Archive de la catégorie «POLITIQUE INTERNATIONALE»

LA CHINE FACE A SA MINORITE OUIGHOURE

juillet 8, 2009

TROUBLES ETHNIQUES DANS LA RÉGION DE XINJIANG 

LA CHINE FACE À SA MINORITÉ OUÏGHOURE 

 

 

Depuis dimanche soir, Urumpqi, la capitale de la région Xinjiang, est le théâtre d’affrontements interethniques opposant les Ouighours, ethnie majoritaire turcophone, aux Han, ethnie majoritaire en Chine. Ces affrontements ont fait plus de 156 morts et environ un millier de blessés. La région de Xinjiang est situé à l’extrême nord ouest de la Chine et représente le sixième du territoire chinois avec une superficie de 1,7 million de km². La population de Xinjiang estimée à 20 millions d’habitants en 2004 est répartie en treize nationalités dont les principales sont les Ouighours(45%), han(41%), hui(5%), kirghiz(0,9%), mongol(0,8%), tadjik(0,2%). Le Xinjiang est une région hautement stratégique à cause de ses ressources minières qui sont le pétrole, le fer, le charbon, l’or, l’argent, l’antimoine, le cuivre et le jade. La bordure sud du Taklamakan est une zone pour les essaies nucléaires chinois et abritant plusieurs centrales nucléaires construites avec l’aide de la France et des Etats-Unis.

Comme son voisin le Tibet, le Xinjiang est régulièrement en proie à des attentats et des troubles à l’ordre public.(février 1997, janvier 1999, février 1999, juillet 2004, août 2004, août 2008, avril 2009). La répression de toute manifestation nationaliste ou intégriste dans s’inscrit dans la logique de la constitution chinoise qui interdit tout acte visant à saper l’union des nationalités, c’est-à-dire toute expression de nationalisme local. En contrepartie, la constitution garantit l’application d’une certaine autonomie administrative régionale qui s’est développée au cours du premier plan. La région Ouigoure du Xinjiang fut justement la première région à bénéficier d’une autonome administrative à partir du 1er octobre 1955, suivie en juillet 1957 de deux autres régions, Chuang (Kwangsi) et Hui (Ninghsia). La région autonome de Mongolie intérieure existait déjà depuis 1947. Quant au Tibet, c sont les résistances locales et la rébellion des Khampas qui retardèrent son érection en région autonome jusqu’en 1965.

Pour lutter contre le nationalisme local dans la région du Xinjiang, Pékin a mis en place une série de réformes, notamment dans l’éducation. Parallèlement à la réforme de l’écriture chinoise, les écritures des minorités ont été maintenues comme l’alphabet latin, le cyrillique. Un programme de scolarisation a été mis en place à l’intention des minorités ethniques. Un autre aspect de la lutte contre le nationalisme local, fut le brassage des ethnies avec une forte émigration des membres de l’ethnie majoritaire en Chine, les Hans, vers les régions frontalières, le Xinjiang et la Mongolie intérieure. Ce brassage ethnique s’insère dans une stratégie délibérée du parti communiste chinois qui cherche à intégrer les minorités dans un État socialiste.

Avec la résurgence de l’intégrisme musulman à la fin des années 1970 et au début des années 1980, encouragé et soutenu par l’impérialisme pour lutter contre le communisme, la Chine se trouve confrontée à sa minorité musulmane de la région du Xinjiang. Les fauteurs de troubles sont des Ouighours qui ont été entraînés dans les années 1990 par les Moudjahiddins afghans. Ce qui explique la politique de conciliation de Pékin vis-à-vis du régime des Talibans à Kaboul avant d’être chassés par la guerre d’octobre 2001 par la coalition occidentale menée par les Américains. Mais la leçon du démantèlement de la fédération Yougoslavie et l’épreuve de la guerre d’Afghanistan en 2001 poussent la Chine à établir une collaboration étroite avec les États voisins dans le but de lutter contre la menace islamiste et le séparatisme. Tel fut l’objectif de la création du « Groupe de Shanghai » en 1996, regroupant la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Tadjikistan. Avec l’adhésion de l’Ouzbékistan le 15 juin 2001, le « Groupe de Shanghai » se transforme en l’Organisation de Coopération de Shanghai. D’un simple forum de discussion et de concertation, l’OCS se métamorphose progressivement en une alliance politico-militaire régionale avec pour objectif de contrecarrer les visées de l’OTAN et des Etats-Unis en Asie centrale et dans les ex-républiques soviétiques qui jouxtent les frontières chinoises.

FAOUZI ELMIR

Mots-clés : Chine, Ouighours, troubles ethniques

 

LE DESSOUS DU COUP D’ETAT AU HONDURAS

juin 30, 2009

LE DESSOUS DU COUP D’ÉTAT AU HONDURAS

 

Le dimanche, 28 juin, 200 militaires honduriens encerclent à l’aube la résidence du président du Honduras Manuel Zelaya qui, après 20 minutes d’échange de tirs avec ses 10 gardes- du- corps, s’est rendu aux assaillants avant d’être transporté par avion dans l’Etat voisin, le Costa Rica. Dans sa conférence, Zelaya dénonce un coup d’État fomenté par les partis de droite avec la complicité de l’institution judiciaire et des hauts gradés de l’armée.

 

A l’origine de ce coup d’État se trouve un référendum organisé par le président hondurien pour l’élection d’une nouvelle Assemblée constituante remplaçant le congrès actuel dominé par les partis de droite. Le président Zelaya, alias Mel, qui accède au pouvoir en 2005 fut le candidat du parti Libéral du Honduras, un parti de droite. Après son élection, ce richissime propriétaire foncier, le président Zelaya décide de prendre des mesures en faveur des classes populaires et des paysans pauvres en imitant l’exemple du Bolivarianisme d’Hugo Chavez au Venezuela. Ce revirement du président Zelaya lui coûtera la confiance de son propre parti du centre droit qui s’oppose énergiquement à sa politique sociale. Rappelons que le Honduras est considéré comme le pays le plus pauvre d’Amérique latine avec ses 50% des 7,8 habitants vivant en dessous du seuil de la pauvreté et un illettrisme avoisinant le 20%.

 

Les réformes proposées par le gouvernement Zelaya visent justement à réduire la pauvreté et à enrayer l’illettrisme. Pour mener ses réformes, Zelaya met en place une politique d’aide aux classes pauvres avec des prêts à très faible taux d’intérêt et une augmentation de 60% du salaire minimum. Il met fin au monopole des sociétés multinationales sur l’importation du pétrole grâce à un accord la société vénézuelienne, Petrocaribe. Le gouvernement hondurien prend des mesures contre les multinationales pharmaceutiques qui contrôlent 80% du marché des médicaments au Honduras en signant des accords avec Cuba et le Venezuela pour la fourniture de médicaments génériques bon marché. Le Président Zelaya dénonce la mainmise de l’oligarchie locale sur les mass medias et met fin aux subventions accordées par le gouvernement aux grands groupes de presse. Avec Cuba, le Honduras signe un accord pour l’alphabétisation des illettrés et pour envoyer des étudiants se former dans les universités cubaines. Dans le domaine de la politique régionale, le Honduras devient membre de l’ALBA, une organisation fondée par le Venezuela avec pour objectif de créer une synergie dans tous les domaines entre les différents pays latino américains. Le Honduras est l’exemple d’une république bananière dominée par le United Fruit qui contrôle tous les secteurs économiques vitaux du pays. Avant Zelaya, un autre président, Villeda Morales, avait tenté de timides réformes agraires mais il fut aussitôt renversé par un coup d’État militaire mené l’homme de lige des États-Unis, Lopez Arellano qui gouverna le pays de 1965 à 1974. Au cours des années 1980, le Honduras devient la base arrière des opposants à la Révolution sandiniste au Nicaragua.

 

Voulant imiter l’exemple du Venezuela, de la Bolivie et de l’Equateur, le président hondurien appelle à un référendum  pour l’élection d’une nouvelle Assemblée constituante qui remplacera celle dominée actuellement par les partis de droite et les représentants de l’oligarchie locale. Le 23 juin, cinq jours avant le référendum, pour contrecarrer cette initiative populaire, les députés de droite majoritaire au Congrès National, vote une loi déclarant illégal la consultation prévue pour le 28 juin. Pour donner un semblant de légitimité à sa loi conte le référendum, l’oligarchie locale collecte 400 000 signatures à travers tout le pays. Après ce vote de la loi par les députés de droite, ce sont la Cour Suprême et le haut commandement de l’armée qui déclarent à leur tour leur hostilité à l’organisation du référendum du 28 juin. Le 24 juin, le président Zelaya rencontre le haut commandement de l’armée pour lui demander d’assurer l’aide logistique nécessaire à la tenue du référendum mais devant le refus d’obéir aux ordres présidentiels, le ministre de la Défense et des membres du commandement militaire ont été limogés. Les hauts gradés militaires et les juges sont formés normalement dans les université américaines. Dans le sillage de ce coup d’État organisé le président Zelaya, les ambassadeurs du Venezuela, de Cuba et du Nicaragua ont arrêtés et battus avant d’être relâchés. Ce coup d’État contre le président Hondurien rappelle celui de 2002 fomenté contre Hugo Chavez qui avait alors été séquestré pendant trois jours avant qu’il rejoigne le palais présidentiel des Miroflores sous la pression de la rue et du soutien des classes pauvres de La capitale Caracas. 

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : Honduras, coup d’Etat, président Zelaya,           

 

 

 

LE REMAKE IRANIEN DES REVOLUTIONS ROSE ET ORANGE

juin 15, 2009

TROUBLES POST ÉLECTORAUX À TÉHÉRAN :

LE REMAKE IRANIEN DES RÉVOLUTIONS ROSE ET ORANGE

Si l’on essaie de comprendre la portée des troubles et des manifestations qui se déroulent actuellement à Téhéran après la réélection triomphale du président sortant Mahmoud Ahmadinejad, il n’y a pas l’ombre d’un doute sur leurs origines et leurs commanditaires qui sont les Etats-Unis et leurs satellites arabes et sionistes dans la région du Moyen Orient. Ce sont deux éléments qui nous font dire que les manifestations de masse contre la réélection du président sortant ne sont pas spontanées et n’ont aucun rapport avec les résultats de l’élection présidentielle iranienne mais qui sont orchestrées et télécommandées par des forces étrangères. D’abord, la furie des médias occidentaux sous influence du sionisme international contre la réélection du négationniste Ahmadinejad. Ensuite, la similitude des événements entre ce qui s’est passé en Iran après la proclamation des résultats officiels de l’élection présidentielle et les deux révolutions rose en Géorgie et orange en Ukraine.

 

Le motif de la contestation qui est à l’origine des troubles et des manifestations est on ne peut plus ridicule pour qu’il soit crédible. Car, même s’il y a fraude électorale ou irrégularités dans les modalités de l’élection, et à coup sûr il y en a eu, l’écart des voix entre les deux candidats qui est tout de même de 12 millions de voix est tel qu’il ne changera rien aux résultats définitifs. Par ailleurs le candidat perdant de l’opposition Mir Hussein Moussaoui est incapable de produire ses preuves pour corroborer la thèse de la fraude électorale. Il y a en revanche une preuve indiscutable de la victoire du président sortant qui a obtenu 52% des voix à Téhéran contre 46% à son rival perdant Moussaoui. Ajoutons à cela, ce dernier a également échoué dans les autres villes et régions iraniennes. La fraude électorale n’est qu’un prétexte pour mise en œuvre d’un plan de déstabilisation du régime iranien à l’instar de ce qui s’est passé en Géorgie en 2003 et en Ukraine en 2004. Les troubles et les manifestations à Téhéran depuis samedi après la proclamation officielle de la élection du président sortant sont tout simplement un coup monté par des forces étrangères qui cherchent à faire monter la pression sur le régime iranien  pour le faire plier l’Iran sur son programme nucléaire.

 

Pour y parvenir, les Etats-Unis et leurs satellites en Europe et au Moyen Orient recourent aux mêmes techniques et procédés utilisés jadis en Serbie contre le régime de Milosevic, en Géorgie contre le régime de Chevardnadze et en Ukraine contre le candidat pro-russe.

 

LES TECHNIQUES DES RÉVOLUTIONS ROSE ET ORANGE EN GÉORGIE ET EN UKRAINE APPLIQUÉES EN IRAN

 

En suivant de plus près le déroulement des événements à Téhéran depuis samedi, il n’y a aucun mal à établir une comparaison avec les révolutions des couleurs en Géorgie en 2003 et en Ukraine en 2004. Cette technique d’action politique visant à déstabiliser les régimes hostiles aux intérêts de l’impérialisme américain a pour origine l’Albert Einstein Institut fondé par le philosophe américain Gene Sharp dans les années 1980 pour organiser et financer les mouvements et les forces de résistance contre le communisme. Gene Sharp a joué un rôle dans l’organisation de l’opposition en Irak, en Lituanie, au Venezuela et en ukraine. Sharp a élaboré une théorie fondée sur la non-violence et la désobéissance civile comme arme politique. En 1983, Sharp fonda à Boston l’Albert Einstein Institut et publia en 1985 un livre  “Rendre l’Europe impossible à conquérir”. En 1987, l’association reçut une subvention de l’US Institute for peace et organisa une série de séminaires pour former les futurs cadres et dirigeants des mouvements de la désobéissance civile face à l’ennemi communiste. Sharp prit part à la formation d’une opposition en Birmanie, au Tibet, et même il a créé un groupe de dissidents au sein de l’OLP pour renoncer à la lutte armée contre Israël. En 1990, l’Albert Einstein Institut participa à la formation de l’opposition dans les ex-républiques soviétiques dans le Caucase et dans les pays Baltes. D’autres institutions anti-communistes américaines et européennes se sont jointes à l’Albert Einstein Institut pour organiser et financer les mouvements d’opposition aux régimes hostiles aux intérêts de l’impérialisme américain. Parmi ces institutions influentes, on peut citer le National Democratic Institut, officiellement une ONG mais officieusement financée par le National Endowment for democracy, une fondation financée par le secrétariat d’État et la CIA.

 

La technique de base mise au point par l’Albert Einstein Institut est la contestation systématique des résultats des élections du régime ennemi à déstabiliser. La contestation des résultats électoraux repose sur deux éléments : la composition des listes électorales et les sondages de sortie des urnes qui donneraient des résultats différents des chiffres officiels. Pour mener la contestation contre le régime ennemi à abattre, il faut faire appel à des pions généralement recrutés parmi la jeunesse, des jeunes de 15 à 17 ans et parmi les étudiants. Pour lutter contre le régime de Chevardnadze, c’est George Soros qui a créé les groupes de jeunes Kmara(Assez) formés de jeunes de 15 à 17 ans. Ces jeunes ont reçu une formation en deux mois par des membres de l’American national Institut. D’après l’ancien ministre géorgien de la Sécurité Igor Giorgadze, Mikhail Saakashvili a reçu sa formation de manipulateur des foules à Belgrade pour préparer sa révolution rose en Géorgie. C’est la fondation National Endowment for Democracy dirigée alors par l’ancienne Secrétaire d’État de Bill Clinton, Madeleine Albright qui s’est chargée de la saisie informatique de listes d’électeurs dont les nombreuses erreurs avaient alimenté les ressentiments populaires sur des fraudes massives. L’astuce consiste à contester systématiquement les chiffres officiels des autorités gouvernementales en leur opposant les sondages de sortie des urnes dans lesquels les scores des partis d’oppositions étaient largement surévalués.

