophie critique de l’histoire, Paris, librairie Vrin, 1969).

Par ailleurs, cette conception organique de l’histoire de Schelling qui était donc à l’origine des conceptions philosophiques de Dilthey, de Rickert, de Simmel et de Weber avait elle-même subi une double influence. D’abord, l’influence des idées du courant du vitalisme représenté par Georg Ernest Stahl(1660-1734) qui inventa le mot « organisme » et Albrecht von Haller(1709-1777) qui découvrit les propriétés d’irritabilité et de sensibilité du muscle et du nerf; Stahl et Haller ayant fait école à Montpellier qui était animée par des médecins comme Bordeu et Barthez. Ensuite, l’influence du courant de la « philosophe naturelle »(Naturphilosophie) qui groupait, outre Schelling son initiateur, et son disciple Heinrich Steffens, le médecin-naturaliste et l’un des inventeurs du mot biologie, Treviranus, le théoricien organisciste, Kielmeyer et Carl Gustav Carus, son porte-parole. Les spéculations sur la nature du courant de la Naturphilosophie, allaient donner naissance à un nouveau champ épistémologique, la biologie et influencer les premières idées évolutionnistes avec Lamarck et Chambers. La rencontre qui n’était nullement fortuite entre le concept d’organisme et l’idée de l’évolution fut à l’origine de l’évolutionnisme de Spencer, de la théorie de l’évolution de Darwin, du darwinisme social, de l’eugénisme et lde a sociobiologie; tous ces courants de pensée formant eux-mêmes l’arrière-plan idéologique des doctrines fasciste, nazie et aujourd’hui celui de l’archéo-libéralisme. L’idée chère aux archéo-libéraux de l’intangibilité des mécanismes « naturels » du marché et l’hostilité à l’intervention de l’Etat dans le domaine de l’économie trouve ses origines dans les thèses naturalistes et organicistes du mouvement des philosophes romantiques de la nature, les Naturphilosophen qui considèrent que la nature est régie par une loi inflexible, celle de la régulation(ou de l’autorégulation) des espèces par la sélection naturelle et par l’élimination des plus faibles au profit des meilleurs. A cette loi de la nature, personne ne pourra s’opposer et c’est pourquoi, il faut laisser faire la nature et tout rentrera dans l’ordre. C’est cette loi qui sous tend le catéchisme archéo libéral, laisser faire, laisser passer.

En esquissant ce bref retour aux origines doctrinales de l’individualisme méthodologique, nous avons voulu montrer que cette soi-disant « nouvelle révolution scientifique et idéologique » dont fait l’apologie Henri Lepage n’est au fond qu’un ramassis d’idées congelées depuis plus de deux siècles et qui ont été décongelées par des courants et des groupuscules anitmarxistes et anticommunistes en mal d’inspiration face à la crise du capitalisme et celle de l’idéologie destinée à le légitimer à la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est pourquoi, il est faux de parler de néo libéralisme, car le néo suggère une rénovation d’un courant de pensée avec un apport original à un concept ou à une théorie alors que les idées des nouveaux économistes sont des vieilleries qui remontent à plus de deux siècles et même plus au Moyen Âge, à la philosophie scolastique, plus précisément à la doctrine de droit naturel de Saint Thomas d’Aquin. Affirmer, comme le prétendent les nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago et leurs acolytes, que leur mouvement représente « une nouvelle révolution scientifique et idéologique », s’apparente plutôt à une escroquerie au jugement et à une escroquerie intellectuelle.

FACTEURS DE PROPRAGTION DU VIRUS ARCHEO LIBERAL

Les adeptes de l’archéo libéralisme attribuent le triomphe et la propagation de leurs idées à la supériorité de leur système théorique sur leur adversaire marxiste considéré comme une idéologie ringarde, démodée, une idéologie appartenant à un passé révolu et ils en ont pour preuve, la disparition du bloc soviétique et nous revoilà aujourd’hui vivant dans une ère nouvelle, celle de la fin des idéologies. Cependant, ceux qui claironnent matin, midi et soir la fin des idéologies, ce sont toujours les mêmes qui prennent leurs désirs pour des réalités et qui n’arrêtent pas de nous annoncer la mort de Marx, enterré déjà quatre fois depuis sa mort physique le 18 mars 1883. A les regarder de plus près, on s’aperçoit qu’ils sont en plein délire idéologique, car l’un des effets de l’idéologie, c’est justement ce sentiment qu’a le sujet idéologique de se trouver en dehors de l’idéologie. Il n’y a que ceux qui y sont plein dedans qu’ils se croient et qu’ils font croire aux autres qu’ils en sont dehors. Celui qui est dans l’idéologie ne dit jamais qu’il est dans l’idéologie, il essaie de maquiller sa posture idéologique en pointant du doigt l’idéologie des autres. La conclusion que l’on est amenée à tirer de ce qui vient d’être dit, c’est que le triomphe de l’archéo libéralisme ne signifie nullement la défaite de la pensée marxiste, l’invalidité théorique des concepts du matérialisme historique, du matérialisme dialectique et de la lutte des classes dans les sociétés capitalistes actuelles. C’est plutôt, comme pour les virus, l’existence d’un milieu hôte, un environnement sociologique et intellectuel favorisé par une multitude de facteurs notamment le système d’éducation qui a réussi à enfoncer pendant deux siècles dans le psychisme des populations scolaires des leviers psychiques hostiles aux idées « subversives », à tout ce qui pourrait mettre en danger les fondements idéologiques qui légitiment les mécanismes de l’exploitation sociale et de la domination politique.

Comme tous les systèmes idéologiques et culturels, l’archéo libéralisme est soumis à des facteurs de déterminismes sociologiques et matériels favorables ou défavorables à sa diffusion et à sa propagation dans le corps social. Le premier facteur favorable à la propagation du virus archéo libéral est l’existence d’un anticommunisme et d’un antimarxisme latent dans les sociétés capitalistes grâc à leur système d’éducation gratuit et obligatoire à partir d’un certain âge. En effet, l’appareil idéologique scolaire arrache les enfants à leurs parents à l’âge de 2 ans, les endoctrine 5 à 6 jours par semaine à raison de 8 heures par jour et cela durant les années les plus propices à l’inhibition des réflexes conditionnés appelés à être désinhibés le cas échéant par les meneurs et les propagandistes commis pour défendre l’idéologie dominante et un ordre établi. Durant cette scolarité, c’est toute une machinerie psychique qui se forme chez les populations scolarisées et qui se manifestent grâce à des « leviers » des mots-clés servant comme des déclics pour être déclenchés à distance. Ce sont en général des excitations conditionnantes verbales actionnées à distance par tous ceux qui veulent persuader des personnes et des groupes de rester à leur place et de respecter l’ordre hiérarchique ou les mobiliser pour défendre la patrie ou pour détester le communisme et le marxisme. Ces leviers psychiques sont:
leviers d’adhésion dont le but est de faire accepter des personnes, des choses et des idées, en les associant avec des mots ou des symboles tenus pour « bons » par exemple « démocratie », « patrie » »  « République »etc;
leviers de rejet dont le but est de faire rejeter certaines idées en les associant avec des « mauvais » mots, symboles et actes qui font appel à la peur, au dégoût, par exemple, « communisme » « marxisme », « goulag »;
leviers d’autorité dont le but est de faire accepter ou de désapprouver des personnages et des institutions comme des personnes compétentes et méritoires « science », « scientifiques » « expert » « héros national »:
leviers de conformisation dont le but est de faire appel aux émotions pour mobiliser les masses autour de mots d’ordre «  défense de la patrie » «  danger du communisme ».

Ce qui caractérise ces quatre leviers psychiques, c’est qu’ils peuvent être déclenchés à distance en empruntant la voie des réflexes conditionnés. Il serait étonnant de voir les États capitalistes engloutir des milliards d’euros tous les ans dans leurs systèmes éducatifs pour enfoncer dans le psychisme de leurs populations scolaires, des leviers psychiques visant à faire accepter des personnes comme Marx et Lénine et leurs idées en les associant à des mots et des symboles tenus pour « bons ». Le système éducatif des pays capitalistes ne va pas expliquer à des enfants les mécanismes occultes de leur future exploitation sociale en leur montrant les procès de la production absolue et relative de la plus value. L’hostilité schizophrénique aux idées marxistes et au principe de l’abolition de l’appropriation privée des richesses sociales prouve si besoin est, l’efficacité de l’action de conditionnement psychologique menée par l’appareil idéologique scolaire qui a réussi, dans la durée, à façonner la machinerie psychique de leurs populations scolaires. L’idée du goulag stalinien qui n’est rien par rapport au goulag capitaliste qui dure depuis deux siècles ne se serait jamais répandue avec une telle rapidité sans le travail d’endoctrinement en amont de l’appareil idéologique scolaire qui a déjà préparé le terrain psychologique pour croire à ce genre de propagande. Car, il est plus facile et plus vite de croire sans discernement ce à quoi on est déjà préparé psychologiquement qu’à des idées et des idéologies nouvelles. C’est en effet l’existence d’un fonds anticommuniste parmi les populations scolarisées des pays capitalistes qui a favorisé l’efficacité des actions de la propagande anticommuniste à l’époque du bloc soviétique et la lutte contre le marxisme durant les deux décennies du XXe siècle. C’est cet anticommunisme qui sommeille en chacun des hommes ayant subi le lavage de leurs cerveaux durant les années de leur scolarité qui a préparé les esprits à recevoir plus facilement et plus rapidement les idées archéo libérales et qui explique de surcroît la propagation du virus archéo libéral d’abord dans les milieux universitaires et puis dans les opinions publiques. A contrario, les idées marxistes et communistes n’ont aucune chance de se propager en dehors d’un petit cercle d’initiés et de sympathisants du fait de l’anticommunisme et de l’antimarxisme et des mileiux intellectuels et des opinions publiques des sociétés capitaliste. Si Lénine ou Mao avaient suivi la voie des élections et du parlementarisme et ils avaient attendu la conquête des opinions publiques de leurs pays respectifs, ils auraient attendu trop longtemps et même jusqu’au jour du Jugement Dernier sans jamais voir de toute leur vie, une révolution communiste. Car, pour changer un ordre établi, il faudra forcément passer par la destruction de l’appareil scolaire qui est la condition sine qua non à l’instauration d’un nouveau système social. En Chine, sans l’instauration d’un appareil scolaire communiste, le régime communiste chinois n’aurait jamais vécu top longtemps.

C’est ce fonds anticommuniste et antimarxiste qui a aidé l’archéo libéralisme à accomplir sa révolution de reconquête de l’hégémonie idéologique. Car, il s’agit bel et bien d’un mouvement de reconquête de l’hégémonie idéologique au sens gramscien du terme. Dans cette bataille de reconquête de l’hégémonie idéologique, les anciens marxistes et les anciens marxisants venant des groupuscules contestataires de la New left américaine des années 1960 ont joué un rôle déterminant et ils ont contribué, de par leur connaissance approfondie de la littérature marxiste en général et des écrits du marxiste italien Gramsci en particulier ceux traitant de la question de l’hégémonie idéologique, à la propagation du virus archéo libéral. En France, Alain de Benoît se définissait lui-même comme un gramscien de droite.

D’autre part, les idées des nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago n’auraient jamais connu une propagation si fulgurante et une diffusion à si une grande échelle sans la présence à l’intérieur et à l’extérieur des frontières des USA, d’une myriade de groupes de recherches antimarxistes et antimarxistes, de clubs de réflexion et de courants de pensée, de partis politiques de droite, d’extrême droite et même de gauche animés tous par un même but, lutter contre les idées marxistes et communistes. En effet, dès son apparition, le mouvement archéo libéral de l’Ecole de Chicago a vu graviter autour de lui toute une nébuleuse de mouvements et de courants idéologiques et politiques situés à l’intérieur et à l’extérieur des USA, comme, entre autres, le mouvement « néo conservateur », le mouvement des libertariens qui, selon Henri Lepage, avait le goulag pour point commun avec les « nouveaux philsophes » français, l’école de l’ordo-libéralisme allemand (dite école « Néo libérale de Fribourg ») qui était animée par des économistes(Wilhelm Roepke, Alexander Rustow et Arthur Uz) et théoriciens du concept de « l’Economie sociale de marché », un concept adopté par les sociaux démocrates allemands et repris tout récemment, pour maquiller la loi de la jungle capitaliste, dans le projet de traité constitutionnel européen rejeté par le peuple français à 54%.

