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STRUCTURALISME,IDEOLOGIE ET POLITIQUE(III)

décembre 18, 2008

STRUCTURALISME, IDÉOLOGIE ET POLITIQUE(III)

 

ORIGINES IDÉOLOGIQUES ET POLITIQUES DU STRUCTURALISME

 

Le structuralisme était conçu comme une arme dirigée contre la théorie marxiste de l’histoire et les marxistes ne s’y sont guère trompés. C’est Roland Barthes qui résume parfaitement la situation quand il écrit « il semble bien que la principale résistance au structuralisme soit aujourd’hui d’origine marxiste et que ce soit autour de la notion d’histoire qu’elle se joue »(Lettre nouvelle, février 1963). Pour s’attaquer à la théorie marxiste de l’histoire,  il faut commencer par démolir le concept des deux classes antagonistes. Rappelons sommairement comment sont déterminées les classes sociales dans le mode de production capitaliste. La division de la société en classes sociales résulte de son développement économique qui distribue les acteurs sociaux en deux places fondamentales : une place de dominant et d’exploiteur et une classe de dominé et d’exploité. La cause de cette polarisation est due au rapport différent vis-à-vis des moyens de production qui déterminent le rôle de chacune des deux classes dans l’organisation sociale du travail, des modes d’obtention et l’importance de la part des richesses dont dispose chaque classe. Les classes exploiteuses aspirent à maintenir et à renforcer leur position dominante sur le plan économique ; elles travaillent constamment à satisfaire sa soif d’exploitation en augmentant toujours plus l’exploitation, c’est-à-dire le profit. la classe exploitée qui n’a que sa force de travail à vendre aux capitalistes n’a qu’une solution pour échapper à son sort : lutter contre l’oppression économique et politique de la classe exploiteuse. Dans la société de classes, la lutte de classe est inévitable et cette lutte antagoniste trouve son expression dans les heurts violents entre dominants et dominés. La lutte de classe est le moteur du développement de la société et sa transformation qualitative.  De ce qui précède, deux principes peuvent être dégagés : 1° les classes sociales sont des groupes sociaux déterminés par leur place dans le procès de production ; 2°) les classes sociales n’existent que dans la lutte des classes.

 

Ce sont justement ces deux principes qui ont été constamment pris pour cible par les adversaires de Marx. Incapables de mener une attaque frontale contre le matérialisme historique, ces derniers utilisent des stratagèmes, des jongleries et des méthodologies douteuses dans l’espoir de réfuter le schéma marxiste des deux classes et donc en dernier lieu, la lutte des classes. Dans l’esprit de ses promoteurs, le rôle du structuralisme consistait à montrer que ce ne sont pas l’histoire et la lutte des classes qui ont le dernier mot mais le système. L’éclipse du marxisme par le structuralisme durant la période de l’après-guerre et plus tard par l’archéo-libéralisme depuis le début des années 1980, ne doit en aucun cas être attribuée à une réfutation de la théorie marxiste de l’histoire, loin s’en faut mais à une guerre de reconquête de l’hégémonie idéologique financée par la CIA, les fondations philanthropiques américaines et un plan Marshall de l’esprit visant à instrumentaliser les sciences sociales et à former une intelligentsia anticommuniste et antimarxiste(voir structuralisme, idéologie et politique(II).

 

S’il faut remonter aux origines idéologiques et politiques du structuralisme, on trouve indéniablement la croisade anticommuniste du Congrès pour la liberté de la culture. En effet, c’est l’un des fondateurs du Congrès pour la liberté de la culture, et théoricien de l’ère technicienne, James Burnham, qui a jeté les bases de l’idéologie structuraliste en publiant en 1941, le managerial revolution dans lequel il annonçait l’échec économique et idéologique de l’Union soviétique et l’avènement  d’une nouvelle ère, « l’ère des managers ». C’est son ami et membre fondateur du congrès pour la liberté de la culture, Raymond Aron, qui a fait traduire le livre en 1947 sous le titre « l’ère des organisateurs »,  avec une préface du socialiste Léon Blum. Pour Burnham et ses disciples, il n’y a plus de différence entre les sociétés de l’Est  et celles de l’Ouest, car dans les deux cas, c’est une nouvelle classe dirigeante qui prend le pouvoir politique et économique et ce sont désormais, les directeurs et les techniciens qui remplacent les anciens propriétaires. Au capitalisme sauvage du XIXe siècle, succède un capitalisme réglementaire bardé de lois sociales. Le pouvoir politique n’est plus concentré entre les mains de quelques uns mais un pouvoir éclaté en une myriade de pouvoirs partagés, autonomes et libérés. Les sociétés actuelles sont entrées dans l’ère «  post-industrielle », celle de la « technobureaucratie » et de la « technostructure » selon Galbraith. C’est l’époque de la big corporation, la grande entreprise fondée sur une séparation radicale entre la « propriété » des moyens de production et les « pouvoirs de décision » qui se trouvent désormais entre les mains des agents-managers devenus la « nouvelle classe » dominante. Le capitalisme franchit ainsi une nouvelle étape de son histoire, celle des structures rationnellement et scientifiquement établies. L’homme structural est tout sauf un passéiste, car son histoire se réduit au présent et au futur.

 

L’interpénétration du politique et de l’idéologique conduit à un glissement de l’idée de l’ère technicienne devenue la doctrine officielle du Congrès pour la liberté de la culture vers la rhétorique de la Troisième voie et la « fin des idéologies ». C’est Daniel Bell, membre du Congrès pour la liberté de la culture qui a été l’auteur de la théorie de la fin des idéologies. Grâce à Daniel Bell, des bourses d’études ont été octroyés à des jeunes étudiants européens pour étudier dans les universités américaines. C’est Daniel Bell qui a aidé Michel Crozier à obtenir une bourse d’études à l’université de Stanford. Crozier est le type même de l’intellectuel européen endoctriné par l’université américaine, devenu avec Raymond Aron l’un des idéologues de la Troisième voie et du Club Jean Moulin. Les disciples de Burnham et de Bell fondaient des revues, organisaient des conférences et occupaient des postes d’autorité dans les universités européennes transformées à l’occasion en tribune pour la diffusion et la vulgarisation des idées de l’ère technicienne, de la fin des idéologies et de la Troisième voie. En 1953, Crozier, qui fut l’un des collaborateurs de la revue Esprit, avait publié un article critiquant l’intelligentsia de gauche.