 

En Ukraine, le gouvernement américain a dépensé plus de 65 millions de dollars pour aider l’opposition ukrainienne à accéder au pouvoir. À cette somme s’ajoutent celles en provenance d’instituts privés comme la Fondation Soros et de gouvernements européens. Cet argent a servi à équiper les forces d’opposition avec des moyens techniques modernes, les techniques publicitaires et à former des propagandistes et des scrutateurs. Les sondages électoraux eux aussi qui devaient servir de preuve contre la fraude électorale du camp gouvernemental ont été financés de la sorte.  

 

Prenons l’exemple ukrainien pour montrer comment se mettent en place les techniques de contestation. Lors des élections de novembre 2004, quatre candidats étaient en lice : Victor Yanukovytch, alors premier ministre, crédité de 31 à 34 % des voix au premier tour ; Victor Yuschenko, ancien premier ministre et fondateur Notre Ukraine crédité de 29 à 31 % ; Oleksander Moroz, président du parti socialiste unifié crédité de 4 à 6% et Pétro Symonenko, président du parti communiste, crédité de 3 à 5%. Bien avant la proclamation des résultats de l’élection, les Etats-Unis ont commencé à dénoncer une falsification des résultats. Aux Etats-Unis, le dossier ukrainien était entre les mains de Richard Armitage qui soutenait son candidat Yuschenko. Auparavant La NED/CIA avaient dépensé des millions de dollars pour soutenir l’association pro-Yuschenko, Pora(Il est temps). Les cadres de cette association ont été formés spécialement pour mener la contestation sitôt après la proclamation des résultats officiels. Madeleine Albright est venue en personne pour vérifier le dispositif sur place. Après un premier tour de scrutin qui n’avait pas fait de gagnant, un deuxième tour donnait 49,42% au candidat pro-russe Victor Ianoukovitch et 46, 69 des voix au camp pro-occidental. Même avant de connaître les résultats du deuxième tour, Yuchenko et le camp pro-occidental ont crié à la fraude électorale en avançant leurs propres chiffres qui ne sont que des sondages de sortie des urnes et qui leur donneraient une avance de 11% sur le camp adverse. La version des irrégularités et des allégations de fraude était vite relayée par les médias et les observateurs étrangers présents sur place. Il n’en fallait pas plus pour que Yuchenko et ses partisans refusent les résultats officiels et organisent des rassemblements de protestation dans tout le pays.   

 

C’est à quoi nous assistons aujourd’hui en Iran après la réélection du président sortant n’est en réalité n’est qu’un remake des révolutions des couleurs en Géorgie et en Ukraine. Les techniques et les modalités de contestation sont exactement les mêmes en Iran, en Géorgie et en Ukraine. Il y a d’abord la contestation des résultats d’une élection en transformant des irrégularités en fraude électorale. Après la contestation des résultats des élections, suit la phase des troubles et manifestations sur la voie publique. Le lieu de rassemblement est un lieu chargé de symboles, place de la Révolution, place de la liberté etc. Les membres de l’opposition arborent des drapeaux à couleur rose en Géorgie, Orange en Ukraine et aujourd’hui verte en Iran. Des  slogans sont lancés contre le vainqueur officiel comme le mot dictateur lancé contre Ahmadinejade en Iran. Les forces de l’opposition sont soutenues et relayées par les médias des États capitalistes. Ces différents points de comparaison entre les événements actuels en Iran et ceux de la Géorgie en 2003 et de l’Ukraine en 2004 confirment l’idée que ce sont les Etats-Unis, l’Europe, Israël et les États arabes alliés des Américains qui sont derrière des troubles et des manifestations à Téhéran et dans les autres villes iraniennes. Mais L’Iran n’est ni la Serbie de Milosevic, ni la Géorgie de Chevardnadze ni l’Ukraine de Koutchma et d’Ianoukovitch. Il y a tout lieu de penser que le coup monté par l’Occident, Israël et certains régimes arabes fantoches est voué à l’échec comme jadis la tentative ratée contre le régime de Loukachenko en Biélorussie. Pour avoir su et pu déjouer le complot ourdi par les forces impérialistes, le président biélorusse Loukachenko est devenu le « dernier dictateur d’Europe ». En réussissant à déjouer le même coup monté par l’Occident et Israël contre son gouvernement, Mahmoud Ahmadinejad est déjà entré dans le club très fermé des grands dictateurs de l’histoire à côté de Staline et de tous ceux qui ont osé dire non et désobéi aux injonctions et au diktat des maîtres du monde.

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : Iran, Elections présidentielles, troubles, stratégie de déstabilisation, révolution rose, révolution orange    

 

DES CHAUSSURES D’AL ZAIDI A LA COLERE D’ERDOGAN

février 2, 2009

DES « CHAUSSURES DE LA VENGEANCE » D’AL ZAÏDI À LA COLÈRE D’ERDOGAN : DEUX MANIÈRES DE DÉNONCER LE MANICHÉISME D’UN ORDRE INTERNATIONAL

 

C’est le coup de colère du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan lors du Forum économique mondial à Davos en Suisse qui fait la une des journaux, un geste salué par son peuple, le Hamas et les peuples arabo-musulman. Erdogan est devenu un héros et un homme politique atypique qui n’hésite pas à manifester ses sentiments publiquement pour dénoncer à la fois l’injustice et le manichéisme d’un ordre du monde. Rappelons en quelques mots l’incident qui s’est produit lors de la réunion annuelle du Forum économique mondiale organisé à Davos en Suisse. Au cours de la séance consacrée au conflit du Moyen Orient, le premier ministre turc a quitté précipitamment la salle en protestant contre son temps de parole trop court (12 minutes) par rapport à celui donné au président israélien, Shimon Peres (25 minutes) et contre les applaudissements très nourris du public présent dans la salle pour le discours de ce dernier. Comme le montrent les images de télévision et d’Internet, le président de la séance n’arrêtait pas d’interrompre le premier ministre turc pendant qu’il répondait au discours provocateur de Shimon Peres.

 

davos 

                 Recep Tayyip Erdogan quitte le Forum et Davos

 

Il est assez intéressant de mettre en relation l’incident de Davos, avec l’image des chaussures lancées par le journaliste irakien, Moutazer Al-Zaïdi en direction du président américain George Bush lors d’une conférence de presse à Bagdad, avec cette phrase « c’est mon baiser d’adieu, espèce de chien ». Ce geste vengeur du journaliste irakien de la chaîne TV Al Baghdadia avait alors soulevé l’enthousiasme des foules et il avait été salué par des manifestations de soutien un peu partout dans le monde au point qu’un richissime saoudien s’était proposé d’acheter pour un montant de vingt millions de dollars les fameuses « chaussures de la vengeance »(selon LCI).

 

 

alzaidi 

Figure 2 LE BAISER D’ADIEU D’AL ZAÏDI A BUSH

 

PREMIER EXEMPLE DE MANICHÉISME

 

Ces deux gestes d’Al Zaïdi et d’Erdogan, bien qu’ils se manifestent d’une manière différente et qu’ils aient lieu dans un espace–temps différent, expriment au fond la même révolte face à un monde manichéen dominé par l’idée de la lutte du Bien contre le Mal. Songeons un peu à l’axe du Mal de George Bush. Les forces du Bien sont naturellement incarnées par l’Occident et ses valeurs de démocratie et de droits de l’Homme. Les forces du Mal, pour faire bref et court, ce sont tous ceux qui critiquent ces valeurs ou qui ne s’y reconnaissent pas. Notre intention ici n’est pas de dire qui a tort et qui a raison mais de montrer que la vie internationale est dominée actuellement par une conception manichéenne du monde. Al Zaïdi (24 ans) et Erdogan(53 ans) sont des observateurs de la vie publique et ils appartiennent l’un et l’autre à une zone géographique, le Moyen Orient, où la conception manichéenne se manifeste sous toutes ses formes. Au début du XXe siècle, les puissances occidentales qui avaient colonisé le monde entier au nom de la civilisation et de la supériorité de la race blanche ont décidé d’attribuer des terres arabes et palestiniennes qui n’étaient pas les leurs à des sionistes juifs européens sous prétexte que c’est écrit dans le Torah. Ces mêmes Etats impérialistes qui se considèrent comme les « forces du Bien » ont aidé à la création en 1948 de l’Etat d’Israël et depuis ils n’ont cessé de le soutenir financièrement et militairement. Quand les pays impérialistes parlent d’Israël,  leur créature au cœur du Moyen Orient, c’est pour magnifier ce « havre de démocratie » dans un « oasis de dictatures ». Ils ont d’ailleurs raison quand ils parlent d’oasis de dictatures, car tous les régimes arabes qui entourent Israël sont en fait des dictatures. Mais Israël n’est une démocratie ni une dictature, c’est une colonie occidentale implantée au cœur du Moyen Orient et une colonie ne saurait être par définition une démocratie, car la source de sa légitimité n’est pas le peuple qui le compose mais le système impérialiste mondial. Depuis, plus de soixante, Israël fait des guerres, occupe des territoires arabes, massacre des civils palestiniens et libanais, envahit des Etats et viole délibérément toutes lois internationales en matière de guerre et de droit humanitaire. Tout cela en toute impunité et si par miracle ou par inconscience quelqu’un ose critiquer la sauvagerie sioniste, aussitôt s’enclenchent les sirènes de l’holocauste et de la Shoah pour lui signifier poliment de la boucler sinon il serait poursuivi pour antisémitisme. Toutes les destructions et tous les massacres commis par IsraëL à l’encontre des populations civiles palestiniennes et libanaises sont faits au nom de la lutte des forces du Bien contre les forces du Mal. Quand les Israéliens envahissent le Liban en 1982, ils ont participé avec leurs alliés libanaise de l’époque, les forces phalangistes et fascistes de Bechir Gemayel(assassiné en septembre 1982) au massacre de 1700 civils palestiniens à Sabra et Chatila. Personne n’a osé demander des comptes à Israël et à Sharon. Pourquoi ? Car Israël et Sharon se trouvaient du côté des « forces du Bien ». Il y a eu les deux massacres de Qana au Liban en 1996 et 2006, là aussi personne n’a demandé quoi que ce soit à Israël et à ses responsables politiques et militaires. Pourquoi ? Car ils ont agi en tant que « forces du Bien «  contre les forces du Mal.

 

Au nom de la lutte du Bien contre le Mal, les derniers exploits réalisés par Israël à Gaza sont les suivants :

 

Les victimes palestiniennes s’élèvent à 1305 dont

-         410 enfants et adolescents(moins de 16 ans

-         108 femmes

-         113 personnes âgées

-         14 médecins

-         4 journalistes

-         5300 blessés

 

A COMPARER

 

les victimes israéliennes :

-         13 soldats tués dont

-         9 morts au combat

-         1 abattu par un snipper

-         3 civils par tirs de roquettes

-         une douzaine de blessés

 

En outre, l’aviation et la marine israélienne ont attaqué 2500 cibles dont

4 écoles gérées par l’ONU 

un complexe de l’agence de l’ONU d’aide aux réfugiés(UNRWA)

2 bâtiments de presse ;

16 centres médicaux ;

15 ambulances ;

4000 maisons détruites

16 000 maisons endommagés

1500 installations commerciales

51 bâtiments officiels détruits dont ministères

18 écoles et autres centres éducatifs

50 kilomètres de routes endommagés

 

Pour réparer les infrastructures endommagés, les coûts estimés s’élèvent à 475,9 millions de dollars. Pour les travaux de déblayage, les coûts estimés s’élèvent à 500 millions de dollars. Qui paiera les réparations et les reconstructions ? Sûrement, pas I’agresseur, car il incarne la « force du Bien » contre la « Force du mal » qu’est le Hamas.

 

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les victimes civils palestiniens déchiquetées par les bombes israéliennes

 

Au cours de son opération militaire à Gaza, Israël a utilisé des armes prohibées par les conventions internationales. Les médecins étrangers et palestiniens ont montré les victimes de ces armes prohibées. C’est le célèbre professeur et chirurgien norvégien, le marxiste Mads Gylyrte qui a apporté son propre témoignage sur l’utilisation par Israël d’armes de guerre prohibées par toutes les lois internationales de la guerre.

 

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victime palestinienne des armes prohibées

 

Malgré l’holocauste gazaouite, les dirigeants européens n’ont rien trouvé à dire aux dirigeants de leur Etat voyou du Moyen Orient. Bien au contraire, dès la cessation des hostilités à Gaza, menés par les deux sionistes français, Sarkozy et Kouchner, ils se sont rendus en Israël pour féliciter Olmert et son état major pour le formidable travail accompli durant les 22 jours de guerre. En signe de reconnaissance, les Etats-Unis et l’Europe ont conclu avec les Israéliens des accords pour empêcher l’arrivée des armes aux « forces du Mal » dont le Hamas palestinien fait partie. La France a même envoyé sa frégate pour patrouiller au large des côtes avec Gaza pour interdire aux « forces du Mal » d’avoir des armes à se défendre. Pour compléter le panorama de la lutte des forces du Bien contre les forces du Mal, les Egyptiens ont envoyé des hommes s’entraîner aux Etats-Unis pour la détection des explosifs et la destruction des tunnels. Tout récemment, des caméras de surveillance ont été installés tout le long des frontières entre l’Egypte et la bande de Gaza. Aucun des Etats occidentaux, les Etats-Unis et l’Europe et leurs alliés dans la région du Moyen Orient, n’a osé dénoncer clairement le massacre et les atrocités commises par Israël lors de la guerre à Gaza. Au lieu de tout cela, le belge Louis Michel, l’envoyé spécial de l’Union européenne pour la coopération, le développement et l’aide humanitaire, a rendu le Hamas responsable de tout ce qui est arrivé aux palestiniens en la qualifiant d’organisation terroriste. Au lieu de s’en prendre aux bourreaux, on s’en prend aux victimes rendues responsables de leurs propres malheurs. Comme si les Gazaouites et le Hamas étaient des sado masochistes à ce point.

 

C’est cette vision manichéenne qui donne à certains Etats le droit de tuer, de massacrer et de violer toutes les lois humaines en toute impunité que le premier ministre turc a voulu dénoncer haut et fort. Ce qui a mis Erdogan en colère, c’est le moment où le public présent dans la salle avait chaleureusement applaudi le discours du président israélien, Shimon Peres. Comment un homme normalement constitué peut-il applaudir le discours d’un chef dont le pays a commis les pires des atrocités à Gaza  et même ailleurs?  C’est l’homme de la rue qui exprime d’habitude sa colère face à une telle injustice mais ce qui est nouveau et inhabituel dans le geste d’Erdogan, c’est que la dénonciation de cette injustice vient d’un haut responsable politique, et pas n’importe qui, car il s’agit du premier ministre d’un grand pays, membre de l’OTAN, qui a reconnu l’Etat sioniste dès sa création en 1948 et qui entretient des relations diplomatiques, commerciales et militaires avec Israël. En outre, la dénonciation a été faite non pas en catimini dans les antichambres mais publiquement devant les caméras du monde entier, ce qui explique les manifestations spontanées en Turquie et dans la rue arabe. L’Express, le quotidien patronal français, a voulu expliquer le geste du premier ministre turc par des considérations électorales. C’est une interprétation tendancieuse de l’incident, car Erdogan n’a pas eu le temps d’agir par calcul politique mais il a tout simplement réagi spontanément à des comportements et des attitudes purement manichéens exprimés par Peres et le public qui l’a applaudi. Ne pourrions-nous pas dire la même chose du général de Gaulle qui s’est enfui en Angleterre par lâcheté pour n’y revenir qu’une fois la guerre terminée ? Malgré leur opportunisme et leur sens de la navigation, les hommes politiques peuvent parfois être sincères et exprimer leur indignation en se dépouillant  de leur langue de bois en réagissant de la même façon que l’homme de la rue. C’est le cas du premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan qui n’a fait qu’exprimer les sentiments profonds de tous peuples pays du Moyen Orient et c’est pourquoi il est devenu le nouveau héros à côté du président vénézuelien, Hugo Chavez.  