En France, l’existence d’une nébuleuse de groupuscules idéologiques et politiques datant de période de la guerre froide, animée par d’anciens nazis qui n’avaient, on s’en doute, qu’un seul objectif, la lutte contre le marxisme et le communisme, a largement facilité l’importation et la diffusion des idées archéo-libérales des nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago dans les milieux intellectuels et politiques. Une étude sur tous ces courants et groupuscules de anticommunistes et anticommunistes sera à faire pour montrer leur rôle dans le mouvement de reconquête de l’hégémonie idéologique. Parmi ces activistes antimarxistes et anticommunistes en France, appartenant aussi bien à la mouvance de la droite radicale qu’à la droite parlementaire, il y a , entre autres, le Groupement de recherches et d’études pour la civilisation européenne(Grece) fondé par Pierre Vial et Alain de Benoît, le cercle Vilfredo-Pareto, club de réflexion animé par deux étudiants de l’IEP de Paris, Jean-yves Le Gallou et Yvon Blot, le Club de l’Horloge fondé par deux anciens du Grece, Bruno Mégret et Jean-Yves Le Gallou, un Think Thank proche des partis de droite Des groupes et des centres de recherches sont spécialisés dans la diffusion de la littérature anticommuniste et antimarxiste en France comme Boris Souvarine, Claude Harmel, Georges Albertini, animateurs de l’Institut d’histoire sociale, un institut de recherche fondé autour de la bibliothèque Souvarine et financé par la CIA. Parmi les hommes politiques, on peut citer Alain Madelin influencé par la pensée sociale et anticommuniste de son mentor, Claude Harmel, un ancien nazi, recyclé dans la lutte anticommuniste. Des intellectuels tels Annie Kriegel et Jean François Revel organisaient régulièrement des débats et des conférences à Institut d’histoire sociale qui avait déménagé au Conseil général des Hauts-de-Seine dirigé alors par Charles Pasqua.

La propagation du virus archéo libéral a bénéficié aussi, outre de l’appui logistique et idéologique de cette nébuleuse antimarxiste et anticommuniste née durant la Guerre froide, de la diffusion massive d’une propagande anticommuniste et antimarxiste dans dans le monde universitaire menée le monde de l’édition en cours de concentration. Par exemple, grâce à la maison d’édition Grasset devenue en 1954 une filiale de la maison Hachette et plus tard du groupe Lagardère, les idées anticommunistes et antimarxistes ont trouvé leur caisse de résonance et leur outil de diffusion notamment après la publication dans les pays capitalistes de l’Archipel du Goulag de Soljénistsyne. Ce sont aussi les Editions Grasset qui ont permis aux « nouveaux philosophies » de lancer leur gadget médiatique, le totalitarisme et le Goulag stalinien, et de faire en fin de compte le jeu de la propagande archéo libérale. C’est par l’intermédiaire des Editions Grasset que l’argenté Bernard Henry Lévy, auteur du best seller, la Barbarie à visage humain, fils d’un richissme propriétaire d’un empire en commerce du bois au Maroc et au Sénégal, ouvrit dès 1973 à ses amis anticommunistes, à Jean Marie Benoît, Claude Broyelle, Christian Jambert, Guy Ladreau, une tribune pour diffuser leurs idées dans l’espace public notamment dans les milieux universitaires. Nous avons cité le cas des Editions Grasset mais ce sont en fait toutes les grandes maisons d’édition de la place parisienne souvent fondées au début du XXe siècle qui ont pris le train en marche en se mettant à diffuser de la littérature antimarxiste. Un cas symptomatique qui illustre l’atmosphère antimarxiste qui régnait dans les milieux intellectuels français durant les deux dernières décennies du XXe siècle est celui des Éditions Gallimard et bien d’autres grands éditeurs en sciences humaines qui ont refusé de publier en français l’ouvrage paru en 1994 en Angleterre et aux USA d’un grand historien marxiste Eric Hobsbawn, Age of extremes, un livre pourtant traduit en plusieurs langues étrangères. Le marxiste britannique a expliqué ce refus par « l’essor d’un antimarxisme hargneux parmi les intellectuels français »(cité par Emmanuel Lemieux dans « Pouvoir intellectuel, op.cit.p.353) Cet antimarxisme latent des milieux intellectuels français ne date pas des années 1990 mais ses origines remontent à la fin du XIXe siècle mais il est devenu beaucoup plus virulent après la Révolution bolchevique de 1917. Sans cette ambiance antimarxiste qui régnait en France, l’archéo libéralisme serait resté au chaud chez lui à l’intérieur du campus de l’université de Chicago.

Un dernier facteur déterminant dans la propagation du virus archéo libéral est l’apparition d’une nouvelle intelligentsia, qui a pour nouveaux dieux, l’image télévisée et les micros et à laquelle Régis Debray donne le nom «aristocratie en médiocratie intellectuelle » ou « la domination des plus « médiocres » se donnant pour la domination institutionnelle des « meilleurs ». »(le pouvoir intellectuel en France, op.cit.p.222). Avec l’avènement de cette nouvelle intelligentsia, le rêve des nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago devient désormais une réalité, car, ce qu’ils voulaient au fond, c’est de réduire tous les secteurs de la société, même la pensée et la culture à un marché et à une marchandise. Ce sont désormais « les mass medias qui commandent à l’édition, qui commande à l’université »(Régis Debray, le pouvoir intellectuel,op.cit.p.234) C’est à cause de cette médiocratie intellectuelle nourrie aux mamelles du grand capital, ces « nouveaux riches de l’intelligentsia »(Emmanuel Lemieux, pouvoir intellectuel, Denoël Impacts;2003.p.38), que l’on a vu réapparaître des hommes et des théories gisant tranquillement dans les musées de l’histoire, dépoussiérés, liftés, arrangés et mis au goût du jour archéo libéral pour devenir, nous dit-on, l’outil incontournable de compréhension de nos sociétés du IIIe millénaire. C’est pour servir les desseins de l’archéo libéralisme que l’on a vu subitement rémettre en scène les figures providentielles d’Alexis de Tocqueville, de Benjamin Constant et consorts, des personnages obscurs quasi inconnus de leur vivant et en tout cas, s’ils étaient connus de leurs contemporains, c’était comme des journalistes et des hommes politiques et sûrement pas comme le Hobbes et le Rousseau de leur temps. La médiocratie intellectuelle fait aussi resurgir des thèmes, tels la Révolution française, les droits de l’Homme, la démocratie etc. qui étaient utilisées comme des thèmes de propagande contre le totalitarisme communiste et le goulag stalinien que comme alors que les puissances impérialistes occidentales, et même tout récemment avec la guerre de Bush en Irak, mettaient en scène la comédie de la démocratie et des droits de l’Homme pour partir coloniser des pays et des territoires nécessaires aux profits de leurs multinationales. La nouvelle intelligentsia inféodée au grand capital n’est pas une étiquette ou un simple slogan mais une réalité qui exprime plus que jamais l’état de délabrement mental d’une catégorie sociale qui se prend habituellement pour le nombril du monde.

En conquérant l’université et en bernant un monde que l’on croyait par nature incrédule et difficilement domptable intellectuellement, le virus archéo libéral établit un contact avec une première cellule hôte. Il ne lui reste désormais qu’à s’étendre à d’autres cellules du corps social. Autrement dit, il faut expliquer par quels mécanismes le virus archéo libéral réussit à se multiplier et à se propager parmi les autres couches de la société.

MECANISMMES DE PROPAGATION DU VIRUS ARCHEO LIBERAL

Comme tout système théorique et idéologique complexe, l’archéo libéralisme ne se diffuse pas tel quel dans les opinions publiques. Pour qu’elles se diffusent dans le tissu social tout entier, les idées archéo libérales devaient être soumises à tout un travail de réélaboration et à une série de remaniements, c’est-à-dire les vulgariser et les populariser pour les rendre assimilables par le commun des mortels. Cette tâche a été dévolue aux agents de la propagande chargés de diffuser les idées archéo libérales. En quoi consiste le travail de propagandiste? C’est un travail de professionnel spécialiste de la psychologie sociale et qui applique des règles et des recettes qui ont fait leur preuve dans d’autres circonstances historiques notamment sous le nazisme et le fascisme.le travail du propagandiste ne s’improvise pas et ce n’est pas en se levant un bon matin que l’on réussit à convaincre et à persuader les autres en se disant: « tiens, et si je faisais aujourd’hui de la propagande pour le libéralisme et demain pour le communisme? ». Non, les choses ne se passent pas ainsi. Pour que ma propagande en faveur du libéralisme ou du communisme soit efficace et pour qu’elle donne de bons résultats, il faut que je me lève tous les matins, toujours avec la même idée que celle de la veille et de l’avant veille et même peut-être celle, sauf je suis « l’opportuniste » de Jacques Dutronc qui retourne sa veste toujours du bon côté, que j’avais il y a vingt ou trente ans et me dire comment la vendre aux mêmes personnes qui l’ont refusée la veille ou l’avant veille ou même il y a vingt ans. C’est dire combien le travail du propagandiste est une chose ardue et complexe du fait de l’existence d’un impondérable qu’est le substrat psychique des individus. En fait, le propagandiste aura à concilier trois impératifs par nature inconciliables et c’est ce qui explique en grande partie le phénomène de reconversion des anciens militants marxistes et communistes découragés par tant d’années de lutte et de militantisme sans aucune perspective de retour sur investissement dans le travail politique. Il faut d’abord de l’imagination que l’on n’a pas forcément tous les matins et tous les jours pour habiller différemment la même idée et varier les mots du discours tout en exprimant constamment la même idée. Il faut ensuite de la patience, de l’opiniâtreté et de la persévérance pour faire la même chose toute sa vie avec des résultats aussi aléatoires et imprévisibles que le travail de propagandiste. Il faut enfin les moyens pour faire partager une même idée au plus grand nombre et essayer de la diffuser dans l’espace public. Il y a certes toutes les techniques de sondage et tous les derniers acquis en matière de psychologie sociale et collective, mais la part des incertitudes dans la propagation des idées dans lesquelles nous croyons est prépondérante. Il y a parfois des situations imprévisibles et tout à fait fortuites qui surviennent par le jeu du hasard que le propagandiste peut le cas échéant mettre à profit, s’il est audacieux et un fin analyste de la vie politique nationale et internationale pour s’engager dans le cours des événements et pour saisir une occasion historique à ne pas manquer. Sans la Première guerre mondiale, on aurait sûrement connu Lénine en tant que théoricien marxiste, jamais comme le premier marxiste à réussir la première révolution communiste dans l’histoire.

Les adeptes de l’archéo libéralisme ont eu, eux aussi, une occasion historique qu’ils n’ont pas manqué à mettre à contribution pour préparer psychologiquement les opinions publiques capitalistes et même communistes à la réception de leurs idées, la crise pétrolière de 1973. Cette crise pétrolière qui n’en était pas une, donne le coup d’envoi de la propagande internationale archéo libérale et marque ainsi le début d’un plan de campagne mis en oeuvre jadis par les fascistes italiens et les nazis allemands pour conquérir le pouvoir dans leurs pays respectifs. Rappelons ce qu’est au juste un plan de campagne.

Un plan de campagne comporte les éléments suivants:
1- définition des buts psychologiques à atteindre;
2- détermination des groupes d’individus à influencer;
3- création d’organes pour atteindre ces buts;
4- distribution des actions dans l’espace et dans le temps;
5- coordination de ces actions;
6- contrôle de la campagne, préparation des actions, de leur exécution et de leurs effets.

Pour les adeptes de l’archéo libéralisme, il n’y a pas mille buts à atteindre, il n’y en avait qu’un seul, le démantèlement de l’Etat. C’est son propagandiste en France, Henri Lepage, qui l’affirme d’ailleurs sans détour et sans ambages.