 

C’est Raymond Aron qui a importé en France les idées de l’ère technicienne, de la fin des idéologies de ses amis James Burnham et Daniel Bell. Son ouvrage « l’Opium des intellectuels » est un appel aux intellectuels de gauche pour se détourner du communisme soviétique. Son livre « Dix-huit leçons sur la société industrielle » est une vulgarisation des idées de son ami Burnham sur l’uniformisation des sociétés capitalistes et des sociétés communistes. Nommé en 1955 professeur à la Sorbonne, Aron a contribué à la vulgarisation des principaux thèmes des New York Intellectuals, le think tank du Congrès pour la liberté de la culture. Ses ouvrages sont devenus la bible de l’intelligentsia  anticommuniste. Grâce ses séminaires à la Sorbonne, puis à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et au Centre de sociologie européenne, Aron s’est fait des disciples comme Pierre Hassner, Jean-Claude Casanova, Jean Baechler, Annie Kriegel, Alain Besançon, Pierre Manent, François Bourricaud, Georges Liebert, Jérôme Dumoulin. Aron et ses partisans se sont farouchement opposés au mouvement étudiant de mai 68 qualifié de « petite révolution » et de « carnaval estudiantin ». Après l’éclatement du scandale du financement du Congrès pour la liberté de la culture en 1967, la revue Preuves qui diffusait les idées du Congrès pour la liberte de la culture a été remplacée par une autre revue, Contrepoint, dirigée par l’un des fidèles d’Aron, Georges Liebert et la collaboration de Pierre Manent. En 1978, Aron fonde la Revue Commentaire dirigée plus tard par deux de ses disciples Jean-Claude Casanova et Pierre Hassner. Aron a séduit d’autres intellectuels en vue comme Edgar Morin, Georges Friedman ou Jean-Claude Domenach.

 

On pense souvent que le triomphe d’une idéologie est dû à sa cohérence logique. C’est une grave erreur. Pour qu’une idéologie triomphe, il faut d’abord et avant tout des conditions idéologico-politiques favorables. Ce qui est à l’intérieur de l’idéologie n’a aucune importance et il n’existe aucun rapport de cause à effet entre la pertinence théorique et méthodologique de son contenu et son triomphe éventuel. L’exemple du structuralisme est assez éloquent à cet égard, car ce qui a décidé de son existence académique et médiatique, ce n’est pas sa scientificité mais la crise de l’idéologie bourgeoise à la libération. C’est en effet la vacuité idéologique qui prévalait après la fin de la Seconde Guerre mondiale dans le monde capitaliste qui explique la mode structuraliste en général et l’anthropologie structurale de Lévi-Strauss en particulier.

 

 

FAOUZI ELMIR

 

QUATRIEME PARTIE : LE RELATIVISME CULTUREL DE CLAUDE LEVI-STRAUSS

STRUCTURALISME, IDEOLOGIE ET POLITIQUE(II)

décembre 17, 2008

STRUCTURALISME, IDÉOLOGIE ET POLITIQUE(II)

 

PLAN MARSHALL POUR LA FORMATION D’UNE INTELLINGTSIA ANTICOMMUNISTE

 

On l’a souvent oublié qu’à côté du plan Marshall pour aider les économies européennes à se relever des ruines de la Seconde Guerre mondiale, il a existé parallèlement un « plan Marshall de l’esprit et de la culture » pour former une intelligentsia anticommuniste et antimarxiste. A la sortie de la guerre, la CIA et les fondations philanthropiques américaines ont financé directement ou indirectement des réseaux et diverses institutions à vocation scientifiques et culturelles chargées de démarxiser les sciences humaines et d’instrumentaliser les sciences sociales. Dans l’implantation des réseaux états-uniens en Europe et l’organisation d’un « Plan Marshall de l’esprit et de la culture » qui n’est autre chose qu’une croisade contre le marxisme et le communisme, Claude Lévi-Strauss a servi de relais aidé par son poste d’attaché culturel à l’ambassade de France à New York et par sa connaissance des milieux intellectuels américains. Avec l’aide de Charles Morazé agrégé d’histoire et collaborateur des Annales, Claude Lévi-Strauss a obtenu des fondations Ford et Rockefeller le financement des projets de formation des étudiants français dans les universités américaines. Charles Morazé qui avait déjà rencontré John Marshall et l’autrichien Clemens Heller étaient les deux principaux promoteurs du « Plan Marshall de l’esprit ». Les relations de Lévi-Strauss avec ces deux fondations Rockfeller et Ford remontaient à l’année de 1940 quand des membres des fondations Ford et Rockefeller avaient alors organisé son exil aux Etats-Unis ainsi que celui du sociologue Georges Gurvitch et du physicien Pierre Auger. Dès son arrivée aux Etats-Unis, Georges Gurvitch a créé à New York un institut de sociologie.(Sur l’instrumentalisation des sciences sociales en France, voir l’article de Bertrand Chavaux dans Voltairnet, 7 juillet 2004).

 

Les sciences sociales étaient en ligne de mire des fondations philanthropiques américaines. La fondation Rockefeller créée en 1913 a voulu prendre sa part dans la lutte contre le socialisme et le marxisme en finançant des projets et des institutions en sciences sociales qui, grâce à leurs outils d’analyse et leurs méthodes d’enquête empirique, sont considérées comme un enjeu de contrôle social et de manipulations mentales des masses. C’est pour instrumentaliser les sciences sociales que la fondation Rockefeller a participé au financement aux Etats-Unis et en Europe, des projets dans plusieurs universités américaines(Yale, Harvard, Chicago, Columbia), la Deutsche Hochschule für Politik à Berlin et le London School of economics qui accueillait des économistes venant de la Société du Mont-Pèlerin comme Ludwig von mises et son élève Friedrich von Hayek. La fondation Rockefeller a aussi financé l’institut scientifique de recherche économiques et sociales dirigé par Charles Rist qui avait reçu 350 000 dollars ; le centre universitaire de la recherche sociale, présidé par le Recteur Charléty qui avait reçu 166 000 dollars ; le Centre d’études de politique étrangère, un autre organisme dirigé par le Recteur Charléty qui avait reçu 172 000 dollars. Avant la Seconde Guerre mondiale, la fondation Rockefeller avait permis au Centre de documentation sociale de créer deux postes de chercheurs à plein temps l’un pour Raymond Aron et l’autre pour Georges Friedman.

 

Avec l’aide des fondations Rockefeller et Ford, Pierre Auger était parti pendant la guerre aux Etats-Unis où il avait enseigné à l’université de Chicago. Nommé directeur de l’enseignement supérieur après son retour en France en 1945, Pierre Auger s’est heurté à l’opposition du Prix Nobel Frédéric Joliot, communiste et pacifiste, pour le contrôle du Centre National de la Recherche scientifique(CNRS). Devant l’obstruction de Joliot, Pierre Auger avait alors créé le Centre à l’Energie atomique(CEA) et un pôle des sciences sociales rattaché à l’Ecole Pratique des Hautes études(EPHE), devenu plus tard la VIe section. Pour animer celle-ci, Auger fait appel aux collaborateurs des Annales(Morazé, Friedman, Braudel, Labrousse, le Bras). En 1954, avec l’aide de l’autrichien Clemens Heller désormais établi en France, la VIe section a reçu de nouveaux crédits pour financer des programmes de recherche sur les « aires culturelles ». En 1959, la fondation Ford appuie et finance le projet de Pierre Auger pour la création du Centre européen de recherche nucléaires(CERN) et pour la construction de la Maison des sciences de l’homme. En 1975, la VIe section devenue une structure juridique autonome, s’est transformée officiellement en l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales(EHESS) présidée par l’historien anticommuniste François Furet. Depuis, l’EHESS reçoit un financement de l’Etat français, du département d’Etat américain(Bourses Fulbright) et de la Fondation franco-américaine de New-York, une officine créée en 1976 par la CIA.