 

DEUXIÈME EXEMPLE  DE MANICHÉISME

 

Depuis quelques jours, les médias du monde entier ne parlent que d’élections en Irak. Cette campagne médiatique internationale est savamment orchestrée par les Etats-Unis, ses satellites européens et ses marionnettes autochtones irakiennes pour vendre au monde entier l’idée que l’invasion américaine de l’Irak a finalement apporté la démocratie au peuple qui peut choisir librement ses représentants grâce à des élections « démocratiques ». Mais cette campagne médiatique sur les élections dans le « nouvel Irak » ne trompe personne sauf évidemment les naïfs et les manichéens. On nous parle d’élections en Irak sans nous dire que ces élections se déroulent dans un dans un pays occupé par 150 000 GI’S et que les électeurs auront à choisir entre des candidats présentés par des partis ayant aidé à l’occupation de leur pays par des troupes étrangères. Ceux qui facilitent l’occupation de leur pays par des troupes étrangères, on les appelle en France les Collabos et ceux qui gouvernent l’Irak aujourd’hui sont des collabos. Mais la question qui se pose immédiatement est la suivante : valait-il la peine de détruire tout un pays pour mettre des collabos aux commandes et pour organiser des élections où les principaux bénéficiaires seront des partis religieux qui sont, outre qu’ils sont des partis collabos, des forces sociales et politiques conservatrices et rétrogrades ? Si l’on se réfère à la conception démocratique occidentale, les partis politiques représentent des citoyens et non pas des groupes ethniques et religieux. Or la « démocratie » dans le « nouvel Irak », issu de l’invasion américaine, c’est la représentation politique des irakiens en fonction de leur appartenance ethnique et religieuse. Ce qui n’a rien à voir avec les critères de la démocratie représentative occidentale. Paradoxalement, c’est la régime ba’assiste qui remplissait les critères de la démocratie occidentale dans la mesure où le parti Ba’as représentait non pas un groupe ethnique et religieux mais tous les irakiens indépendamment de leur appartenance religieuse et ethnique. L’invasion de l’Irak pour y établir une démocratie à l’occidentale a donné des résultats contraires à ce qui était espéré au départ, car ce sont des forces religieuses et ethniques qui dominent la vie politique locale et nationale et non pas des forces démocratiques laïques comme dans le cas des démocraties occidentales.

 

Parlons maintenant chiffres. Pour obtenir finalement des résultats qui n’ont rien à voir avec la démocratie occidentale, les Etats-Unis ont dû dépenser trois trillions de dollars c’est-à-dire, 3000 milliards de dollars. Avant l’invasion de l’Irak, Rumsfeld avait estimé le coût de l’invasion à seulement 60 millions de dollars, mais cette estimation avait à l’époque été revue à la hausse par le conseiller économique de Bush, Larry Landsay qui avait avancé la somme de 200 milliards de dollars. La guerre en Irak coûte aujourd’hui chaque mois 12 milliards aux contribuables américains. Quand Bush arriva à la Maison Blanche en 2001, le déficit budgétaire était de 5700 milliards de dollars ; il est aujourd’hui en 2009, de l’ordre de 10 000 milliards de dollars. L’Etat américain est aujourd’hui en état de faillite et ce n’est la couleur de peau d’Obama qui va aider en quoi que ce soit à éviter l’effondrement total. C’est pourquoi le secrétaire général de l’OTAN a lancé un appel de détresse aux pays du Golfe pour contribuer à la guerre d’Afghanistan. Cet appel pourrait néanmoins être entendu par le Conseil de la Coopération des Etats du Golfe qui a déjà financé les deux guerres contre les régime de Saddam Hussein. Pourquoi ne financerait-il pas une fois encore une guerre menée par les Américains contre les Talibans afghans et pakistanais ?

 

Outre ces sommes colossales pour financer une guerre qui a tourné au fiasco, il faut donner quelques chiffres de ses coûts humains. D’après une étude publiée le 21 octobre 2006, par une équipe de recherche de l’université John Hopkins, l’invasion de l’Irak a entraîné la mort de 200 à 300 000 personnes par an ; ce qui équivaut au nombre de victimes tombées sous la bombe atomique lancée sur Hiroshima en août 1945. Depuis bientôt six ans, les Etats-Unis ont lancé sur l’Irak l’équivalent de six bombes atomiques.

 

D’après un rapport des Nations unis, quatre millions d’irakiens ont été déplacés à l’intérieur de leur pays et 800 000 irakiens étaient contraints à l’exil soit dans les pays voisins comme la Syrie ou la Jordanie soit en Europe et aux Etats-Unis. Les quatre millions réfugiés irakiens ont des difficultés à se nourrir et 40% des 27 millions d’irakiens n’ont pas d’eau potable à boire. D’après un rapport des Nations unies, le tiers des Irakiens vit en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins d’un dollars par jour. Alors qu’en même temps, le nouvel Irak figure parmi les pays les plus corrompus au monde où la corruption sévit à tous les niveaux de l’Etat et dont le coût est estimé à quelques 18 milliards de dollars. C’est le ministère de la défense qui est le ministère le plus corrompu avec une somme détournée évaluée à 5 milliards de dollars.

 

Depuis l’invasion de l’Irak, 5 500 savants, experts, médecins, ingénieurs ont été assassinés en confiant la sous-traitance au Mossad Israélien et 80% des personnes assassinées appartient au monde scientifique et académique ayant le titre de professeur ou d’assistant, ou titulaire de doctorat ou de diplômés spécialisés dans les sciences et la médecine. Des revues scientifiques ont été détruites et avec elles tous les travaux de recherche dont les coûts de réalisation sont estimés à dix milliards de dollars.

 

D’après un rapport publié par l’organisation de défense des droits de la femme en Irak, il y a entre 90 et 100 veuves par jour à cause de la violence confessionnelle et l’assassinat sur la carte d’identité, ce qui rappelle la guerre civile libanaise de 1975 à 1990. Rien que dans la capitale Bagdad, il y a 300 000 veuves à côté des 8 millions de veuves irakiennes dans l’ensemble du pays. Cela signifie que le pourcentage des veuves irakiennes représente 35% des populations de ce pays, 65% des femmes et 80% des femmes mariées. Depuis l’invasion américaine, l’Irak est devenu un pays de veuves. Les femmes irakiennes comme d’ailleurs les hommes sont l’objet de violence et d’emprisonnement arbitraires et elles disparaissent sans laisser de traces. Beaucoup de femmes détenues dans les prisons américaines et irakiennes sont torturées et violées par les gardiens et les surveillants des prisons. Cette torture exercée à l’égard des femmes irakiennes emprisonnées sous prétexte de terrorisme a été récemment dénoncée par la seule femme ministre du gouvernement irakien, Nawal El-Samrani qui, dans un entretien avec la chaîne AL Jazira net, a déclaré que beaucoup d’irakiennes disparaissent dans les rues et sur les lieux de travail sans que leurs familles sachent ce qu’elles deviennent ni où elles se trouvent. Celles qui sont l’objet de viol préfèrent s’immoler dans le feu ou se transformer en femmes Kamikazes.

 

Dans le nouvel Irak, c’est le règne de la violence et de l’arbitraire ; les violations des domiciles à toute heure de la journée et de la nuit où des groupes armés peuvent entrer et enlever sans distinction, homme, femme, enfant, fille et garçon pour les emmener dans des endroits inconnus sans jamais réapparaître. Dans les prisons américaines et les prisons irakiennes, il y a actuellement deux millions de prisonniers qui, avant l’invasion du pays en 2003, travaillaient normalement et qui exerçaient un métier pour faire vivre leurs familles. Au lieu d’une vraie démocratie, dans le nouvel Irak, les Etats-Unis n’ont fait qu’appliquer les recettes expérimentées par les dictatures militaires mises en place toute l’Amérique Latine. La torture, les assassinats, les arrestations arbitraires, les disparitions qui sont aujourd’hui monnaie courante dans le nouvel Irak, ce sont en réalité des anciennes méthodes importées du Chili de Pinochet et de l’Argentine de Videla entre autres. Pour se décharger sur des bourreaux aux couleurs locales, les envahisseurs américains et anglais ont formé une véritable armée de bourreaux irakiens en leur inculquant les méthodes et les techniques de torture pratiquées jadis par l’armée et les services de sécurité de Pinochet au Chili. Certes la prison d’Abou Graib a été fermée, mais ce sont les mêmes méthodes et les techniques qui continuent dans les autres prisons américaines et irakiennes. Des centres de détention et d’emprisonnement dépendants des milices gouvernementales continuent aussi à fonctionner à plein régime. Même les hôpitaux sont devenus des centres de détention et de torture où des malades de confession sunnite sont exécutés de sang froid. D’après des statistiques officielles, 120 000 personnes sont passées par les prisons américaines et entre 300 000 à 500 000 dans celles des milices chiites. Des milliers de cadavres ont été jetés dans les rues et dans les décharges publiques. Sur ces cadavres apparaissent des traces de torture par l’électricité. 150 000 prisonniers sont actuellement détenus sans l’existence d’aucune charge à leur encontre.

 

Mais une guerre coloniale n’est jamais une promenade de santé pour les peuples soumis et colonisés, elle n’est pas non plus pour les colonisateurs et leurs armées. A ce jour, d’après les statistiques du Pentagone, 4236 soldats américains ont été tués en Irak non pas dans des accidents de la route mais par la résistance irakienne. A ce nombre de morts s’ajoutent quelques 26000 blessés. D’après une étude du service de la santé mentale de l’armée américaine parue en 2007, 28% des soldats envoyés dans les zones de combat en Irak est gravement atteint de troubles mentaux et psychiques et que le nombre de soldats américains devenus alcooliques, drogués ou ayant des problèmes conjugaux a augmenté de 85% depuis l’invasion de l’Irak. On comprend fort aisément la montée en flèche du nombre d’innocents irakiens tués par de soldats devenus fous et hystériques qui tirent sur tout ce qui bouge. Au mois de janvier 2008, l’armée américaine a reconnu que le nombre de suicide ou de tentatives de suicide parmi les soldats a considérablement augmenté puisqu’elle dénombre plus de deux mille soldats ayant tenté de se suicider en se mutilant en 2006 contre 375 en 2002. Selon une étude publiée il y a seulement deux jours, le nombre  de suicide parmi les soldats américains en Irak et en Afghanistan a augmenté de 11% en 2008 avec 128 suicides en 2008 contre 117 en 2007. Le taux de suicide parmi les soldats américains est plus élevé que celui parmi les civils, puisqu’il représente 20,2 suicidés pour 100 000 soldats contre 19,5 pour 100 000 civils. En un mot, les méthodes et les techniques de torture rendent fous et déséquilibrés non seulement leurs victimes mais aussi leurs boureaux et leurs tortionnaires.(voir à ce sujet les descriptions de Franz Fanon sur les troubles mentaux des algériens torturés par l’armée française, dans « les damnés de la terre », chapitre 5, Guerre coloniale et troubles mentaux).

 

Au lieu de parler et de décrire la dictature mise en place dans le « Nouvel Irak » libéré, les médias aux Etats-Unis et en Europe préfèrent parler d’élections pour faire croire à leurs opinions publiques que l’Irak de l’après Saddam Hussein est devenu une démocratie avec la parodie électorale. Loin d’être cette démocratie conçue et rêvée par Bush et les néocons américains, l’Irak de l’après Saddam est une copie conforme des dictatures militaires mises en place par les Etats-Unis dans les années 1960-1970 en Amérique Latine. L’Irak d’aujourd’hui ressemble à bien des égards à la dictature militaire de Pinochet au Chili et à celle de Videla en Argentine pour ne citer que ces deux pays. Si les Irakiens vivaient vraiment dans une démocratie, le journaliste irakien, Mountazer Al-Zaïdi aurait remercié son sauver Bush par un bouquet de fleurs et par un baiser sur le front de son libérateur. Ce qui est loin d’être le cas, puisque le journaliste irakien a préféré exprimer ses sentiments personnels en jetant ses chaussures dans la figure de George Bush en signe de baiser d’adieu. Si le peuple irakien vivait réellement dans la démocratie promise par Bush, il aurait lynché à mort le journaliste Mountazer Al-Zaïdi. Or, l’image des chaussures jetées à la figure du président américain George Bush a immédiatement mobilisé dans les rues de Bagdad et dans toutes les villes irakiennes, des centaines de milliers de manifestants scandant le nom de celui qui, par ce geste vengeur, a exprimé les sentiments profonds de tout un peuple. Depuis, le nom d’Al Zaïdi a fait le tour de la terre avec des manifestations de soutien dans tous les pays arabes. Même une statue sous forme de chaussure avec l’image de Bush a été très récemment érigée à Tikrit, la ville natale de Saddam Hussein(voir photo). Le peuple irakien est-il idiot à ce point pour ne pas comparer entre la « démocratie » promise par Bush et la « dictature » de son ancien président Saddam Hussein ?

 

bush 

 

Si les Etats-Unis et l’Europe ne condamnent jamais les atteintes et les violations des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens et en Irak, c’est parce qu’ils sont persuadés qu’ils incarnent les forces du Bien contre les forces du Mal. C’est cet esprit manichéen qui renforce le sentiment d’injustice parmi les peuples opprimés du Moyen Orient, un sentiment exprimé d’une façon symbolique et par les Chaussures d’Al-Zaïdi et par la colère d’Erdogan. Au fur et à mesure de l’exacerbation des tensions internationales, il faudra s’attendre désormais à d’autres réactions beaucoup plus violentes que « les chaussures de la vengeance » du journaliste irakien Mountazer Al-Zaïdi et la colère du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan.

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : manichéisme, politique internationale, démocratie, dictature, Al Zaidi, Erdogan

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ACCUMULATION DU CAPITAL(4)

octobre 30, 2008

« L’ACCUMULATION DU CAPITAL »(1913)

(Extraits)

(Quatrième partie)

contribution à l’explication économique de l’impérialisme

ROSA Luxembourg

(5 mars 1871-15 janvier 1919)

 

La lutte contre  l’économie paysanne

 

Un dernier et très important chapitre de la lutte contre l’économie naturelle est la séparation de l’agriculture et de l’artisanat, l’élimination des métiers paysans de l’éco­nomie paysanne. A l’origine de sa carrière historique, l’artisanat est une occupation annexe de l’agriculture, chez les peuples civilisés sédentaires il s’y rattache comme catégorie subsidiaire. L’histoire de l’artisanat européen au Moyen Âge est l’histoire de son émancipation de l’agriculture, de sa séparation du domaine féodal, de sa spéciali­sation et de sa constitution en branche indépendante de production organisée dans les villes sous l’égide des corporations. Malgré la transformation ultérieure de la produc­tion artisane en manufacture, puis en grande industrie capitaliste, l’artisanat restait dans les fermes étroitement lié à I’agriculture. Dans l’économie paysanne, l’artisanat jouait un rôle important comme travail annexe à domicile, accompli en surplus du travail agricole dans le temps de loisir pour satisfaire les besoins domestiques.

 

Le développement de la production capitaliste arrache à l’économie paysanne tous ses métiers l’un après l’autre pour les concentrer dans la production massive indus­trielle. L’histoire de l’industrie textile en est un exemple typique. Mais la même chose se produit plus discrètement dans toutes les branches artisanales de l’agriculture. Pour obliger la masse des paysans à acheter ses marchandises, le capital s’efforce de rédui­re l’économie paysanne à la seule branche dont il ne peut s’emparer immédiate­ment ni sans difficulté, étant donné les rapports de propriété en Europe : l’agriculture.