1- démystifier « l’idée que les Français se font de l’Etat;
2- démystifier « la conception qu’ils ont de la notion d’intérêt général »

Henri Lepage ne se montre pas seulement un vulgarisateur des théories du mouvement archéo libéral mais aussi un fin connaisseur des moyens pour les propager dans le corps social tout entier en considérant que

1- « la réinvention du capitalisme ne peut résulter que d’une évolution spontanée des mentalités et des attitudes de nos concitoyens. Ce n’est donc pas réformer qu’il faut, mais informer, convaincre, démystifier pour pouvoir ensuite réformer »(demain le capitalisme,p.422)

2- « dans l’immédiat, et encore de nombreuses années, l’urgent est donc d’entreprendre un vaste programme de démystification et de formation de l’opinion publique pour lui faire comprendre que tout ce qu’on lui propose à l’heure actuelle n’est qu’un gigantesque miroir aux alouettes »(p.422)

Ce que recommande Lepage, c’est de prendre tout le temps qu’il faudra pour enfoncer quelques idées clés dans le psychisme collectif. Pas donc de précipitations, car il est inutile de commencer tout de suite par réformer (lire démanteler l’Etat) avant d’avoir préparé psychologiquement des années durant les opinions publiques à l’idée de la nécessité des réformes. Lepage dit en gros, cette phase préparatoire de préparation psychologique des victimes de l’archéo libéralisme est décisive et elle pourrait prendre du temps, des années et des années, dix ans, vingt ans et même plus, mais il fallait passer par cette épreuve difficile, par cette étape incontournable, le conditionnement psychique des hommes. Mais, une fois ce travail accompli, vous verrez que les choses pourront aller très vite et ce seront les victimes elles-mêmes de l’archéo libéralisme qui demanderont de réformer avec leur propre consentement sans violence et sans contrainte. Surtout pas d’attaque frontale ou de violence verbale mais caresser toujours dans le sens du poil. Il fallait d’abord faire sauter les verrous psychologiques et vous verrez que cette stratégie de sape sera payante à moyen et long terme et que les opinions publiquées fraîchement reconverties aux idées de l’archéo libéralisme vont envoyer elles-mêmes-mêmes aux parlements et aux gouvernements les futurs fossoyeurs de leurs droits acquis de haute lutte depuis un siècle. Le maître mot, patience, patience et patience. Laissons le temps au temps comme disait l’autre.

Ce long travail de conditionnement psychologique des masses a commencé au lendemain de la crise pétrolière de 1973 et elle était, comme la Première Guerre mondiale pour les bolcheviques russes en 1917, une belle occasion à saisir. Au milieu des années 1970, on pouvait déjà entrevoir les premiers thèmes de la propagande archéo libérale. On peut présenter sous forme de schéma les thèmes de la propagande et les réflexes conditionnés à inculquer aux masses
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thèmes de propagande mots-clés a répéter réflexes conditionnés
Crise
Choc pétrolier, facture à payer,
Les Arabes sont responsables de tous nos malheurs
Déficit extérieur
concurrence du Tiers-monde,
Consentir à des sacrifices pour aider les profits
Baisse du pouvoir d’achat
Trop d’État, trop de charges, trop d’impôt,les entreprises croulent sous les charges
Réduction de charges , moins d’impôt pour les riches, créateurs des emplois à l’avenir
Question des inégalités
Les Français sont trop assistés et ils ne travaillent pas assez
Les Français doivent cesser d’être assistés, doivent travailler plus et leurs avantages sociaux revus à la baisse
chômage
Manque de compétitivité des entreprises
Libérer le marché du travail, réduire les salaires, démanteler le syndicalisme et les droits sociaux
État en faillite
Les États comme la G.B et les USA s’en tirent mieux à cause de leurs réformes libérales
Nécessité des réformes libérales en France
Mondialisation de l’économie
monde en évolution, adaptation de l’économie nationale, chantage à la délocalisation
Provoquer la peur chez les salariés pour les dissuader de demander une augmentation de salaires

La propagande archéo libérale a mis en oeuvre une méthode inspirée de la publicité commerciale où la répétition joue un rôle primordial dans la formation des réflexes conditionnés et où la même idée, les mêmes mots et les mêmes images doivent être répétés en très grand nombre fois et durant des années. Par ailleurs, on remarquera que le plan de campagne archéo libérale a choisi les bons thèmes de propagande visant à provoquer une atmosphère apocalyptique entretenue par la peur du chômage, le chantage à la délocalisation des entreprises et la précarité économique.

Mais le virus archéo libéral n’aurait jamais pu se propager dans les opinions publiques sans cette condition importante, l’uniformité et la simultanéité des thèmes et de l’action de la propagande dans plusieurs endroits du pays, obtenue grâce à la concentration des mass medias dans les pays anglo-saxons et en Europe. En France, le mouvement de concentration des mass medias a déjà commencé dans les années 1960-1970 mais il a connu une accélération vertigineuse dans les années 1980 et 1990 puisque tous les moyens de communication de masse ont été concentrés entre les mains de deux grands groupes industriels, d’une part, le groupe Bouygues, propriétaire de la première chaîne française, TFI, et d’autre part, Hachette appartenant au groupe Lagardère et qui contrôle 86% du marché de l’édition et de la distribution des produits culturels de masse. Ces deux groupes capitalistes ont joué le rôle de direction centrale, à l’instar des ministères de l’information ou du Ministère de la Propagande sous le régime hitlérien, puisqu’ils n’émettent et ne produisent que les idées qui légitiment leur domination économique, en l’occurrence l’archéo libéralisme, et qu’ils permettent en plus leur diffusion massive et simultanée sur l’ensemble du territoire français. La formation d’une direction centrale pour la distribution des actions de propagande dans l’espace et dans le temps, la coordination de ces actions et le contrôle de leur exécution et de leurs effets sont autant d’éléments qui ont permis d’atteindre les buts psychologiques préalablement déterminés par les stratèges de la propagande archéo libérale et de créer ainsi les conditions de la réussite de leur plan de campagne. Car en effet, à force de répéter les mêmes mots(réformes, trop de charges, d’impôt, mondialisation, crise, déficit de la sécurité sociale etc.) pendant dix ans, vingt ans voire plus, 24 heures sur 24 heures, voir, entendre les mêmes personnes raconter la même chose partout, la propagande archéo libérale a atteint son objectif, celui de conditionner psychiquement les opinions publiques des pays capitalistes.

Plusieurs conséquences découlent de la propagation du virus archéo libéral. La première conséquence a été le reflux, d’une part, des idées communistes dans les universités et la quasi disparition des partis communistes et d’autre part, l’émergence des partis d’extrême droite sur la scène politique. Une deuxième conséquence est la montée d’un cran des tendances réformistes des partis socialistes et sociaux démocrates des pays capitalistes comme le montrent les deux exemples anglais avec Tony Blair en Angleterre qui a continué et même consolidé l’héritage réactionnaire de la politique archéo libérale de Madame Thatcher d’une part et Gerhard Schreoder en Allemagne qui n’a rien inventé depuis son lointain prédécesseur Helmut Schmidt, l’ami de Giscard d’Estaing, qui avait déjà commencé à mettre en application dans les années 1970, un socialisme décaféiné inspiré du concept de « l’économie sociale de marché » de l’école ordo libérale dite l’école de Fribourg, d’autre part.

En guise de conclusion, ce qui est frappant et absurde à la fois dans la propagation du virus archéo libéral, ce n’est pas seulement l’archaïsme des idées et des théories de ce mouvement idéologique d’une envergure planétaire, mais c’est aussi leur fausseté du point de vue de la logique formelle. Si la nouvelle intelligentsia n’était pas obsédée par le seul appât du gain et si elle n’était pas frappée par une grave cécité intellectuelle, elle se serait vite aperçue des caractères fallacieux des théories et des idées de l’archéo libéralisme à la propagation desquelles elle avait pris une part importante. Car, si l’on essaie de repérer le postulat de base des économistes néo-classiques, on découvre la conscience individuelle, source de besoins et de désirs. C’est sur ce substrat psychique qu’ont été élaborées toutes leurs constructions intellectuelles et d’ailleurs toutes les philosophies de l’histoire qui font de l’individu un sujet épistémique. Mais pour qu’une théorie ait un minimum de cohérence logique interne, il faut à la base des éléments factuels empiriquement observables qui sont nécessaires au contrôle des différentes étapes menant des principes et des hypothèses aux résultats obtenus. Or la conscience psychologique ne peut pas constituer ce postulat fiable à partir duquel seront déduites des conséquences sûres et empiriquement vérifiables. Tout au plus, les théories que l’on peut obtenir dans le cas où le principe de départ est la conscience psychologique seront-elles de type hypothético-dédictif. Mais avec ce genre de théories, on est très loin de cette fameuse « nouvelle révolution scientifique » dont nous parle Henri Lepage. L’escroquerie intellectuelle des économistes néo-classiques consiste à envelopper leurs pseudo théories par un stratagème désormais bien connu, les modélisations mathématiques et les techniques de quantification des états de conscience des individus. Même dans le cas de l’utilisation des modélisations mathématiques, il faut aussi un minimum d’éléments factuels, matériels et empiriquement vérifiables et non pas des éléments immatériels induits par la conscience individuelle. Même si nous admettions que les phénomènes de la conscience constatés et observés sont l’expression d’un individu libre de ses choix et de ses préférences, qui peut nous garantir que ces phénomènes observés et constatés ne sont pas plutôt le fait d’un individu préalablement conditionné psychiquement par l’existence de la propagande parfois sous sa forme la plus sournoise et la plus discrète, socialement par son appartenance à une classe sociale qui possède ses propres critères de besoins et de désirs et idéologiquement par l’action prolongée de l’endoctrinement de l’appareil scolaire? Comment quantifier des besoins et des désirs au sein d’une société de classes quand les besoins et les désirs varient d’une catégorie sociale à une autre? En partant de la conscience psychologique des individus comme principe de base de leurs théories, les économistes néo classiques ont été plus des artisans d’un mouvement idéologique réactionnaire que des précurseurs d’une « nouvelle révolution scientifique », car qu’est ce qu’au fond une idéologie si ce n’est la représentation purement imaginaire des individus aux rapports de production et aux rapports sociaux qui en dérivent? Autrement dit, c’est la fonction même de l’idéologie de représenter non pas les rapports réels des individus à un réel vécu mais leur rapport imaginaire à ce réel vécu. En partant de la conscience psychologique des individus, les nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago et d’ailleurs toutes les philosophies de l’histoire d’inspiration psychologique ont fait plutôt de l’idéologie que de la science, car ils ont représenté non pas les rapports réels des individus tels qu’ils sont vécus dans les rapports de production mais leurs rapports imaginaires au sein de ces rapports de production.

FAOUZI ELMIR

Mots-clés : virus, archéo libéralisme, propagation

BERCEAU DU NEO LIBERALISME:DICTATURES D’AMRIQUE LATINE

septembre 25, 2008

 

LIBERALISME ET DARWINISME SOCIAL(2)

 

BERCEAU DU NEO LIBERALISME:

DICTATURES MILITAIRES D’AMERIQUE LATINE

 

L’idéologie néo-libérale fait son apparition aux États-unis durant les années 1950, sous l’impulsion d’un groupe connu sous le nom de « nouveaux économistes », formé d’économistes, de chercheurs, d’anciens étudiants et d’anciens professeurs de l’université de Chicago. Les « nouveaux économistes » ont été influencés par les idées de Friedrich von Hayek et de von Mises mais surtout par Milton Friedman nommé en 1946, professeur à l’université de Chicago suite au refus de l’université de Columbia de lui confier un poste d’enseignement et qui cherchait alors à combattre l’interventionnisme étatique de Keynes et la politique du New Deal aux États unis après la crise de 1929.