 

Outre l’apport financier des fondations philanthropiques, la CIA et le plan Marshall ont participé au financement d’une myriade de réseaux et d’institutions culturelles voués à la formation d’une intelligentsia anticommuniste. C’est le cas du Congrès pour la liberté de la culture créé à Berlin en 1950 par des intellectuels européens et américains avec pour membres fondateurs James Burnham, Raymond Aron et Michel Crozier. Le comité de soutien du Congrès comprenait des personnalités comme le philosophe allemand Karl Jaspers, le socialiste Léon Blum, des écrivains comme André Gide et François Mauriac, des universitaires comme Raymond Aron, des intellectuels américains comme James Burnham et Sidney Hook, des anciens trotskistes américains comme Sol Levitas et Eliot Cohen, des partisans de l’Europe fédérale comme Altiero Spinelli et Denis de Rougemont et des théoriciens des  New York Intellectuals. Le Congrès pour la liberté de la culture est devenu le lieu de rencontre et de rassemblement de l’intelligentsia anticommuniste européenne et américaine animée par des conservateurs, des libéraux, des socialistes et des anciens trotskistes. Financé discrètement par la CIA pendant dix-sept ans jusqu’en 1967, le Congrès pour la liberté de la culture avait noué des relations avec des hauts responsables de l’administration américaine et de la direction du plan Marshall, mais aussi avec l’American Committee for United Europe(ACUE), une officine de  propagande anticommuniste créée avec le soutien d’hommes politiques américains comme Robert Paterson, secrétaire à la guerre et Paul Hoffman, pour favoriser la création d’une Europe fédérale conforme aux intérêts des Etats-Unis.

 

Le Congrès pour la liberté de la culture finançait des programmes de recherche et des bourses d’études. Quand la nouvelle élite européenne endoctrinée dans les universités américaines revenaient en Europe, elle créait des revues, organisait des séminaires et mettait en place des programmes de recherche et des réseaux informels dans les universités européennes. Ces réseaux culturels qui ont servi de relais et d’officines dans la lutte contre le communisme pendant la Guerre froide ont continué à jouer un rôle actif même après la dissolution de du Congrès pour la liberté de la culture. Ces différents réseaux et relais culturels ont contribué à leur manière dans l’avènement et le triomphe de l’archéo-libéralisme et de la révolution conservatrice américaine avec l’arrivée de Ronald Reagan à la Maison Blanche. La débâcle actuelle du capitalisme et l’aveu même de George Bush de la faillite de la sacro-sainte loi du marché mettent fin aux illusions des tenants de la Révolution conservatrice et de l’archéo-libéralisme.

 

En 1967, Thomas Braden, chef de la Division internationale d’opposition au communisme à la CIA avait publiquement confirmé la participation de son organisation au financement des activités du Congrès pour la liberté de la culture. Dissout après les événements de mai 68, le Congrès pour la liberté de la culture a continué ses activités sous le nom de l’Association internationale pour la liberté de la culture avant de cesser d’exister en 1975 lors de la signature des accords d’Helsinki. 

 

FAOUZI ELMIR

 

TROISIEME PARTIE : ORIGINES IDÉOLOGIQUES ET POLITIQUES DU STRUCTURALISME

LA CRISE IDEOLOGIQUE DES PARTIS DE GAUCHE EN FRANCE

novembre 27, 2008

LA CRISE IDÉOLOGIQUE DES PARTIS DE  GAUCHE EN FRANCE

 

La bataille pour le poste de premier secrétaire du parti socialiste se termine par la validation de l’élection de Martin Aubry mais ces querelles intestines dépassent largement le cadre des rivalités entre personnes pour révéler une crise profonde, la crise idéologique des partis de gauche, le parti communiste compris. Cette crise ne concerne pas seulement les partis de gauche en France mais elle frappe aussi tous les autres partis de gauche en Europe. Ainsi, bien avant la crise que traverse aujourd’hui le parti socialiste français, le SPD allemand était-il confronté dans les années 1990 à une crise semblable dont les acteurs étaient Oskar Lafontaine alors ministre des finances qui s’était opposé au chancelier Gerhard Schröder pour ses réformes libérales. Après avoir refusé de cautionner les orientations libérales de la politique économique du chancelier allemand Gerhard Schröder, Oskar Lafontaine décida alors de claquer la porte du SPD et du gouvernement pour s’allier aux communistes de l’ancienne RDA menés par Gysi. Aujourd’hui, Oskar Lafontaine et les communistes alliés à d’autres partis de gauche ont formé un nouveau parti, Die Linke. La crise au sein du parti travailliste anglais couve depuis de nombreuses années surtout après l’engagement de Tony Blair dans la guerre d’Irak à côté de son ami Georges W. Bush. En Italie, la coalition hétéroclite des partis de gauche conduite par Romano Prodi a volé en éclat au bout d’un peu plus d’un an de gouvernement. Quand on parle de crise des partis de gauche, cela signifie que c’est leur idéologie qui est en crise mais aussi la pratique politique qui en découle. Dans un premier temps, nous allons nous attacher à définir les traits saillants de cette idéologie Dans uns second temps, nous analyserons les racines de la crise idéologique des partis de gauche en France.

 

ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DE L’IDÉOLOGIE DES PARTIS DE GAUCHE

 

S’il faut définir d’un mot l’idéologie des partis de gauche en France, on peut dire qu’elle est une idéologie petite-bourgeoisie. La fameuse « idéologie petite-bourgeoise », n’est pas une tierce idéologie qui vient s’interposer entre l’idéologie bourgeoise et celle du prolétariat mais elle est plutôt un sous-ensemble idéologique « petit-bourgeois » constitué d’éléments disparates empruntés et à l’idéologie dominante et à celle de la classe ouvrière. Si les petites bourgeoisies ou les classes moyennes n’ont pas une idéologie propre, c’est parce que ce sont des couches sociales qui ne doivent leur existence sociologique qu’au mouvement et à l’expansion du capital qui a besoin d’une armée de serviteurs, de surveillants et de techniciens spécialisés appelée à le suppléer dans la gestion et la direction des affaires. Car pour qu’une classe sociale existe en soi et pour soi, il faut qu’elle soit déterminée dans la lutte des classes, ce qui n’est pas le cas des petites bourgeoises ou les classes moyennes qui sont polarisées et happées tantôt par la bourgeoisie tantôt par le prolétariat.

 

L’idéologie petite bourgeoise comprend un certain nombre d’éléments qui se présentent très schématiquement de la façon suivante :

-          L’idéologie petite-bourgeoise est par nature une idéologie conservatrice visant à préserver coûte que coûte le statu quo social et politique;

-          l’idéologie petite-bourgeoise s’affirme comme anticapitaliste, hostile à la « grosse richesse » et aux « grosses fortunes » ;

-          l’idéologie petite-bourgeoise professe les valeurs de l’individualisme, de l’égalitarisme électoral mais pas social, « l’égalité des chances », la « participation » et la « distribution » du pouvoir politique sans volonté de transformation radicale de celui-ci ;

-          l’idéologie petite-bourgeoise croit au mythe de la « passerelle » par peur de la prolétarisation et par attirance vers la bourgeoisie,

-          l’idéologie petite-bourgeoise est partisane de la méritocratie, de la promotion des « meilleurs » et des «plus capables » que révèle l’institution scolaire ;

-          l’idéologie petite-bourgeoise croit à l’ascension sociale, à la mobilité entre les classes et à l’existence d’une élite au sein des sociétés,

-          l’idéologie petite-bourgeoise affirme son attachement au fétichisme du pouvoir, en prônant la statolâtrie et la soumission à un Etat considéré comme neutre, placé au dessus des classes sociales et de leurs intérêts et garant de « l’intérêt général »,

-          l’idéologie petite-bourgeoise croit en l’existence d’un « ordre républicain et démocratique » et prône un « socialisme bourgeois » ;

-          l’idéologie petite-bourgeoise est partisane de la « justice sociale » et d’une politique de redistribution des revenus(salaires), grâce à l’intervention de l’Etat.