 

Extérieurement, tout semble se passer pacifiquement. Ce processus parait s’effec­tuer insensiblement, par des moyens purement économiques. Il est évident que l’in­dus­trie domestique des paysans ne peut soutenir la comparaison avec la production massive industrielle, à la spécialisation poussée, aux outils perfectionnés, capable d’utiliser l’analyse scientifique et d’organiser le processus de production, d’avoir accès aux sources de matières premières du monde entier. Mais en réalité ce processus de la séparation de l’agriculture et de l’artisanat est introduit par des facteurs tels que la pression fiscale, la guerre, la vente forcée et la monopolisation des terrains nationaux, c’est-à-dire par des méthodes ressortissant de l’économie nationale, du pouvoir politi­que et du code pénal. Nulle part ces méthodes n’ont été employées aussi radicalement qu’aux États-Unis d’Amérique.

 

Les chemins de fer, c’est-à-dire le capital européen et surtout anglais, conduisirent les fermiers américains dans les régions immenses de l’Est et de l’Ouest où ils exterminèrent les Indiens par les armes à feu, les chiens policiers, l’eau-de-vie et la syphilis, les refoulant de plus en plus vers l’Ouest ; après quoi ils s’approprièrent leurs terres, devenues « vacantes », les déboisèrent et les défrichèrent. Le fermier améri­cain, I’« homme des bois » de la bonne vieille époque d’avant la guerre de Sécession était un autre type d’homme que le fermier d’aujourd’hui. Il savait à peu près tout faire, et dans sa ferme isolée, il se suffisait presque tout à fait à lui-même sans avoir besoin du monde extérieur. « Le fermier américain d’aujourd’hui – écrivait au début des années 1890 le sénateur Peffer, un des dirigeants de la Farmers Alliance – est un tout autre type d’homme que son ancêtre d’il y a 50 à 100 ans. Beaucoup de gens aujourd’hui se souviennent de l’époque où les fermiers étaient dans une grande mesure des artisans, où ils fabriquaient eux-mêmes une grande partie de ce dont ils avaient besoin dans la vie quotidienne. Chaque fermier avait une collection d’outils à l’aide desquels il fabriquait des instruments en bois, tels que des fourches, des pelles, des manches de pelles et de charrues, des moyeux de voitures et une foule d’autres ustensiles en bois. En outre, le fermier produisait le chanvre et le lin, la laine des moutons et le coton. On travaillait ces fibres à la ferme même, on les filait et les tissait; de même les vêtements, le linge étaient confectionnés à la maison, tout cela pour la consommation .domestique. Dans chaque ferme il y avait un petit atelier destiné aux travaux de charpenterie, de menuiserie et de mécanique. Dans la maison même se trouvait un métier à carder et à tisser; on tissait les tapis, les couvertures et on faisait toute la literie sur place. Dans chaque ferme on élevait des oies; les duvets et les plumes servaient à garnir les oreillers et les édredons, le surplus était vendu au marché de la ville voisine. En hiver, le froment, la farine, le mais étaient apportés au marché dans des voitures attelées de 6 ou 8 chevaux. Ce marché était parfois éloigné de 100 ou 200 milles. On y achetait pour toute l’année suivante de l’épicerie, certai­nes étoffes et autres marchandises semblables. On trouvait parfois parmi les fermiers des artisans spécialisés. Pour fabriquer une voilure à la ferme, il fallait un ou deux ans. On rassemblait les matériaux nécessaires dans le voisinage ; le contrat passé avec le voisin prévoyait exactement l’espèce du bois à utiliser; celui-ci devait être fourni à un moment donné, puis séché en un temps déterminé, si bien que lorsque la voiture était terminée, les deux parties du contrat savaient d’ou venait tel morceau de bois et combien de temps il avait séché. Pendant l’hiver, le charpentier du voisinage fabriquait les fenêtres, les plafonds, les portes, les manteaux de cheminées, les poutres pour la saison suivante. Quand les gels d’automne arrivaient, le cordonnier s’installait dans un coin de la demeure du  fermier et fabriquait des souliers pour toute la famille. Tout cela se faisait chez soi, on payait une partie des dépenses en produits de la ferme. Lorsque l’hiver venait, il était temps de songer aux provisions de viande ; celle-ci était préparée et fumée pour la conservation. Le verger four­nissait les fruits pour le moût, la compote de pommes et toutes sortes de conserves qui suffisaient parfaitement à satisfaire les besoins de la famille pendant toute l’année et même au-delà. On battait le blé au fur et à mesure des besoins, juste autant qu’il fallait d’argent liquide. On mettait tout en conserves, qui étaient utilisées pour la consommation personnelle. Le résultat d’une telle gestion était qu’on avait besoin de peu d’argent pour faire marcher l’entreprise. 100 dollars suffisaient proba­blement en moyenne dans la ferme la plus importante pour entretenir des valets, réparer les instruments de travail et faire face à d’autres dépenses éventuelles.

 

La Guerre de Sécession devait brusquement mettre fin à cette vie idyllique. L’énorme dette de 6 milliards de dollars dont elle avait grevé I’Union provoqua une augmentation considérable de toutes les charges fiscales. Après la guerre, des tarifs protectionnistes croissants favorisèrent le développement rapide des transports mo­der­nes, de l’industrie en général et de l’industrie des constructions mécaniques en particulier. Pour encourager la construction des chemins de fer et la colonisation du pays par les fermiers, on offrit généreusement aux compagnies de chemins de fer des terrains nationaux immenses : dans la seule année 1867, les compagnies reçurent plus de 74 millions d’hectares de terrain. Le réseau des chemins de fer s’agrandit de ma­nière extraordinaire. En 1860 il comprenait moins de 50 000 km, dès 1870 il couvrait plus de 85 000 km, dès 1880 plus de 150 000 km (pendant la même période, entre 1870 et 1880, le réseau européen entier était passé de 130 000 à 169 000 km). Les chemins de fer et les spéculateurs de terrains attirèrent une émigration massive d’Europe aux États-Unis. Pendant la période de vingt-trois ans allant de 1869 à 1892, plus de 4 millions et demi d’immigrants arrivèrent aux États-Unis. En même temps l’Union s’émancipait peu à peu de l’industrie européenne et notamment de l’industrie anglaise : elle créait ses propres manufactures, développait sa propre industrie textile, métallurgique et de constructions mécaniques. L’agriculture subit la révolution la plus rapide. Dès les premières années qui suivirent la guerre civile, les propriétaires de plantations du Sud furent obligés par l’émancipation des nègres d’introduire l’emploi de la charrue à vapeur. A l’ouest en particulier, où l’on avait construit des lignes de chemin de fer, de nouvelles fermes avaient surgi, et s’étaient mises immédiatement au niveau de la technique la plus moderne. Le rapport de la Commission agricole des États-Unis pour l’année 1867 écrivait : « En même temps que l’emploi des machines révolutionne l’agriculture à l’Ouest, réduisant la part du travail humain au minimum connu jusquà présent (…) l’agriculture tirait profit de talents d’administration et de gestion remarquables. Des fermes de plusieurs milliers d’hectares sont gérées avec plus de compétence, les moyens existants sont utilisés plus rationnellement et plus éco­nomiquement, et le rendement est plus élevé que dans les fermes de 40 hectares. »

 

Pendant ce temps, les charges fiscales, directes et indirectes, augmentèrent consi­dé­rablement. Pendant la guerre civile, on promulgua une nouvelle loi financière. La loi sur les contributions de guerre du 30 juin 1864, qui constitue la base fondamentale du système actuellement en vigueur, augmenta énormément les impôts sur la con­som­mation et sur le revenu. En même temps, les contributions de guerre servirent de prétexte à une véritable orgie de tarifs protectionnistes destinés à compenser les taxes qui grevaient la production du pays.

 

Les Morill, Stevens et consorts qui profitaient de la guerre pour renforcer leur programme protectionniste, créèrent un système par lequel ils se servaient ouver­tement et cyniquement de la politique douanière pour tous les intérêts privés du profit. Chaque producteur autochtone réclamant au Congrès une douane spéciale pour son profit particulier voyait ses vœux exaucés avec complaisance. On éleva les tarifs douaniers aussi haut que chacun le demandait. « La guerre – écrit l’Américain Taussig – avait exercé à plusieurs égards une action noble et énergique sur notre vie nationale, mais son influence immédiate sur les affaires et sur toute la législation concernant les intérêts financiers était démoralisante. Les législateurs perdaient souvent de vue la ligne de partage entre le devoir public et les intérêts privés. Des fortunes énormes s’étaient créées grâce à des modifications législatives, réclamées et mises en oeuvre par les mêmes hommes qui en étaient les bénéficiaires. Le pays constatait à regret que l’honneur et l’honnêteté des politiciens n’étaient pas sans tache. » Cette loi sur le tarif douanier, qui allait provoquer une révolution dans la vie économique du pays et devait rester en vigueur pendant vingt ans sans subir aucune modification, qui constitue aujourd’hui encore la base de la législation douanière amé­­ricaine, fut votée en trois jours au Congrès et en deux jours au Sénat – sans criti­que, sans débat, sans opposition d’aucune sorte.

 

Ce cours nouveau dans la politique financière des États-Unis ouvrait l’ère de la corruption parlementaire éhontée, de la manipulation cynique et avouée des élections, de la législation et de la presse aux fins des intérêts particuliers du grand capital. « Enrichissez-vous » *, devint le mot d’ordre de la vie publique, après celui de la « noble guerre » pour libérer l’humanité de la « plaie de l’esclavage » ; à la Bourse, le Yankee libérateur de nègres faisait des orgies de spéculations frauduleuses ; au Con­grès, il s’attribuait à lui-même, comme législateur, les terrains nationaux, s’enrichis­sait grâce aux tarifs douaniers et aux impôts, aux monopoles et à l’émission d’actions fictives, au vol des biens publics. L’industrie devint prospère. Les temps étaient révolus où le petit et le moyen fermier vivaient presque sans argent liquide et pou­vaient eux-mêmes battre leur blé selon leurs besoins d’argent. À présent le fermier devait toujours disposer d’argent, de beaucoup d’argent pour payer ses impôts. Bientôt il lui fallut vendre tous ses produits pour racheter aux industriels ce dont il avait besoin sous forme de marchandises. « Si nous regardons le présent, écrit Peffer, nous constatons un changement presque universel. Dans tout l’Ouest en particulier, les fermiers battent leur blé presque tous en même temps, ils le vendent également en une seule fois. Le fermier vend son bétail et achète de la viande fraîche, ou du lard, il vend ses cochons et achète du jambon ou de la viande de porc, il vend ses légumes et ses fruits et les rachète sous la forme de conserves. S’il cultive du chanvre, il bat le chanvre au lieu de le filer, de tisser de la toile et de confec­tion­ner du linge pour ses enfants comme c’était le cas il y a cinquante ans; aujourd’hui il vend la semence mais brûle la paille. Sur cinquante fermiers, un seul peut-être élève des moutons; les autres comptent sur les grandes fermes d’élevage et achètent la laine toute prête sous forme d’étoffes ou de vêtements. Le costume du fermier n’est plus cousu à la maison mais acheté à la ville; au lieu de fabriquer lui-même les outils dont il a besoin, fourches, pelles, etc., il achète à la ville le manche de sa hache ou de son marteau, les cordes et les ficelles et autres marchandises de ce genre, les tissus pour ses vêtements ou les vêtements eux-mêmes, les fruits en conserves, le lard, la viande, le jambon ; il achète aujourd’hui presque tout ce qu’il produisait autrefois, et pour tout cela il lui faut de l’argent. En outre il faut noter le fait suivant, qui paraît plus étrange que tout le reste : tandis qu’autrefois le foyer de l’Américain était libre de dettes – dans un cas sur mille, une maison était grevée d’hypothèques en garantie d’un prêt – et que, l’entreprise pouvant être gérée à peu de frais, les fermiers avaient tou­jours assez d’argent; aujourd’hui, où l’oit a besoin de dix fois plus d’argent, on n’en trouve presque plus. A peu près la moitié des fermes sont grevées d’hypothèques qui engloutissent toute leur valeur, et les intérêts sont exorbitants. Ce sont les indus­triels qui sont cause de ce bouleversement étrange, avec leurs fabriques de laine et de toile, leurs usines de bois, leurs usines textiles, leurs fabriques de conserves de viande et de fruits, etc. ; les petits ateliers des fermes ont cédé la place aux grandes usines de la ville. L’atelier du charron local a fait place à l’énorme fabrique de la ville où 100 à 200 voitures sont fabriquées par semaine, l’échoppe du cordonnier est remplacée par la grande usine de la ville où la plus grande partie du travail s’effec­tue à l’aide de machines »

 

Enfin le travail agricole s’est lui-même mécanisé. « Aujourd’hui le fermier labou­re, sème et fauche avec des machines. La machine fauche, lie les gerbes et on bat le blé à la vapeur; le fermier peut lire soir journal du matin tout en labourant, et il est assis sur le siège d’une machine couverte pour faucher . »

 

Cette révolution de l’agriculture américaine depuis la « grande guerre » n’était pourtant pas la fin mais le début des bouleversements où le fermier se trouvait entraî­né. L’histoire du fermier nous introduit elle-même dans la deuxième phase de l’accu­mu­lation capitaliste, dont elle est une illustration exemplaire. Le capitaliste combat et repousse partout l’économie naturelle, la production pour la satisfaction des seuls besoins domestiques, la combinaison de l’agriculture avec I’artisanat, et leur substitue l’économie marchande simple. Il a besoin de l’économie marchande comme débouché pour sa propre plus-value. La production marchande est la seule forme générale sous laquelle puisse se développer le capitalisme. Mais dès que l’économie marchande s’est installée sur les ruines de l’économie naturelle, le capital lui déclare la guerre. Le capitalisme entre en concurrence avec l’économie marchande ; après l’avoir fait surgir, il lui dispute les moyens de production, la main-d’œuvre et les débouchés. Tout d’abord il s’agissait d’isoler le producteur, de l’arracher aux liens protecteurs de la communauté, puis de séparer l’agriculture de l’artisanat ; à présent le capitalisme se donne pour but de séparer le petit producteur de marchandises de ses moyens de production.

 

Nous avons vu qu’à la suite de la « grande guerre » de l’Union américaine, les grandes sociétés capitalistes monopolistiques et les spéculateurs isolés s’étaient livrés au pillage des terrains nationaux. La construction accélérée de chemins de fer et encore plus la spéculation sur les chemins de fer donnèrent lieu à une spéculation foncière effrénée. qui livra des fortunes immenses et des duchés entiers aux escrocs et aux compagnies. En outre, une nuée d’agents, employant toutes les méthodes de la publicité la plus tapageuse et la plus dénuée de scrupules, attirèrent un flot immense d’immigrants venus d’Europe. à qui ils faisaient miroiter toutes sortes d’avantages. Les immigrants s’établirent d’abord dans les États de l’Est, sur la côte Atlantique. Mais plus l’industrie se développait, plus l’agriculture était refoulée vers l’Ouest. Le « centre du froment », qui se trouvait en 1850 à Colombus dans l’Ohio, se déplaça au cours des cinquante années suivantes et se trouva repoussé de 99 milles vers le Nord et de 680 milles vers l’Ouest. En 1850, les États de la côte Atlantique fournissaient 51,4 % de la récolte entière de blé, en 1880, ils n’en fournissaient plus que 13,6 %, tandis que les États du Centre et du Nord produisaient en 1880 71,7 % et les États de l’Ouest, 9,4 % de la récolte.