 

L’approche micro économique de Milton Friedman vise à comprendre, grâce aux techniques de l’économétrie, les motivations des individus et les fondements de leurs décisions dans l’acte de consommer et d’épargner. Friedman considère les hommes comme des êtres rationnels mais que cette rationalité a été faussée par l’intervention intempestive de l’État dans le domaine de l’économie modifiant ainsi les attitudes des acteurs économiques. C’est cette immixtion étatique qui est à la source de l’instabilité conjoncturelle des économies de marché et de l’augmentation de la masse monétaire. Pour réduire l’amplitude des fluctuations de l’activité économique, Milton Firedman propose trois solutions : 1° contrôle des mécanismes d’émission monétaire pour réduire l’inflation ou la déflation. 2° indexation généralisée des prix, des salaires et des taux d’intérêt; 3° établissement des taux de change flottants pour libérer les pouvoirs publics des contraintes de l’équilibre extérieur.

 

Une autre grande idée de Milton Friedman est celle relative à ses interprétations du problème du chômage volontaire dû non pas à une carence de l’offre d’emplois mais au système d’indemnisation des chômeurs qui détermine le taux du chômage et les décisions des chômeurs de travailler ou de ne pas travailler. Si le chômage augmente, dit-il, c’est pour deux raisons: l’accroissement de femmes et de jeunes désirant travailler à temps partiel d’une part et l’amélioration de la protection sociale des chômeurs d’autre part. Pour lutter contre le chômage, il faut réduire au maximum le rôle de l’État dans l’économie et remettre en question le système de protection sociale des salariés et des chômeurs.

 

Ce monétarisme de Milton Friedman va inspirer dans les années 1950, trois grands courants intellectuels : le courant de la théorie du capital humain, le mouvement des droits de propriété et le courant du Public Choice. La théorie du capital humain est né des travaux des chercheurs du département d’économie de l’université de Chicago et de l’université de Columbia. Les principaux animateurs de ce courant étaient Théodore Schultz(université de Chicago), Jacob Mincer(Columbia), Yoram Ben Porath(université Tel Aviv), Glen Cain(université Wisconsin), Reuben Gronau(université de Jérusalem), Zvi Griliches(université Harvard) etc. Parmi les questions étudiées par la théorie du capital humain, figurent celle des inégalités sociales dues à des choix individuels et celle du chômage volontaire provoqué par un système de sécurité sociale trop protecteur. Les partisans de la théorie du capital humain ont étendu leurs recherches à des secteurs non marchands comme la famille, la santé et l’éducation, la démographie en utilisant l’économétrie pour quantifier des éléments à priori non quantifiables comme l’amour et la philanthropie.

 

Le deuxième courant appelé le mouvement des droits de la propriété s’intéresse aux mécanismes de l’échange et aux conditions de fonctionnement du marché. Les théoriciens de ce mouvement considère que si le marché est imparfait, cela est dû aux restrictions des droits de propriété qui entraînent une mauvaise répartition des ressources rendant le marché inaccessible à tous acteurs à cause des coûts prohibitifs de l’information. Leur solution consiste à réhabiliter le rôle de l’entreprise privée perçue comme le seul organisme social capable d’assurer une grande efficacité sociale du fait que les détenteurs des capitaux sont les seuls comptables de leurs résultats alors que les dirigeants et les managers de la firme publique peuvent poursuivre des objectifs économiques contraires à l’intérêt de la société.

 

Le troisième courant est celui de l’Ecole du Public Choice, étroitement lié au mouvement des droits de propriété. Ses deux principaux animateurs, James Buchanan et Gordon Tullock, étaient deux professeurs du Virginia Polytechnic Institute et cofondateurs du  centre d’études des choix collectifs « Center for public Choice ». En 1986, James Buchanan se vit attribuer le prix Nobel de l’économie.L’Ecole du Public Choice s’attache à étudier la question des politiques économiques et des finances publiques. Pour les animateurs de l’école du Public Choice, les problèmes du chômage, de l’inflation, des inégalités, des injustices, bref tous les maux de la société, sont d’origine institutionnelle et politique et non économique. Ce qui est en cause, ce ne sont pas les mécanismes du marché, mais le rôle de l’État qui les entrave en devenant envahissant et omnipuissant par sa bureaucratie et ses fonctionnaires animés par la seule logique de gaspillage des ressources publiques. Ce n’est donc pas par hasard que la fondation Nobel a attribué le prix Nobel de l’économie à James Buchanan, l’animateur du Public Choic, car la critique de l’État et la remise en cause de son rôle dans l’économie et même dans la société en général étaient déjà depuis un moment dans l’air du temps

 

Ces travaux du mouvement néo libéral de l’Ecole de Chicago ont été qualifiés par Henri Lepage de « révolution scientifique et idéologique » (demain le capitalisme », Collection pluirel, édition de poche 1978. p. 41 et suite). D’abord, une révolution scientifique, car les nouveaux économistes  ont fondé de nouveaux modèles micro-économiques et « une théorie générale des choix et des comportements humains dans un système d’interactions sociales »(p42-43). Ensuite, une révolution idéologique, car les nouveaux économistes ont réhabilité l’Homo œuconomicus au sein des sociétés actuelles.

NEO-LIBERALISME A L’EPRUEVE DES FAITS:

DICTATURES MILITAIRES D’AMERIQUE LATINE: BRESIL, CHILI

 

On a tendance à penser que l’ère du néo libéralisme commence en 1979 en Grande Bretagne avec de Madame Thatcher et aux Etats unis en 1981 avec Ronald Reagan. Il est vrai que Madame Thatcher et Ronald Reagan ont été les premiers à mettre en place des politiques libérales d’inspiration monétariste, mais ces mêmes politiques étaient déjà en oeuvre en Amérique Latine bien avant qu’elles ne déferlassent sur le reste du monde. En réalité, c’est l’Amérique latine qui a été le berceau et le premier laboratoire d’essai du néo libéralisme et c’est là-bas que les thèses monétaristes de Milton Friedman et des nouveaux économistes ont été pour la première fois mises à l’épreuve des faits. Pour être plus précis, l’acte de naissance du néo libéralisme remonte à l’année 1964 avec le coup d’État militaire au Brésil qui mit en place une nouvelle politique économique d’inspiration monétariste. L’expérience libérale brésilienne s’est ensuite étendue à d’autres pays au fur et à mesure de l’accession des militaires au pouvoir. Ce fut alors l’âge d’or du néo libéralisme inspiré par Milton Friedman et les « boys de Chicago » qui investirent massivement les leviers de commande des ministères Économiques et Financières dans tous les pays où une dictature militaire venait de prendre pied.

 

A) LE BRESIL: LE LIBERALISME MONETARISTE (1964-1974)

 

Les deux grands principes de la nouvelle politique économique mise en place au Brésil après le coup d’Etat militaire de 1964 puis plus tard au Chili après la prise du pouvoir par le général Pinochet en 1973 sont :

 

1- il est possible de diriger l’économie et sa croissance en contrôlant la croissance monétaire. Celle-ci ne devrait pas augmenter plus de 2 ou 3 points par rapport aux capacités de production. Le développement des capacités de production et de l’emploi dépend donc du taux de croissance comparé de la masse monétaire.

 

2- Une croissance rapide de la masse monétaire est la condition nécessaire et suffisante d’une inflation rapide. Or la croissance de la masse monétaire dépend des excédents de la Balance des paiements, des crédits à l’économie, et à l’État.

 

Pour combattre la croissance monétaire, l’État devrait agir sur ces trois variables pour:

 

a) réduire le déficit budgétaire, principale source de création de monnaie en Amérique Latine; b) ralentir l’augmentation des salaires pour freiner la demande de biens de consommation et faire baisser les prix; c) faciliter l’augmentation des profits des entreprises pour stimuler l’investissement, c’est-à-dire les achats d’équipement en vue d’accroître la production. Un esprit normalement constitué dirait qu’une telle politique est une politique de classe faite pour enrichir les riches et appauvrir les pauvres, en pensant que le bonheur de ces derniers se fera plus tard (à la calende grecque) grâce aux richesses amassées des premiers. D’ailleurs, les conséquences sociales de ces politiques d’inspiration monétariste mises en place par les juntes militaires en Amérique latine n’ont pas tardé à se faire sentir mais qui doivent faire réfléchir tout à chacun à ce que veut réellement dire le mot libéralisme quand il passe de la théorie la pratique.

 

Les premières mesures prises par la junte militaire brésilienne durant la période 1964 à 1974, sont d’ordre structurel et conjoncturel. Elles visent à construire ou à développer une industrie manufacturière de transport en donnant la priorité aux biens de consommation durables(automobiles, industrie électrique, électro-ménager et non durables(textiles, chaussures, industries alimentaires), et aux secteurs de base, sidérurgie, chimie et pétro-chimie pour satisfaire les besoins du pays et pour limiter ses importations. Cette nouvelle politique économique s’est traduite par des résultats économiques et a entraîné des conséquences sociales.

 

a) Résultats économiques 1964-1974

 

  • maîtrisé de l’inflation passant de 96,6% en 1964 à 30% en 1967,

  • croissance du PNB autour de 10% par an.

  • croissance de la production agricole due à l’augmentation de la productivité notamment pour les produits d’exportation comme le blé(345% entre 1964 et 1974), le soja(158% durant la même période) et le maïs(84%) etc malgré un faible rendement céréalier qui était seulement de 1453 kg à l’hectare contre 3400 kg/ha en France.

  • croissance de la production industrielle notamment dans les quatre secteurs suivants: Caoutchouc synthétique(+ 367%), Véhicules(+ 367%), Acier(+148%), Ciment(+136%).

  • commerce extérieur multiplié par cinq passant de 1,8 milliards de dollars à 8,6 milliards de dollars.

  • priorité absolue donnée à l’exportation et au marché mondial fait du Brésil le premier exportateur de produits manufacturés du Tiers Monde et un concurrent sérieux pour les pays industrialisés.

 

Ces résultats économiques ont été obtenus grâce à :

 

- une politique antisociale et de paupérisation des masses consistant à freiner la demande intérieure et la consommation.

- une politique fiscale favorable au capital par l’octroi des avantages aux entreprises surtout aux entreprises multinationales qui peuvent rapatrier leurs profits et aux hauts revenus puisqu’il n’y a pas d’impôt sur le capital et le taux d’imposition des bénéfices est de 30% contre 40% en Europe, celui des dividendes de 5% et seul 4% des contribuables sont soumis à l’impôt sur les revenus.

 

b) 1974 : faillite du modèle libéral brésilien

 

A partir de 1974, c’est la faillite de la politique libérale mise en place depuis 1964 et qui se manifeste par :

  • échec des mesures de la lutte contre l’inflation suite à la hausse des coûts de production consécutive à l’évolution du prix du pétrole;

  • Déficit du commerce extérieur et de la balance des opérations courantes dû à l’augmentation des prix des importations et du ralentissement des exportations et à la chute des prix des matières premières et des équipements exportés..

  • endettement record et difficultés d’obtention de financements extérieurs.

  • fléchissement de la croissance dû à la faiblesse de la demande sur le marché intérieur.

  • ralentissement de la production due aux importations du pétrole, des biens d’équipement et de certains produits agricoles comme le blé et la viande, des importations qui pèsent sur la balance commerciale sans possibilité de les équilibrer par des exportations équivalentes, vu l’état dépressif du marché mondial.

 

c) conséquences sociales de la politique libérale brésilienne

 

  • politique antisociale menée par la junte militaire pour restreindre le pouvoir d’achat de la population.

  • paupérisation de la grande masse des salariés brésiliens, soit 97,5%, c’est-à-dire 9,4 millions de personnes sur 9,64 millions(statistiques 1974) qui gagnaient moins de 14 fois le salaire minimum fixé en 1974 à 990 cruzeros(un cruzero valait en 1974, 0,13 dollar ou 0,58 franc français)

  • Baisse de la part des 50% les plus pauvres dans les richesses nationales qui était de 17,71% en 1960, de 14,91% en 1970 et de 11,81% en 1976.

  • l’augmentation corollaire de la part des couches les fortunées dans les richesses nationales puisque la part des 5% les plus riches passait de 27,7% en 1960 à 39% en 1976.