-           

Politiquement, l’idéologie petite-bourgeoise se caractérise par une instabilité chronique et un tiraillement mais s’orientant toujours dans le sens du vent et de l’air du temps tantôt à droite tantôt à gauche au gré des conjonctures et des aléas de la vie politique. Pour conquérir le pouvoir dans les années 1970-1980, le parti socialiste s’est allié aux communistes et ses dirigeants tenaient un discours anticapitaliste, aujourd’hui qu’il n’y a plus de communistes, les partis socialistes et sociaux démocrates leur lorgnement va plutôt vers les partis de droite et cherchent leurs alliances avec la droite et du centre(voir le SPD et CDU en Allemagne). C’est cette question d’alliance qui revient aujourd’hui au sein du parti socialiste français avec l’affrontement que l’on connaît entre partisans et adversaires d’une possible alliance avec le Modem de Bayrou. A cause des caractères éclectiques et amalgamés des éléments de l’idéologie petite-bourgeoise, la petite-bourgeoise peut être le support sociologique et la force sociale d’appoint aussi bien d’un « ordre démocratique et républicain » que les dictatures et les régimes fascistes. Rappelons que ce sont les petites bourgeoisies italiennes et allemandes qui ont porté au pouvoir Mussolini et le parti fasciste en Italie dans les années 1920 et Hitler et le parti nazi en Allemagne dans les années 1930. Par ailleurs, le rôle joué par les petites bourgeoisies et leur idéologie dans l’intégration des classes ouvrières dans le capitalisme se révèle déterminant. En général, quand l’idéologie dominante est en crise, c’est l’idéologie petite bourgeoise qui en pâtit à son tour. Du coup, les partis de gauche(y compris le parti communiste) se trouvent dépourvus de toute attache idéologique après l’abandon dans les années 1980 de toute référence au marxisme.

 

RACINES DE LA CRISE IDÉOLOGIQUE DES PARTIS DE GAUCHE EN FRANCE

 

L’idéologie dominante dans les Etats capitalistes depuis le début des années 1980 est le libéralisme(pour nous l’archéo-libéralisme) qui a affirmé haut et fort que la loi du marché était une loi aussi scientifique que la loi de l’inertie galiléenne et à la loi de l’attraction universelle de Newton. Nous connaissons aujourd’hui la suite de l’histoire et surtout le résultat de cette prétendue loi scientifique qu’est la loi du marché : c’est la débâcle totale du système capitaliste et c’est cette faillite retentissante de la loi du marche qui est la cause de la crise actuelle de l’idéologie dominante. La crise idéologique des partis de gauche n’en est guère différente.

 

Une crise idéologique naît quand les croyances et les principes sont contredits et infirmés par les faits et les pratiques. Une crise idéologique comme une crise psychologique est le produit d’une déception et de frustrations accumulées induites par la violence et les contrariétés du réel et du vécu. L’ampleur d’une crise dépend du degré et de l’intensité de l’investissement psychologique et matériel dans un idéal et dans une cause. Si l’on prend les comportements électoraux des hommes de gauche, on trouve à l’origine une déception et une frustration profonde après des années et des décennies de croyances et d’investissement à fond dans l’idéal d’une société plus égalitaire et plus juste. Ce qui explique les caractères erratiques de l’électorat des partis de gauche socialistes et communistes. La déception est à l’homme de gauche ce que le cynisme est à l’homme de droite : sa tentation constante. Mais l’effet du péché n’est pas le même de part et d’autre. Cynique, l’homme de droite, guidé par l’appât du gain et la pérennité d’un ordre qu’il considère comme le sien, sait à l’avance exactement ce qu’il veut, pour qui il vote et il reste à droite alors que l’homme de gauche, déçu, se démobilise et devient conservateur : ancien militant, il se contente de voter ; jadis fidèle électeur, aujourd’hui il s’abstient en faisant le jeu des partis conservateurs. D’ailleurs, si les partis de gauche, socialiste et communistes avaient pu arracher à la bourgeoisie le congé payé et une augmentation de salaire, c’est parce qu’ils étaient animés d’un idéal et par une certaine prise de conscience de l’existence d’antagonismes sociaux irréductibles. C’est le marxisme qui fournissait aux partis de gauche et à la classe ouvrière l’arme idéologique capable mener une confrontation frontale avec l’idéologie de la bourgeoisie qui a pour seul objectif, comment légitimer l’exploitation de l’homme par l’homme. Mais le jour où les partis de gauche, socialiste et communiste, ont abandonné leur ancrage marxiste pour devenir soit-disant des partis « modernes » et des partis de « l’air du temps », c’est-à-dire des partis sans idéal et sans arme idéologique, condamnés à faire uniquement de la figuration sur la scène politique, ils ont signé leur arrêt de mort et ils ont été discrédités aux yeux de leur électorat traditionnel, la classe ouvrière. Ils n’ont pas vu que toute la stratégie de la bourgeoisie depuis le début du XXe siècle visait à déconnecter les partis de gauche de leur ancrage marxiste pour en faire des simples partis opportunistes qui se contentent de naviguer à vue sans projet et sans idéal. En reniant leur passé et leur héritage marxistes, les partis de gauche socialistes et communistes sont devenus la risée de la bourgeoisie et de ses idéologues ; ils ne font plus peur à personne, ni à la classe dominante et ni aux capitalistes. Cet abandon et ce rejet de toute référence au marxisme expliquent d’abord la décadence et la quasi disparition des partis communistes dans les pays capitalistes mais aussi la reconversion idéologique des partis socialistes et sociaux démocrates européens à la loi du marché et aux principes du libéralisme bourgeois.  

 

Les racines de la crise idéologique des partis de gauche remontent au milieu des années 1970 et début 1980 avec l’accession des partis au pouvoir en Allemagne, au Portugal(Révolution des œillets), en France, en Espagne etc. En Allemagne de l’Ouest (avant la réunification), les lignes de clivages entre le SPD et le CDU se sont progressivement évanouis. Devenu chancelier fédéral, Helmut Schmidt(qui fête aujourd’hui ses 90 ans), appliquait la même politique économique que Giscard d’Estaing et Raymond Barre. Helmut Schmidt était le promoteur d’un nouveau genre de socialisme, un socialisme décaféiné fondé sur « l’économie sociale de marché » Autrement dit, du marché sans économie sociale. En abandonnant le marxisme et en opérant sa conversion à l’économie du marché, le SPD qui n’a plus rien à voir même avec le révisionnisme de Karl Kautsky a cessé d’impressionner le CDU et à représenter un contrepoids idéologique face à l’idéologie dominante. En Franc, à la même époque, en 1977, Michel Rocard était partisan comme Helmut Schmidt, d’un « socialisme de marché ».   