 

En 1825, le Congrès de l’Union, sous la direction de Monroe, avait décidé de transplanter les Indiens de l’Est du Mississipi au-delà du fleuve à l’Ouest. Les Peaux-Rouges résistèrent désespérément, mais ceux qui avaient survécu aux massacres des quarante campagnes menées contre eux furent évacués vers l’Ouest, comme des troupeaux de buffles, pour y être parqués dans des réserves comme les animaux sauvages. L’Indien devait céder la place au fermier. A son tour le fermier dut céder la place au capital. Il fut refoulé même au-delà du Mississipi.

 

Suivant le tracé des chemins de fer, le fermier allait en direction de l’Ouest et du Nord-Ouest, vers la Terre Promise que les agents des grands spéculateurs fonciers faisaient miroiter à ses yeux. Mais les terres les plus fertiles et les mieux situées étaient prises par les compagnies et constituaient des grandes entreprises gérées selon des méthodes capitalistes. Le fermier transplanté dans le désert vit surgir à côté de lui un concurrent dangereux et un ennemi mortel, la « ferme Bonanza », c’est-à-dire l’entreprise agricole capitaliste, inconnue jusqu’à présent, dans l’ancien comme dans le nouveau monde. Tous les moyens de la science et de la technique moderne y étaient mis en action pour produire de la plus-value.

 

… A la fin des années 1870, il existait déjà quelques capitalistes et quelques compa­gnies possédant de 14 000 à 18 000 hectares de terres à blé. Depuis l’époque où Lafargue écrivait ces lignes, l’agriculture capitaliste américaine avait fait des progrès énormes et s’était dans une grande mesure mécanisée.

 

Le fermier américain ne pouvait soutenir la concurrence avec des entreprises capi­ta­­listes de cette envergure. Au même moment où le bouleversement général des finances, de la production, des transports, le forçait à abandonner toute forme de pro­duction destinée aux seuls besoins domestiques et à produire exclusivement pour le marché, l’expansion gigantesque de l’agriculture fit baisser les prix des produits agricoles. Au même moment où le sort de la masse des fermiers était étroitement dépendant du marché, le marché agricole de l’Union américaine, qui était un marché purement local, se transforma en marché mondial, chasse gardée d’un petit nombre d’entreprises capitalistes gigantesques et de leurs spéculations.

L’année 1879 marque une étape dans l’histoire de l’agriculture européenne et amé­ri­caine, elle ouvre l’ère de l’exportation massive de froment américain en Europe.

 

Les avantages de cette extension des débouchés furent naturellement monopolisés par le capital : d’une part. les fermes gigantesques s’agrandirent encore, écrasant de leur concurrence le petit fermier, et, d’autre part, celui-ci devint la proie des spéculateurs qui lui achetaient toutes ses céréales. afin d’exercer une pression sur le marché mondial. Réduit à l’impuissance par le pouvoir immense du capital, le fermier s’endetta.. signe typique du déclin de l’agriculture. L’hypothèque des fermes devint bientôt une calamité publique. En 1890, le ministre de l’Agriculture des Etats-Unis, Rusk, écrivait dans une circulaire spéciale au sujet de la situation désespérée des fermiers : « Le poids des hypothèques sur les fermes, les maisons et les terres prend des proportions assez inquiétantes ; dans certains cas peut-être les emprunts furent faits un peu hâtivement. mais dans l’ensemble, c’est la nécessité qui contraignait à les contracter… Ces emprunts qui comportaient des intérêts énormes, sont devenus des charges très lourdes du fait de la baisse des prix des produits agricoles ; le fermier risque bien souvent d’y perdre sa maison et sa terre. C’est un problème très difficile pour tous ceux qui s’efforcent de remédier à la situation des fermiers. On constate d’après les prix actuels que pour gagner un dollar destiné à payer ses dettes, un fermier est obligé de vendre une quantité plus grande de produits qu’à l’époque oit il a emprunté ce dollar. Les intérêts s’accumulent, tandis qu’il est devenu pratiquement impossible d’éponger le gros de la dette elle-même; et, étant donné cette situation. le renouvellement de l’hypothèque est devenu très difficile . »

 

D’après le recensement du 29 mai 1891, 2,5 millions d’entreprises sont hypothé­quées, dont les deux tiers sont exploitées par le propriétaire lui-même. La dette de ces derniers se monte à peu près à 2,2 milliards de dollars. « Ainsi, conclut Peffer, la situation des fermiers est tout à fait critique (farmers are passing through the « valley and shadow of death ») ».

 

Le fermier, endetté et ruiné, n’avait plus d’autre ressource que de s’embaucher comme ouvrier agricole pour gagner de l’argent en dehors de son exploitation, ou alors d’abandonner la ferme et de secouer la poussière de la « Terre promise », du « Paradis du froment » – devenu son enfer; mais ce n’était possible que si son insol­vabilité n’avait pas livré sa ferme aux griffes du créancier, ce qui fut le cas de milliers de fermes. On pouvait voir autour des années 1880, des quantités de fermes aban­données et en ruines. « Si le fermier ne  peut rembourser ses dettes dans les délais prévus, écrivait Sering en 1887, les intérêts qu’il doit payer s’élèvent à 12,15 puis à 20 %. La banque, le fabricant de machines, l’épicier, le harcèlent et le privent des bénéfices de son travail. Le fermier finit par devenir simplement locataire de sa ferme, ou alors il va plus loin vers l’Ouest, pour tenter une nouvelle fois sa chance. Nulle part en Amérique du Nord je n’ai vu autant de fermiers endettés, déçus et mécontents que dans les régions à céréales des prairies du Nord-Ouest. Je n’ai rencontré dans le Dakota aucun fermier qui ne fût disposé à vendre sa ferme. »

 

Le commissaire de l’Agriculture du Vermont écrivait en 1889 à propos de l’aban­don fréquent des fermes : « Dans cet État, on voit de grandes étendues de terres en friche, mais propres à la culture, que l’on peut acheter à des prix approchant ceux de l’Ouest. En outre, ces terrains sont situés près d’églises et d’écoles et bénéficient des avantages de la proximité des chemins de fer. Le commissaire n’a pas visité tous les districts de l’État dont il  est question dans le rapport, mais il en a vu assez pour se convaincre qu’un territoire considérable, aujourd’hui abandonné, mais autrefois cultivé, est devenu un désert ; cependant une partie importante des terres pourrait, au prix d’un travail assidu, produire un bon revenu. »

 

En 1890, le commissaire de l’État du New Hampshire publia une brochure de 67 pages consacrée à la description de fermes à vendre aux prix les plus minimes. Il y est question de 1442 fermes en ruines y compris les locaux d’habitation, et abandonnées depuis peu. Le même état de choses existe dans d’autres régions. Des milliers d’acres de terres à froment et à maïs étaient en friche et se transformaient en désert. Les spéculateurs fonciers faisaient une publicité habile pour repeupler ce territoire aban­donné, ils attiraient dans le pays des groupes d’immigrants, nouvelles victimes qui connurent en moins de temps encore le même sort que leurs prédécesseurs .

 

Dans une lettre privée, on peut lire la description suivante :

 

Que fait donc le fermier ruiné de l’Union? Il prend son bâton et suit la direction du centre du froment et des chemins de fer. Le « paradis du froment » s’est déplacé partiellement vers le Canada. près du Saskatschevan et du fleuve Mackenzie ; là le froment pousse encore le long du 62° parallèle. Une partie des fermiers de l’Union a suivi cette ligne , pour subir ensuite le même sort au Canada. Depuis ces dernières années, le Canada a fait son apparition sur le marché mondial parmi les pays exportateurs de blé, mais là, plus encore qu’ailleurs, l’agriculture est dominée par le grand capital .

 

Mais la vente massive des terrains publics à des sociétés capitalistes privées a été faite au Canada sur une échelle beaucoup plus large qu’aux États-Unis. Le Charter and Landgrant de la Canadian Pacific Railways est un exemple inouï de brigandage public par le capital privé. Non seulement la société s’est vu attribuer le monopole de la construction des chemins de fer pour vingt ans, concéder gratuitement l’étendue du terrain à construire d’environ 713 milles anglais, et d’une valeur approximative de 35 millions de dollars ; non seulement elle reçut de l’État une garantie de dix ans à 3 % pour un capital d’actions de 100 millions de dollars ainsi qu’un prêt de 27 millions 1/2 de dollars ; pour couronner le tout, la société se vit offrir un territoire de 25 millions d’acres à choisir parmi les terres les plus fructueuses et les mieux situées se trouvant à proximité immédiate de la voie de chemin de fer. Tous les colons futurs de cette surface immense de terre étaient donc d’avance livrés sans merci au bon vouloir de la socié­té ferroviaire. La Compagnie réalisa immédiatement en argent 5 millions d’acres, les vendant à la Compagnie territoriale du Nord-Ouest, qui est une société de capitalistes anglais dirigée par le duc de Manchester. Le deuxième groupe capitaliste qui se vit offrir des terrains publics est la Compagnie de l’Hudsonsbay; en échange de la renonciation à ses privilèges au Nord-Ouest, la Compagnie avait droit à 1/20 de toutes les terres situées entre le lac Winnipeg, qui est la frontière des États-Unis, les Rocky Mountains et le Saskatschevan du Nord. Ces groupes de capitaux ont ainsi reçu à eux deux 5/9 de toutes les terres colonisables. Une grande partie des terrains restants avaient été attribués par l’État à 26 « Compagnies coloniales » capitalistes.

 

C’est ainsi que le fermier du Canada se trouve presque partout livré au pouvoir du capital et de la spéculation. Malgré cela, on constate une immigration massive venue non seulement d’Europe mais encore des États-Unis.

 

Tels sont donc les grands traits de la domination capitaliste dans le monde. Le capitalisme, après avoir dépouillé le paysan anglais de sa terre, l’a contraint à fuir à l’Est des États-Unis, puis de là, le refoula à l’Ouest pour le transformer, sur les ruines de l’économie indienne, en un petit producteur de marchandises ; puis, après l’avoir ruiné une fois encore, il le chasse de l’Ouest vers le Nord, où l’ont précédé les chemins de fer et où la ruine le suit ; le fermier a le capital comme guide devant lui et comme bourreau derrière lui. L’enchérissement croissant des produits agricoles a succédé à la chute des prix des années 1890. mais le petit fermier américain n’en tire pas plus de profit que le paysan européen.

 

Certes le nombre des fermes s’accroît sans cesse. Dans les dix dernières années du XIX° siècle, il est passé de 4,6 millions à 5.7 millions, et au cours des dix années suivantes il a continué d’augmenter en valeur absolue. En même temps la valeur totale des fermes s’est accrue pendant les dix dernières années, elle est passée de 751,2 millions de dollars à 1 652,8 millions de dollars.

 

Il semble que l’augmentation générale des prix des produits agricoles aurait dû aider le cultivateur à se maintenir à la surface. Cependant nous voyons que le nombre de ceux qui ne sont que locataires de leurs fermes augmente encore plus vite que le nombre total des cultivateurs. Voici quelle en était la proportion aux États-Unis :

 

Malgré l’augmentation des prix agricoles, les cultivateurs propriétaires des fermes cèdent de plus en plus la place aux fermiers locataires. Mais ceux-ci, qui représentent donc plus d’un tiers de tous les cultivateurs de l’Union, correspondent aux États-Unis comme couche sociale à nos ouvriers agricoles européens ; comme eux, ce sont les véritables esclaves salariés du capital, un élément toujours fluctuant ; au prix d’une tension extrême de toutes leurs forces, ils produisent des richesses pour le capital, sans gagner pour eux-mêmes autre chose qu’une existence misérable et incertaine…

 

… La destruction du petit artisanat indépendant par la concurrence du capital est un chapitre à part, moins spectaculaire sans doute, mais tout aussi douloureux. Le para­graphe le plus sombre en est l’histoire du travail industriel à domicile. Nous ne pou­vons ici analyser en détail ce phénomène.

 

Voici donc le résultat général de la lutte entre le capitalisme et la production marchande simple : le capital se substitue à l’économie marchande simple, après avoir installé celle-ci à la place de l’économie naturelle. Si le capitalisme vit des formations et des structures non capitalistes, il vit plus précisément de la ruine de ces structures, et s’il a absolument besoin pour accumuler d’un milieu non capitaliste, c’est qu’il a besoin d’un sol nourricier aux dépens duquel l’accumulation se poursuit en l’absor­bant. Vue dans une perspective historique, l’accumulation capitaliste est une sorte de métabolisme entre les modes de production capitaliste et précapitaliste. Sans les formations précapita­listes, l’accumulation ne peut se poursuivre, mais en même temps elle consiste dans leur désintégration et leur assimilation. L’accumulation capitaliste ne peut donc pas plus exister sans les structures non capitalistes que celles-ci coexister avec l’accumu­lation. L’accumulation du capital a pour condition vitale la dissolution progressive et continue des formations précapitaIistes.

 

L’hypothèse de base du schéma marxien de l’accumulation ne correspond donc qu’à la tendance historique objective du mouvement de l’accumulation et à son terme théorique. L’accumulation tend à substituer à l’économie naturelle l’économie mar­chan­de simple, et l’économie capitaliste à l’économie marchande simple ; elle tend enfin à établir la domination absolue et générale de la production capitaliste dans tous les pays et dans toutes les branches de l’économie. Mais le capital s’engage ici dans une impasse. Le résultat final une fois acquis – en théorie du moins -l’accumulation devient impossible, la réalisation et la capitalisation de la plus-value deviennent des problèmes insolubles. Au moment où le schéma marxien de la reproduction élargie correspond à la réalité, il marque l’arrêt, les limites historiques du processus de l’accu­mu­lation, donc la fin de la production capitaliste. L’impossibilité de l’accumulation signifie du point de vue capitaliste l’impossibilité du développement ultérieur des forces de production, et donc la nécessité historique objective de l’effondrement du capi­talisme. D’où le comportement contradictoire du capitalisme dans la phase ultime de sa carrière historique : l’impérialisme…

 

 



*                En français dans le texte.

PRAGUE-TSKHINVALI: LE BAL DES HYPOCRITES

août 27, 2008

PRAGUE AOÛT 1968 -TSKHINVALI AOÛT 2008 :

LE BAL DES HYPOCRITES

 

« A l’heure où nous terminons la rédaction cet article, nous apprenons que la Fédération de Russie reconnaît officiellement, par la voix de son président Dimitry Medvedev, l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. L’indépendance de ces deux enclaves géorgiennes qui était prévisible après l’indépendance du Kosovo le 17 février dernier, la défaite de l’armée géorgienne et la fragilisation du régime félon de Mikhail Saakhachvili. Cette reconnaissance est aussi un véritable défi lancé aux Etats-Unis et à l’Union européenne embourbés dans les deux guerres d’Irak et d’Afghanistan et dont les dirigeants ne pensaient pas que les Russes allaient prendre leur revanche aussi vite après l’indépendance du Kosovo. C’est donc une affaire à suivre dans les prochaines semaines et les prochains mois…)

 

La commémoration cette année du 40ème anniversaire de l’entrée à Prague le 21 août 1968 des troupes du pacte de Varsovie à Prague prend un relief particulier, car elle coïncide avec une guerre dans le sud Caucase, entre la Russie et la Géorgie. Dans la nuit du 7 au 8 août 2008, au moment de l’ouverture de la cérémonie des Jeux olympiques de Beijing, l’armée géorgienne donna l’assaut contre Tskhinvili. la capitale de l’Ossétie du Sud, une enclave russophone située sur le territoire géorgien, peuplée de 70 000 habitants jouissant d’une autonomie régie par une série d’accords conclus sous l’égide de l’OSCE, de l’ONU, de l’Union européenne datant de la dernière année de l’Union soviétique. L’attaque menée par des chars, de l’artillerie et des véhicules aériens israéliens sans pilotes Hermes-450 et Skylark ont visé des installations civiles, des hôpitaux et l’université. Dans sa riposte, la Russie a repoussé l’armée géorgienne mise en déroute et occupé une partie des territoires de la Géorgie. Cette guerre éclair a entraîné la mort d’environ 1200 personnes, le déplacement de 34 000 ossètes et la mort de 24 militaires russes appartenant à la force de maintien de la paix mise en place par l’accord de 1992. Selon certaines sources, cette offensive de l’armée géorgienne sur l’Ossétie du Sud était planifiée depuis un an pour faire rentrer les forces de l’OTAN dans les eaux de la mer noire. Bien que celle-ci n’ait pas pris directement part aux opérations militaires, les conseillers militaires américains et israéliens ont activement participé à l’entraînement et à l’équipement de l’armée géorgienne. L’objectif principal était de permettre à la Géorgie de rétablir son contrôle politique sur l’Ossétie du sud et l’Abkhazie dans la persepctive de son adhésion à l’OTAN. Car, l’une des conditions requises pour faire partie de l’OTAN, est la souveraineté de l’Etat candidat sur l’ensemble de ses territoires. C’est cette condition de souveraineté complète qui manque actuellement à la Géorgie et qui a motivé l’attaque de l’armée géorgienne sur l’Ossétie du Sud.