 

B) LE CHILI: LE MONETARISME LIBERAL(1973-1978)

 

Le 11 septembre 1973, le président Allende est assassiné par la junte militaire conduite par le général Pinochet qui a pris le pouvoir au Chili. Comme au Brésil, la première mesure économique des militaires chiliens a été la privatisation des entreprises du secteur public, aussi bien celles nationalisées par le gouvernement socialiste après son arrivée au pouvoir en 1970 que celles dont l’Etat était déjà actionnaire depuis 25 ans. Après avoir dérégulé le marché financier et mené une contre réforme agraire en restituant aux gros propriétaires fonciers 2 millions d’ha expropriés par les précédents gouvernements, la junte militaire commençait à mettre en place son programme économique inspiré par la théorie monétariste de Milton Friedman et les libéraux de l’Ecole de Chicago.

 

Comme au Brésil, cette nouvelle politique économique visait à atteindre trois objectifs:

a) ralentir l’inflation par compression de la consommation intérieure;

b) rééquilibrer les échanges avec l’extérieur pour attirer les capitaux et les investisseurs étrangers;

c) mener une politique systématique de paupérisation des masses populaires.

 

  1. faillite de la politique libérale de la junte militaire chilienne

     

Les résultats de la politique économique mise en oeuvre par la junte militaire chilienne montrent que l’expérience libérale inspirée par le monétarisme et les idées néo libérales importés des USA a lamentablement échoué pour les raisons suivantes :

 

  • stagnation économique interne due à la baisse de la part de la production industrielle dans le PNB entre 1973 et 1977 atteignant jusqu’à 45% pour les industries manufacturières.

  • persistance d’une inflation de l’ordre de 50% par an (55,4 % par an en 1978) qui a découragé les investissements étrangers et a poussé les détenteurs des profits à les expatrier.(entre septembre 1973 et décembre 1973, les prix ont été multipliés par 3,4%.

  • domination de l’économie nationale par le capital étranger notamment américain suite à un endettement extérieur colossal de l’ordre de 6,597 milliards de dollars en 1979, soit une année de production nationale et 3 ans ½ d’exportations et le service de cette dette qui était de 929 millions de dollars représentait 50% des exportations de l’année 1977(1800 millions de dollars

 

2) conséquences sociales de la politique libérale de la junte militaire chilienne

 

Avant le coup d’Etat militaire du général Pinochet, le gouvernement socialiste avait pris une série de mesures sociales pour rétablir la souveraineté du Chili sur ses ressources naturelles en nationalisant les mines de cuivre et le secteur bancaire. Les premiers résultats montrent une relative amélioration du quotidien de la population chilienne comme en témoignent les indices officiels de la junte militaire, puisque l’indice du salaire réel qui était de 100 en janvier 1970 est passé à 121 en mars 1973, soit un gain de 21% pour le pouvoir d’achat du salaire réel. La réforme agraire du gouvernement de l’Unité populaire s’est traduite par la redistribution de 4 millions d’ha de terre aux paysans pauvres. La nationalisation du secteur bancaire visait à contrôler l’inflation et à orienter les investissements vers les secteurs vitaux pour la nation comme l’agriculture vivrière et les industries de transformation. La nationalisation des banques avait aussi pour but le contrôle des changes et des mouvements de capitaux avec l’extérieur pour prévenir une fuite clandestine de capitaux à l’étranger qui avait dépassé en 1971, les 100 millions de SDR(SDR= 0,012 pesos). D’ailleurs, Cette mesure de contrôle des changes avait permis dès 1972 de limiter le déficit de la Balance des paiements mais cette politique menée par le gouvernement Allende allaient tôt ou tard heurter de front les intérêts américains dans les mines, ceux des banquiers et des milieux financiers et ceux des grands propriétaires fonciers. On connaît la suite des événements.

 

Une première conséquence de la politique libérale menée par la junte militaire, c’est le développement du chômage de masse et son corollaire le paupérisme. Dans certaines villes, le chômage touchait le tiers de la population active et dans la capitale Santiago, le taux de chômage qui était de 3% en 1972, atteignait 13% en 1978. Selon certaines estimations, il y avait même dans la capitale entre 20% et 50% de chômeurs. Sur une population de 10 millions d’habitants et une force de travail de 3 millions, le chômage frappait entre 600 000 et 700 000 personnes.

 

Une deuxième conséquence de la politique libérale chilienne est la sous-alimentation de la population due à une politique délibérée de baisse systématique de niveau de vie de la population et à la priorité absolue donnée à l’exportation des produits agricoles. Selon une étude de 1976, réalisée à la faculté de médecine de l’université du Chili à Santiago, 30% de la population de la capitale était sous-alimenté et souffrait de malnutrition. Cette sous-alimentation était due à la hausse excessive du prix du pain et de ses dérivés(farine, biscuit etc.) et à celle du prix du sucre passé de 11,10 pesos à 15,80 pesos entre septembre 1977 et septembre 1978, soit une hausse de 42,3% suite à la libération du prix en octobre 1977. Sur le salaire minimum de base d’une famille de cinq personnes qui était de 3478 pesos en 1978, le seul poste des dépense alimentaires s’élevait à 3035 pesos, soit 87,2% du revenu total. Il restait à payer les transports, le loyer, le gaz, l’eau etc. Sans parler du chômeur recevant une allocation de 700 pesos.

 

Le paupérisme a engendré également la sous alimentation des enfants de moins de 15 ans notamment à Santiago et dans les communes rurales de la région. La police de Santiago a recensé plus de 30 000 enfants vagabonds au centre de la capitale en 1977 sans parler de la désertion scolaire pour manque de nourriture. Selon le journal gouvernemental «  El Mercurio » de janvier 1978, 57,7% des enfants de 7 à 10 ans des quartiers populaires de la zone nord de Santiago étaient frappé par la sous nutrition et possédaient un coefficient intellectuel inférieur à la normale. Une autre conséquence de cette misère physique et mentale, la prostitution des pauvres et la propagation des maladies. Bien d’autres fléaux ont fait leur apparition après avoir disparu avec les précédents gouvernements comme le vagabondage et la mendicité des enfants. D’après un chiffre officiel du ministère de la santé, la syphilis a augmenté de 86,8% entre 1974 et 1976, passant de 17,2 à 32,13 pour 1000 personnes entre ces deux dates.

 

Pendant que le peuple s’enfonçait dans la misère physique et morale et que l’économie chilienne était mise à mal par la domination du capital étranger à cause du surendettement du pays, les firmes multinationales à majorité américaine rapatriaient leurs énormes profits vers les USA et les paradis fiscaux. D’ailleurs, le déficit de la balance des paiements de 1974 à 1977, était dû essentiellement aux énormes sorties de profit. Comme prime à ce désastre social et économique engendré par une politiqué libérale inspirée par le monétarisme et les idées néo libérales des nouveaux économistes américains, la fondation Nobel a décidé de décerner en 1976, le prix Nobel de l’économie au professeur Milton Friedman. Nous avons essayé d’expliquer dans un article « Prix Nobel, science ou idéologie », la principale raison de ce choix, dictée par le long passé eugéniste de cette institution(voir l’article sur les blogs).

 

A regarder de plus près, on découvre que les politiques économiques libérales mises en place par les dictatures militaires latino américaines à partir des années 1960 ressemblent à bien des égards à celles du fascisme et du nazisme en Europe durant les années 20 et 30 du XXe siècle. Les différentes mesures prises par les juntes militaires en Amérique Latine pour favoriser le capital au détriment du travail étaient aussi celles des régimes fasciste et nazi. Pour massacrer les salaires, les dictatures militaires latino américaines ont procédé d’abord à la destruction des syndicats ouvriers, à l’abolition du droit de grève et à l’élimination de toute opposition politique ou sociale. Ce fut également la stratégie des fascistes et des nazis qui ont procédé à l’annulation des contrats et des conventions collectives favorables aux salariés et au rétablissement de l’absolutisme patronal. Par exemple, l’État fasciste italien ressuscite par décret-loi du 30 juin 1934, le « livret de travail » et rédige même des contrats types, genre contrat CPE en France, appelés « contrats collectifs ». l’État national socialiste institue à son tour par une loi du 26 févier 1935, « un livret de travail » avec l’appréciation de l’employeur pour être présenté lors de toute nouvelle embauche. l’État fasciste consent des exonérations fiscales en faveur du capital comme les juntes militaires latino américaines. L’industrialisation déséquilibrée réalisée par les régimes fasciste et nazi dans l’Europe des années 1920-1930 en privilégiant l’infrastructure et l’armement ressemble à la stratégie libérale de l’industrialisation déséquilibrée des dictatures militaires latino américaines des années 1960-1970. On peut encore allonger la liste des points communs entre les politiques libérales des dictatures militaires latino américaines des années 1960-1970 et celles des régimes fasciste et nazi en Europe des années 1920-1930.

 

Cela nous amène à corriger, en guise de conclusion, deux fausses idées à propos du libéralisme. La première fausse idée est que le libéralisme ne rime absolument pas avec libertés individuelles et droits de l’Homme. Il n’y a pas de différence de nature entre libéralisme et dictature puisque l’un et l’autre tendent vers la même finalité, l’instauration de la loi de la jungle capitaliste. Le libéralisme économique sans une bonne dictature appelée à restaurer la loi des profits est une contradiction dans les termes. Tout au plus, le libéralisme économique est-il la forme anesthésiante de la dictature capitaliste. C’est l’expérience libérale des dictatures militaires latino-américaines qui nous le suggère. La deuxième fausse idée à propos du libéralisme est celle qui concerne le désengagement de l’État du domaine de l’économie. Les politiques économiques des dictatures militaires d’Amérique Latine montrent d’une façon irréfutable que le libéralisme économique serait inopérant sans un État autoritaire et policier. Cet axiome ne s’applique pas à la seule Amérique latine, il est aussi valable pour toutes les sociétés quelle que soit leur origine géographique où l’on peut observer l’émergence de deux phénomènes concomitants et indissociablement liés: d’un côté, la mise en place des politiques économiques libérales et de l’autre, le renforcement des dispositifs policiers des Etats en prévision des conséquences qu’entraîne immanquablement un système social qui fabrique tous les jours ses sans-culottes. Mais les sans-culottes du XXIe siècle sauront-ils écrire une nouvelle page d’histoire plus de deux siècles après leur première révolution ?

 

FIN DE LA DEUXIEME PARTIE

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots clés : néo-libéralisme, doctrine, politique libérale, dictatures militaires,Brésil, Chili.

 

 

Troisième partie : propagation du virus néo libéral

 

 

 

 

 

 

 

 

LE DOGME LIBERAL ET LA NATIONALISATION DE FANNIE ET DE FREDDIE

septembre 11, 2008

LE DOGME LIBÉRAL ET LA NATIONALISATION DE FANNIE ET DE FREDDIE  

 

La nationalisation des deux géants américains de refinancement hypothécaire, Fannie Mae et Freddie Mac, met à rude épreuve le dogme libéral. L’intervention du trésor américain pour sauver d’une faillite annoncée ces deux sociétés financières privées montre la sénilité du capitalisme qui ne doit sa survie qu’à l’État qui devient le dernier recours quand les intérêts du capital sont en jeu. Cette nationalisation de Fannie et de Freddie serait passée inaperçue si elle n’avait pas lieu, aux Etats-Unis, ce temple du libéralisme économique et la patrie de la libre entreprise. Si l’on suit les enseignements de la doctrine du laisser-faire, l’annonce de la nationalisation de Fannie et Freddie aurait dû susciter un tollé général et une réprobation mondiale pour atteinte aux sacro-saintes lois du marché. Or, la décision du trésor américain de nationaliser Fannie et Freddie a été accueillie avec soulagement et euphorie par les capitalistes du monde entier à juger par la remontée spectaculaire des principales bourses mondiales (à la bourse de New York, le Dow Jones + 2,58% ; bourse de Paris, +3,42% ; Bourse de Londres,  4% ; Bourse de Francfort, 2,22% ; Bourse de Madrid, 3,72% ; Bourse de Bruxelles, +4,40%. L’indice SP de Milan + 3,13% ; Bourse d’Amsterdam, +2,46%).