 

La crise idéologique des partis de gauche qui est semblable à celle que connaît aujourd’hui l’idéologie dominante puise ses racines dans la conquête du pouvoir par l’Union de la gauche le soir du 10 mai 1981. Ce soir-là, la bourgeoisie et ses représentants dans les radio et la télévision paniquaient et commençaient à lancer des slogans « Soviets qui tiennent déjà la télé » les « chars russes sur les Champs-élysées et place de la Concorde », et « l’Internationale obligatoire dans les écoles ». La droite avait dramatisé à outrance la situation en prédisant qu’avec la Gauche au pouvoir, « c’est le Goulag en France ». Le lundi 11 mai le monde de la finance nationale et internationale et les opérateurs financiers français et étrangers jouaient à fond contre le franc et sur le marché des changes. Conséquence, la devise chute brutalement à son cours plancher au sein du Système monétaire européen(SME). La cotation des valeurs françaises est suspendue, car il n’y a plus aucun acheteur. En une journée, un milliard de francs partent passent la frontière. Les petits épargnants se ruent sur le napoléon et sur le lingot d’or qui a augmenté de 5000 francs par rapport à la clôture du 8 mai 1981. Les valeurs des entreprises nationalisables, Thomson, Dassault et Matra, ont perdu entre 50 et 60% de leur valeur boursière. Jacques Delors, le père de la nouvelle secrétaire du parti socialiste, Martin Aubry, avait suggéré une collaboration avec Raymond Barre pour stopper l’hémorragie. Michel Rocard a insisté auprès de Pierre Mauroy pour dévaluer le franc de 15% sans sortir du SME.  Entretemps, « l’élite rose » se préparait à l’exercice du pouvoir et elle était déjà à pied d’œuvre pour préparer la transition entre « l’Ancien et le Nouveau régime ». Depuis le 10 mai, Jacques Attali était chargé de mettre en forme les « 110 propositions » de Mitterrand. C’est aussi prémonitoire le fait que les premiers hôtes étrangers de Mitterrand, étaient le chancelier allemand Helmut Schmidt de retour de Washington après une réunion avec Ronald Reagan sur la question du déploiement des missiles Persing en Europe face aux SS 20 russes et le roi malade d’Arabie Saoudite et le roi Khaled d’Arabie Saoudite venu à Paris pour s’informer sur les nouvelles orientations politiques du nouveau président et pour demander des assurances sur le maintien des capitaux arabes déposés en France évalués à trentaine de milliards de francs.

 

Passée la fête de la victoire, venons-en maintenant aux choses sérieuses. Le socialisme proclamé par le parti socialiste au Congrès d’Epinay en 1971 et réaffirmé dans le programme commun de l’Union de la Gauche voulait instaurer une plus grande justice sociale, un meilleur partage et une vraie redistribution des richesses. Pour rendre possible ce socialisme, il fallait procéder aux changements des structures en procédant au contrôle de l’appareil de production grâce à une politique économique de croissance et aux nationalisations. La première mesure sociale du gouvernement socialiste a été l’augmentation du SMIC horaire de 15,20 à 16,72 francs soit une hausse de 10% dont le tiers correspond à la hausse des prix. Les allocations familiales ont été relevées de 25% et l’allocation logement de 20%. Le minimum vielleuse passait de 1417 à 1700 francs. Ces mesures sociales ont donné 30 milliards de francs de pouvoir d’achat aux menages les moins aisés. Une première mesure (mesurette) de justice sociale était de faire payer les riches avec l’IGF(impôt sur les grandes fortunes ) acquitté par ceux qui détiennent un patrimoine de 3 millions de francs, c’est-à-dire 200 000 contribuables. Ce taux prévu entre 0,8 et 8%, Fabius l’avait abaissé au taux de 1,5%.

 

Les nationalisations étaient conçues comme un outil entre les mains de l’Etat pour mener une politique industrielle volontariste, cohérente et moderne. Le dossier des nationalisations était déjà ficelé au niveau gouvernemental dès le 23 septembre 1981 et le premier débat à l’Assemblée nationale qui eut lieu le 13 octobre 1981 était une véritable guerre idéologique au sein des socialistes. Il fallait se mettre d’accord sur les modalités des nationalisations. Le débat était vif et opposait entre les partisans de la nationalisation des entreprises à 100% et ceux à 51%. Ce sont finalement les partisans du 51% qui triomphèrent avec la nomination de Jacques Delors, ancien conseiller de Chaban-Delmas à l’époque où ce dernier était à Matignon, comme ministre de l’Economie et des Finances. En termes de propriété, les nationalisations font entrer dans le giron de l’Etat, 15% des effectifs, 30% du chiffre d’affaires et 95% du crédit. Avec les nationalisations industrielles, l’Etat contrôlait toute le production d’aluminium,, la moitié du verre, toute la chimie fine, une grande partie de la construction électrique, la moitié de l’informatique et une bonne partie des travaux publics, de la pharmacie et de la métallurgie. A tout cela s’ajoutaient les secteurs nationalisés en 1937 et en 1945. 17% du PNB relevait du secteur public contre 11% auparavant. Pour la gauche française, il s’agit de remédier aux « insuffisances du capitalisme français, archaïque et vieillissant ».

 

Mais le terme nationalisation s’avérait très ambigu. D’abord l’Etat s’était engagé à acheter les actions des sociétés déficitaires Usinor et Sacilor ainsi que les prêts de 14 milliards entre 1978 et 1981 accordés par le gouvernement Barre. Cette opération consiste à éponger les pertes des sociétés privées avec de l’argent des contribuables, c’est-à-dire nationaliser les pertes et privatiser les bénéfices. Un deuxième exemple qui montre l’ambiguïté de la nationalisation est la nationalisation de l’avionique Dassault. Pour se tirer d’affaire à moindre frais tout en restant propriétaire de  sa société qui fabrique les Mirage, Serge Dassault proposa d’offrir à l’Etat 26% de ses actions de la société AMD-BA qui représentait 12 milliards de francs de chiffres d’affaires en plus du 26% qui s’ajoute aux 20% du capital de Dassault que l’Etat possède déjà. Le résultat de l’opération 26+2X20 =66% des voix mais en termes de propriété, Dassault reste le propriétaire puisque l’Etat ne dispose que de 46% des actions. Pour parvenir au 51%, l’Etat s’est engagé à acheter le 5% restant dans cinq ans.