 

Cette offensive géorgienne sur l’Ossétie du sud qui est extrêmement meurtrière n’a apparemment pas ému la conscience occidentale et elle n’a pas bouleversé les opinions publiques de l’Ouest. Alors que, pour ceux qui ont vécu les événements de Prague en 1968, se souviennent encore du tollé général et de la réprobation des gouvernements occidentaux. La mise en parallèle entre Prague de 1968 et Tskhinvili de 2008, c’est que l’entrée des troupes du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie s’est opérée sans désordre et sans effusion d’une seule goutte de sang alors que l’assaut de la Géorgie sur l’Ossétie du Sud a entraîné au moins un millier de morts, des dizaines de milliers de déplacés et d’importants dégâts matériels. Nous n’avons pas entendu les gouvernements des Etats-Unis et d’Europe condamner l’attaque militaire de la Géorgie sur l’Ossétie du Sud dont l’autonomie est pourtant régie par des lois et des règlements régionaux et internationaux alors que ces mêmes États et ces mêmes gouvernements avaient aussitôt crié à l’époque à la violation flagrante de la souveraineté nationale de la Tchécoslovaquie, un État, membre de l’ONU. Dans le concert des condamnations de l’intervention communiste en Tchécoslovaquie, il y avait bien sûr les partis de droite et les partis socialistes, ce qui est normal pour ces partis politiques ardents défenseurs des intérêts du grand capital mais aussi, ce qui est le plus consternant,  les partis communistes italiens, français et espagnols. Les événements de Prague de 1968 avaient provoqué des remous au sein même du bloc communiste comme la Roumanie qui avait critiqué l’action des cinq membres du pacte de Varsovie et l’Albanie qui avait annoncé le 13 septembre 1968 son retrait pur et simple de l’alliance.   

 

COMMENT INTERPRÉTER LES ÉVÈNEMENTS DE PRAGUE DE 1968 ?

 

La version officielle des événements de Prague de 1968 raconte ceci. Le dirigeant communiste Alexander Dubceck qui succède à Novotny fait adopter le 9 août 1968 par le présidium un projet de révision des statuts du parti communiste tchécoslovaque pour donner aux militants un certain nombre de libertés telles que le vote secret lors de l’élection de tous les organes du parti, le droit d’expression avec franchise et sens critique dans la presse du parti, le droit d’inscription des points de vue de minoritaires aux procès-verbaux etc. C’est la version officielle que l’on trouve habituellement dans les manuels d’histoire et que l’on a entendu ces jours-ci sur les ondes des radios et de la télévision. À n’en pas douter, cette manière de présenter les choses vise à faire croire aux opinions publiques des Etats capitalistes de l’Ouest que les démocraties populaires d’Europe de l’Est sont des systèmes politiques liberticides, totalitaires, des dictatures qui réprimaient les libertés publiques et qui empêchaient leurs citoyens de s’exprimer librement.

 

En pleine guerre russo-géorgienne, nous avons eu droit à une série d’émissions consacrées aux événements de Prague de 1968. Ce qui a retenu notre attention, c’est la sémantique employée par les mass-medias de l’époque et par celles d’aujourd’hui. Lles deux termes qui reviennent souvent dans les commentaires sur les interventions des communistes à Budapest en octobre 1956, à Prague en août 1968 et en Afghanistan en 1980, sont invasion et occupation. Nous avons pu ainsi remarquer que les appareils officiels de propagande ont pris l’habitude de présenter les interventions militaires du pacte de Varsovie comme une invasion et comme occupation de territoire d’un État tiers. Nous avons entendu les commentateurs de l’époque et ceux d’aujourd’hui dire que les États communistes étaient des États envahisseurs et des forces occupantes. Mais nous n’avons jamais entendu une seule fois le mot occupation ou invasion quand ils s’agit des Etats de l’Ouest. Les interventions des États occidentaux et leurs milliers de bases militaires qui prennent le monde entier en filet sont censées être faits à la requête des gouvernements et en vertu des accords de coopération militaire conclus librement entre les deux parties. Si l’on examine les conditions d’intervention des cinq Etats membres du pacte de Varsovie à Prague en 1968, on constate que l’entrée de leurs troupes était parfaitement légale renvoyant à des dispositions inscrites et prévues dans les statuts de l’alliance. Le pacte de Varsovie étant par ailleurs une organisation juridiquement reconnue par l’ONU et ses activités n’avaient rien d’illégal. Les clauses prévues dans les statuts de l’alliance obligent les États membres à se prêter aide et assistance mutuelle en cas de menace intérieure ou d’agression étrangère directe ou indirecte. Les statuts de l’OTAN ou de n’importe quelle organisation de coopération militaire, économique ou politique prévoient de telles dispositions et les conditions de leur mise en œuvre, notamment la coopération et l’assistance mutuelle entre les États membres en cas de menace ou d’agression. Pourquoi les membres du pacte de Varsovie n’auraient-ils pas le droit d’invoquer les clauses d’assistance et de coopération militaire prévues dans les statuts de leur alliance pour intervenir militairement sur les territoires de l’un des États membres? Car la raison invoquée par les cinq membres du pacte de Varsovie qui étaient intervenus à Prague en 1968 est l’« agression indirecte ». Pourquoi une telle raison ne serait-elle suffisante pour motiver l’intervention militaire des membres du pacte de Varsovie à Prague en 1968? Après tout, tout le monde est d’accord pour reconnaître que le pacte de Varsovie a été créé pour être le pendant de l’OTAN dont la création en 1949 était exclusivement destinée à lutter contre le communisme international. Pourquoi, pour se défendre contre l’oncle SAM, les États communistes n’auraient pas le droit et le devoir de se doter d’une organisation militaire capable de s’opposer aux stratégies d’attaque et de déstabilisation des forces ennemies intérieures et extérieures?

 

Les interventions françaises en Afrique ont toujours été justifiées par des accords de coopération conclus entre l’ancienne puissance coloniale et les gouvernements africains, pourquoi l’intervention des membres du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie en 1968 serait-elle une invasion ou une occupation de territoire d’un Etat tiers. Pourquoi les interventions militaires françaises au Tchad et au Zaïre(Kolwezi) ne porteraient-elles pas atteinte à la souveraineté d’Etats souverains, membres à part entière de l’ONU dont les territoires ont été violés et occupé par des forces étrangères? En quoi l’opération aéroportée de Kolwezi était-elle différente de l’intervention du pacte de Varsovie à Prague en août 1968 pour ne pas soulever le tollé général semblable à celui de Prague en 1968 et pour n’avoir pas commémoré le 19 mai 2008, le 30ème anniversaire de kolwesi  une opération aéroportée au cours de laquelle la légion étrangère avait sauté sur cette ville minière au sud-ouest du Zaïre investie par les hommes du général Nathanël M’Bumba ? À l’approche du 19 mai 2008, personne n’a entendu pas parler du 30ème anniversaire du débarquement de l’armée française à Kolwesi le 19 mai 1978 alors qu’un mois avant le 21 août 2008, nous avons eu droit à des dizaines d’heures de radios et de télévision consacrées aux événements de Prague du 21 août 1968.

 

PACTE DE VARSOVIE ET LA POLITIQUE DE « CONTAINMENT »

 

Pour comprendre les raisons qui ont motivé les interventions militaires de l‘lUnion soviétique et des membres du pacte de Varsovie, il faut rappeler quelques faits passés sous silence par les appareils de propagande aux Etats-Unis et en Europe. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis cherchaient à renverser les régimes politiques des démocraties populaires, car les dirigeants américains de l’époque n’ont jamais voulu reconnaître le statu quo en Europe de l’Est. Dès 1945, Truman et Dwight Eisenhower ont mis en place des agences de propagande dont la mission était de combattre l’Union soviétique. En janvier 1946, la CIA était créée avec pour tâche de financer et d’encourager les actions subversives à l’intérieur des États ennemis, c’est-à-dire les Etats communistes ou ceux qui étaient  tentés tant soit peu par une orientation politique susceptible de contrarier la stratégie américaine dans le monde ou de porter atteinte aux intérêts de leurs multinationales. Un réseau de radiodiffusion avait été établi comme Voice of America, Radio free Europe etc avec pour objectif « d’informer » les populations opprimées par la « dictature communiste » sur la « Vérité » version Etats-Unis. En mars 1947, Truman après Churchill ont proclamé la doctrine de l’endiguement visant à combattre le communisme international. La création de l’OTAN en mars-avril 1949 était le bras armé des Etats-Unis dans leur lutte anticommuniste. Mais cette politique de containment était trop messianique et utopique aux yeux de certains dirigeants américains. C’est ainsi que lors de la campagne présidentielle américaine de 1952, Dulles exprimait une idée qui allait être mise à exécution quelques années plus tard, en Hongrie en 1956 et à Prague en 1968, une idée selon laquelle il ne fallait pas trop miser sur la politique de Containment et attendre ad infinitum l’effondrement de lui-même du communisme est-européen et celui de l’Union soviétique sans une action énergique venant de l’extérieur. Il fallait donc agir pour libérer ses satellites en allant jusqu’à préconiser le démembrement de l’Union soviétique quand Dulles déclarait « la seule façon d’empêcher un choc de front avec l’Union soviétique est de la briser de l’intérieur ». L’idée de démembrer l’ex-URSS et de la Russie n’est pas de Zbigniew Brzezinski mais de Dulles et elle ne date pas des années 1990 mais dès le début des années 1950.

 

Les démocraties populaires qui émergèrent après la Seconde Guerre mondiale étaient donc sans cesse soumises à des actions subversives et à des provocations menées par la CIA déstabiliser les gouvernements en place. Pour cela, le gouvernement des Etats-Unis, la CIA, des offcines et des fondations privées avaient fourni financement et logistique à des forces politiques et des mouvements sociaux (exemple-type Solidarnosc polonais) pour renverser les régimes communistes en Europe de l’Est. Ancêtre de toutes les officines privées mises en place et financées par la CIA et le gouvernement des Etats-Unis et dont l’objectif vise à combattre l’influence russe dans les ex-républiques soviétiques, l’organisation Gehlen, constituée et dirigée alors par Reinhold Gehlen constituait la principale source d’information sur les Etats socialistes d’Europe de l’Est durant les années 1950. L’organisation financée par la CIA était la principale source de renseignements sur l’Europe de l’Est et Reinhold Gelhen avait reçu 6 millions de dollars pour recruter des agents en Europe orientale et dans les Balkans et pour financer des opérations de subversions à l’intérieur des démocraties populaires. C’est l’organisation Gehlen, cette officine de la CIA solidement implantée dans les démocraties populaires qui était à l’origine des soit-disant mouvements démocratiques en Pologne et en Hongrie en 1956 et en Tchécoslovaquie en 1968.  

 

Les interventions du pacte de Varsovie étaient plutôt des réactions à des actions subversives fomentées par les officines de la CIA et elles répondaient en fait à des provocations encouragées par les Etats-Unis et par leurs satellites, les États d’Europe occidentale. Contrairement donc à la version officielle largement répandue dans les opinions publiques occidentales, les interventions soviétiques et celles du pacte de Varsovie à Budapest en octobre 1956 et en Tchécoslovaquie n’étaient pas essentiellement dirigées contre les revendications démocratiques mais elles étaient des réactions à des actions menées par des forces politiques intérieures soutenues et financées par l’extérieur. L’intervention des cinq membres du pacte de Varsovie à Prague le 21 août 1968 ne visait pas le projet de libéralisation du parti communiste tchécoslovaque par Alexander Dubceck mais elle était la réponse à des actions de subversion menées par des forces politiques autochtones financées et soutenues par les Etats-Unis pour renverser le gouvernement communiste en place. Ce qui justifie amplement la raison invoquée par les cinq membres du pacte de Varsovie pour envoyer leurs troupes à Prague le 21 août 1968, car l’« agression indirecte » est un cas de figure prévu dans les statuts de l’alliance.

 

À l’ère de l’impérialisme, les États seuls et à fortiori les États occupent une position stratégique sur l’échiquier international ou dont les sous-sols recèlent d’énormes réserves de matières premières ne sont guère viables sans intégration militaire. Il suffit de voir comment le monde est devenu unipolaire, après l’effondrement de l’Union soviétique et la disparition du pacte de Varsovie. Ces transformations dans les relations internationales du bi ou multilatéralisme d’antan à l’unilatéralisme d’aujourd’hui changements sont dues essentiellement au déséquilibre militaire né dans le monde suite à la disparition d’une puissance militaire égale ou équivalente à celle des Etats-Unis. Un retour sur l’histoire du monde depuis 1991 nous montre qu’il n’y a jamais eu autant de guerres et de conflits militaires depuis cette date. Avec la guerre russo-géorgienne, nous assistons à l’émergence d’une nouvelle donne dans les relations internationales, celle de la multipolarité et de l’équilibre de la terreur.

 

INGÉRENCE HUMANITAIRE :

NOUVELLE MACHINE DE GUERRE OCCIDENTALE

 

Comme Dulles l’avait pressenti au début des années 1950, la politique du containment préconisée par la doctrine Churchill-Truman allait révéler ses limites. D’abord, la doctrine de l’endiguement avait été élaborée après la Seconde Guerre mondiale et elle ne visait qu’une seule zone géographique, celle du continent européen. Mais l’impérialisme ne peut se contenter de cette minuscule superficie de 650 000 kilomètres carrés, correspondant aux territoires des démocraties populaires, pour pouvoir vivre et se reproduire, il lui faut la terre entière. C’est pourquoi, la doctrine de l’ingérence humanitaire paraît plus adaptée aux nouvelles exigences de l’impérialisme dont les appétits ne devaient pas se limiter aux seules démocraties populaires. C’est pourquoi toutes les interventions occidentales faites dans le monde à partir des années 1980 ont été faites au nom de toute l’humanité en évoquant la nécessité d’aider des hommes partout où ils se trouvent sans demander bien évidement leur avis. Nous avons entendu ces jours-ci par la voix de Kouchner, suite à la mort de dix soldats en Afghanistan que l’armée française se trouve dans ce pays à la demande du gouvernement afghan. Ce qui est faux et archi-faux, car si l’armée française et les forces de l’OTAN se trouvent aujourd’hui en Afghanistan, ce n’est pas à la demande du gouvernement afghan mais suite à l’invasion de ce pays par les armées occidentales en octobre 2001 un mois après les événements du 11 septembre après avoir chassé les Talibans du pouvoir à Kaboul. Après leur échec cuisant dans ce pays, ils justifient actuellement leur occupation du pays non pas par la doctrine de l’ingérence humanitaire mais par la lutte contre le terrorisme islamique ou par la « croisade pour la liberté «  de Sarkozy. Pour contrôler les ressources naturelles des pays convoités, les principes qui motivent les guerres impérialistes changent comme le temps, le matin on va au Darfour pour l’ingérence humanitaire et le soir on va en Afghanistan pour lutter contre le terrorisme.