 

Pour rafraîchir la mémoire de nos archéo-libéraux atteints de cette maladie incurable qu’est l’amnésie, la nationalisation de Fannie et de Freddie intervient quelques jours avant le 35ème anniversaire du coup d’Etat d’Augusto Pinochet au Chili et l’assassinat de Salvador Allende le 11 septembre 1973 au palais de la Moneda. L’évocation de cette date anniversaire n’est guère fortuite, car ce sont la réforme agraire et la nationalisation du secteur bancaire et financier qui ont incité les Etats-Unis à renverser le gouvernement socialiste démocratiquement élu par le peuple chilien et à assassiner Salvador Allende. La réforme agraire confiée alors au ministre de l’Agriculture Jacques Chonchol avait pour but de redistribuer des terres à des paysans pauvres et la nationalisation du secteur bancaire était destinée à juguler une inflation galopante. Politiquement, en agissant ainsi, le gouvernement socialiste d’Allende a heurté de plein fouet les intérêts des multinationales américaines dans les mines de cuivre et dans le secteur bancaire et financier sans parler de l’opposition des grands propriétaires terriens notamment les éleveurs à la réforme agraire de Chonchol.

 

Pour sauver les intérêts capitalistes de Fannie et de Freddie, les contribuables américains devraient débourser quelques 200 milliards de dollars(100 milliards pour chacun des deux établissements). Alors que ce même gouvernement américain n’a rien fait pour empêcher l’expulsion de leurs logements, des millions de propriétaires insolvables à qui les banques avaient généreusement consenti des prêts tout en sachant qu’ils seraient incapables de faire face à leurs engagements du fait de la précarité de leur situation sociale et économique. Ces nouveaux spoliés viendront grossir encore un peu plus la déchetterie sociale produite par la loi de la jungle capitaliste. Car, souvenons-nous, si l’on remonte à l’origine des problèmes de Fannie et Freddie, on trouve d’abord la crise immobilière du sub-prime due à l’incapacité des emprunteurs à rembourser leurs dettes. L’insolvabilité des propriétaires est elle—même la conséquence de la précarisation des conditions du travail aux Etats-Unis (travaux précaires et sous-payés) entraînant un phénomène de paupérisation généralisé qui frappe de plein fouet non seulement les couches inférieures de la société américaine mais les classes moyennes. Mais cette précarisation du travail et cette paupérisation ne sont pas des phénomènes tombés du ciel du jour au lendemain; elles sont le produit d’une volonté politique et des orientations économiques inspirées par des considérations idéologiques, le libéralisme économique et le libre jeu du marché, notamment la thèse républicaine classique dite « trickle down theory » selon laquelle il faut aider les riches à s’enrichir car la relance de l’activité économique dépend intrinsèquement de l’enrichissement des plus riches dans la société. C’est ce qu’a fait le républicain et le père de la révolution conservatrice américaine, Ronald Reagan en arrivant au pouvoir en 1981. La crise immobilière du sub prime et la faillite de Fannie et de Freddie sont en réalité les conséquences directes d’une idéologie et d’une politique mise en œuvre depuis plus d’un quart de siècle. Ce qui empêche les Américains de voir réellement l’étendue des dégâts provoqués par les orientations ultralibérales de leurs gouvernements successifs, ce sont les cartes de crédit qu’ils ont en poche que ils sont le peuple le plus endetté de la planète.  

 

La nouvelle politique économique d’inspiration libérale ne date pas de l’ère Reagan, elle remonte au début des années 1960 quand les dictatures militaires d’Amérique latine, Brésil, Argentine, Uruguay, Chili après 1973 avaient mis en place des politiques économiques inspirées par les idées des nouveaux économistes américains et par le monétarisme de Milton Friedman (voir notre article, berceau du libéralisme, les dictatures militaires d’Amérique latine). Les dictatures militaires d’Amérique allaient servir de modèle pour les Etats capitalistes d’Europe et des Etats-unis. C’est l’arrivée au pouvoir en 1979 en Grande Bretagne de Madame Thatcher qui annonce le déferlement libéral dans le monde occidental. Malgré sa réputation de dame de fer et de ses méthodes répressives et brutales contre les mineurs grévistes, des libéraux s’étaient élevés contre Madame Thatcher pour lui reprocher son manque de fermeté. C’est le cas de Friedrick von Hayek qui a critiqué le premier ministre britannique pour sa « mollesse » et pour n’avoir pas été assez répressif à l’égard des syndicats ouvriers anglais. En 1981, bousculé par l’affaire des otages américains à Téhéran, Jimmy Carter perd les élections au profit du républicain Ronald Reagan qui met en place une nouvelle politique économique d’inspiration ultra-libérale.     

 

L’année 1981, c’est l’année de l’arrivée du Républicain Ronald Reagan au pouvoir aux Etats-Unis et pour mémoire celle du socialiste Mitterrand en France. Le point commun entre Reagan et Mitterrand, c’est que les deux voulaient rompre avec le passé et avec les politiques économiques de leurs prédécesseurs. Reagan et son équipe ont tenu leurs promesses alors que la mitterandie n’a fait que renforcer le capitalisme en France et en Europe. Fermons cette courte parenthèse. Quand Reagan prend possession du bureau ovale de la Miaon Blanche, il avait emmené dans ses bagages, à l’instar de Pinochet au Chili, une équipe de jeunes théoriciens adeptes de l’archéo-libéralisme de l’Ecole de Chicago et du monétarisme de Milton Friedman. La nouvelle politique économique de l’ère Reagan s’inspire de la théorie de l’offre(Supply side economics). qui repose sur quelques idées simples pour ne pas dire simplistes. Pour relancer l’activité économique, il faut stimuler la production (l’offre) en encourageant les particuliers et les entreprises à produire et à investir par le biais d’une réduction d’impôts (l’équivalent français, le bouclier fiscal de Sarkozy). Les pertes des recettes fiscales de l’État sont compensées par la réduction de son train de vie et de ses interventions de toute nature, ce qui a pour effet d’accélérer la croissance. Le maître d’œuvre de cette politique fut un jeune archéo-libéral nommé directeur de budget, David Stockman. Prélude à la mise en œuvre de sa politique économique, Reagan annonce une réduction de la fiscalité car, croyait-il, que la charge fiscale était trop lourde aux Etats-Unis.( Sarkozy et Fillon ont dit et disent la même chose aujourd’hui en France). Les nouvelles dispositions fiscales relatives aux entreprises et aux particuliers ont été signées le 13 août 1981 comportant des allègements d’impôts pour les personnes physiques et pour les entreprises.

 

Pour compenser les pertes des recettes fiscales de l’État, la première mesure prise par l’administration Ronald Reagan est une réduction drastique dans les dépenses sociales en posant des règles d’attribution beaucoup plus contraignantes qu’à l’époque du New Deal notamment pour obtenir des: bons alimentaires, des repas gratuits à certains écoliers, des prêts aux étudiants, une retraite complémentaire, et des subventions médicales. D’autres réductions substantielles ont été décidées dans d’autres domaines comme le transport, la poste, la recherche scientifique(à l’exception de la recherche militaire), l’infrastructure routière etc. Passée l’euphorie du début, l’équipe gouvernementale a dû déchanter car le déficit budgétaire n’a cessé de se creuser et le premier à critiquer les limites de la nouvelle politique économique de Reagan n’était autre que le directeur du budget en personne, David Stockman qui avait suggéré dans un article que le programme gouvernemental n’était pas de nature à réduire le déficit budgétaire mais seulement à enrichir les plus riches. Finalement, l’histoire lui a donné raison à juger par les inégalités sociales qui se sont amplifiées depuis 25 ans et d’après les études réalisées sur la pauvreté aux Etats-Unis, le nombre de pauvres au augmenté de 26% entre 2000 et 2005, ce qui représente un pourcentage assez élevé pour un Etat aussi riche et aussi développée que les Etats-Unis. Les conditions de vie d’un pauvre américain, noir ou blanc, habitant à Harlem ou à Chicago sont pratiquement les mêmes que celles d’un habitant du Bangladesh, le pays le plus pauvre du monde. 

 

Comme les années précédentes, l’année 1981 se termine aux Etats-Unis par une récession frappant notamment les deux secteurs clés de l’économie américaine, l’automobile et le bâtiment. Profitant de la récession et de la politique de réduction des dépenses sociales, l’administration Reagan et le patronat ont saisi une occasion en or pour frapper un grand coup et pour modérer les revendications salariales marquant ainsi le commencement du démantèlement de tous les acquis sociaux obtenus notamment en matière de protection sociale et droits sociaux depuis la période du New Deal. La crise était alors une chance à saisir et une aubaine pour les capitalistes du monde entier qui ont trouvé la parade pour mener une offensive idéologique d’une grande ampleur avec à la clé la réhabilitation de la loi du profit, la restauration d’un capitalisme discrédité et des hiérarchies contestées et l’envoi aux oubliettes de l’histoire toutes ces sources d’intolérables ponctions sur les profits et sur le capital et qui entravent le bon fonctionnement de la sainte loi du marché : le droit au travail(en le remplaçant par le droit du travail dans le projet du traité constitutionnel européen), la priorité au plein emploi, la croissance régulière du pouvoir d’achat des salariés, la protection contre les licenciements, le salaire minimum, l’essor des services publics et des garanties sociales. Grâce à Ronald Reagan et ses huit ans de pouvoir aux Etats-Unis, l’archéo-libéralisme de l’école de Chicago a trouvé un puissant levier médiatique et politique pour inoculer son venin dans le monde entier en réussissant à convaincre la terre entière que le salut des hommes passe désormais par l’enrichissement des plus riches et par l’appauvrissement de l’écrasante majorité de la population. Il ne suffit pas de convaincre les récalcitrants, c’est-à-dire les communistes et les marxistes, il fallait passer à l’acte et mettre en place les mesures nécessaires pour l’épanouissement du grand capital. Pour ce faire, en même temps que l’offensive idéologique des archéo-libéraux, faire sauter des verrous et le premier verrou à faire sauter était le démantèlement de l’Etat-providence. Les boîtes de communication et les instituts de marketing politique ont forgé le mot réforme. Ainsi le mot réforme est-il devenu la nouvelle symphonie du monde politico médiatique. mais que signifie au juste le mot réforme dans la bouche d’un archéo-libéral ? Réformer quoi ? Réformer l’Etat pour rendre plus de services aux citoyens ? Ou plutôt démanteler un type d’Etat qui a trop gâté les pauvres et les chômeurs en leur donnant de temps en temps quelques miettes pour calmer la tension haineuse de la déchetterie sociale qui regarde impuissante tous ces objets crachés par l’industrie, alignés à perte de vue dans les magasins sans pouvoir les acquérir faute de salaire suffisant ou de revenu ?

 

A vrai dire, la bête noire de l’archéo-libéral n’est pas l’État lui-même avec sa police, son armée et ses écoles, car la classe capitaliste a toujours besoin de ces appareils répressifs et idéologiques pour maintenir et perpétuer sa domination sur l’ensemble de la société. L’archéo-libéral a donc toujours besoin de l’Etat-gendarme pour bien protéger les privilèges de la propriété capitaliste. Pour la circulation des hommes et des marchandises, un archéo-libéral a aussi besoin d’un Etat-entrepreneur chargé de la construction des voies de communication entre les différents points des territoires. Mais le vrai cauchemar de l’archéo-libéral, c’est l’Etat appelé l’Etat-providence qui distribuait jadis périodiquement quelques subsides aux pauvres et qui donnait de temps en temps des miettes à la déchetterie sociale que l’on peut comparer sans hésitation à la déchetterie des produits radioactifs rejetés par les centrales nucléaires. Il ne faut pas rêver si l’Etat distribue de l’argent aux pauvres et aux chômeurs, c’est tout simplement pour acheter la paix sociale et pour empêcher au bout du compte l’intolérable atteinte aux droits de la propriété capitaliste. Si notre archéo-libéral manifeste tant de haine à l’égard de l’Etat-providence, c’est parce qu’il pense à juste titre que ce sont ses impôts qui servent à entretenir le « niveau de vie » des pauvres et des spoliés par la loi de la jungle capitaliste. Mais là où notre archéo-libéral se trompe et il ne voit pas plus loin que son nez, ce n’est la maudite somme qu’il verse tous les ans au fisc qu’il faudra payer pour empêcher la horde des « délinquants » pour reprendre un jargon médiatique à la mode mais mille fois la somme acquittée. Que notre archéo-libéral fasse bien ses calculs s’il avait à payer lui-même des milices privées pour protéger ses biens et sa précieuse propriété, il ne tardera pas sans doute à se faire raison et à trouver finalement dans la politique de redistribution( des miettes) de l’Etat-providence à la fois son compte et son compte bancaire.