 

LA POLITIQUE DE RIGUEUR

 

Après une première dévaluation le 4 octobre 1981,  Jacques Delors avait proposé une politique de rigueur visant à lutter contre l’inflation et à améliorer la compétitivité de l’économie française. Pour cela, il avait engagé le gouvernement socialiste dans une nouvelle politique et économique résolument libérale en réduisant le train de vie de l’Etat dont la somme était estimée à 25 milliards, 10 milliards de dépenses en moins et 15 milliards gelés. Mitterrand et Fabius acceptèrent le gel de 15 milliards pour contenter les milieux économiques français et internationaux. Le 2 février 1982, une décision a été prise pour limiter le déficit budgétaire à 3% du PIB. Ce tournant à droite décidé dès les premiers mois du gouvernement socialiste n’a pas échappé à l’Année politique 1981 qui écrit «  la catastrophe que certains annonçaient avec l’arrivée de la gauche au pouvoir n’a pas eu lieu mais le redressement promis tarde à se manifester malgré une reprise plus modeste qu’on ne l’avait cru». De fait, la théorie qui veut que l’investissement d’aujourd’hui sera l’emploi de demain s’est révélée fausse, car l’investissement n’a pas suivi la relance de la consommation avec l’augmentation du pouvoir d’achat de 30 milliards de francs accordés aux ménages les moins aisés. A la recherche d’un second souffle, le gouvernement Mauroy a consenti au patronat représenté par le CNPF et présidé par Yvon Gattaz d’importantes concessions : allègement de la taxe professionnelle de 10% en 1982 et 1983, arrêt à 39 heures de la réduction de la durée hebdomadaire du travail et surtout plafonnement des charges sociales des entreprises pour un an. Pour Yvon Gatttaz, cette journée du 16 avril 1982 était une journée « historique », et elle a marqué un « tournant psychologique de la gauche à l’égard des entreprises » On connaît la suite de l’histoire. Sur le plan européen, les socialistes français se sont trouvés à la pointe de la construction de l’Europe libérale et leur passage au gouvernement a largement contribué au démeublement du service public pour respecter le fameux critère de 3% de déficit budgétaire. Le partisan de la politique de rigueur dans la France socialiste, Jacques Delors, est devenu président de la commission européenne. Jospin a été avec Chirac le co-signataire de la privatisation du secteur de l’énergie en France et la privatisation d’EDF et GDF. Deux autres socialistes français sont aujourd’hui à la tête de deux institutions qui participent au massacre et au pillage des ressources du tiers-monde, le FMI présidé par Strauss-Kahn et l’OMC dirigée par un ancien commissaire européen au commerce, Pascal Lamy.  

 

LOI AUBRY SUR LES 35 HEURES ET SES EFFETS

 

L’image de femme de gauche, la nouvelle secrétaire du parti socialiste, Martine Aubry la doit à sa fameuse loi sur les 35 heures qui a fait couler beaucoup d’encre. En elle-même, il faut bien le reconnaître, la loi Aubry est une loi révolutionnaire dans un monde où c’est plutôt l’allongement du temps du travail qui était de règle. Pourquoi la loi Aubry sur la réduction du temps de travail hebdomadaire de 39 à 35 heures a-t-elle suscité ce tollé général, a-t-elle focalisé tant de tensions y compris au sein de son parti et a-t-elle fait l’objet de tant d’attaques de la part des partis de droite et du patronat ? C’est parce que cette loi Aubry a mis le doigt sur le nerf sensible du système capitaliste qu’est le temps de travail. Rappelons que les deux formes fondamentales dont dispose le capitaliste pour pousser au maximum l’exploitation de la classe ouvrière sont la plus-value absolue et al plus-value relative. La plus-value absolue porte sur la durée de la journée de travail et toute l’histoire de la lutte des classes entre la classe capitaliste et la classe ouvrière depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à nos jours a été celle de la lutte de la classe ouvrière pour réduire le temps de travail et de la bourgeoisie pour l’allonger au maximum. Car la lutte des classes dans le domaine économique et politique ne peut être qu’une lutte de classe contre deux formes principales de l’exploitation capitaliste qui sont :

1° Augmentation de la durée de la journée de travail

2° Baisser le salaire.

 

Les deux objectifs fondamentaux de la lutte de classe exploitée passe d’abord par la lutte :

1-   Contre l’augmentation de la durée de la journée de travail

     2-Contre la diminution des salaires.

 

Si l’on tente une analyse rapide de la loi Aubry sur les 35 heures, on s’aperçoit que ce ne sont pas les salariés qui en ont été les principaux bénéficieras mais les grandes entreprises qui ont détourné l’esprit de la loi pour renégocier les anciens accords collectifs conclus dans le sens du démantèlement de certains avantages acquis aux salariés. Outre le réaménagement des anciens accords collectifs au profit du patronat, les grandes entreprises ont profite de cette loi pour dégraisser leur personnel en alléguant des charges sociales lourdes qui pèsent sur leur compétitivité. Un des premiers effets de la loi Aubry a été l’augmentation des cadences pour ceux qui travaillent et qui sont obligés de faire le travail de deux ou trois personnes. Qu’en est-il Il pour les bénéficiaires potentiels de la loi Aubry, c’est-à-dire les salariés ?  Ceux qui ont vu leur temps de travail hebdomadaire baisser de 39 à 35 heures ont certes gagné 4 heures par semaine. Mais pour faire quoi avec ce temps libre? Les séquelles psychologiques sont énormes et le stress au travail a augmenté d’un cran. Sans parler d’une journée qui s’allonge dans les bouchons et les travaux ménagers au domicile. Avec la loi Aubry, la vie quotidienne du salarié n’a non seulement pas été améliorée elle a plutôt empiré avec une charge de travail supplémentaire et son lot habituel le stress et la nervosité. Une corrélation peut ainsi établie entre une relation de cause à effet entre le stress au travail induit par la loi Aubry et la consommation record en France des antidépresseurs. La loi Aubry , non seulement, n’a pas créé des emplois, car les emplois créés par le gouvernement Jospin étaient plutôt des emplois aidés et donc des emplois précaires, mais elle a eu des effets psychologiques pervers en augmentant le stress et la nervosité au travail et dans les transports.

 

Outre ces effets psychologiques pervers, la loi Aubry n’a pas réellement permis aux salariés de profiter du temps libre libéré par la réduction du temps de travail hebdomadaire du fait qu’elle n’a pas été suivie de l’augmentation de leur pouvoir d’achat. A quoi bon d’avoir plus de temps libre si l’on est condamné, faute d’argent et de pouvoir d’achat, à végéter et à passer son temps à tourner en rond entre quatre murs, à rester prisonnier de son quartier et de son ghetto ? Etant donné que tout notre existence est commandée par une logique implacable qu’est la logique capitaliste, les hommes passent leur vie à ne faire que deux choses : produire et consommer la déchetterie rejetée par l’industrie. Et pour faire partie de la société capitaliste, il faut être consommateur et pour être consommateur il faut avoir de l’argent. Car, ce qui compte, c’est la demande solvable. Disposer du temps libre sans donner aux salariés les moyens d’en profiter pleinement, c’est comme s’il n’y avait pas de temps libre ou plutôt c’est du temps perdu et c’est là que réside l’échec patent d’une loi qui prétendait donner plus de temps libre à ceux qui n’en ont pas beaucoup. Pourtant avec le développement vertigineux des forces productives et tous les gains de productivité réalisés depuis un siècle, seulement 5 heures de travail hebdomadaire suffiraient pour faire vivre toute l’humanité à condition que les richesses produites reviennent à leurs vrais producteurs et qu’elles ne soient pas monopolisées par une poignée de capitaliste.