Tenons-en pour l’instant à l’ingérence humanitaire. La doctrine de l’ingérence humanitaire est un ensemble de principes forgés et mis au point sous l’administration de Ronald Reagan par les stratèges et les think thank étatsuniens pour servir de couverture à toutes les entreprises guerrières de l’impérialisme américain et de ses satellites dans le monde. La doctrine de l’ingérence humanitaire a ensuite été propagée en Europe par une intelligentsia européenne happée par le grand capital et devenue le suppôt de l’impérialisme triomphant après la dissolution du bloc communiste. La doctrine de l’ingérence humanitaire doit être considérée comme la dernière trouvaille idéologique après celle de l’endiguement de Truman devenue obsolète et inadaptée au monde des années 1980.

 

RAPPEL DE QUELQUES FAITS

 

La doctrine de ingérence humanitaire trouve sa première application sur l’île de Grenade en 1983. Les partisans de l’ingérence prennent comme prétexte un conflit politique, ethnique ou religieuse provoqué généralement en sous-main par des institutions et des officines dépendantes et financées par la CIA, par le gouvernement des Etats-Unis et des gouvernements occidentaux, par des fondations privées comme celles de George Soros etc.

 

Pour mettre en œuvre la doctrine de l’ingérence humanitaire, les agents de la propagande mènent une campagne visant à préparer psychologiquement l’opinion publique mondiale à des interventions militaires planifiées très longtemps à l’avance. Puisque la propagande s’adresse plus aux sentiments, aux bas instincts et à l’inconscient des hommes qu’à leur raison et leur réflexion, il suffit de simuler ou de provoquer des situations psychodramatiques susceptibles d’émouvoir la conscience humaine dans le but d’agir dans le sens voulu par les Etats impérialistes à des fins de légitimation de leurs guerres et de leurs opérations militaires.

 

1983, Ile de Grenade Ainsi, pour intervenir militairement sur l’île de Grenade en 1983, Ronald Reagan, sur recommandation de ses conseillers politiques et militaires, avait-il pris pour prétexte la prise d’otage d’étudiants américains. Plus tard, il s’est avéré que les autorités de Grenade avaient pris ces étudiants américains en question sous leur protection par peur d’être victimes d’agressions ou d’être l’objet de lynchage par une foule en colère à la suite de l’assassinat du leader des marxistes locaux qui venait de triompher aux élections et qui était en passe d’accéder au pouvoir dans cette petite ile de la Caraïbe. Reagan avait aussi évoqué une hypothétique menace soviéto-cubaine qui pesait alors sur l’ile de Grenade due à la présence supposée de 1200 conseilleurs cubains.  

 

1989 Panama. Pour envahir le Panama, le président George Bush senior avait évoqué l’implication du président panaméen, le général Manuel Noriega d’être impliqué dans le trafic de drogue et d’avoir transformé son pays en centre de blanchiment d’argent. Les bombardements américains ont rayé de la carte un quartier entier qui abritait de constructions en bois datant des années 1900. Outre les dégâts matériels occasionnés par l’intervention militaire américaine estimés à plus de 2 milliards de dollars, l’armée américaine avait commis des exactions à l’encontre des populations civiles qui n’avaient pas de relations directes ou indirectes avec le trafic de drogue et qui n’étaient nullement responsable des agissements criminels de Manuel Noriega. 

 

1993 Somalie, le meurtre de quatre soldats de la police militaire par les combattants du général rebelle somalien Aidid pouse les Etats-Unis à envoyer ses unités spéciales Delta pour arrêter et liquider Aidid. Mais l’opération décidée les 3 et 4 octobre 1993 a tourné au fiasco quand 18 américains avaient été tués, deux hélicoptères Black Hawk abattus et les corps des soldats tués, mutilés et traînés par la foule dans les rues de Mogadiscio. 

 

1999 Kosovo. La campagne de bombardements aérienne de l’OTAN contre la Yougoslavie avait débuté en mars-avril 1999 sous prétexte de génocide commis par les milices serbes de Milosevic contre les populations civiles du Kosovo. C’est en 1999 que l’OTAN utilise pour la première fois dans sa propagande la doctrine de l’ingérence humanitaire pour justifier ses interventions dans le monde et pour agir sans demander quoi que ce soit à l’ONU. Depuis 2001, sur la doctrine de l’ingérence viennent  se greffer d’autres notions comme la « sécurité nationale des Etats-Unis » et le droit d’effectuer des frappes préventives dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

 

2003. Irak Avant d’occuper militairement l’Irak en 2003, les occidentaux intervenaient régulièrement depuis la première guerre du Golfe en 1991 en bombardant les installations militaires irakiennes sous prétexte d’apporter une protection et une aide humanitaire aux populations kurdes du Nord de l’Irak, victimes selon la propagande états-unienne des armes bactériologiques de Saddam Hussein. Pour intervenir militairement en Irak, les Etats-Unis ont inventé l’histoire des armes de destruction massive, les fameuses ADM. Sans l’embourbement des armées américaines en Irak et en Afghanistan, Bush ou ses épigones auraient entamé depuis belle lurette leurs invasions des Etats qualifiés par Bush d’’ »rogues states »(Etats-voyou) comme la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord. Pourquoi pas plus tard, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, la Biélorussie? sous prétexte d’aide humanitaire aux populations civiles du Darfour, les États occidentaux veulent intervenir pour contrôler les champs pétrolifères de cette région sud du Soudan. Sous prétexte d’aide aux populations locales, les Etats occidentaux ont brandi la doctrine de l’ingérence pour intervenir à Myanmar dans le but de renverser la junte militaire en place. Bernard Kouchner était très franc quand il a évoqué l’intervention militaire à Mynamar au nom de la doctrine de l’ingérence humanitaire. Pour maquiller n’importe quelle opération militaire ou n’importe quel projet d’occupation de territoire ou d’invasion d’un pays, la doctrine de l’ingérence humanitaire est devenue la nouvelle machine de guerre idéologique des Etats occidentaux.  

 

Depuis l’attaque armée de l’Ossétie du sud par la Géorgie, la défaite de l’armée géorgienne entraînée et équipée par les Etats-Unis et Israël et la démonstration de force par la Russie, nous voilà revenir au langage de la légalité internationale et l’évocation du principe du droit international relatif à l’intangibilité des frontières des Etats qui était utilisé à l’époque de la guerre froide comme l’épée de Damoclès pour empêcher l’Union soviétique d’intervenir militairement dans les démocraties populaires d’Europe de l’Est. Nous avons pu assister depuis quelques jours à des tractations entre les États capitalistes membres du Conseil de sécurité comme à l’époque des deux blocs pour exiger le retrait des troupes russes des territoires occupés en Géorgie par peur que la Russie n’occupe d’une façon permanente une partie des territoires géorgiens. Ce qui deviendrait un cauchemar pour l’Occident qui mise justement sur la position stratégique de ce pays et qui a tout fait depuis l’effrontément de l’Union soviétique pour éviter que les oléoducs et les gazoducs passent par les territoires russes. Car on peut se demander depuis quand les Bush, les Sarkozy et les Merkel sont devenus des véritables légalistes et respectueux de la légalité internationale alors que depuis la disparition de l’Union soviétique, ils n’arrêtent pas de faire des guerres partout où il y a des en jeux pétroliers et gaziers. Nous avons envie de rire et de pleurer en même temps quand on entend le président français Sarkozy justifier la mort en Afghanistan de dix jeunes soldats français en disant qu’ils étaient morts pour défendre la liberté dans le monde. Pourquoi « la défense de la liberté dans le monde » doit-elle forcément passer par l’Afghanistan mais pas l’Afrique dont les peuples aspirent à la liberté au même titre que les le peuple afghan? Les armées occidentales qui ont envahi l’Afghanistan en octobre-novembre 2001 et qui cherchent aujourd’hui désespérément à contrôler ce pays ne sont-elles pas plutôt là pour sécuriser le passage des oléoducs et des gazoducs transportant les hydrocarbures en provenance d’Asie centrale et de la Mer Caspienne ? Lors de la riposte russe à l’attaque de l’attaque de l’armée géorgienne contre l’Ossétie du Sud, les États occidentaux ont reproché à la Russie d’avoir fait un usage disproportionné de la force. Mais leurs dirigeants ont la mémoire courte, car ils oublient la cruauté et les souffrances que leurs armées en Afghanistan et en Irak font subir quotidiennement aux populations civiles irakienne et afghane sous prétexte qu’elles sont là pour défendre la liberté, la démocratie et la lutte contre le terrorisme. Il y a quelques jours, 95 civils afghans, en majorité de femmes et d’enfants ont péri sous les bombes de l’OTAN. En même temps que l’argent coule à flot pour financer leurs guerres impérialistes en Irak et en Afghanistan, une bonne partie des populations européenne et américaine(environ 100 millions d’européens et 70 millions d’américains) vit en dessous du seuil de la pauvreté. Bien plus, à entendre les commentaires des journalistes et des reporters des médias occidentaux, la guerre menée aujourd’hui par la Géorgie contre les Russes dans le Caucase est une guerre de libération et une guerre pour la démocratie et la liberté. Mikhail Saakachvili est devenu aujourd’hui le héros de la lutte pour la libération de son pays vis-à-vis de son puissant voisin la Russie comme l’étaient avant lui le polonais Wladysla Gomulka, le hongrois Imre Nagy et le tchèque Alexander Dubcec qui luttaient pour l’émancipation du joug du communisme soviétique dans les années 50 et 60 du siècle dernier. George Bush a justifié son soutien à son vassal Saakachvili par le caractère démocratique de l’Etat géorgien, symbole de la démocratie dans le Caucase comme l’Etat d’Israël au Moyen-Orient considéré comme un havre de démocratie dans un océan de dictatures. Mais Bush oublie d’ajouter que si son poulain Saakhachvili est devenu ce grand démocrate, c’est à cause de l’oléoduc reliant Bakou, le port de Soupsa en Géorgie et Ceyhan en Turquie, ce qui est une sacré victoire pour la stratégie américaine dans le Caucase cherchant à briser le monopole de la Russie sur les hydrocarbures en évitant le passage des cet oléduc sur son territoire. A cela s’ajoute la perspective d’adhésion de la Géorgie à l’OTAN, qui se traduira forcément par l’installation d’une base militaire au vu et au nez de la Russie.

 

Cette hypocrisie occidentale dans le Caucase aujourd’hui nous fait revenir au début des années 1990 avec l’ex-Yougoslavie quand l’Occident cherchait à émietter la fédération yougoslave en une myriade de territoires ethniquement homogènes en pratiquant la politique de l’épuration ethnique. Nous avons aussi dans la mémoire le souvenir d’un Kosovo en passe d’être anéanti par les milices serbes de Milosevic. Quinze ans parès, ce que l’on découvre sur les décombres de l’ex-Yougoslavie, des micro-Etats croupions devenus des protectorats européens et l‘avant-poste pour mener la prochaine guerre impérialiste contre la Russie. Mais pour mener cette future guerre, il fallait redessiner la carte politique des Balkans. Car derrière le démantèlement de l’ex-Yougoslavie et la guerre du Kosovo, il n’y avait pas que de nouveaux marchés à conquérir par les multinationales américaines et européennes, il y avait aussi, et on a oublié de le souligner, des visées stratégiques d’une grande importance consistant à contrôler les Balkans en passant par l’Asie centrale jusqu’au Proche-Orient. Comme l’a expliqué le professeur en science politique, Pierre Hillard, le premier acte de cette nouvelle stratégie états-unienne s’est manifesté par la construction au Kosovo aussitôt les bombardements aériens terminés et Milosevic parti à la prison de la Haye, d’une base militaire la plus moderne d’Europe : Bondsteel. Cette base militaire, premier employeur au Kosovo permet de surveiller l’ensemble du territoire balkanique et la zone couvrant la Mer noire, la Turquie et les nombreux lieux d’acheminement des hydrocarbures en provenance de la mer Caspienne, les oléoducs et les gazoducs de Burgas-Vlone, le BTC(Bakou- Tibilssi-Ceyhan) etc qui concurrencent le gazoduc russe Southstream.(Voir la manipulation du Kosovo, par Pierre Hillard, texte et audio dans http// : mecanopolis.wordpress.com/2008/08/17)   

 

Dans ce bras de fer entre l’Occident et la Russie pour le contrôle de cette zone sensible que la mer caspienne et l’Asie centrale, le partage des richesses de leurs sous-sols ne va pas se faire pacifiquement entre les différents protagonistes, car les enjeux économiques et géostratégiques pour les uns et pour les autres sont tels que seule une guerre pourra les départager. Les premières victimes seront les populations civiles du Caucase et de l’Asie centrale mais pas seulement, car cette troisième guerre mondiale pourrait aussi toucher le 75% de la population mondiale qui vit en Eurasie.

 

Ironie de l’histoire, 40 ans après l’entrée des troupes du pacte de Varsovie à Prague, c’est le président actuel de la République tchèque Vaclav Klaus qui, contrairement à tous les dirigeants membres de l’Union européenne et de l’OTAN, a eu le courage de dénoncer publiquement les agissements irresponsables et l’aventure militaire de Mikhail Saakachvili en Ossétie du sud. Cette franchise lui a d’ailleurs valu un rappel à l’ordre par son ministre des affaires étrangères Karel Schwarzenberg qui lui reproche sa prise de position personnelle qui est contraire à celle de l’Union européenne et des Etats-Unis. Ce qui est encore plus inhabituel de la part d’un responsable politique de ce rang habitué plus au maniement de la langue de bois qu’à l’exercice de l’esprit critique, c’est quand il déclare que ce sont les populations caucasiennes qui paieront un lourd tribut pour les rivalités de l’Occident et de la Russie qui cherchent à se partager cette région du monde. C’est tout de même rare de voir un haut responsable politique, président d’un État membre de l’Union européenne et de l’OTAN, refuser de suivre ses collègues pour aller danser dans le bal des hypocrites.

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : Tchécoslovaquie, pacte de Varsovie, Géorgie, Ossétie du Sud, Panama, Saakhachvili. OTAN.  

 

 

LA RUSSIE ET LE BOUCLIER ANTIMISSILE

août 14, 2008

Ce texte a été publié l’année dernière. Il est serait intéressant de le republier pour mieux comprendre les enjeux de la guerre russo-géorgienne. Ce texte pourrait utilement compléter l’information du lecteur dans la perspective d’un article en préparation intitulé  « NOUVELLE DONNE GEOPOLITIQUE EN EUROPE »

 

POUTINE ET LE BOUCLIER ANTIMISSILE AMERICAIN EN EUROPE

 

Le président russe Vladimir Poutine a menacé de pointer de nouveaux missiles vers l’Europe si les Etats-Unis y déploient leur bouclier antimissile. Si le potentiel nucléaire américain s’étend sur le territoire européen, dit-il, nous devrons prendre de nouvelles cibles en Europe”. Poutine dénonce la politique américaine en Europe qui risque de transformer ce continent en “poudrière” et consacre l’impérialisme américain. Quinze ans après l’effondrement de l’Union soviétique et la fin de la Guerre froide, la Russie voit d’un très mauvais oeil l’Otan s’étendre vers l’Est et les bases américaines se multiplier à ses portes, de la Roumanie au Kirghizstan. “Regardez simplement la carte – (la défense antimissile mondiale américaine) est en train d’être déployée le long du périmètre de la Russie, et aussi, incidemment, de la Chine”, a relevé M. Lavrov. Selon les américains, le bouclier antimissile visant à déployer dix missiles intercepteurs en Pologne et un radar ultra-perfectionné en République tchèque est dirigé non pas contre la Russie mais contre des Etats-voyous comme l’Iran et la Corée du Nord. Poutine rétorque qu’aucun missile iranien n’a de portée suffisante et il est clair que cette nouveauté « nous concerne aussi nous, Russes”.