 

Dans la ligne de mire de l’offensive idéologique menée par les archéo-libéraux depuis le début des années 1980, ce n’est donc pas l’État en tant tel avec sa police, son armée, ses écoles d’endoctrinement des enfants dès l’âge de deux ans et sa politique d’aménagement des territoires, mais seulement l’Etat qui prodigue de l’assistance aux classes exploitées de la société. C’est Milton Friedman lui-même qui confirme que le problème le plus délicat pour un libéral (mais pour nous pour un archéo-libéral) est celui de l’assistance. Pour un autre grand nom de l’archéo-libéralisme, Clement Colson, l’assistance a des effets pervers pour trois raisons : 1) elle favorise une croissance exagérée de la population ; 2) elle contrarie la loi de la sélection naturelle ; 3) elle représente une charge trop lourde pour la partie aisée de la population due à une fiscalité trop lourde.

 

En définitive, en suivant le raisonnement de nos archéo-libéraux, la nationalisation de Fannie et de Freddie n’est guère une aberration idéologique, car l’ennemi à abattre n’est ni l’État répressif qui utilise l’armée et la police pour protéger les privilèges de la propriété capitaliste ni l’Etat qui intervient pour protéger les intérêts capitalistes malmenés par les contradictions du mode de production capitaliste. Les archéo-libéraux sont seulement contre un certain type d’Etat, en l’occurrence l’Etat-providence qui donnait de temps en temps des miettes et des subsides à la déchetterie sociale. L’euphorie des bourses mondiales provoquée par l’annonce de la nationalisation de Fannie et de Freddie confirme l’idée que l’archéo-libéral n’est pas hostile à l’intervention de l’Etat quand il vient au secours des intérêts capitalistes. Rêvons un peu et imaginons ce que seraient les réactions des bourses mondiales si le Secrétaire d’État au trésor annonçait la décision du gouvernement fédéral de distribuer 200 milliards de dollars(la somme affectée à Fannie et Freddie) aux 80 millions d’américains vivant au dessous du seuil de la pauvreté. Sans doute, le champagne coulera-t-il à flot dans les rues pauvres de Harlem et de Chicago et les habitants de ces quartiers sauront sûrement apprécier ce cadeau tombé du ciel. Mais en attendant ce miracle, ils vont pouvoir continuer à vivre dans la dure réalité que leur impose la loi de la jungle capitaliste.

 

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : nationalisation Fannie et Freddie, libéralisme, politique économique, Ronald Reagan,

 

Prochain article ; Elections américaines, LES DEUX PARTIS UNIQUES   

ECONOMIE INTERNATIONALE

juillet 12, 2008

ÉCONOMIE MONDIALE:

BILAN ET PERSPECTIVES

 

« Au moment où nous terminons cet article, la bourse de Paris et Wall street ont connu un vendredi noir. La baisse de la bourse de Paris intervient après la publication par le Journal le Monde d’une information sur les pertes du Crédit Agricole de plus de 4 milliards d’euros et celle de Wall street après la dégringolade des actions de Fannie Mae et de Freddie Mac, les géants du crédit hypothécaire aux Etats-unis. Ces deux événements viennent d’étayer le point de vue que nous soutenons dans cet article»  

 

Le sommet du G8 qui groupe les grands pays industrialisés (Etats-Unis, Canada, France, Grande-Bretagne, Italie, le Japon et la Russie) s’achève à Toyako au Japon. Dans son communiqué final, si le G 8 constate un ralentissement de la croissance de l’économie mondiale, il se dit optimiste quant aux solutions à apporter à la hausse des prix du pétrole et des produits alimentaires et à l’inflation. Le G 8 s’engage par ailleurs à assurer la stabilité du marché financier et la lutte contre le protectionnisme. C’est l’occasion pour nous de dresser un bilan de l’état actuel de l’économie mondiale et de ses perspectives.

 

ÉCONOMIE MONDIALE EN CRISE

 

La chute de l’Union soviétique et l’intégration de nouvelles économies, notamment celles de Chine, d’Inde et près de deux milliards de personnes, ont puissamment stimulé le commerce mondial depuis la fin des années quatre-vingt du XXe siècle. Au cours de ces cinq dernières années, l’économie mondiale s’est accrue au rythme moyen de près de 5% par an contre 2,8% pour les pays capitalistes du Nord. Cette croissance actuelle de 5% de l’économie mondiale est comparable à celle de la période d’après-guerre de 1948 à 1973. Cette croissance est dopée par les économies dites émergentes qui dopent l’économie mondiale avec un taux moyen de croissance annuel 7,8% dû essentiellement à la croissance chinoise de 11% et indienne de 9%. Mais l’économie mondiale se trouve aujourd’hui confrontée aujourd’hui comme à la fin des années 1970 et début 1980, à une hausse du taux de l’inflation et à un ralentissement économique; ce phénomène étant connu sous le nom de stagflation. A cela s’ajoute à la fin de l’année dernière et début de cette année, l’instabilité des marchés financiers et boursiers.

 

Les symptômes de cette crise apparaissent sur les marchés monétaires asiatiques en 1997 dont le contrecoup est l’effondrement de l’économie argentine en 2001. Mais l’événement marquant de ces cinq dernières années est la crise des subprimes aux Etats-Unis durant l’été 2007 qui révèle si besoin est l’état réel de l’économie américaine qui ne doit sa survie qu’à deux choses: le crédit et le pillage impérialiste. La chute des prix de l’immobilier aux Etats-Unis considéré comme l’un des principaux moteurs de la croissance américaine, aura des conséquences sur les autres secteurs de l’industrie comme l’acier et le béton. Aux Etats-Unis, plus d’un million de logements ont été perdus par leur propriétaire. Des millions d’autres luttent pour payer leur crédit immobilier alors que leur maison ne vaut plus le prix qu’ils ont payé. En moyenne, le travailleur américain produit 30% de plus qu’il y a 10 ans. Et pourtant les salaires stagnent depuis six ans. L’inflation signifie une baisse de salaires réels. Quand en 2000, Bush commence son premier mandat, l’or était à 273 dollars l’once, le pétrole à 22 dollars le baril et l’euro à 0,87 dollars. Aujourd’hui en 2008, l’or est à 700 dollars, le pétrole à plus de 147 dollars et l’euro à plus de 1,5 dollars. Les récentes baisses des taux d’intérêt ne font que stimuler l’inflation et aggraver un peu plus la récession. Ces dernières années, l’inflation était relativement stable du fait de la croissance du marché mondial et surtout la surexploitation des millions de travailleurs mal payés en Chine, en Inde et dans les pays émergents qui ont exercé une pression à la baisse sur les prix et sur les salaires. Tout cela va finir par se payer par une crise de surproduction globale aggravée par l’assèchement du crédit et l’effondrement des marchés boursiers et immobiliers.

 

Ce qui a sauvé une fois de plus l’économie capitaliste de l’effondrement depuis les années 1970, ce sont l’ouverture et l’extension du marché mondial notamment par l’intégration de la Chine et de l’inde. L’arrivée sur le marché mondial de pays à bas salaire a ainsi créé une pression sur les salaires dans les pays capitalistes du centre et a limité les revendications salariales. Pendant ce temps, les profits ont connu leur âge d’or. La faiblesse relative des réserves financières des consommateurs pousse alors les détenteurs des capitaux à s’orienter vers les produits alimentaires, car les hommes, quoi qu’il arrive, ont besoin de manger et de boire. Il en est de même du pétrole. La flambée éventuelle des prix du pétrole à 147 dollars le baril et l’augmentation vertigineuse des prix des produits alimentaires jusqu’à 80% depuis 2005 sont les effets d’une crise économique profonde où les investisseurs capitalistes se rabattent sur des produits de première nécessité considérés comme des valeurs-refuges. Ce qui est nouveau, c’est que le prix du pétrole augmenté aujourd’hui alors qu’il chutait lors des précédentes récessions,, ce qui aura pour effet de contracter un peu plus la demande aux Etats-Unis et en Europe.

 

L’économie capitaliste actuelle est devenue une économie parasitaire, financiarisée et spéculative. Quand on parle de croissance économique, c’est plutôt de croissance boursière dont il s’agit, car elle n’a pas été générée par une augmentation de l’activité productive industrielle mais par l’injection de capitaux fictifs dans le circuit économique. Pour prendre un exemple de croissance spéculative,, la capitalisation des actifs américains est passée de 5 300 milliards de dollars en 1994, à 17 700 milliards en 1999 puis à 35 000 milliards en 2006. Cette valorisation est due à la valorisation des actifs dans les principales bourses mondiales et non pas à la progression de l’activité industrielle proprement dite. Il faut rappeler que dans sa jeunesse, l’économie capitaliste a contribué à créer d’énormes richesses et à développer les forces productives mais dans l’état actuel, elle a changé de rôle. Aujourd’hui on entré dans l’ère du capitalisme sénile réglé et dominé par la financiarisation de l’économie.

 

Ce caractère parasitaire de l’économie mondiale apparaît à travers l’activité bancaire. L’activité dominante des banques en général et des banques américaines se réduit souvent à la vente et à l’achat des dettes. Les banques prêtent de l’argent à des clients insolvables et elles vendent leurs dettes à d’autres banques. L’affaire de Bear Stearns montre comment l’un de ses fonds spéculatifs a fait faillite et l’autre a été renfloué par un groupe bancaire. Les capitalistes réalisent ainsi leur vieux rêve, faire de l’argent avec de l’argent sans produire et sans toucher à la matière. Le dernier scandale en date, celui de la banque française, la Société Générale, rappelle à quel point l’économie capitaliste actuelle est devenue une économie d’escrocs, d’astucieux, de débrouillards qui n’ont pour finalité que de faire rapidement de l’argent. La conséquence de l’émergence de ce capitalisme financiarisé et spéculatif, c’est le déclin irréversible de l’industrie et une croissance exponentielle des secteurs parasitaires. Les « fonds d’investissement » investissent plus dans les secteurs tertiaires et de services que dans le secteur industriel. On se retrouve ainsi à des années-lumière des élucubrations des économistes classiques et des néoclassiques qui font de la satisfaction des besoins de l’homme, l’objet et le but de la production capitaliste.

 

Si la croissance de l’économie mondiale de ces dernières années a indéniablement profité à une poignée de capitalistes, elle a en revanche exercé une énorme pression sur le monde du travail obligé de se priver de sa part dans la répartition des richesses qu’il a produites au nom de la compétitivité et de la rentabilité. De la prospérité de l’économie mondiale, on pouvait s’attendre à une croissance de la production, de l’emploi, des profits, des salaires et des prix. Or, ce sont les effets inverses qui se sont produits: stagnation des salaires, profits jamais inégalés. Les dernières dispositions de l’Europe relatives à l’allongement du temps de travail à 65 heures par semaine témoignent de la cruauté et de l’inhumanité du mode de production capitaliste qui, après avoir développé les techniques pour soulager le travail humain et augmenté la productivité, oblige les hommes à encore plus travailler et à produire de plus en plus sans aucun espoir d’un retour sur investissement. Depuis que l’on nous parle de croissance économique et de bienfaits de la mondialisation ou de la mondialisation, les inégalités sociales n’ont jamais été aussi criantes et elles ont même atteint depuis une vingtaine d’années des niveaux jamais inégalés jusqu’ici. Selon une étude des Nations unies, le 2% des personnes les plus riches au monde possèdent plus que la moitié de tous les ménages et la moitié la plus pauvre de la population mondiale ne possède que 1% de la richesse globale. Toujours, selon l’Onu, il y a aujourd’hui 1,8 milliard de personnes vivant dans la pauvreté dont huit millions meurent chaque année par manque d’argent. Des millions d’enfants meurent chaque année de malnutrition et de maladies comme les diarrhées et le manque d’eau potable. Le fait que de plus en plus de pays surtout en Amérique latine optent pour un autre système politique qui redistribuera autrement et équitablement les richesses produites par les hommes, cela montre qu’une alternative au mode de production capitaliste existe réellement et qu’un autre monde non capitaliste est toujours possible.  Cette accumulation de richesses sur un pôle et la paupérisation relative et absolue sur l’autre, Marx l’avait prévue il y a cent cinquante ans. Et pourtant, les idéologues attitrés de la classe capitaliste veulent nous persuader sous prétexte des réformes et de modernité que les inégalités sociales et l’accaparement des richesses par une bande d’exploiteurs sont des choses naturelles et qu’il n’existe aucune alternative possible au système d’exploitation actuel qu’ils tentent de justifier au nom de l’archéo-libéralisme.