 

Depuis 2002, avec le retour en force au pouvoir en France des partis de droite et leur mainmise complète de tous les rouages de l’Etat, la loi Aubry, bien qu’elle continue d’exister sur le papier, a été vidée de sa substance et elle est réduite aujourd’hui à une coquille vide comme d’ailleurs tous les acquis du mouvement ouvrir en matière de droit de travail qui a été démantelé au nom de la flexibilité et de la compétitivité des entreprises. Effrayés par le chantage patronal et le spectre de la délocalisation, des salariés sont prêts à travailler jusqu’à40 heures, voire 45 heures et plus par semaine pour ne pas se retrouver au chômage. Séduits par les promesses démagogiques du candidat Sarkozy sur le pouvoir d’achat, des millions de salariés sont tombés dans le piège en votant pour ce candidat de droite. Lors de sa campagne électorale, Sarkozy a proposé comme solution à l’augmentation du pouvoir d’achat, les heures supplémentaires, le relèvement de leur taux horaire de 25 à 50% et leur exonération des charges sociales. En réalité, c’est une autre manière de combattre, d’enterrer et d’en finir une fois pour toutes avec la loi Aubry sur les 35 heures. Cette super escroquerie que l’on appelle « heures supplémentaires » mérite quelques mots. Selon les horaires, elles sont payées à 25%, 50% et même 100% au dessus du tarif des « heures normales ». A première vue, les heures supplémentaires semblent « coûter cher » au patronat. , En réalité, celui-ci en est le principal bénéficiaire. Parce qu’elles permettent aux capitalistes de faire tourner leurs machines jusqu’à 24 heures sur 24 heures des machines, car ces machines coûtent cher et qu’il faut amortir le plus vite possible avant qu’elles ne soient dépassées par de nouvelles machines plus performantes. Pour les salariés, les « heures supplémentaires » sont un cadeau empoisonné que lui ferait le capitaliste, car si elles donnent aux ouvriers plus d’argent pour consommer, elles ruinent leur santé et perturbent leur vie familiale. Les « heures supplémentaires » de Sarkozy sont certes un cadeau de Noël pour le capitaliste mais elles traduisent en réalité une surexploitation des salariés malgré leurs apparences trompeuses de plus de pouvoir d’achat. Après les « heures supplémentaires », on commence à parler aujourd’hui de l’ouverture des magasins le dimanche et encore une fois ce sont les salariés qui vont trinquer en travaillant le dernier jour du repos hebdomadaire. Sans parler évidement de l’âge de la retraite repoussé à 70 ans et pourquoi pas jusqu’à 80, 90 et 100 ans. Il y a aujourd’hui une directive européenne autorisant le patronat a faire travailler leurs salariés jusqu’à 65 heures par semaine, c’est-à-dire le double de ce que prévoit la loi Aubry.

 

Si l’on tente un bilan rapide de la loi Aubry sur les 35 heures, cette loi est un véritable bide pour cinq raisons principales :

a)      la réduction du temps de travail a été l’occasion pour les entreprises de crier aux charges et à la sacro-sainte loi de la compétitivité ;

b)      l’augmentation des cadences et l’aggravation des tensions psychologiques et la fatigue nerveuse ;

c)       les charges extérieures depuis les transports urbains jusqu’aux formalités administratives accaparent une grand partie du temps libre ;

d)      le temps libre dans un système capitaliste est un temps manipulé par le pouvoir et les mass medias pour consommer et pour enrichir quelques profiteurs et non pas pour créer des emplois ;

e)      la loi Aubry a bénéficié à certaines catégories de salariés ayant un certain niveau de revenu et jouissant d’un pouvoir d’achat leur permettant de consommer et de profiter de leur temps libre. 

 

Le fait que la loi Aubry ait suscité l’opposition farouche des partis de droite et du MEDEF vérifie amplement la théorie marxiste de la plus-value absolue. Mais l’échec de la loi Aubry est dû aussi à l’angélisme idéologique des partis de gauche qui pensent 1) que le capitalisme est un système éternel ; 2) que le capitalisme peut être réformé et amélioré sans le détruire par une politique de redistribution des richesses. L’histoire montre que le capitalisme est un mode de production historique qui meurt et qu’il est en train de mourir aujourd’hui comme tout organisme arrivé à la fin de son cycle naturel et que les partis réformistes socialistes et sociaux démocrates auraient se rendre compte par eux-mêmes que le capitalisme n’est pas réformable et que la justice sociale est tout simplement un leurre. A cet titre, les partis de gauche ont participé pleinement, au même titre que les partis de droite, à maintenir et à creuser davantage les inégalités sociales dans les sociétés capitalistes.

 

RAISONS DE LA CRISE IDÉOLOGIQUE DES PARTIS DE GAUCHE

 

Tout compte fait, le « socialisme du possible » des partis de gauche au pouvoir en France, ce rêve qui avait caressé l’imaginaire des hommes de gauche pendant des décennies, a duré le temps que le capital se ressaisisse et se relève après sa défaite cinglante le soir du 10 mai 1981, c’est-à-dire entre le mois d’octobre 1981 et le16 avril 1982. Dans les années 1920 et 1930, à l’époque où socialistes et communistes étaient encore imbibés de culture marxiste, les partis de gauche avaient alors pointé du doigt ce fameux « mur de l’argent ». Aujourd’hui, ce « mur de l’argent » a disparu du discours des partis de gauche qui préfèrent parler de tout sauf du pouvoir de l’argent et du pouvoir du Capital. A l’origine de la crise idéologique des partis de gauche, il y a un certain nombre d’utopies et d’illusions sur le pouvoir et son  fétichisme, mais il y a aussi des fausses croyances comme la justice sociale dans le capitalisme et la redistribution des richesses par l’Etat, la participation, le partage des pouvoirs, la démocratie et l’ordre républicain, le neutralité politique et idéologique de l’Etat, la méritocratie et la sélection des meilleurs par l’institution scolaire etc. Dès les années 1970 et surtout dans les années 1980, les partis de gauche ont accédé au pouvoir dans tous les Etats capitalistes et ils avaient à leur disposition tous les rouages de l’Etat pour mettre en pratique les principes auxquels ils croyaient fermement. Or, tous les partis de gauche qui étaient devenus paris de gouvernement se sont montrés impuissants à traduire dans la réalité un seul des leurs promesses. La gauche française a occupé le pouvoir pendant presque vingt ans, a-t-elle réduit les inégalités sociales ? Qu’en est-il de la justice sociale ? A-t-elle fait avancer d’un iota la justice sociale ? la France post-socialiste et communiste est devenue plus que jamais un pays inégalitaire et la pauvreté n’a fait que s’étendre depuis l’arrivée des partis de gauche au pouvoir depuis le début des années 1980. Quelques mois après l’arrivée de la gauche au pouvoir en France en 1981, tout ce qui a été promis aux couches populaires a été oublié et mis au placard préférant s’occuper de la gestion du franc et de la compétitivité des entreprises c’est-à-dire à prendre des mesures visant à aider les riches et les capitalistes à grossir leurs fortunes et à s’enrichir plus vite. D’ailleurs la Bourse n’a jamais été aussi euphorique et florissante que sous les différents gouvernements de gauche. Les années fric Tapie et Compagnie date des années 1980, à l’époque où les socialistes gouvernaient la France. Tout cela montre qu’il ne suffit pas de conquérir le pouvoir et d’investir les rouages de l’Etat pour changer la vie comme le laissait entendre le slogan électoral socialiste.