Ce que dit aujourd’hui le Président Vladimir Poutine s’inscrit dans la lignée des dirigeants de l’Union soviétique, partisans de la philosophie de l’armistice nucléaire ou de l’arms control et de la stabilisation de l’équilibre stratégique durant les années soixante et soixante-dix du siècle dernier.

DE QUOI S’AGIT-IL?

Le projet des Etats-Unis consiste à installer en Pologne et en République Tchèque un bouclier antimissile accompagné de stations radars destinées à détecter les missiles balistiques provenant, paraît-il, de l’Iran ou de la Corée du Nord. Les Américains possèdent déjà à l’intérieur de leurs frontières des missiles antimissiles et des stations radars installés en Alaska et en Californie, à Fylingdales au Royaume-Uni et une autre station prévue à Greenland. Les missiles anti-missiles appelés les intercepteurs sont au nombre de 40 en Alaska, 4 en Californie et le plan prévoit l’installation de 10 intercepteurs en Pologne et une station-radar en République Tchèque. À ce bouclier antimissile s’ajoutent 130 intercepteurs installés dans des navires de guerre.

Ce bouclier antimissile est destiné à contrer une menace provenant de la Corée du Nord avec un système mobile basé en mer. Le bouclier antimissile doit aussi prévenir une attaque iranienne contre les forces américaines en Europe ou contre leurs alliés européens. Certains groupes de réflexion militaires américains estiment que l’Iran constitue une menace réelle du fait qu’il possède des missiles balistiques et une artillerie longue portée capable d’atteindre ses voisins de la région comme Israël. L’Iran est en passe de produire des missiles balistiques capables d’atteindre l’Europe du Sud, l’Afrique du Nord et l’Asie du sud d’ici 2010 et même le continent américain en 2015.

Les réactions hostiles des Russes sont fondées sur le fait que le bouclier antimissile américain en Europe de l’Est représente une menace réelle contre leurs propres missiles qui pourraient être détruits sur leur base de lancement. Ils considèrent en outre que ce ne sont pas les dix missiles anti-missiles qui sont en jeu mais la stratégie globale américaine qui peut toujours commencer par dix missiles et finir par cent ou deux cents missiles anti-missiles.

Enjeu principal du débat: l’équilibre des forces stratégiques en Europe

Ce qui est en jeu dans ce débat sur le bouclier antimissile américain en Europe de l’Est, ce ne sont pas les dix missiles et la station-radar. L’enjeu est beaucoup plus important, car il s’agit avant tout d’une remise en cause du principe de l’équilibre des forces en Europe. Ce concept de l’équilibre des forces est né de la division de l’Europe après la fin de la Seconde Guerre mondiale et avec l’apparition de la bombe atomique comme arme de destruction inégalée dans l’histoire des hommes mais aussi et surtout une arme politique d’une redoutable efficacité. La parité nucléaire acquise par l’Union soviétique dans les années cinquante et soixante du siècle dernier eut deux conséquences importantes: l’armistice nucléaire entre les deux puissances nucléaires et l’équilibre des forces en Europe. Mais cet armistice nucléaire ne signifie nullement que la guerre froide s’est terminée mais qu’elle est plutôt entrée dans une nouvelle phase moins dangereuse, celle du statu quo stratégique. Le premier traité fondé sur le principe de la « coopération-compétition » est celui du premier décembre 1959 sur la démilitarisation de l’Antarctique. Puis une série de traités fut conclue entre l’URSS et les USA durant les années soixante et soixante-dix du XXème siècle limitant la prolifération nucléaire. Les conversations sur la limitation des armements stratégiques connues sous le nom de « SALT » ont conduit à la conclusion, le 26 mai 1972, de deux accords: un traité sur les systèmes de défense antimissile et une convention provisoire sur certains armements défensifs. Le traité sur la défense antimissiles a soumis à une réglementation très stricte le développement des systèmes ABM(anti-balistique missile) qui supposent une infrastructure considérable(radars perfectionnés, fusées à tête chercheuse, précision de tir infaillible) au coût très élevé mais générateur d’instabilité stratégique en mettant le territoire couvert à l’abri d’une action de représailles et en garantissant donc l’impunité à l’éventualité première frappe. On comprend dès lors les réactions hostiles des Russes au bouclier antimissile américain en Europe de l’Est, car ce qui est en jeu, c’est moins le nombre de missiles antimissiles que l’impossibilité de riposter de l’attaque à l’attaquant. Ce qui a ravivé encore un peu plus les craintes de la Russie, c’est le retrait des Américains du traité de missile anti-balistique (ABM) en 2002. Le signe de mécontentement de la Russie s’est manifesté par le test d’un missile à têtes multiples(Multiple-warhead MBH) de type RS-24 et l’annonce du développement de nouveaux missiles de croisière pour « maintenir la balance stratégique ». La Russie menace de se retirer du traité conclu entre l’URSS et les USA visant le bannissement des missiles de moyenne portée (intermediate range nuclear forces, INF treaty). Le 26 avril 2007, le président Vladimir Poutine déclare que la Russie pourrait revoir sa stratégie en se retirant du traité sur les armes conventionnelles signé en 1990 et modifié en 1999 après la disparition de l’URSS, un traité ratifié par la Russie mais pas par les USA et d’autres pays de l’OTAN qui continuent de pratiquer la vieille stratégie dite de « linkage » consistant à lier leur ratification au retrait des forces russes de la Georgie et de la Moldavie comme ce fut le cas avec le traité SALT II où les Américains avaient alors lié sa ratification au retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan. Malgré la volonté de la Russie de continuer à honorer ses obligations dans le cadre du Strategic Offensive Reductions Treaty (SORT), traité signé en 2002 qui prévoit un mémorandum de réduction substantielle du nombre de missiles et de têtes nucléaires par les USA et la Russie, fixé à un maximum de 2200 d’ici à 2012, le président russe n’a pas manqué de dénoncer par ailleurs les restrictions posées par le traité sur les missiles de moyenne portée(Treaty on intermediate range missiles).

Quand Poutine attaque violemment la politique américaine à la conférence de Munich en présence du Secrétaire d’État à la défense, il ne fait en réalité que rappeler aux Américains que c’est l’équilibre des forces en Europe qui a maintenu la paix sur ce continent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et que toute rupture de cet équilibre mettrait en péril la paix et la sécurité européennes. Il y a donc une ligne rouge à ne pas franchir.

FAOUZI ELMIR

 Mots-clés : Poutine, armement, sécurité, stratégie.

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POURQUOI L’IRAN SE DOIT-IL DE DOTER DE L’ENERGIE NUCLEAIRE?

juillet 19, 2008

POURQUOI L’IRAN SE DOIT-IL DE MAÎTRISER L’ÉNERGIE NUCLÉAIRE ?

Dans le cadre de la réunion de Genève entre le négociateur iranien Saîd Jalili et le haut commissaire de l’Union européenne Javiar Solana. A cette réunion s’est joint un haut responsable du Secrétariat d’Etat américain,, Wiliam Bearns. Cette rencontre intervient dans un contexte d’apprent dégel dans les relations tendues entre l’Iran et les Etats-Unis depuis la Révolution islamique de 1979. Le but de cette réunion est de convaincre l’Iran de suspendre son projet nucléaire. Dans cet article, nous apportons un point différent en soutenant l’idée que l’Iran a le droit de maîtriser l’énergie nucléaire au même titre que tous les autres pays pour des raisons économiques, écologiques mais aussi de force de dissuasion s’il ne veut pas finir comme l’Irak de Saddam Hussein.
Pourquoi l’Iran s’attache-t-il tant à la maîtrise de l’énergie nucléaire ? La propagande nationale et internationale menée par les USA et les pays européens est axée essentiellement sur la volonté de ce pays de se doter de l’arme nucléaire. Comme toute propagande, tout n’est pas faux mais c’est plutôt la manière de présenter les données et de les interpréter qui est erronée. Il y a trois raisons fondamentales qui doivent inciter l’Iran à maîtriser l’énergie nucléaire.

1 – RAISONS ECONOMIQUES

l’Iran est un membre de l’Opep et à ce titre il a profité comme tous les producteurs du pétrole d’une importante manne financière. L’exportation du pétrole et du gaz iraniens a rapporté 23 milliards durant l’année 2002-2003 et 55 milliards en 2005. Cette augmentation est due à un prix de baril à 23 dollars en 2002-2003 et de 55 dollars en 2005). Cette manne financière a permis une croissance annuelle de 6,2% par an. L’excédent commercial a dépassé les 47 milliards de dollars soit deux fois la dette extérieure de l’Iran pour atteindre les 62 milliards de dollars en 2005.
Malgré cette image idyllique de l’économie iranienne, l’élite politique et la technocratie du pays formées parfois dans les grandes universités américaine et européenne sont conscientes que le pétrole, comme toutes les matières premières, va rapidement s’épuiser et les réserves mondiales sont déjà largement entamées et l’émergence gros consommateurs comme la Chine, l’Inde et les pays du Sud Est asiatique va encore un peu plus accélérer cette tendance. Depuis quelques décennies, d’autres pays africains sont entrés sur le marché pétrolier et viennent concurrencer les anciens producteurs. On assiste ainsi à un déséquilibre du marché suite à l’augmentation de l’offre par rapport à la demande. Par exemple, en avril 2006, l’offre excédait la demande d’un million de barils par jour. A cela s’ajoute la nouvelle politique énergétique des pays consommateurs qui se traduit par l’augmentation de leurs réserves stratégiques estimées à 1,4 milliards de barils, ce qui correspond à 560 jours. Parallèlement, une politique de relance de l’énergie nucléaire dans certains pays industrialisés visant à réduire leur dépendance énergétique mais le résultat sera à long terme une perte de recettes pétrolières pour les pays producteurs. Cette baisse de recettes générées par le pétrole aura certainement un impact considérable sur l’économie iranienne quand on sait que le revenu du pétrole représente 75% du budget de l’État.

RAISONS ECOLOGIQUES

Aujourd’hui, le prix dérisoire du gasoil entraîne une augmentation de la pollution de l’air et Téhéran est parmi les villes les plus polluées du monde. La réduction de la consommation du gasoil et donc de la pollution de l’air devient donc pour le gouvernement iranien une question de survie. Après tout, quoiqu’ils en pensent les mouvements écologiques, l’énergie nucléaire sera la meilleure réponse à la pollution atmosphérique et en premier lieu comme une solution aux problèmes du réchauffement climatique. Pourquoi refuser à l’Iran l’utilisation de l’énergie nucléaire comme solution à ses problèmes économiques et écologiques pour remédier à l’épuisement des réserves pétrolières et à la pollution de l’air quand les pays industrialisés pratiquent une nouvelle politique de relance de l’énergie nucléaire et que la part de cette forme d’énergie représente parfois comme en France jusqu’à 70% de la production de l’électricité et 17% de l’ensemble de l’énergie consommée ? D’autant plus que l’Iran ne sera ni le premier ni le dernier pays à se reporter à cette énergie quand on sait qu’il y a actuellement 500 centrales nucléaires destinées à produire de l’électricité dans 35 pays en majorité des pays industrialisés. Non seulement l’énergie nucléaire est une énergie propre mais sa durée de vie est importante car elle atteint 40 ans. La maîtrise de l’énergie nucléaire sera pas un luxe ou un superflu inutile pour un pays comme l’Iran mais une solution rationnelle et pratique aux problèmes de pollution de l’air et de la protection de l’environnement humain et naturel.

RASIONS MILITAIRES

Les manœuvres et les stratagèmes utilisés par les USA et des pays européens ne trompent personne. Ils visent essentiellement à empêcher l’Iran de maîtriser l’énergie nucléaire et de se doter à terme de l’arme de dissuasion atomique pour le maintenir, comme d’ailleurs tous les pays riches en matières premières, dans une infériorité militaire. Car plus l’ennemi est faible militairement, plus il se soumet au diktat des puissants. Les arguments des Occidentaux sont donc fallacieux et plus que douteux. D’abord, l’Iran ne menace pas la sécurité régionale et il n’a menacé à ce jour personne depuis la révolution islamique de 1979. L’insécurité et les troubles qui règnent au Moyen Orient, ce sont les visées expansionnistes et néo colonialistes qui en sont la cause. Dans l’histoire diplomatique et militaire de la région, on ne trouve pas un seul exemple où l’Iran a pris l’initiative d’agresser un pays voisin. En 1980, ce sont les pays occidentaux qui ont armé et poussé le régime de Saddam Hussein à attaquer l’Iran. C’est Israël et non pas l’Iran qui a détruit les centrales nucléaires irakiennes Osirak et Tammouz construites alors avec l’aide de la France. L’invasion du Liban en 1982, c’est encore Israël. L’occupation du Koweït en 1990, c’est l’Irak de Saddam Hussein et non pas l’Iran. L’occupation de l’Afghanistan en 2001, ce sont les américains et les européens et non pas les iraniens. L’invasion de l’Irak en 2003, ce sont encore les américains et leurs alliées et non pas les iraniens. La guerre du Liban de Juillet 2006 contre le Hezbollah libanais, ce sont les israéliens, aidés et soutenus militairement par les américains et politiquement par les français à l’ONU pour en finir avec le parti chiite libanais. Encore une fois, ce ne sont pas les iraniens qui ont détruit la moitié du Liban. Ce ne sont pas les porte-avions iraniens qui sont en train de rôder dans les eaux troubles du Golfe Persique et à proximité du détroit d’Ormuz. Après tout, si les américains ne s’étaient pas trouvés mouillés jusqu’au cou dans le bourbier irakien, l’Iran serait aujourd’hui sous l’occupation américaine avec Khalidzad, l’ancien ambassadeur américain à Bagdad, nommé depuis ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, comme administrateur civil et militaire.
Pour échapper au sort que les américains et les européens ont réservés à l’Irak et à l’Afghanistan, l’Iran n’a pas mille choix, il en a un seul: se doter de l’arme nucléaire non pas pour s’en servir mais pour dissuader ses agresseurs éventuels en suivant le sage adage: il vaut mieux montrer ses muscles pour ne pas s’en servir un jour. Dans ce cas là, l’arme atomique ne doit pas être un luxe ou un prestige pour un pays aussi convoité et stratégique que l’Iran, c’est aussi et avant tout une question de survie et de dignité pour le peuple iranien s’il ne veut pas subir le sort de son voisin irakien qui paie un lourd tribut estimé en vies humaines à une centaine de morts par jour. L’arme atomique doit également être détenue par tous les pays dont la position est hautement géostratégique et dont les sols recèlent des richesses naturelles insoupçonnées. Car, dans la jungle capitaliste et conformément à la loi de sélection naturelle de Darwin, ceux qui ne veulent pas se voir un jour engloutis et broyés par les puissantes mâchoires des crocodiles, doivent absolument se doter de tous les moyens en leur possession pour les empêcher de se refermer sur eux.
FAOUZI ELMIR
Mots-clés : Nucléaire, Iran, économie, écologie, militaire