 

PERSPECTIVES DE L’ÉCONOMIE MONDIALE

 

Après des années de faible inflation et de crédits faciles, on entre désormais dans l’ère de l’assèchement du crédit et des hausses de taux d’intérêt, ce qui contractera encore un peu plus la demande intérieure et réduira le pouvoir d’achat des ménages aux Etats-Unis et en Europe. Une chute des profits dans le secteur bancaire, provoquera des suppressions d’emploi ce qui affectera par l’augmentation du chômage. La crise du secteur immobilier se traduira par une série de faillites dans l’industrie de la construction. Ainsi des secteurs de l’acier, du ciment et des briques seront-ils durement frappés. L’augmentation du prix du pétrole déprimera encore un peu plus le pouvoir d’achat des ménages et entraînera irréversiblement la contraction de la demande intérieure.

 

Une baisse des taux d’intérêt entraînera une augmentation de l’inflation et le soutien apporté par les banques centrales des pays asiatiques pour arrêter la chute du dollar ne suffira pas à renverser la tendance actuelle qui est à la récession aggravée par une économie américaine moribonde et épuisée financièrement par les deux guerres d’Irak et d’Afghanistan et par un déficit budgétaire record. Les États-unis sont obligés de lever plus de 70 milliards de dollars par mois pour couvrir un déficit courant de quelque 800 milliards de dollars par an. Au dernier trimestre de 2007, l’économie américaine a certes crû de 3,9% en rythme annuel mais tout indique que cela ne va pas durer et que le chômage va augmenter. Si c’était un pays du tiers-monde qui affiche de tels résultats catastrophiques en matière de déficit budgétaire, la Banque mondiale et le FMI auraient immédiatement sommé le gouvernement de mettre en place un plan d’austérité. Mais comme ces deux institutions sont les propres créatures de l’impérialisme américain et une arme redoutable utilisée par les États capitalistes pour rendre dépendantes les économies des États du Sud, il serait mal venu de demander à un super État comme les Etats-Unis la même chose que ce qu’elles demandent habituellement aux autres États. Nous sommes là dans la politique des deux poids et deux mesures.

 

Face à la récession américaine, les économistes bourgeois placent leurs espoirs dans les économies émergentes attendues comme le messie. Ils ont tort. La croissance annuelle moyenne de l’économie asiatique se situe autour de 7% et elle a contribué en 2007 à 50% de la croissance mondiale. Soit trois fois plus que la croissance des Etats-Unis. Mais ces « économies émergentes » sont fortement dépendantes des exportations et de la croissance du marché mondial plus particulièrement des marchés où se trouvent des consommateurs solvables, c’est-à-dire les marchés américain et européen, là où ils peuvent couler une grosse quantité de leurs exportations. Or en cas de récession américaine et européenne, ces économies émergentes vont être frappées à leur tour par les effets de cette crise. On voit déjà les signes avant-coureurs des conséquences de la récession américaine sur les économies asiatiques quand depuis 2000, les importations des Etats-Unis ont décliné passant de 19 à 14%. La croissance des économies émergentes n’étant pas capable à elles seules de compenser ce ralentissement américain. Les Etats-Unis n’absorbent aujourd’hui que 23% des exportations japonaises contre 40% dans les années 1980, mais l’économie japonaise reste elle-même dépendante de l’économie américaine. Les entreprises japonaises envoient beaucoup de leurs composants en Chine avant d’être exportés vers les Etats-Unis.

 

Une récession américaine aura d’autres répercussions sur les économies émergentes, car la faiblesse du dollar pénaliserait du coup les pays exportateurs de l’Asie et surtout la demande intérieure à cause du très important déficit budgétaire comme le montre le déficit public japonais. Un ralentissement de la croissance américaine ne frappera pas seulement les économies de la Chine, de l’inde et du Japon mais aussi celles de Singapour, Taiwan, Hong Kong. le Krach de 1997 a montré que toute l’Asie était connectée à l’économie américaine et à l’économie mondiale. Il y a 10 ans, le 2 juillet 1997, la Banque centrale de Thaïlande a laissé flotter sa monnaie après son échec face à une attaque spéculative, ce qui a déclenché un effondrement économique et financier qui s’est étendu à d’autres économies de la région. C’est un phénomène semblable à ce que l’on a connu quinze ans plus tôt avec la crise mexicaine de 1982. Aujourd’hui, on aperçoit quelques signes avant-coureurs de cette crise financière mondiale quand les Saoudiens qui sont les principaux alliés de Washington dans le monde arabe ont refusé de baisser leurs taux d’intérêt après celle du fed préparant ainsi leur détachement vis-à-vis du dollar. Ce qui pourrait déclencher une vague de panique dans tout le Moyen-Orient.

 

Les Chinois qui détiennent d’énormes bons du trésor américain se disent prêts à les liquider en cas de sanction contre la Chine sur la question tibétaine ou des pressions sur la réévaluation du yuan. La chute du dollar aura des conséquences directes sur l’économie européenne qui paie en dollar ses marchandises importées de la Chine et d’autres économies émergentes. La récession s’accompagne d’habitude de mesures protectionnistes, ce qui fragiliserait encore un peu plus l’économie mondiale. C’est dans ce sens que l’on comprendra le refus du G8 dans son communiqué final, de tout protectionnisme.

 

L’économie mondiale s’est trouvée stimulée par l’intégration de la Chine dont le taux de croissance annuel est de 11%. Les pays capitalistes ont profité aussi de l’ouverture économique et politique de la Chine où ils ont massivement investi dans de nouvelles usines et machines et y faire fabriquer des marchandises bon marché. Mais le problème pour ces pays capitalistes reste toujours le même, l’écoulement de cette énorme masse de marchandises, télévision, téléphones portables, puces électroniques etc. Il est vrai que les capitalistes exploitent durement la classe ouvrière chinoise qui est la source de la production de la plus-value dans les usines modernes de Shanghai. Mais il ne suffit pas d’extraire la plus-value de l’ouvrier, encore faut-il trouver un acquéreur pour la marchandise pour transformer celle-ci en argent et en capital et c’est là que réside le nœud gordien. La Chine étant dépendante du marché américain et du marché mondial, une contraction de l’économie américaine et de l’économie frappera durement l’économie chinoise qui aura un effet de domino sur les économies de Taiwan, la Corée du Sud et les autres pays d’Asie. Du fait de sa dépendance de l’économie mondiale, la Chine a aujourd’hui une inflation qui tourne autour de 6,5% et il y a eu dans cet État communiste récemment des grèves pour protester contre les bas salaires. Dans les villes, il y a 150 millions de chômeurs. Il y a certes beaucoup de biens électroniques qui sont fabriqués en la valeur ajoutée valeur ajouté provient d’ailleurs et le marché domestique chinois est limité par le faible pouvoir d’achat intérieur. Encore une fois, l’industrie chinoise fabrique certes d’énormes quantités de marchandises mais la production des marchandises ne suffit à elle-même, encore faut-il les vendre et une récession de l’économie américaine et de l’économie mondiale ne manquera pas de frapper durement l’économie chinoise et l’économie asiatique en général Depuis 1980, la part des exportations dans la croissance est passée de 20 à 45% mais sur la même période, la part de la consommation est tombée de 67 à 50%. En cas de récession américaine, la croissance chinoise pourrait tomber à 8%, ce qui est largement insuffisant pour maintenir l’état actuel de l’économie mondiale.

 

Les économistes bourgeois répètent souvent que la récession peut être évitée par l’intervention des banques centrales et des gouvernements qui apporteront des « corrections ». Les crises ne sont pas dues à des éléments objectifs c’est-à-dire à la logique de l’accumulation du mode de production capitaliste mais à des facteurs subjectifs, c’est-à-dire des décisions erronées prises par les consommateurs, les gouvernements et les banques. La manière d’enrayer la crise serait alors de corriger des erreurs en redonnant confiance aux consommateurs. Les causes des crises dans le capitalisme actuel ne sont pas dues à des facteurs micro-économiques mais à l’anarchie d’un mode spécifique de production. Les crises actuelles sont le résultat de l’anarchie de la production capitaliste. Le problème ne dépend donc pas de la bonne ou de la mauvaise décision des consommateurs, des gouvernements et des banques, mais de la répartition des richesses, du pouvoir d’achat des salariés et de la demande solvable. Une précision tout de même, la solution keynésienne pour relancer l’économie par la demande n’en est pas une, car elle ne propose pas un mode de répartition des richesses mais l’injection de la monnaie dans le circuit économique. Car il faut bien comprendre que dans le mode de production capitaliste, c’est le capitaliste qui décide quand et où investir et produire. C’est donc le primat de la production sur la consommation. L’idée selon laquelle ce sont les recettes de Keynes qui ont engendré les trente glorieuses est fausse, ce sont plutôt les destructions causées par la guerre qui ont sauvé le capitalisme d’une mort annoncée.   

 

Pour ces mêmes économistes, les crises boursières sont des solutions salutaires dans la mesure où elles jouent le rôle de « saignées » visant à purger le circuit économique de ses scories, les capitaux fictifs qui ont été injectés d’une manière irrationnelle. Les choses ne se passent pas ainsi et elles sont beaucoup plus complexes que ne le laissent supposer les économistes bourgeois. La Chine et les pays asiatiques possèdent à eux seuls d’énormes quantités en dollars et de bons du trésor américain. En mettant sur le marché ce trésor de guerre, ils sonnent le glas du système capitaliste. Mais il n’est pas dans leur intérêt de provoquer une crise monétaire mondiale dans laquelle ils seront eux-mêmes engloutis. Une récession aux Etats-unis aura des répercussions sur l’économie mondiale tout entière et même la croissance de l’Europe et du Japon n’arrivera jamais à compenser les effets d’une telle récession sur le marché américain. Nous avons lors des derniers Krachs se précipiter tous les États du monde qu’ils soient industriels ou sous-développés. On peut citer quelques exemples comme la crise du Mexique en 1982 qui déclara son incapacité de rembourser ses dettes. Le choc fut rude et l’affaire mexicaine avait alors précipité dans son sillage d’autres pays d’Amérique latine comme l’Argentine et le Brésil qui étaient eux aussi fortement endettés. C’est grâce à l’intervention des organismes financiers internationaux, notamment la BRI(Banque des règlements internationaux) et le FMI que des plans avaient alors été mis en place pour rééchelonner leurs dettes et pour leur octroyer de nouveaux crédits. La crise asiatique de 1997 a elle- aussi affecté le reste du monde en s’étendant à la Turquie, la Pologne, la Hongrie, la Russie, le Brésil et l’Argentine.

 

Ralentissement ou récession, le mode de production capitaliste est inséparable des crises qui le traversent à intervalles réguliers. S’il a pu jusqu’ici surmonter toutes les crises depuis le milieu du XIXe siècle et après deux guerres mondiales au XXe siècle, c’est au prix des millions de morts et des dégâts matériels considérables qui ont permis l’élimination l’excédent en hommes et en marchandises. Pour résoudre la crise actuelle et les autres crises à venir, le système capitaliste aura sûrement besoin d’une troisième guerre mondiale qui mettra à flot une économie sénile et moribonde. Mais toute la question est de savoir s’il aura assez de ressources et assez force pour survivre à cette énième épreuve comme lors des deux guerres mondiales du XXe siècle. Cette fois-ci, on ne peut qu’en douter. L’histoire jugera.

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots clés: économie mondiale, économie parasitaire, récession, crise