 

C’est sur les raisons de leur échec que les partis de gauche doivent réfléchir ensemble. Jusqu’ici aucune leçon n’a été tirée de ce fiasco idéologique et politique. Nous ne proposons pas ici une réponse exhaustive et dûment motivée mais seulement quelques éléments d’analyse susceptibles de nous faire comprendre les raisons de la crise idéologique des partis de gauche en France.

 

Comme nous l’avons dit, une crise idéologique naît des contradictions entre des principes et leur traduction dans le réel. S’il y a discordance entre la théorie et la pratique, ce n’est pas la faute à la pratique mais à la théorie qu’il faut rectifier et ajuster pour qu’elle lui colle le plus près possible. L’échec des partis de gauche est dû à leurs postulats idéologiques qui sont des faux postulats idéologiques révélés par la pratique politique. Prenons  la question de la neutralité du Pouvoir et de l’Etat. Le partage des pouvoirs suppose une justice qui partage et une instance où juges et parties ne se confondent pas. Pour qu’il y ait justice dans une société, il faut qu’il existe préalablement un Pouvoir transcendant donc neutre. Mais cet Etat arbitre, neutre et garant de « l’intérêt général » n’existe que dans l’imaginaire de nos idéologues petits-bourgeois. l’Etat neutre et arbitre n’est qu’un mythe, car il ne saurait y avoir un Etat qui transcende les intérêts et les antagonismes qui existent à l’intérieur de la société, la « société civile ». L’Etat, que l’on veuille ou non, est traversé de bout en bout par les contradictions sociales qui remontent des entrailles de la société et il est forcément à la fois juge et partie. Ceux qui occupent les différents rouages de l’Etat le savent bien et ils ressentent plus que les autres la pression et le poids des intérêts antagonistes. Pour ne pas parler d’influence et de mainmise des intérêts capitalistes sur l’Etat, on préfère parler de Lobbying. L’Etat n’étant pas neutre, car il gère les rapports sociaux non comme arbitre mais comme le support de la classe dominante et la crise financière l’a amplement montré quand il s’est agi de distribuer aux banquiers des milliers de milliards d’euros et de dollars.

 

Si l’on veut passer de la simple description ou l’analyse phénoménologique du jeu politique et du Pouvoir à l’analyse de l’enjeu économique, il faudra se résoudre à se tourner vers cet antagonisme propriétaires- prolétaires. L’inégalité de classes conditionne l’exploitation économique(extraction de la plus-value) et le maintien de l’inégalité implique la domination politique. L’exemple des petites bourgeoisies ou les classes moyennes dans le capitalisme est éloquent à cet égard. Le Capital ne pouvant à lui seul tout voir et tout contrôler, il délègue cette fonction de contrôle et de surveillance à des groupes intermédiaires en les payant un peu plus que les ouvriers pour mieux les motiver. Le capital n’ayant pas beaucoup de temps pour édicter des lois relatives à la protection de ses intérêts, il délègue la fonction législative à un personnel politique gracieusement rémunéré et formé spécialement pour berner les masses. Le Capital n’ayant pas de temps pour intoxiquer les masses et les persuader de se soumettre à son diktat, il confie cette tâche à des professionnels de la propagande et de l’intoxication. Toute cette techno-bureaucratie dérive du couple « productivité-emploi », le premier terme désigne la concentration et le second la tertiarisation. Il faut donc une armée de techniciens, d’employés, de cadres, de fonctionnaires, appliqués à des tâches complexes, hiérarchisées, de production et de gestion. Mais ce couple dérive à son tour de l’implacable logique des forces productives vouées à l’accumulation du capital et à ses contradictions. Tous ces groupes intermédiaires à qui le Capital a délégué la gestion de ses affaires et la pérennité de l’ordre établi sont-ils les vrais détenteurs du Pouvoir ? Disons plutôt qu’ils en ont l’usufruit tant qu’ils font fructifier la Propriété(Le Capital) mais ils ne sont pas les vrais propriétaires du pouvoir ; ils sont seulement quoiqu’ils croient ou espèrent, des techniciens de surface du Capital. Des études et des statistiques montrent que le nombre de ceux qui contrôlent les rouages du Pouvoir dans les Etats capitalistes n’excède guère le 1% qui possèdent entre 30 et 35% des biens privés. Selon le sociologue américain seules deux cent mille familles gouvernent l’Amérique. Quand les partis de gauche socialistes et communistes étaient au pouvoir, ils n’avaient pas compris que la raisons principale est en encore ce mur d’argent érigé par les détenteurs des capitaux. Leur ignorance les conduit à penser que le mur d’argent n’existe plus, car c’est la technostructure qui détient aujourd’hui le Pouvoir de contrôle dans les conseils d’administration. Mais contrôler quoi ? La technostructure a-t-elle les moyens et les pouvoirs de contrôler le compte bancaire et les activités financières des actionnaires et des propriétaires des grandes entreprises ? Quoiqu’ils disent et quoiqu’ils pensent, les partis de gauche et les petites bourgeoisies qui ont accédé au pouvoir dans les Etats capitalistes se sont heurtés un jour ou l’autre à ce fameux « mur d’argent ». Autrement dit, à l’origine de la crise idéologique, il y a la méconnaissance de la source même de tout pouvoir incarné par le rapport de la propriété et du Pouvoir. C’est pourquoi le problème des rapports du pouvoir et de la Propriété est LE problème politique. La réalité du Pouvoir d’Etat repose pour l’essentiel sur la réalité même des rapports du Pouvoir et de la Propriété. La Propriété capitaliste se donne rarement à voir, elle décide et détermine seulement quel Pouvoir pourra s’exercer , pourquoi faire et pour le profit de quelle classe sociale. C’est un fait que le Pouvoir est partout et nulle part, car on ne voit que lui ; il est ostensiblement exposé aux regards des classes exploitées. Pour changer l’ordre des choses, il ne suffit pas de conquérir le pouvoir politique et d’investir les appareils d’Etat, il faut préalablement s’attaquer à la racine même de tout pouvoir qu’est la Propriété capitaliste qui détermine et conditionne les propriétés de tous les pouvoirs dans la société. Contrairement aux vieilles illusions et aux vieilles utopies de l’idéologie petite-bourgeoise sur le Pouvoir, conquérir l’Etat et ses appareils ne confère nullement à leurs détenteurs un pouvoir réel mais seulement un pouvoir formel et somme toute symbolique. En faisant l’impasse de cette question centrale qu’est le rapport entre Pouvoir et Propriété, les partis de gauche sont condamnés à un éternel recommencement, à ressasser le même discours et à répéter les mêmes vieilleries mais habillées différemment selon l’air du temps et la conjoncture politique. C’est cet art de faire du neuf avec du vieux qui caractérise le mieux le travail des partis de gauche en France depuis plus d’un quart de siècle.

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : Crise, Idéologie, partis de gauche en France.